Histoire des persécutions de l'église;
L'histoire de l'Église se diviçe naturellement en deux parties : V histoire intérieur^y qui comprend tout ce qui est relatif au dogme, à la hiérarchie et à la discipline, et Vhistoire extérieure y qui est 'celle des faits variés qui favo- . risèrent ou contrarièrent l'établissement du christianisme en tant qu'institution. sociale <, c'est-à-dire Thistoire des rapports de l'Église avec les États où elle s^est implantée.
La religion chrétienne, en effet, quelque idée
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qu'on ait de son origine et de sa nature, n'a pas flotté entre ciel et terre. Elle est un grand fait historique qui, comme tous les autres, s'est produit dans l'espace et la durée. Elle a apparu et s'est développée dans un certain milieu humain , dans une société civilement et politiquement organisée. Elle est tombée sur une terre qui n'était vide ni de croyances ni de lois, parmi des mœurs, des coutumes et des institutions qui se prétendaient éternelles. Elle ne s'est pas donnée comme une variété nouvelle dans la gerbe chaque jour croissante des doctrines et des croyances communes, ni comme une servante de la civilisation gréco-romaine. Elle s'est, dès le commencement, posée comme la vérité pure et absolue, et a revendiqué l'empire universel et exclusif des âmes.
Aspirant à la conquête, elle a trouvé la guerre, ce qui était inévitable. Nulle puissance au monde ne se laisse déposséder sans résistance. Ce 3ont
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les premiers actes de cette guerre que nous nous proposons de retracer dans ce volume, c'est-à-dire les premiers chapitres de Vhistoire extérieure de TÉglise.
La tradition courante est que le christianisme, depuis son introduction dans TEmpiré romain jusqu'à l'édit de Milan et sa reconnaissance légale par Constantin (315) eut à subir le choc de persécutions nombreuses et acharnées. On en compte communément dix. On aime à montrer toutes les forces vives de la société païenne conjurées pour étouffer la semence nouvelle, et celle-ci, gonflée d'une sève généreuse et divine, croissant sous le fer et poussant partout, en dépit des obstacles, de vivaces et d'invincibles rejetons.
L'image sans doute est juste. Le christianisme, en somme, a vaincu l'Empire romain, et sur ses ruines, laborieusement, après de longs déchirements, a édifié une civilisation nouvelle.
Tni ^ AVANT-PROPOS.
L'arbre de la croix n'a fleuri qu'arrosé du sang de nombreux martyrs; et c'est au prix de la mort d'une multitude de héros obscurs, et pour la plupart inconnus, que le monde a payé l'idéal religieux dont il vit encore aujourd'hui.
Il nous a paru intéressant d'étudier les péripéties de cette lutte, et de mesurer en quelque sorte l'hostilité et les violences que l'Église eut à subir, avant de triompher. Notre dessein n'est pas de fournir un aliment nouveau aux irritantes polémiques contemporaines, ni d'attaquér le surnaturel, ni de diminuer la foi. Nous avons voulu simplement élucider une question d'histoire , sans faire ^trer dans notre étude aucun autre élément que cetrx;qui sont la matière et, si l'on peut dire, Tétoffe 'de toute histoire, c'est-à-dire les causes secondes et les faits humains.
N'est-il pas possible de faire de l'exégèse sans prendre parti ni arborer un drapeau? Ne peut-on
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pas admirer le champ de la liberté élargi, une nouvelle grandeur morale plus simple et plus haute apprise à la terre, et rendre en même' temps justice à la modération de Trajan, à la douceur d^Ântonin, et à Thumanité de Marc- Aurèle?
liCS Actes des Martyrs, ces fastes de TÉglise primitive, sont, ou peu s'en faut, les seuls matériaux de l'histoire des rapports du christianisme et de l'Empire romain dans les deux premiers siècles de notre ère. Les documents païens manquent presque absolument. Que ne donnerait-on pas pour ajcoir les procès-verbaux authentiques de ces instructions extraordinaires , ou bien , à défaut de ces pièces , les ré-
cits d'historiens comme» Tacite et Dion Gassius! La rareté, l'insuffisance des témoignages profanes sur le mouvement des idées et les accidents de la politique impériale au sujet des religions étrangères, et particulièrement du christianisme, réduit forcément le narrateur à