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Histoire des persécutions de l'église jusqu'à la fin des Antonins;

L'histoire de l'Église se divise naturellement en deux parties : Yhistoire intérieure, qui comprend tout ce qui est relatif au dogme, à la hiérarchie et à la discipline, et Yhistoire extérieure, qui est celle des faits variés qui favorisèrent ou contrarièrent l'établissement du christianisme en tant qu'institution sociale , c'est-à-dire l'histoire des rapports de l'Église avec les États où elle s'est implantée.

La religion chrétienne, en effet, quelque idée

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qu'on ait de son origine et de sa nature, n'a pas flotté entre ciel et terre. Elle est un grand fait historique qui, comme tous les autres, s'est produit dans l'espace et la durée. Elle a apparu et s'est développée dans un certain milieu humain, dans une société civilement et politiquement organisée. Elle est tombée sur une terre qui n'était vide ni de croyances ni de lois, parmi des mœurs, des coutumes et des institutions qui se prétendaient éternelles. Elle ne s'est pas donnée comme une variété nouvelle dans la gerbe chaque jour croissante des doctrines et des croyances communes, ni comme une servante de la civilisation gréco-romaine. Elle s'est, dès le commencement, posée comme la vérité pure et absolue, et a revendiqué l'empire universel et exclusif des âmes.

Aspirant à la conquête, elle a trouvé la guerre, ce qui était inévitable. Nulle puissance au monde ne se laisse déposséder sans résistance. Ce sont

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les premiers actes de cette guerre que nous nous proposons de retracer dans ce volume, c'est-à-dire les premiers chapitres de Y histoire extérieure de l'Église.

La tradition courante est que le christianisme, depuis son introduction dans l'Empire romain jusqu'à l'édit de Milan et sa reconnaissance légale par Constantin (313) eut à subir le choc de persécutions nombreuses et acharnées. On en compte communément dix. On aime à montrer toutes les forces vives de la société païenne conjurées pour étouffer la semence nouvelle, et celle-ci, gonflée d'une sève généreuse et divine, croissant sous le fer et poussant partout, en dépit des obstacles, de vivaces et d'invincibles rejetons.

L'image sans doute est juste. Le christianisme, en somme, a vaincu l'Empire romain, et sur ses ruines, laborieusement, après de longs déchirements, a édifié une civilisation nouvelle.

vin AVANT-PROPOS.

L'arbre de la croix n'a fleuri qu'arrosé du sang de nombreux martyrs; et c'est au prix de la mort d'une multitude de héros obscurs, et pour la plupart inconnus, que le monde a payé l'idéal religieux dont il vit encore aujourd'hui.

Il nous a paru intéressant d'étudier les péripéties de cette lutte, et de mesurer en quelque sorte l'hostilité et les violences que l'Église eut à subir, avant de triompher. Notre dessein n'est pas de fournir un aliment nouveau aux irritantes polémiques contemporaines, ni d'attaquer le surnaturel, ni de diminuer la foi, Nous avons voulu simplement élucider une question d'histoire , sans faire entrer dans notre étude aucun autre élément que ceux qui sont la matière et, si l'on peut dire, l'étoffe de toute histoire, c'est-à-dire les causes secondes et les faits humains.

N'est-il pas possible de faire de l'exégèse sans prendre parti ni arborer un drapeau? Ne peut-on

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pas admirer le champ de la liberté élargi, une nouvelle grandeur morale plus simple et plus haute apprise à la terre, et rendre en même temps justice à la modération de Trajan, à la douceur d'Antonin, et à l'humanité de Marc- Àurèle?

Les Actes des Martyrs, ces fastes de l'Église primitive, sont, ou peu s'en faut, les seuls matériaux de l'histoire des rapports du christianisme et de l'Empire romain dans les deux premiers siècles de notre ère. Les documents païens manquent presque absolument. Que ne donnerait-on pas pour avoir les procès-verbaux authentiques de ces instructions extraordinaires, ou bien, à défaut de ces pièces, les récits d'historiens comme Tacite et Dion Cassius! La rareté, l'insuffisance des témoignages profanes sur le mouvement des idées et les accidents de la politique impériale au sujet des religions étrangères , et particulièrement du christianisme, réduit forcément le narrateur à

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la nécessité des inductions et des hypothèses. La littérature hagiographique est ample et riche, pleine de grands exemples et de hautes leçons, mais en même temps si mêlée, si confuse, d'autorité si précaire en général; les traits réellement historiques si clair-semés, si douteux, si malaisés à discerner, que c'est un devoir pour nous de présenter ce travail comme un à peu près.

Des études qui suivent, trois ont paru déjà, il y a plusieurs années , dans un recueil périodique aujourd'hui disparu , la Revue Contemporaine. Nous les avons, sur plusieurs points, retouchées, et parfois grandement modifiées. Les deux chapitres, donnés en forme d'annexé ou d'appendice, à la fin de ce volume, ont été lus à l'Académie des inscriptions et belles-lettres : le premier a été inséré dans les Comptes rendus des séances de cette Académie en 1866; le second vient d'être communiqué ce mois-ci (mai) à la docte Compagnie. Ce morceau, et les autres

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études qui composent cet ouvrage, sont soumis pour la première fois au public. Puisse-t-il y trouver, à défaut d'autre mérite, la bonne foi, le goût et le respect de la vérité et la trace d'un effort, en ces matières difficiles et incertaines, pour l'éclaircir, sinon pour la fixer!

Paris, 20 mai 1875,

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