‹ Histoire des plantes (volume 3)Chapitre 36 sur 68 · CONIFÈRES · texte numérisé non relu

CONIFÈRES

Les Pins sont des arbres à feuilles alternes, simples, roides et allongées, persistantes et fasciculées par deux, trois ou cinq. Chacun des fascicules est un petit rameau dont l'axe est trèscourt et dont les feuilles inférieures sont transformées en

gafne. Ces végétaux habitent les contrées froides des deux continents, où ils forment de vastes forêts. Us sont monoiqueSy c'est-à-dire portent sur le même pied des fleurs mâles et femelles. Les fleurs mâles se composent d'un axe floral, le long duquel sont insérées des étamines en nombre considérable. Ces étamines offrent un court filet et une anthère à deux loges s'ouvrant en dehors par deux fentes longitudinales. Cette anthère est surmontée d'un connectif dilaté en façon de languette. Les fleurs femelles sont disposées en chaton, et se composent chacune d'un ovaire privé de style et de stigmate, étalé en façon d'écaillé et portant à sa face interne deux ovules orthotropes suspendus Les figures 295 et 296 représentent les fleurs mAles et femelles

, ^8- 295. Fig. 296. Fig. 297.

Fleur mile du Pin sylvestre. Fleur femelle du Pin sylvestre. Fruit du Pin.

du Pin. Quand ces fleurs ont mûri, les écailles deviennent dures, ligneuses, épaissies en massue à leur sommet. Elles forment alors ce fruit composé, ce cône^ qui a donné son nom à la famille tout entière des Conifères. La figure 297 représente le cône du Pin. Les écailles du cône du Pin finissent par s'écarter; les graines qu'il renferme peuvent alors s'échapper et tomber sur le sol, pour la reproduction de l'espèce.

Pig. 298. Pin Sylvestre.

CONIFERES. 273

Nous citerons parmi les espèces de Pins à feuilles géminées, le Pin sylvestre (fig. 298), le Pin maritimey le Pin pignon^ dont les graines sont comestibles, le Pin de Corse; et parmi les espèces à cinq feuilles, le Pin du lord, qui peut atteindre jusqu'à 60 mètres de hauteur.

Les Sapins ne diffèrent des Pins que par leur cône, qui est muni d'écaillés amincies, arrondies au sommet, non épaissies en massue, et par leurs feuilles éparses ou distiques. Tels sont le Sapin pectine^ dont les bourgeons sont employés en médecine et dont on retire Tessence de térébenthine; le Sapin ékvéy vulgairement connu sous le nom d'Epicéa^ dont le bois est estimé pour les constructions, et dont on extrait, par incision, une résine nommée galipoty poix-résine^ poix de Bourgogne.

Les Mélèzes (Larix) dïfièrent des Sapins en ce que leurs feuilles naissent par fascicules de bourgeons écailleux et deviennent ensuite solitaires et éparses par suite de l'allongement du bourgeon; l'imbrication des écailles du cône est très- lâche. Les feuilles de Méfèze persistent pendant un hiver.

Le Mélèze d'Europe atteint une hauteur de 30 à 35 mètres. Son bois est rougeâtre, d'un tissu plus serré, d'une durée plus considérable que celui du Sapin, Des fentes de son écorce suinte une térébenthine très-pure, qui est employée dans les arts et dans la médecine.

Les Cèdres se distinguent des Mélèzes en ce que leurs feuilles persistent pendant plusieurs années après l'allongement du bourgeon et que les écailles du cône sont plus étroitement imbriquées. Le Cèdre du Liban (flg. 299), arbre d'un aspect plein de grandeur, étend à 40 mètres au-dessus du sol ses longs bras horizontaux. Sur le revers de l'Atlas, au nord de l'Afrique, et dans les contrées tempérées de l'Asie, le Cèdre forme des forêts immenses, du plus majestueux et du plus imposant aspect.

Toutes les plantes dont nous venons de parler appartiennent à une vaste section de la. famille des Conifères, désignée sous le nom d'AbiétinéeSy et offrent un grand nombre de caractères essentiels communs. Les arbres que nous avons maintenant à signaler, les Thuya ^ les Ifs, les Genévriers ^ s'éloignent, sous beaucoup de rapports, de la tribu des Abiétinées.

Les Thuya sont des plantes mondiques. Leurs fleurs mâles se composent d*un axe floral filiforme, sur lequel 5*insèrent de nombreuses élamines, qui ressemblent à des clous portant au-dessous de leur tête quatre anthères uniloculaires. Les fleurs femelles sont disposées en chaton, dont chaque écaille porte deux ovules orthotropes dressés. Ceux ci deviennent bientôt charnus et se soudent entre eux. Mais à la maturité, ils se dessèchent, se dessoudent, et s'écartent, pour mettre en liberté les graines. Les Thuya sont des arbres verts, à rameaux comprimés, à très-petites feuilles imbriquées et serrées.

Les Cyprès se rapprochent beaucoup des Thuyas; ils s'en distinguent essentiellement par le grand nombre de graines qui se pressent à la base de chaque écaille.

Les Ifs sont des arbres à feuilles rapprochées , presque distiques, linéaires, aiguës, d'un vert foncé en dessus, et à fleurs dioïques. Les fleurs mâles se composent d'un axe floral allongé, le long duquel s'insère un nombre variable d'étamines. Elles ressemblent à des clous dont le connectif serait la tète. A la face inférieure de ce connectif sont adossées six à huit anthères biloculaires, disposées circulairement autour du filet. Les fleurs femelles, solitaires et ceintes de bractées imbriquées, se composent d'un ovule sessile, au centre d'un disque très -développé. A la maturité, ce disque devient charnu, et forme une petite cupule d'un rouge vif qui enveloppe lâchement la graine. L'arbre semble alors couvert de petites cerises.

Le Genévrier commun {Juniptrus communis) est un arbrisseau indigène, à feuilles verticillées par trois, étalées, roides, et presque épineuses. Cet arbre est monoïque. Les écailles du chaton femelle, au nombre de six, présentent ce fait curieux qu'elles deviennent charnues et constituent par leur soudure une sorte de baie sphérique, noirâtre ou bleuâtre, contenant ordinairement trois graines osseuses. Dans quelques contrées du nord de l'Europe on fait fermenter ces fruits, et l'on en retire une espèce d'eau-de-vie connue sous le nom de gin. Le Juniperus Virginiana, nommé aussi Cèdre rouge ^ oflre un bois odorant, léger, avec lequel on fabrique les petits cylindres dans lesquels on renferme le graphite de nos crayons.

BÉTULINÊES. 277

BÉTUUNÉES

Le Bouleau et VAune constituent la petite famille des Bétulinées.

VAune glutineux (fig. 301 ), qui habite le bord des eaux et les lieux marécageux des bois, a des feuilles presque orbiculaires, souvent tronquées au sommet, crénelées, dentées, coriaces, glabres, d'un vert sombre en dessus, d'un vert pâle en dessous, couvertes, dans leur jeunesse, d'un enduit collant. Cet arbre est monoïque. Dès le mois de février, et avant l'apparition des feuilles, il laisse pendre des chatons cylindriques allongés, composés de fleurs mâles, et il dresse vers le ciel des chatons ovoïdes, composés de fleurs femelles.

A l'aisselle de chaque écaille du chaton mâle, on compte trois

Bractée portant Chaton mûr. Bractée portant Fleur mile isolée

deax fleurs femelles. trois fleurs m&les.

Fig. 300. Fleurs de l'Aune.

fleurs, une médiane et deux latérales. Ces trois fleurs se composent chacune d'un périanthe à quatre divisions (fig. 300) et de quatre étamines opposées à ces divisions, à anthères biloculaires s'ouvrant en dehors par deux fentes longitudinales. Elles sont entourées, indépendamment de l'écaillé du chaton, par quatre autres écailles secondaires, dont deux sont à droite et deux à gauche.

A Taisselle de chaque écaille du chaton femelle on observe

Fig. 301. Aune.

quatre écailles secondaires et deux fleurs. Chacune de ces deux

ULMACÉES. 279

fleurs se compose seulement d'un pistil, dont Tovaire libre est surmonté d'un style court, divisé en deux branches stigmatiques. L'ovaire présente deux loges ; dans chaque loge est suspendu un ovule anatrope. Les chatons fructifères sont en forme de cônes de Pin, à écailles persistantes, horizontales, étroitement juxtaposées et rendues cohérentes par une substance résineuse, s'écartant à la fin pour laisser échapper les fruits. Ces fruits sont comprimés, entourés de chaque côté d'une bordure coriace subéreuse; ils sont uniloculaires et ne renferment qu'une graine.

Les Bouleaux {BttvXa alba) sont, comme les Aunes ^ des arbres monoïques. Leurs feuilles sont alternes, pétiolées, ovales, acuminées, dentées ou doublement dentées, vertes et luisantes en dessus, à face inférieure d'un vert pâle, glabre. Ce sont des arbres à tronc droit, à épiderme lisse, d'un blanc satiné, qui se détache facilement par lames circulaires, è rameaux flexibles, déliés et retombants.

Les Bouleaux fleurissent au mois d'avril. La couleur blanche de leur écorce produit, au milieu des forêts, les plus heureux eSets de contraste avec les couleurs sombres des troncs des Chênes et des Ormes.

ULMACÉES.

L'Orme champêtre {Ulmus campestris)^ vulgairement connu sous le nom d'Orme commun (fig. 302), croît dans les bois montueux. On le plante fréquemment au bord des chemins et dans les promenades publiques. C'est habituellement un grand arbre, à tige nue, à cime abondamment fournie, conique , formée de fortes branches ascendantes, terminées par des rameaux rapprochés, garnis de ramules serrés et régulièrement distiques. Ses feuilles sont alternes, munies de deux stipules caduques, ovales, aiguës, irrégulièrement obliques à la base, doublement dentées, ordinairement pubescentes et rudes. Elles ne paraissent qu'après les

fleurs, qui sont rougeâtres et disposées en fascicules sessiles.

Fig. 302. Orme.

Cliaque fleur, toujours dépourvue de corolle, se compose

GUPULIPÉRES. 281

d'un calice à quatre ou cinq lobes, de quatre à cinq étamines opposées à ces lobes, à anthères biloculaires, s'ouvrant en dehors par deux fentes longitudinales, et d'un ovaire libre, i à deux loges , contenant un seul ovule anotrope. Le fruit de l'Orme, ou samare (fig. 303), est sec, comprimé, largement ailé, membraneux dans toute sa circonférence, échancré au sommet, indéhiscent et rig. 303.

' Samare ou fruit de

uniloculaire. rorme.

Le tronc à bois dur et serré de YOrme fournit le meilleur bois de chauffage.

CUPULIFÈRES.

Le Coudrier {Corylus avellana) est un arbrisseau monoïque ordinairement assez élevé. Il est commun dans les bois, les taillis, les buissons; on le plante souvent dans les haies et les jardins. Ses rameaux sont dressés, effilés, flexibles, à feuilles simples, alternes, doublement dentées, quelquefois superficiellement lobées, accompagnées de deux stipules caduques. Les fleurs mâles sont en chatons pendants, disposés 1 à 3, à l'extrémité des rameaux, ou sur des ramuscules latéraux courts. Ces chatons commencent à paraître vers la fin de l'automne, avant la chute des feuilles, et fleurissent à la fin de l'hiver, avant le développement des feuilles nouvelles. Les fleurs mâles, contenues entre deux petites écailles, ont cinq étamines, à anthère uniloculaire , s'ouvrant en dehors. Les fleurs femelles se composent d'un calice, à limbe très-petit, denticulé, et d'un ovaire infère, à deux loges, contenant chacune un ovule anatrope suspendu. Cet ovaire est surmonté de deux longs styles, d'un rouge vif. A l'époque de la fructification, l'involucre a pris un grand développement, il est devenu foliacé, un peu charnu et campanule à la base, ouvert au sommet, et contenant un fruit (noisette) qui est un akène par suite de l'avortement de l'une des loges et de l'ovule qu'elle renferme. La graine à testa membraneux, mince, contient sous un mince tégument un embryon

dépourvu d'albumen, à cotylédons plans d'un côté et convexes de Tautre.

Le Charme commun (Carpinus bettUus) est un arbre de taille moyenne, à écorce d'un gris cendré, lisse, mince. Il fleurit avec les premières feuilles, en avril et mai. Ses fleurs mâles sont disposées en chatons cylindriques, dont les écailles imbriquées protègent directement de six à vingt étamines à filets courts, bifurques, à anthères unilobées, barbues au sonmiet. Les fleurs femelles, disposées en façon de grappes dont les bractées extérieures caduques portent chacune deux involucres uniflores, présentent une structure très-analogue à celle des fleurs du Coudrier. Il en est de môme du fruit, qui est accompagné d'une cupule foliacée, veinée, réticulée, à trois lobes, dont le moyen est beaucoup plus grand que les deux autres.

L'importance principale du bois de Charme est dans sa puissance calorifique. C'est un excellent bois de chaufl"age. On l'utilise dans l'industrie pour la fabrication d'outils divers et de certaines pièces de machines qui, ayant à subir des frottements, doivent oflrir une grande dureté.

Les Chênes (Quercus) sont des arbres monoïques ^ à feuilles alternes, simples, accompagnées chacune de deux stipules caduques . Les fleurs mâles sont disposées en chatons filiformes, grêles, interrompus et pendants (fig. 304). Chaque fleur présente un calice à six ou huit divisions, libres, inégales, frangées, et un nombre égal d'étamines opposées, à anthères biloculaires, s'ouvrant en dehors par deux fentes longitudinales. La fleur femelle (fig. 305) se compose d'un ovaire infère, surmonté d'un périanthe à trois ou six divisions, et d'un style court, qui se divise en trois branches stigmatiques. Elle est, en outre, entourée d'une sorte de petite coupe, ou cupule, formée par un repli du pédoncule sur lequel sont insérées un grand nombre de petites bractées imbriquées. Son ovaire présente trois loges, et dans chaque loge sont deux ovules anatropes. A la maturité deux de ces trois loges ont avorté avec leur contenu. Le fruit, que l'on désigne sous le nom de gland {ûg, 306), de forme ovoïde ou oblongue, ombiliqué au sommet, à péricarpe coriace et luisant, devient, de cette façon, uniloculaire et monosperme. Cette graine présente sous ses téguments un embryon dépourvu d'albumen, dont les cotylédons,

GUPULIFÈRES.

convexes en dehors, plans en dedans, sont charnus et farineux. Le fruit est enveloppé à sa base par la cupule dont nous avons parlé plus haut, indurée et ligneuse.

Fig. 304. Fleur mâle du Chêne.

Le genre Chêne appartient presque exclusivement à Thémisphère boréal, dont il habite les régions tempérées, ainsi que les

Fig. 305. Fleur femelle du Chêne.

Fig. 306. Fruit du Chêne.

hautes montagnes des contrées équatoriales. Les espèces qu'il renferme sont nombreuses et difficiles à distinguer. C'est au

genre Chêne que se rapportent les arbres les plus majestueux de nos forêts, à tige robuste et à ramification puissante.

Le Quercus sessiliflora {Chêne^ Chêne roim^e^ Rouvre), représenté par la fig. 307, est un arbre de port et de taille variables, à feuilles pétiolées, oblongues, à peu près ovales, sinuées, à pédoncule fructifère plus court que les pétioles, à fruits arrivant à maturité dans Tannée même de Tapparition des fleurs qui les ont produits.

Le Quercus pedu/nculata^ ou Chine pédoncule, est un arbre ordinairement très-élevé, pouvant atteindre 30 à 35 mètres et une énorme circonférence, grâce à sa puissante longévité. Ses feuilles sont brièvement pétiolées ou presque sessiles. Les pédoncules ructifères sont très-longs et les fruits mûrissent, comme ceux de l'espèce précédente. Tannée même de Tapparition des fleurs qui les ont produits.

Le Quercus cerris, assez rare et disséminé en France, est remarquable par les écailles de sa cupule, qui sont linéaires, recourbées en dehors et contournées dans leur moitié supérieure. Dans cette espèce, les fleurs femelles restent stationnaires pendant une année à partir de leur apparition et ne complètent leur évolution qu'à Tautomne de la deuxième année.

Le Quercus ilex (Yeuse, Chêne vert) est un arbre de 15 à 18 mètres de hauteur, dont les feuilles sont luisantes en dessus, grises ou blanchâtres et tomenteuses en dessous, dont les fruits sont sessiles ou portés par des pédoncules courts, tomenteux, à cupule tuberculeuse, écailleuse, cotonneuse. Il croît dans les lieux arides et découverts de la France méridionale. C'est un combustible de premier ordre. Le hois d'Yeuse est employé, en outre, dans les constructions navales, la menuiserie et Tébénisterie.

Le Quercus suber (Chêne- liège), dont nous avons déjà parlé au chapitre de TÉcorce, est assez voisin de YYeuse. Ses feuilles persistent jusqu'à la fin de la deuxième et même de la troisième année. C'est, comme nous l'avons dit, la partie subéreuse, très développée, de son écorce,qui produit la substance désignée sous le nom de liège, 11 croît sur les coteaux ou sur les montagnes de moyenne élévation, et s'écarte peu du bassin de la Méditerranée. Limité à quelques contrées du midi de la France, le Chêne-liège est Tessence dominante des forêts de l'Algérie. Il y constitue, seul ou mélangé, des bois d'une grande étendue.

Fig. 307. Chérie {Querctu «eMi/i/lora).

ARTOGARPÉES. 287

Le Quercus coccifera {Chêne du hennés) est un arbrisseau touffu de 2 à 3 mètres, à feuilles persistantes, petites, oblongues, cordées, dentées épineuses, vertes et glabres, commun dans les lieux secs, pierreux et sablonneux de la région méditerranéenne. .C'est sur ce petit Chêne que vit le kermès, insecte hémiptère, dont on retirait une belle teinture écarlate avant Tintroduclion en Europe et remploi de la cochenille du Cactus nopal.

Le Hêtre {Fagus sylvatica) est une des essences forestières les plus répandues et les plus importantes. Il atteint de grandes dimensions et peut s'élever jusqu'à 40 mètres. Sa tige, droite et circulaire, demeure apparente jusqu'à Textrémité de sa cime. Elle est quelquefois nue sur une longueur de 20 mètres au-dessous des branches principales. Ses feuilles pétiolées, ovales ou ovales oblongues, ordinairement aiguës ou acuminées, lâchement dentées ou sinuées, ondulées, coriaces, d'un beau vert, à nervures saillantes, ciliées, soyeuses au bord, sont alternes et accompagnées de deux stipules brunâtres. Les fleurs, qui sont unisexuées, paraissent en même temps que les feuilles. Les fleurs mâles sont disposées en chatons globuleux, longuement pédoncules, pendants, à écailles très-petites, caduques. Les fleurs femelles sont enveloppées, au nombre de deux ou trois, dans un involucre commun à deux lobes, recouvert à Textérieur d'une foule de filaments. Le fruit porte le nom de faîne, La graine contient un embryon sans albumen, dont les cotylédons sont irrégulièrement plissés en dedans et étroitement cohérents. L'huile qu'on retire de cette graine est comestible et bonne pour l'éclairage.

Le Châtaignier (Castanea vulgaris) est un grand arbre à végétation rapide et doué d'une grande longévité. Il peut atteindre une hauteur de 30 mètres, en présentant une circonférence énorme. Ses feuilles sont grandes, pétiolées, oblongues, lancéolées, aiguës, lortement dentées, coriaces, glabres, luisantes, à nervures secondaires parallèles très-saillantes, accompagnées de deux stipules caduques.

Les fleurs sont unisexuées et paraissent après les feuilles. Les fleurs mâles forment de très-petits chatons. Chaque fleur mâle se compose d'un calice à cinq ou six divisions, avec autant ou plus d'étamines, à anthère biloculaire, s'ouvrant en dehors. Les

fleurs femelles sont enveloppées, au nombre de deux à cinq, dans un involucre commun quadrilobé, soudé extérieurement avec des bractéoles nombreuses, linéaires, inégales. Chaque fleur femelle se compose d'un ovaire infère, surmonté d'un limbe calicinal à 5 à 8 lobes et d'un nombre égal de styles. II. renferme un pareil nombre de loges contenant deux ovules anatropes. A l'époque de la maturité , qui arrive en septembre ou octobre, l'involucre est épais, coriace, chargé en dehors d'épines vulnérantes, fasciculées, et renferme 1 à 5 fruits uniloculaires par avortement, connus sous le nom de châtaignes. Le péricarpe en est coriace et fibreux, tomenteux à la face interne. La graine, sous un tégument membraneux, contient un embryon sans albumen, dont les cotylédons sont volumineux, plissés, à fissures plus ou moins profondes, et, comme on le sait, farineux.

La châtaigne est le principal produit que l'on demande à cet arbre utile. Ce fruit fait la base de l'alimentation des populations pauvres du plateau central de la France.

Amélioré par la culture, le Châtaignier a donné le Marronnier ^ dont on connaît un grand nombre de variétés.

ARTOCARPÉES.

Le Figuier {Ficus carica) est originaire des régions méditerranéennes orientale et méridionale. Il fut introduit et cultivé en Europe dès la plus haute antiquité. On le rencontre fréquemment croissant presque spontanément, dans le midi de la France. Le plus souvent à l'état d'arbrisseau, le Figuier peut aussi devenir un arbre de 4 à 5 mètres de hauteur. Les feuilles varient de forme sur le même individu. Elles présentent ordinairement de 3 à 7 lobes, inégaux et obtus. Les fleurs sont unisexuelles et placées sur les parois internes d'un réceptacle commun, percé à son sommet d'une petite ouverture, que protègent un grand nombre de bractées imbriquées. Les fleurs mâles ont un calice à 3 sépales, et 3 étamines opposées à ces sépales, à anthères biloculaires s'ouvrant en dedans par deux fentes longitudinales. Les

GANNABINÉES.

fleurs femelles ont un calice formé de 5 sépales et un pistil composé d'un ovaire supère, surmonté d'un style qui se divise en deux branches stigmatiques. Cet ovaire est uniloculaire et renferme un seul ovule. Le fruit (pour le botaniste — car pour les gens du monde le véritable fruit est ce réceptacle épaissi, charnu et succulent qui constitue la Figue), —le fruit, disonsnous, est un akène, et la graine contient, sous ses téguments, un albumen charnu, dans lequel est un embryon recourbé.

CANNABINÉES.

Le Chanvre {Cannabis sativa) (fig. 308 et 309) paraît originaire

Fig. 308. Chanvre mâle.

de la Perse ; mais il est depuis longtemps acclimaté dans l'Europe entière. Tout le monde sait que Tun des éléments de son

écorce, la fibre libérienne, rend cette plante éminemment précieuse pour l'industrie humaine.

Le Chanvre est une plante dioique, herbacée, annuelle, à feuilles inférieures opposées. Les feuilles supérieures, souvent alternes, sont profondément découpées en 5 à 7 segments lancéolés, acuminés ou linéaires, fortement dentés, rudes, d'un vert pâle en dessous ; deux stipules latérales les accompagnent. Les fleurs mâles, disposées en grappe, se composent d'un calice à 5 divi-

Fig. 309. chanvre femelle

sions et de 5 étamines opposées à ces divisions, à anthères biloculaires s'ouvrant en dedans par deux fentes longitudinales. Les fleurs femelles disposées en glomérules axillaires, feuillus, présentent un calice formé par deux divisions et un pistil composé d'un ovaire supère, surmonté d'un style court et de stigmates filiformes, très-longs. L'ovaire, uniloculaire, renferme un seul ovule. Le fruit est un akène. La graine, sans albumen, renferme un embryon plié sur lui-même.

C'est avec une autre espèce de Chanvre^ le Cannabis inrfica, que

GANNABINÊES. 291

les Indiens font une liqueur enivrante connue sous le nom de Haschich. Les Orientaux en font un abus déplorable.

Le Houblon {Humulus lupulus)^ plante vivace, à tiges volubiles, à feuilles opposées, lobées en forme de palme, appartient à la môme famille que le Chanvre. On le trouve en Europe, dans les haies, sur le bord des rivières. Le Houblon est cultivé en France, en Belgique, en Angleterre et en Allemagne. Les fleurs femelles sont disposées en épis, compactes, ovoïdes, figurant des cônes à la maturité par le développement des sépales et des bractées. Les fruits, ou akènes, sont recouverts d'une poussière granuleuse, d'un jaune verdâtre ou d'un jaune d'or, très-odorante, qui contient le principe actif que les chimistes ont nommé lupulin.

Les cônes de houblon servent à la fabrication de la bière. Us sont toniques et un peu narcotiques.

SAUCINÉES.

Les Saules et les Peupliers constituent cette petite famille.

Les Saules présentent un grand nombre d'espèces, dont la taille varie depuis celle d'une plante herbacée jusqu'à celle d'un grand arbre. La plupart croissent au bord des eaux et forment des oseraieSy que l'on exploite à de courtes périodes, ou que Ton cultive en têtards. Les Saules abondent dans les régions tempérées; ils décroissent sensiblement en nombre vers le midi de l'Europe et dans l'Algérie. Ils servent à consolider les bords des cours d'eau et des rivières, ainsi que les travaux d'endiguement. Le Saule fournit au vannier les matières que cet artisan met en œuvre.

Par les grandes dimensions qu'il peut acquérir, le Saule blanc (fig. 310) est l'espèce la plus importante du genre. Il forme des oseraies et des têtards très-productifs.

Le Saule pleureur {Salix babylonica), que nous avons déjà figuré page 76, est particuhèrement recherché pour la longueur, la flexibilité et les courbes de ses rameaux, qui lui donnent une physionomie d'une grâce mélancolique. Sa patrie est inconnue. Nous ne possédons que l'individu femelle

Le Saule réticulé est un petit arbrisseau étalé, couché, de 1 à 2

Fig. 310 Saule blanc

décimètres seulement, qui croît dans les Alpes et les Pyrénées. Le Saule herbacé est un très-petit sous-arbrisseau, à tige sou-

SALICINÉES.

terraine, rampante, émettant des rameaux presque complètement herbacés. Il habite les Hautes-Alpes, les Pyrénées, le mont Dore en Auvergne.

Les Saules sont dioïques. Leurs fleurs sont en chaton et soli-

Fig. 311. Chaton mâle du Saule blanc. Fig. 312. Chaton femelle du Saule blanc.

taires, àTaisselle de chaque écaille du chaton. Elles sont dépourvues d'enveloppes. Les figures 311 et 312 représentent les cha-

Fig. 313. Fleura mâles du Saule blanc. Fig. 314. Fleurs femelles du Saule blanc.

tons mâles et femelles du Saule; les figures 313 et 314 montrent les fleurs isolées.

Les Peupliers sont très- voisins des Saules^ et ne s'en distinguent, quanta la fleur, que par un plus grand nombre d'étamines, qui sont insérées à la face interne d'une sorte de godet.

Fig. Si5. Peuplier blaac

Nous citerons parmi ces grands végétaux : Le Peur plier noir {Populus nigra)^ vulgairement nommé Peuplier suisse. — Le Peuplier blanc (Populus alba) (YpréaUj Blanc de Hollande), bel arbre à cime ample et fournie, à feuille remarquable par son extrême blancheur en dessous, surtout sur les rejetons et sur les pousses les plus élevées. La figure 315 représente cette espèce.

— Le Tremble {Populus tremula)y la seule espèce véritablement forestière du genre, de moyenne taille, à feuilles trèsmobiles, à cause de la longueur, de la gracilité et de l'aplatissement du pétiole. — Le Peuplier pyramidal^ originaire du Caucase et de la Perse, qui fut apporté d'Italie en France en 1749, si remarquable par des branches dressées qui naissent presque de la base du tronc et forment ensemble une cime longue, étroite, pyramidale ; on ne connaît que l'individu mâle.

GAMPANULACÉES. 295

PLANTES DICOTYLÉDONES MONOPÉTALES.

GAMPANULACÉES.

La Campanule carillon (fig. 316) qui, par ses grandes corolles épanouies plusieurs à la fois, figure Tensemble de cloches que Ton nomme canllon, est une plante du midi de l'Europe. Sa tige est droite, rameuse supérieurement, à feuilles sessiles, ovales lancéolées, irrégulièrement crénelées, dentées, à fleurs inclinées, disposées en grappe lâche.

Ses fleurs sont régulières et hermaphrodites. Le ca- \ lice se compose de 5 sépales. La corolle campante ^ lée est divisée dans sa partie supérieure en 5 lobes, alternes avec les sépales.

Les étamines sont au nombre de 5, libres et non insérées sur le tube de la corolle ; leurs anthères sont biloculaires, et les filets sont aplatis et élargis inférieurement, pour ^8- ^ie- campanule caniion. embrasser l'ovaire. Le pistil se compose d'un ovaire infère, surmonté d'un style, divisé en 5 branches stigmatiques. L'ovaire est à 5 loges. Le fruit est une capsule, qui s'ouvre par la base, en 5 petites loges.

Les Campanulacées sont particulièrement cultivées comme plantes d'agrément. Nous citerons comme exemples la Campanule à feuille de pêcher, espèce indigène, doublant par la culture, et que l'on cultive souvent dans nos plates-bandes; — la Campanule pyramidale, dont la grappe s'élève à plus de 1 mètre ; — le Miroir de Vénus (Specularia), dont les petites corolles, en forme de roue, violettes ou blanches, brillent au milieu de nos blés ; — les Jasûmes, dont les petites fleurs bleues sont groupées, en tête ; — le Walhembergia à feuilles de lierre, charmante petite plante à fleurs bleues solitaires, longuement pédonculée, à tige filiforme et couchée.

RUBIACéES.

Cette famille est Tune des plus importantes du règne végétal, par le nombre de ses espèces et les services qu'elles rendent à l'homme. Avant de signaler les plus remarquables de ces espèces, nous donnerons, comme type de cette famille, une idée de la structure florale d'une espèce commune dans nos champs, le Sherardia arvensis (fig. 317).

C'est une petite plante annuelle, à fleurs d'un rose lilas, presque sessiles, disposées en glomérules. Ses fleurs sont hermaphrodites et régulières. Le calice présente 6 dents. La corolle est monopétale, creusée en entonnoir, et divisée en 4 lobes. 11 y a 4 étamines, alternant avec ces lobes, insérées sur le tube corollin, à anthères biloculaires, s'ouvrant en dedans par deux fentes longitudinales. Le pistil se compose d'un ovaire infère, surmonté d*un style divisé en 2 branches stigmatiques. Dans chacune des loges se trouve un ovule anatrope ascendant. Le fruit se divise en deux akènes, couronnés chacun par trois dents du calice. Sous les téguments de la graine, on trouve un embryon un peu courbé, dans un albumen corné. Les feuilles sont simples, opposées, accompagnées de deux stipules latérales, qui ressemblent assez à des feuilles pour laisser croire qu'il y a 6 feuilles verticillées sans stipules.

A côté des Sherardia se placent quelques genres, comme les Aspérules (Asperula), les Graterons {Galium), les Garances (Rubia).

RUBIAGÉES. 297

Une espèce de Rubia {Rubia tinctorum) est cultivée dans le midi de la France, pour ses racines, qui contiennent un principe colorant d'un beau rouge, dont on fait un usage considérable pour teindre les tissus.

Fig. 317. Sherardia arvensis.

Les Caféiers {Cojfœa) forment une autre section de la famille des Rubiacées. Ce sont des arbrisseaux toujours verts, dont les feuilles lancéolées, ondulées et glabres, ressemblent à celles du Laurier. Ces feuilles sont opposées et accompagnées chacune de

deux stipules latérales. Les fleurs sont blanches, odoriférantes, agglomérées à Taisselle des feuilles. Le calice est à 5 dents. La coroUifest en entonnoir et à 5 lobes. Il y a 5 étamines et un ovaire biloculaire infère, comme dans le Sherardia. Le fruit est une baie rouge, du volume d'une cerise, formée d'une pulpe douceâtre, peu épaisse, qui enveloppe deux noyaux accolés, dont la paroi est parcheminée. Chacun de ces fruits renferme une graine, convexe extérieurement, plane et creusée d'un sillon du côté interne. L'embryon est court, droit et plan à la base d'un albumen corné, qui constitue la presque totalité de la graine.

Le Caféier, originaire de TAbyssinie, fut transporté, au quinzième siècle, dans l'Arabie, qui devint pour cet arbrisseau comme une seconde patrie.

A côté des Caféiers se placent les Ceph^lis, petits arbrisseaux habitant les forêts vierges du Brésil, dont les racines, appartenant d'ailleurs à plusieurs espèces, sont connues sous le nom de racines d'Ipécacuanha, ou de Cephœlis Jpecacuanha, et très-employées comme vomitives. C'est dans l'écorce de ces racines, dont la saveur est acre et l'odeur nauséeuse, que résident les propriétés émétiques de la plante.

I C'est encore à la grande famille des Rubiacées qu'appartiennent les Quinquinas, arbres ou arbrisseaux toujours verts, qui habitent les Andes tropicales, entre le 10« degré de latitude septentrionale et le 19« de latitude australe, à une hauteur de Fig. 318. 7à800mètresau-dessusduniveaudelamer.

Ficurde Quinquina. Lcs Quinquims Ont Ics flcurs (fig. 318 )

régulières et hermaphrodites. Le calice est monosépale et à 5 dents. La corolle, monopétale en forme de coupe, est divisée en 5 lobes. Cinq étamines, alternes avec ces lobes, sont insérées sur le tube coroUin et offrent des anthères à 2 loges qui s'ouvrent en dedans. Le pistil se compose d'un ovaire infère, surmonté d'un style, divisé en deux branches stigmatiques. L'ovaire offre deux loges ;.dans chaque loge est un gros placenta, chargé d'ovules anatropes. Le fruit est une capsule, qui s'ouvre de haut en bas en deux valves ; les graines sont ailées.

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RUBIAGÊES. 299

Tout le monde sait que c'est dans Técorce des Quinquinas que résident les propriétés merveilleuses dont jouit cette plante pour la guérison des fièvres intermittentes. L'écorce du Cinchona calisaya paraît être, parmi celles de toutes les autres espèces, la plus riche en quinine.

^es Quinquinas forment au Pérou et au Brésil des forêts im- Dapnses, qui, depuis deux siècles, sont exploitées pour leur précieuse écorce.

M. Weddell, aide-naturaliste au Muséum d'histoire naturelle de Paris, a visité en 1847 les contrées du Pérou où croissent les Quinquinas. Il a résumé dans un travail justement célèbre ses observations sur la récolte, sur l'origine botanique des diverses écorces, etc. Nous emprunterons à son ouvrage la description des diverses opérations dont se compose la récolte de la précieuse écorce péruvienne.

€ Dans les derniers jours de juin 1847, dit M. Weddell, je me mettais en marche pour la province de Casabaya. Elle est divisée par la Cordillère en deux régions distinctes : Tune de plateaux, l'autre comprenant une longue série de vallées parallèles.... Ce sont elles qui fournissent la majeure partie des quinquinas exportés aujourd'hui de la république péruvienne.... Il serait difficile de donner une idée de tous les trésors de végétation ensevelis dans ses solitudes. La soif de l'or les avait peuplées autrefois, mais la forêt y a repris partout son empire, et la hache du cascarillero en trouble seule aujourd'hui le silence.

c On donne le nom de cctëcarilleros aux honnnes qui coupent le Quinquina dans les bois : ce sont des hommes élevés à ce dur métier depuis leur enfance, et accoutumés par instinct, pour ainsi dire, à se guider au milieu des forêts. Sans autre compas que cette intelligence particulière à l'homme de la nature , ils se dirigent aussi sûrement dans ces inextricables labyrinthes, que si l'horizon était ouvert devant eux. Mais combien de fois estr il arrivé à des gens moins expérimentés dans cet art, de se perdre et de n'être plus revus !

« Les coupeurs ne cherchent pas le Quinquina pour leur propre compte ; le plus souvent ils sont enrôlés au service de quelque commerçant ou d'une petite compagnie, et un homme de confiance est envoyé avec eux à la forêt avec ?e titre de majordome... Le premier soin de celui qui entreprend une spéculation de cette natui^e dans une région encore inexplorée, est de la faire reconnaître par des cascanlleros e::ercés : le devoir de ceux-ci est de pénétrer les forêts dans diverses directions, et de reconnaître jusqu'à quel point il peut être profita ble de les exploiter.... Cette connaissance première est la pa; tie la plus délicate de l'opération, et elle exige dans les hommes qui y sont employés une loyauté et une patience à toute épreuve c'est sur leur rapport que se calculent les chances de réussite. Si elles son

favorables, on se met en devoir d'ouvrir un sentier jusqu'au point qui doit servir de centre d'opérations; dès ce moment, toute la partie de la forêt que commande le nouveau chemin devient provisoirement la propriété de son auteur, et aucun autre cascarillero ne peut y travailler.

« A peine le majordome est-il arrivé avec ses coupeurs dans le voisinage du point à exploiter, qu'il choisit un site favorable pour y«établir son camp, autant que possible dans la proximité d'une source ou d'une rivière. 11 y fait construire un hangar ou une maison légère pour abriter les provisions et les produits de la coupe; et s'il prévoit qu'il doive resttr longtemps dans le môme lieu, il n'hésite pas à faire des semis de mais et de quelques légumes. L*expérience, en effet, a démontré qu'un des plus grands succès de ce genre de travaux est l'abondance des vivres. Les cascarilleros, pendant ce temps, se sont répandus dans la forêt, un à un, ou par petites bandes, chacun portant, enveloppées dans son poncho (espèce de manteau), et suspendues au dos, des provisions pour plusieurs jours, et les couvertures qui constituent sa couche. C'est ici que ces pauvres gens ont besoin de mettre en pratique tout ce qu'ils ont de courage et de patience pour que leur travail soit fructueux. Obligé d'avoir constamment à la main sa hache ou son couteau pour se débarrasser des innombrables obstacles qui arrêtent son progrès^ le cascarillero est exposé, par la nature du terrain, à une infinité d'accidents qui trop souvent compromettent son existence même.

f Les Quinquinas constituent rarement des bois à eux seuls; mais ils peuvent former des groupes plus ou moins serrés, épars çà et là au milieu de la forêt; les Péruviens leur donnent le nom de taches {manchas). D'autres fois, et c'est ce qui a lieu le plus ordinairement, ils vivent complètement isolés. Quoi qu'il en soit, c'est à les découvrir que le cascarillero déploie toute son adresse. Si la position est favorable, c'est sur la cime des arbres qu'il promène les yeux ; alors aux plus légers indices il peut reconnaître la présence de ce qu'il recherche ; un léger chatoiement, propre aux feuilles de certaines espèces, une coloration particulière de ces mêmes organes, l'aspect produit par une grande masse d'inflorescences, lui feront reconnaître la cime d'un Quinquina à une distance prodigieuse. Dans d'autres circonstances, il doit se borner à l'inspection des troncs dont la couche externe de l'écorce présente des caractères remarquables ; souvent aussi les feuilles sèches qu'il rencontre en regardant à terre, suffisent pour lui signaler le voisinage de l'objet de ses recherches, et si c'est le vent qui les a amenées, il saura de quel côté elles sont venues. Un Indien est intéressant à considérer dans un mouvement semblable, allant et venant dans les étroites percées de la forêt, dardant la vue au travers du feuillage, en semblant flairer le terrain sur lequel il marche, comme un animal qui poursuit une proie ; se précipitant enfin tout à coup, lorsqu'il a cru reconnaître la forme qu'il guettait, pour ne s'arrêter qu'au pied du tronc dont il avait deviné, pour ainsi dire, la présence. — Il s'en faut de beaucoup cependant que les recherches du cascarillero soient toujours suivies d'un résultat favorable ; trop souvent il revient au camp les mains vides et ses provisions épuisées ; et que de fois, lorsqu'il a découvert sur le flanc de la montagne l'indice de l'arbre, ne s'en trouve-t-il pas séparé par un

ce

RUBIAGÉES. 303

torrent ou un abîme! Des journées alors se passent avant qu'il atteigne un objet que, pendant tout ce temps, il n'a pas perdu de vue.

« Pour dépouiller l'arbre de son écorce, on l'abat à coups de hache, un peu au-dessus de sa racine, en ayant soin, pour ne rien perdre, de dénuder d'abord le point que Ton doit attaquer, et comme la partie la plus épaisse, la plus profitable par conséquent, se trouve tout à fait à sa base, on a l'habitude de creuser un peu la terre à son pourtour, afin que la décortication soit plus complète. Il est rare, môme lorsque la section du tronc est terminée, que l'arbre tombe immédiatement, étant soutenu, soit par les lianes qui l'enlacent, soit par les arbres voisins ; ce sont autant d'obstacles nouveaux que doit vaincre le cascarillero. Je me souviens d'avoir une fois coupé un gros tronc de Quinquina, dans l'espérance de mettre ses fleurs à ma portée, et, après avoir abattu trois arbres voisins, de l'avoir vu rester encore debout, maintenu dans cette position par des lianes qui s'étaient attachées à sa cime, et qui le soutenaient à la manière de haubans. Lorsque enfin l'arbre est à bas, et que les branches qui pourraient gêner ont été retranchées, on fait tomber le périderme en le massant, ou mieux en le percutant, soit avec un petit maillet de bois, soit avec le dos môme de la hache ; et la partie vide de l'écorce mise à nu est souvent encore nettoyée à l'aide de la brosse ; puis , après avoir été divisée dans toute son épaisseur par des incisions uniformes qui circonscrivent les lanières ou planchettes que l'on veut arracher, elle est séparée du tronc au moyen d'un couteau, avec la pointe duquel on rase autant que possible la surface du bois, après avoir pénétré par une des incisions déjà pratiquées. L'écorce des branches se sépare comme celle du tronc, à cela près qu'elle ne se masse pas, l'usage voulant qu'on lui conserve sa croûte extérieure ou périderme. •

c Les détails de dessèchement varient un peu dans les deux cas : en effet, les planchettes plus minces de l'écorce des branches ou des petits troncs, destinées à faire du quinquina roulé ou canuto^ sont exposées simplement au soleil, et prennent d'elles-mêmes la forme désirée, qui est celle d'un cylindre creux ; mais celles qui proviennent des gros troncs, et que l'on destine à constituer le quinquina plat, ou ce que l'on nomme tabla ou plancha^ doivent nécessairement être soumises, pendant la dessiccation, à une certaine pression, sans quoi elles se tordraient ou se soulèveraient plus ou moins conmie les précédentes. A cet effet, après une première exposition au soleil, on les dispose les unes sur les autres en carrés croisés, conmae sont disposées les planches dans quelques chantiers, afin qu'elles se conservent planes, et sur la pile quadrangulaire ainsi composée on charge quelque corps pesant. Le lendemain, les écorces sont remises pendant quelque temps au soleil, puis de nouveau rétablies en presse, et ainsi de suite; on laisse enfin se terminer le dessèchement dans ce dernier état.

« Mais le travail du cascarillero n'est pas à beaucoup près fini môme lorsque la préparation de son écorce est terminée. Il faut encore qu'il rapporte sa dépouille au camp ; il faut enfin qu'avec un lourd fardeau sur les épaules, il repasse par ces mêmes sentiers que, libre, il ne parcourait qu'avec difficulté. Cette phase de l'extraction coûte parfois un travail tel-

lement pénible, qu'on ne peut vraiment pas s'en faire une idée. J'ai vu plus d'un district où il faut que le Quinquina soit porté de la sorte pendant quinze à vingt jours avant de sortir des bois qui l'ont produit, et, en voyant à quel prix on l'y payait, j'avais peine à concevoir comment il pouvait se trouver des hommes assez malheureux pour consentir à un travail aussi faiblement rétribué.

« Pour terminer, il me reste un mot à dire sur l'emballage des Quinquinas; c'est le majordome, que nous avons laissé dans son camp, qui s'occupe encore de ce soin. A mesure que les coupeurs lui rapportent les écorces, il leur fait subir un triage, et en forme des bottes, qui sont cousues dans de gros canevas de laine conditionnés ainsi ; les ballots sont transportés à dos d'homme, d'âne ou de mule, jusqu'aux dépôts dans les villes, où on les enveloppe de cuir frais, qui prend en séchant une grande solidité. Sous cette forme, ils sont nommés surons, et c'est ainsi qu'ils nous arrivent en Europe, t

La figure 319 représente, d'après Touvrage de M. Weddell, la récolte de Fécorce de Quinquina par les cascarilleros, dans une forêt du Pérou.

Après avoir mentionné les genres de Rubiacées particulièrement remarquables au point de vue de leur utilité, nous croyons devoir citer encore quelques belles espèces qui embellissent nos serres. Telles sont \lxora coccinea, bel arbrisseau de Tîle de Ceylan, à feuilles persistantes, un peu charnues, à fleurs d'un rouge vif, disposées en un corymbe et qui conservent longtemps leur éclat ; — Vlxora odorata, de Madagascar, dont les grandes corolles rouges et blanches exhalent une odeur suave; — le Rondeletia speciosa de la Havane, à fleurs lubulées, d'un rouge écarlate en dehors, à gorge jaune-orangé ; — les Rogiera du Guatemala;— les Bouvardia au Mexique; — le Luculia gratissima du Népaul, dont les corolles roses exhalent un parfum délicieux; — le Gardénia /Zarirfa, nommé vulgairement Jasmindu Cap, etc., etc.

COMPOSÉES

Cette famille est la plus importante de toutes par le nombre immense de plantes qu'elle embrasse. Elle constitue à elle seule environ la dixième partie du règne végétal. Elle renferme aujourd'hui plus de neuf mille espèces. On trouve ces espèces dis-

COMPOSÉES

persées dans tous les lieux de la terre, mais principalement dans les régions tempérées et chaudes, particulièrement dans celles de l'Amérique. Les herbes croissent dans les régions tempérées et chaudes ; les arbres dans les îles intertropicales et antarctiques.

Les fleurs ont, dans cette famille, une disposition tout à fait caractéristique. Elles sont rapprochées en capitules, de manière à figurer une fleur en apparence unique ; mais elles sont, en réalité, formées de la réunion de plusieurs fleurs : de là le nom de Composées donné à cette famille. Cette disposition est facile à reconnaître et à comprendre sur ce capitule, vulgairement ap-

Fig. 320. Marguerite.

pelé fleur de Marguerite, que nous représentons dans la figure 320, où Ton voit le capitule dans son ensemble (a), une coupe de ce capitule (5), enfin les fleurs isolées du centre et de la circonférence de ce même capitule (cet d).

Les fleurs d'un même capitule peuvent être toutes de même sorte : hermaphrodites, staminées, pistillées. Elles peuvent être aussi de deux sortes : les extérieures neutres ou femelles, les intérieures hermaphrodites ou mâles.

Le calice de ces fleurs a des formes très-variables. Il est quelquefois si réduit qu'il semble nul. Ailleurs il forme un godet, ou

une couronne. On le voit se développer en arêtes, en dénis, en écailles; il dégénère même en espèces de soies qui forment une aigrette.

La corolle est régulière ou irrégulière. Dans le premier cas, elle est tubuleuse et son limbe offre ordinairement 5 lobes. Dans le second, le limbe paraît fendu dans une grande étendue et déjeté au dehors, en une languette dentée au sommet, ou bien il se partage en deux lèvres. Les corolles tubuleuses se nomment fleurons ; les corolles en languette se nomment demi- fleurons.

Les étamines sont insérées sur le tube de la corolle, et alternent avec ses divisions. Les filets sont généralement libres, mais les anthères sont soudées par leurs bords, en un tube qui engaine le style. Elles offrent deux loges, qui s'ouvrent en dedans.

Le pistil se compose d'un ovaire uniloculaire, contenant un seul ovule anatrope droit, et il est surmonté d'un style très-mince. Celui-ci se divise en deux branches dans les fleurs hermaphrodites et dans les fleurs femelles, mais il est indivis dans les fleurs mâles. Les branches du style sont munies de papilles stigmatiques et de poils collecteurs. Avant l'épanouissement, le style est plus court que les étamines ; mais à l'époque de la fécondation il grandit rapidement et s'élève dans le cylindre creux formé par les anthères. A mesure qu'il s'élève, les poils collecteurs balayent le pollen que lui offrent les anthères béantes et apparaissent bientôt au dehors chargés de cette précieuse poussière. On a remarqué que les fleurs femelles sont dépourvues de poils collecteurs, que les fleurs mâles n'ont pas de papilles stigmatiques, que les fleurs neutres n'ont ni papilles stigmatiques ni poils collecteurs.

Le fruit est un akène, souvent muni d'une aigrette, propre à favoriser sa dissémination. La graine, solitaire, renferme un embryon droit, dépourvu d'albumen.

Tournefort avait séparé les Composées en Semi-flosculeuses, celles où le capitule est entièrement composé de fleurs à corolle ligulée ou à demi-fleurons ; — Floscukuses, celles où le capitule est entièrement composé de fleurs à corolles tubuleuses ou en fleurons ; — et Radiées^ celles où le capitule est formé de fleurs centrales tubuleuses et de fleurs périphériques ligulées.

De Candolle, dans son Prodrome^ partage les Composées en

nOMPOSÉES. 307

trois grandes séries : !• les Liguliflores, ou Chicoracées, qui ont la corolle ligulée , et répondent aux Se^ni-flosculemes de Tournefort; 2® les Labiatiflores ^ dont les corolles irrégulières sont divisées en deux lèvres; 3* les Tabuliflores^ dont les capitules sont ou entièrement formés de fleurons, ou pourvus à la circonférence de demi-fleurons, et qui répondent aux Flosculeuses et aux Radiées de Tournefort.

Les Liguliflores, ou Chicœ^acées, possèdent un suclaiteux, contenu dans un système de vaisseaux laticifères et contenant des prin-

Fig.321. Chicorée. Fig. 323. Fleur isolée de Chicorée.

cipes amers, résineux, narcotiques. Les propriétés et les vertus de ces espèces varient en raison des proportions relatives de ces divers principes, selon Tâge des plantes et le développement différent des divers organes.

La Chicorée, ou Chicorée sauvage {Cichorium intybus ), est une espèce indigène, dont les racines sont usitées en médecine La figure 321 représente la Chicorée sauvage, la figure 322 une fleur isolée du capitule de cette plante.

Les racines de la Chicorée cultivée, séchées et torréfiées, sont

employées par les Français barbares pour remplacer le Café. On mange cuites et en salade les jeunes feuilles de la même plante.

La Chicorée endivey plante méditerranéenne, moins amère, est mieux appropriée aux usages de Talimentation.

Les espèces du genre Laitue (Lactuca) ont un suc amer, acre, d'une odeur vireuse. On retire de la Laitue cultivée {Lactuca sativa) un suc dont on compose, par Févaporation , un extrait pharmaceutique, nommé lactucarium, ou thridace, qui est doué d'une action narcotique, et qui est parfois employé en médecine au même titre que Topium. On mange en salade sur nos tables les jeunes feuilles de la Laitue^ dont on cultive diverses variétés dans les jardins potagers.

Nous citerons encore dans ce même embranchement des Composées : les Scorsonères {Scorsonera) , les Salsifis ( Tragopogon) et les Pissenlits ( Taraxacum),

Les Tubuliflores flosculeuses, nommées aussi Carduacées^ contiennent un principe amer, qui leur donne des propriétés stimulantes. Certaines Carduacées sont employées en médecine, comme les Lappa,o\i Bardanes.Wzuires ont joui longtemps d'une grande faveur pour l'usage médical, mais sont aujourd'hui délaissées, comme le Chardon béni {Cnicus benedictus),le Chardon marie {Silybum marianum); la Centaurée jacée et le Chardon étoile; le Bleuet {Centaurea cyanus); la Carline acauk {Carlina acaulis). Il en est qui fournissent des principes propres à la teinture, comme le Carthame {Carthamus tinctorius), plante annuelle, originaire de l'Inde, et que l'on cultive aujourd'hui en Asie, en Amérique et dans presque toute l'Europe. La couleur tirée du Carthame est peu solide, mais ses nuances sont trèsbelles et très-variées. Mêlée avec du talc, elle compose un fard, avec lequel les femmes aiment à se colorer le visage. Quelques Carduacées sont comestibles. Tels sont Y Artichaut (Cynara scolymus) y dont on mange la base des bractées de l'involucre et le réceptacle commun, en rejettant le foin, c'est-à-dire les trèsjeunes fleurs ; le Cardon (Cynara carduncellus), dont on mange la nervure médiane des feuilles, blanchies et rendues charnues par Tétiolement.

Les Tubuliflores radiées comprennent des plantes dans lesquelles un principe amer est ordinairement combiné avec une

COMPOSÉES. 309

résine ou une huile volatile, tandis que la racine contient une matière plus ou moins analogue à la fécule, connue sous le nom dHnuline. Selon les proportions de ces divers principes, ces espèces sont toniques, d'autres stimulantes, d'autres astringentes. Nous citerons les Armoises (Artemisia abHnlhium, Artemisia

Fig. 32i- Camomille.

vulgaris^ etc.), la Tanaisie {Tanacetum vulgare), les Achillea ou Mille-feuilles, les Ptarmiques, dont plusieurs espèces alpines font partie du thé suisse; les diverses Camomilles, telles que la Camomille romaine ou Anthémis nobilis , dont nous représentons (fig. 323) un échantillon à capitules devenus totalement semi-

flosculeux par la culture , la Camomille commune ou Matricaria chamomilkiy la Camomille puante ou Maruta cotula ; la Matricaire (Pyrelhrum parthenium) j Y Arnica des montagnes ^ Y Année {Inula helenium)^ etc., etc.

C'est à la grande division des Tubuliflores radiées qu'appartiennent particulièrement les Composées cultivées pour Tomement des jardins. Telles sont les Chrysanthèmes^ belles espèces, dont plusieurs croissent naturellement en France, comme la grande Marguerite des prés et la Marguerite dorée; — les Astbres^ plantes vivaces et automnales, la plupart originaires de l'Amérique septentrionale; — les Cinéraires; — les Gnapkales^ qui comprennent beaucoup de plantes d'ornement désignées sous le nom vulgaire d* Immortelles; — les Zinnia; — les Tagètes ou Œillets ^d'Inde; — les Dahlia^ dont l'espèce ornementale, originaire du Mexique, avait des fleuFs simples, et dont les variétés à fleurs doubles se sont peu à peu multipliées à Tinfini dans nos parterres, etc., etc.

OLÉINÉES.

Les Lilas^ les Oliviers, les Frênes, sont les plantes particulièrement intéressantes de la famille des Oléinées.

Les Lilfiis ont les fleurs régulières et hermaphrodites. Leur calice, monosépale, présente quatre dents. Leur corolle est hypocratériforme; son tube, très-allongé, est surmonté d'un limbe étalé, à quatre lobes. Deux étamines seulement, à anthères biloculaires, s'ouvrant en dehors par deux fentes longitudinales, sont insérées sur le tube de la corolle. Le pistil se compose d'un ovaire supère, surmonté d'un style, divisé en deux branches stigmatiques. Cet ovaire présente deux loges contenant chacune deux ovules anatropes suspendus. Le fruit est une capsule, qui s'ouvre en deux valves portant la cloison sur leur milieu et ne contenant qu'une seule graine. Celle-ci est pourvue d'un albumen charnu et d'un embryon droit.

Les Lilas sont des arbustes originaires de l'Asie. Leurs feuilles sont opposées et simples ; on en cultive deux espèces dans les

OLÉINÉES. 311

jardins , le Lilas commun {Syringa vulgaris) et le Lilas de Perse ( Syringa persica ).

L'Olivier est un arbre de moyenne grandeur, d'un aspect trisie et sans beauté. Ses feuilles sont oblongues ou lancéolées, entières, glabres supérieurement, blanchâtres, écailleuses inférieurement. Les fleurs de cet arbre forment des grappes axillaires, droites pendant la floraison, penchées à la maturité. Ses fruits sont des drupes, avec noyau uniloculaire par suite de l'avortement d'une loge. Le péricarpe de cette drupe contient une huile fixe, qui tient le premier rang parmi les huiles destinées aux usages alimentaires.

Les Troènes sont, comme les Oliviers^ assez voisins des Lilcts. Leurs feuilles sont astringentes, et leurs baies, que mangent les oiseaux, fournissent une couleur noire, applicable à la teinture des étoffes. Les paysans fabriquent une encre à écrire avec les fruits écrasés du Troène.

Les Frênes appartiennent aussi à la famille des Oléinées.Pour faire connaître la structure des Frênes, nous en étudierons deux espèces.

Le Frêne à fleurs {Fraxinus ornus) est un arbre de 7 à 8 mètres de hauteur, qui contribue à orner les maquis de la Corse. Croissant presque spontanément dans la France méridionale, il est cultivé comme arbre d'ornement. Les feuilles composées du Frêne à fleurs offrent de 7 à 9 folioles, sessiles, lancéolées, dentées, vertes et glabres en dessus, un peu plus pâles en dessous, et barbues inférieurement le long de la nervure médiane. Les fleurs paraissent avec les feuilles ; elles sont régulières et hermaphrodites. Le calice se divise en 4 dents, et la corolle, blanche, présente 4 pétales linéaires très-longs. Il y a 2 étamines et 1 pistil à 2 loges contenant chacune deux ovules anatropes appendus comme dans les Lilas. Mais le fruit est une samare ailée.

Cette espèce de Frêne, et d'autres voisines, laissent couler des fissures ou des blessures faites à leur tronc, pendant la saison chaude de Tannée, un suc qui se concrète à Tair. Connu sous le nom de manne, ce suc concrète est doux et nutritif quand il est frais ; avec l'âge il devient purgatif, et sert comme tel en médecine. C'est de la Sicile que Ton retire la manne la plus estimée. Elle est fournie par diflférentes espèces de Frênes,

Le Frêne commun (Fraxinvs excelsior) (fig. 324) est un grand arbre qui, dans de bonnes conditions, peut atteindre et dépas-

Fig. ya. Frêne commun.

ser 90 mètres de hauteur, avec un tronc de 8 mètres de circonférence. Il croît dans les bois de plaines, de collines ou de montagnes peu élevées. Il fleurit en avril et mai. Ses feuilles présen-

OLÊINÉES. 313

tent de 9 à 15 folioles opposées, presque sessiles, lancéolées, glabres en dessus, velues en dessous à la base de chaque côté de la nervure moyenne. Les fleurs du Frêne commun, contrairement à ce que nous avons vu dans le Frêne à fleurs, sont complètement dépourvues d'enveloppes. Elles se composent donc seulement de 2 étamines et d'un pistil. Les fleurs et le fruit ressemllent aux mêmes organes du Fraxinus ornas.

GENTIANÉES,

Pour donner une idée de la famille des Gentianées, il nous suffira d'exposer les caractères de l'un des genres qui la constituent, la Petite Centaurée {Erythrœa centaurium) , par exemple (fig.315).

C'est une petite plante commune dans les bois, les prairies, les clairières. Ses feuilles sont opposées, sessiles, entières; ses fleurs, de couleur rose, sont disposées en cime. Ces fleurs sont régulières et hermaphrodites. Le calice, tubuleux, off*re 5 divisions linéaires. La corolle est en forme d entonnoir, à tube très-long et à limbe à 5 divisions. 5 étamines sont insérées sur le tube de la corolle, et leurs anthères s'ouvrent en

dedans par deux fentes Ion- pig. 325. petite cenuurée

gitudinales. Avant l'épanouissement de la fleur elles sont droites; mais elles se contournent en spirale après rémission du pollen. Le pistil se compose d'un ovaire supère, surmonté d'un style filiforme divisé en 2 branches, arrondies au sommet. Cet

ovaire est uniloculaire et renferme deux placentas pariétaux portant un grand nombre d'ovules anatropes. Le fruit est une capsule s'ouvrant en deux valves, qui portent les graines sur leurs bords. Celles-ci renferment un très-petit embryon, dans un albumen charnu.

Le genre Gentiane (Gentiana) ne diffère du précédent que par des caractères secondaires tirés de la forme de l'ovaire, des placentas, des étamines, etc

On emploie en médecine, comme tonique amer, la racine de la Gentiane jaune, belle espèce qui croît ordinairement dans les montagnes des Alpes et en Bourgogne, et dont les fleurs nombreuses, grandes et de couleur jaune, sont fasciculées et comme verticillées.

Les autres espèces de Gentianes sont aujourd'hui à peu près abandonnées par la médecine, mais les botanistes et les amateurs en font grand cas pour leur élégance et la vivacité de leur couleur%

Citons encore, comme appartenant à la même famille, deux des plus gracieux ornements de nos rivières et de nos étangs : le Trèfle d'eau ou Menyanthes trifoliata, dont les fleurs disposées en grappe et d'un blanc de neige sont teintes, à l'extérieur, de rose ou de pourpre, et garnies, sur les parois intérieures de leur corolle, de filaments délicats roulés en dedans et d'une blancheur éblouissante ; et le Villarsia nymphoïdes, rival élégant du Nénitfar.

BORRAGINESS.

La grande Cofwoîide ( Symphitum officinale) (fig. 326), que nous prendrons pour type de cette famille, est une herbe à feuilles simples, alternes, sans stipules. Les feuilles radicales sont trèsamples, ovales aiguës ou lancéolées, longuement pétiolées. Les feuilles caulinaires, lancéolées, à limbe décurrent, toutes rudes et pubescentes. Les fleurs, disposées en cime, sont assez grandes, penchées, blanchâtres, jaunâtres ou violacées, régulières ether-

BORRAGINÈES. 315

maphrodites. Le calice offre 5 sépales lancéolés. La corolle est tubuleuse, à limbe campanule urcéolé, à lobes triangulaires, coijrls, réfléchis en dehors. Au-dessous de ces 5 lobes, la gorge est munie de 5 écailles lancéolées, formant un cône, blanches, planes, chargées, au bord, de papilles cristallines transparentes. 5 étamines sont insérées sur le tube de la corolle et alternent avec ses lobes. Le fruit se compose de 4 akènes.

Fig. 326. Grande Consoude.

A côté des Symphiluin viennent se grouper d'autres genres, qu en sont très- voisins, comme la Bourrache (Borrago officinalis), dont les corolles rosacées, purpurines dans le bouton, deviennent d'un très-joli bleu après l'épanouissement; — la Buglossô

{Anchusa officinalis) ; — la Pulmonaire (Pulmonaria offidnalis) y jadis employée en médecine, mais abandonnée aujourd'hui;

— le MyosotiSy qui doit à sa fraîche et délicate beauté les noms à* Œil de perdrix, Souviens toi de moi, etc.: — la Vipérine ou (Echium vulgare), qui se distingue particulièrement par Tétrange irrégularité de sa corolle et l'inégalité de longueur de ses étamines ;

— les Héliotropes, reconnaissables à leur style, et à leur fruit . drupacé à 4 noyaux distincts.

L Héliotrope d^ Europe est sans odeur, mais celui du Pérou, que Joseph de Jussieu introduisit en France, en 1740, est particulièrement recherché pour ses fleurs bleuâtres, dont la suave odeur rappelle beaucoup celle de la Vanille,

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