OMBELLIFÈRES
L'Angélique (fig. 332), jolie plante herbacée cultivée dans nos jardins, est vivace et croît dans les montagnes du sud et de l'est de la France. Sa racine, assez volumineuse, est pivotante. Sa tige, d'un vert bleuâtre, parvient à plus d'un mètre de hauteur. Cette tige est creuse, comme le pétiole des feuilles, qui sont grandes et découpées. Les fleurs de Y Angélique forment de petites ombellules, disposées elles-mêmes en ombelles. Elles sont petites et de couleur verdâtre. Le calice présente un limbe formé de 5 dents, très-petites. La corolle se compose de 5 pétales libres, elliptiques, entiers, courbés en dedans. Il y a 5 étamines alternant avec les pétales, saillantes, attachées au filet par leur dos, s'ouvrant en dedans par deux fentes longitudinales. Le pistil se compose d'un ovaire infère, surmonté de deux styles divergents, terminés par un petit stigmate ovoïde. Cet ovaire
présente deux loges; chaque loge renferme un ovule anatrope suspendu. A la maturité, le fruit, qui est ailé, constitue deux akènes (un pour chaque loge), lesquels finissent par se séparer et demeurent suspendus à Textrémité de deux filets qui sont des prolongements du réceptacle. Chaque akène renferme une graine presque entièrement formée d'un albumen corné, vers
Fig. 332. Angélique.
l'extrémité supérieure duquel est niché un petit embryon cylindrique.
La famille des Ombellifères est une des plus importantes du règne végétal, autant par le nombre des espèces qui la composent, que par les propriétés médicinales et économiques propres à ces plantes. Cn des traits caractéristiques de Torganisa-
OMBELLIFÉRES. 327
tion des Ombellifères consiste dans la présence, an sein du fruit ou de la graine, de réservoirs ou canaux, qui contiennent des huiles volatiles aromatiques.
V Angélique (Archangelica officincUis) que nous venons d'examiner, renferme en abondance un suc aromatique et stimulant. On la cultive principalement pour les confiseurs, qui préparent avec ses jeunes tiges des conserves sucrées, parfumées, dépouillées de l'amertume et de l'âcreté de la plante. \J Angélique sylvestrcy qui croît aux environs de Paris, au bord des eaux et dans les lieux marécageux, a des propriétés analogues, mais à un moindre degré. U en est de même de VImpérataire et de la Livêche,
Un grand nombre d'Ombellifères cultivées dans toute l'Europe fournissent des fruits d'une saveur chaude et aromatique, qui ont été employés de temps immémorial comme condiment. Tels sont VAnis {Pimpinella anisum), le Cumin (Cuminum cymi^ num), VAneth (Anethum graveolens)^ la Coriandre (Coriandrum sativvm)y le Carvi {Carum cartn), le Fenouil (FœniciUum vulgare)^ etc.
Plusieurs Ombellifères occupent dans nos potagers une place importante. La racine de la Carotte sauvage {Daucus carota)^ si conmiune dans nos prairies, est petite, dure, fibreuse, d'une saveur acre. Cette racine, à l'état agreste, ne saurait être mangée; mais sous l'influence de la culture elle devient charnue, volumineuse, féculente et sucrée, tout en demeurant aromatique.
Le Panais (Pastinaca saliva) croît spontanément dans les prairies de toute l'Europe. Il a, comme la Carotte^ une racine pivotante, que la culture a rendue alimentaire, mais dont la chair est pâteuse et légèrement amère.
h'Ache odorante (Apium graveolens) prend le nom de Céleri lorsqu'elle est cultivée. Ses racines, très-âcres à l'état sauvage, et d'une odeur forte, prennent, sous l'influence de la culture, une saveur plus douce. Ses longs pétioles, quand ils ont été décolorés et attendris par le séjour de la plante dans l'obscurité, ne sont pas indignes de paraître sur nos tables.
Le Persil {Petroselimum 5a/itmw), indigène dans le midi de l'Europe, est maintenant cultivé partout, à cause de ses feuilles. U en est de même du Cerfeuil {Scandix cerefolium).
Quelques Ombellifères ont des propriétés vénéneuses ou narcotiques, n faut citer en première ligne à cet ^ard la grande Ciguë ou Cigué officinale (Conium maculatum). On la trouve sur le bord des chemins, dans les décombres, les cimetières, au voisinage des habitations. Sa racine est en forme de fuseau et de couleur blanche. Sa tige herbacée, droite, rameuse, haute de 1 à 2 mètres, glabre y c'est-à-dire sans poils, cylindrique, glauque, un peu striée, est marquée de taches d'une couleur pourpre foncée. Ses feuilles sont alternes, très-grandes, découpées, à folioles allongées, profondément dentées. Ses fleurs sont blanches, petites, disposées en ombelles terminales, composées d'environ 10 à 12 rayons. Les pétales sont presque égaux, à peu près en forme de cœur, sessiles. Le fruit, globuleux, oflre sur chacune de ses deux moitiés latérales cinq côtes saillantes et crénelées, en sorte qu'il paraît tout couvert de petites aspérités ou de tubercules arrondis.
Toutes les parties de la grande Ciguë, froissée entre les doigts, exhalent une odeur herbacée, vireuse et désagréable. Personne n'ignore que cette plante constitue un poison violent pour l'homme et pour beaucoup d'animaux. Les moyens propres à combattre l'empoisonnement par la grande Ciguë consistent à provoquer le vomissement et à administrer ensuite des boissons toniques. La Ciguë a été connue depuis les temps les plus reculés. C'est en buvant le suc de cette plante que Socrate et Phocion furent récompensés des services qu'ils avaient rendus à la Grèce.
La Ciguë vireuse (Cicutavirosa) est encore plus active et plus délétère que la grande Ciguë ; elle est heureusement très-rare dans les environs de Paris, où elle croit sur les bords des étangs, des fossés et des marais tourbeux.
Citons enfin YŒthu>sa cynapium, ou petite Ciguës qui se trouve communément dans les lieux cultivés.
Dans les potagers, on peut facilement prendre la petUe Ciguê^ lorsqu'elle n'est point encore suffisamment développée, ou en fleurs, pour le Persil ^ auquel elle ressemble beaucoup. On la distingue de cette herbe potagère aux caractères suivants. Les feuilles du Persil sont deux fois divisées, ses folioles sont larges, partagées en 3 lobes sub-cunéiformes et dentés ; la petite Ciguë
OMBELLIFÉRES. 329
a les feuilles trois fois divisées, ses folioles sont plus nombreuses, plus étroites, aiguës, incisées et dentées. D'ailleurs, l'odeur du Persil est agréable et aromatique, tandis que celle de la Ciguë est nauséabonde et vireuse. Si les deux plantes sont en fleur, on les distinguera au premier coup d'œil, car les fleurs du Persil sont jaunâtres, tandis que celles de la Cigtt'é sont blanches. La tige présente aussi pour ces deux plantes des caractères différentiels : celle de la petite Ciguë est presque lisse, rougeâtre inférieurement, et un peu maculée de rouge foncé; la lige de notre légume aromatique est, au contraire, cannelée et de couleur verte.
La petite Ciguë renferme un alcaloïde organique, la cicutine, qui agit comme les poisons narcotico-âcres.
AHFÉLIDÉES.
La Vigne {VUis vinifera) est un arbrisseau sarmenteux, originaire de la Mingrélie et de la Géorgie, entre les montagnes du Caucase, de l'Ararat et du Taurus. Ses feuilles sont cordiformes, à 5 lobes sinués-dentés. La Vigne peut se cramponner aux objets le long desquels elle grimpe, à l'aide de vrilles, qui naissent des rameaux, juste en face du point où sont insérées les feuilles Les fleurs de la Vigne sont disposées en une panicule multiflore, que tout le monde a vue au printemps. Ses fleurs, très -petites et verdâlres, ont une odeur douce qui, au printemps , parfume les campagnes du midi de la France, où cet arbuste est cultivé sur d'immenses surfaces.
Quelle est l'organisation des fleurs de la Vigne (fig. 331)? Le calice est très-court, et se compose de 5 dents, à peine visibles. La corolle est formée de 5 pétales cohérents au sommet, et se détachant par le bas tout d'une pièce, comme une petite calotte, après la floraison. A ces 5 pétales sont opposées 5 étamines à filets libres, à anthères biloculaires s'ouvrant en dedans par deux fentes longitudinales et attachées sur le filet par leur dos. Au centre de la fleur se dresse un
ovaire libre, entouré, à sa base, par un disque glanduleux, et surmonté d'un stigmate sessile à tête aplatie. Cet ovaire est divisé en deux loges et chaque loge renferme deux ovules collatéraux ascendants à la base de la cloison et anatropes. Chacun de ces ovaires devient une baie globuleuse qui est le grain de raisin et qui contient (lorsqu'il n'y a pas eu d'avortement ) quatre graines ou pépins. Ces graines, dont le test est osseux, renferment un très - petit embryon , droit, dans Taxe d'un albumen charnu trèsabondant.
Nous ne reviendrons pas ici sur les variétés de la Vigne , sur les limites actuelles de sa culture, sur la préparation des vins, etc., détails que nous avons exposés dans un autre ouvrage, le Savant du foyer. Nous ajouterons Fig. 833. Fleur de la Vigne. seulement que les con-
génères américaines de la Vigne produisent des baies acerbes, et qu'une espèce appartenant au genre CisstiSj voisin des Vitis, et particulièrement connue sous le nom de Vigne vierge, sert à former d'élégants berceaux, ou à tapisser la nudité de nos murs d'un magnifique manteau de feuilles d'un beau vert luisant, qui deviennent pourpres à l'automne.
RIBÉSIACÊES. 331
ribésiâcées.
Les Groseilliers (fig. 334) sont des arbrisseaux souvent armés d'épines placées au-dessous de la feuille. Celles-ci sont alternes ou fasciculées, à limbe palmilobé, à pétiole dilaté à la base. Les fleurs sont disposées en grappes axillaires dans les espèces dépourvues d'aiguillons; solitaires, ou peu nombreuses, dans les espèces à aiguillon. Leur calice est monosépale, à 5 divisions, et la corolle a 5 pétales libres alternant avec les sépales; 5 étamines pèrigynes sont opposées aux sépales. Leurs filets sont libres, leurs anthères biloculaires , s'ouvrant en dedans par deux fentes longitudinales. Le pistil se compose d'un ovaire infère, surmonté de deux styles courts, à stigmates obtus. A l'intérieur de l'ovaire, qui est uniloculaire, on observe deux placentas, chargés d'o- „. ,,, „, ^ ^ .„.
' ° Fig. 33ft. Fleur de Groseillier ronge.
vules nombreux, horizontaux et anatropes. Le fruit est une baie, couronnée par le limbe persistant du calice et les pétales desséchés. Les graines qu'il renferme (dont le tégument externe devient gélatineux, tandis que l'interne est crustacé) contiennent un albumen presque corné, très- abondant, à la base duquel se trouve un trèspetit embryon droit.
Plusieurs espèces de Groseilliers sont cultivées dans les jardins
comme plantes d'ornement, tels sont les Ribes avreum^ Rites sari' guineum, etc., ou comme plantes alimentaires, tels sont le Ribes uva crispa, ou Groseillier à maquereau , le Ribes rubrum ou Gro» seillier à grappes et le Ribes nigrum ou Cassis. Le premier est un arbuste très-épineux, surtout à l'état sauvage; ses fleurs sont solitaires ou géminées, et varient beaucoup dans les jardins pour la grosseur et la couleur des fruits. Le second n'est pas épineux ; ses fruits en grappe sont rouges ou blancs. Le troisième a des grappes lâches de baies noires, contenant, ainsi que les feuilles, un principe résineux aromatique.
RENONCULACÉES.
Pour donner une idée suffisante de cette importante famille, nous étudierons successivement YAncoliey VElléborey le Pied (Tarouettey Y Aconit^ la Renoncule^ la Clématite et la Pivoine.
Les gens de la campagne, frappés de la forme et de l'élégance de YAncolie (fig. 335), ont nonuné ses fleurs Gants de Notre- Dame. Ses pétales sont façonnés en forme de cornets creux, recourbés à leur extrémité. Il y en a 5, qui alternent avec autant de sépales, plans et pétaloïdes. Les étamines sont nombreuses, disposées en 10 phalanges, dbnt 5 alternent avec les pétales et 5 alternent avec les sépales. Leurs anthères sont appliquées contre les filets par toute leur face intérieure et s'ouvrent par deux fentes latérales. 10 de ces étamines, représentées seulement par des filets dilatés sous forme d'écaillés membraneuses d'un blanc argenté, plissées sur leurs bords, s'appliquent sur le pistil. Ce dernier organe se compose de 5 ovaires libres, uniloculaires, contenant plusieurs ovules anatropes, insérés sur deux séries verticales contiguës. Ces ovaires se changent, à la maturité, en 5 follicules libres. Les graines qu'ils renferment contiennent un embryon très-petit, placé à la base d'un albumen corné très-abondant. Quant aux organes de la végétation, les tiges sont solitaires, ou plus ou moins nombreuses, droites.
RENONGULACÉES. 333
plariflores, rameuses supérieurement. Les feuilles, la plupart
Fig. 83S. Aacolie.
radicales, sont longuement pétiolées, à divisions de premier ordre longuement pétiolulées et à lobes incisés. yoilkVAncolie (Aquilegiavulgaris) dans sa simplicité primitive,
telle qu'on peut la trouver dans les bois montueu%, sur la lisière des forêts, à Bondy, Montmorency, Saint-Germain, Versailles, etc. Mais la culture a opéré dans VAncolie des modifications bien curieuses. On voit fréquemment, en effet, les 5 pétales en cornet en renfermer d'autres, emboîtés par séries, pendant que 5 autres séries semblables se trouvent vis-à-vis des sépales. Il peut même arriver que la fleur soit entièrement composée de séries de cornets emboîtés les uns dans les autres. Dans d'autres variétés, au contraire, au lieu de cornets creux, on ne trouve plus que des pétales ovales et presque plans, souvent en nombre considérable. Comme dans tous ces cas les étamines deviennent d'autant plus rares que les pétales surnuméraires deviennent plus nombreux, on est porté à penser que la formation de ces pétales n'est point sans quelque relation avec la métamorphose des étamines.
Les Ellébores ont un calice à 5 sépales, une corolle à 5-10 pétales, courts, tubuleui, bilabiés, des étamines en nombre indéfini et des pistils dont le nombre varie de 2 à 10. Ils sont un peu cohérents à la base, et l'ovaire contient deux séries d'ovules, comme dans le genre Ancolie. Le fruit est également un follicule.
Pour donner au lecteur une idée de l'aspect des plantes propres à ce genre , nous, lui présenterons le Pied de Griffon ou Ellébore fétide (Helleborus fœtidus) assez commun dans les lieux pierreux, sur les bords des chemins, dans les clairières des bois, aux environs de Paris. C'est une plante à odeur vireuse, dont la souche épaisse, ordinairement verticale, se termine par une racine pivotante. Les tiges, qui persistent pendant l'hiver, sont longues de 3 à 7 décimètres, robustes, droites, nues dans leur partie inférieure, feuillues supérieurement; elles se partagent en rameaux florifères. Les feuilles, toutes caulinaires, très-coriaces, d'un vert foncé, sont pétiolées, à seginents lancéolés, étroits, dentés, ordinairement libres jusqu'à la base. Les fleurs sont penchées, disposées en corymbe rameux. Les sépales sont concaves, dressés, verdâtres, souvent bordés de pourpre. Les follicules sont oblongs, terminés en un long bec.
Tous les Ellébores intéressent les amateurs de jardins, parce
RENONCULACÉES. 335
que la plupart fleurissent pendant l'hiver, tels sont en particulier Y Ellébore noir ou Rose de Noèl^ et le petit Ellébore jaime connu des botanistes sous le nom d'Eranthis hyemalis, qui fleurit dès que les neiges commencent à fondre.
Les Dauphinelies (Delphinium) ont un calice à 5 sépales pétaloïdes, inégaux, le supérieur redressé en cornet pointu, en éperon, ou conmie la queue d'un dauphin, ce qui leur a fait donner leur nom. Les pétales, au nombre de quatre dans certaines espèces, sont réduits à un seul dans d'autres, par suite de phénomènes d'avortement et de soudure ; car à l'origine il y a toujours huit pétales, dont six se développent par paire en face de trois des sépales, et dont deux se développent isolément en face des deux autres sépales. Quoi qu'il en soit, les deux pétales supérieurs dans un cas, le pétale unique et supérieur dans l'autre cas, se prolongent en un cornet pointu, inclus dans l'éperon du calice. Les étamines, très-nombreuses, sont disposées en huit séries, opposées aux huit pétales originaires. Les carpelles, au nombre de un à cinq, libres, sessiles, verlicillés et qui se changent plus tard en follicules, occupent le centre de la fleur.
On trouve fréquemment aux environs de Paris, dans les moissons, dans les champs cultivés, le Delphinium consolida^ connu vulgairement sous le nom de Fied d'alouette des champs, Pied d'aloitette sauvage. Éperon de chevalier. Sa tige est grêle, droite, à rameaux nombreux; ses feuilles, découpées en petites lanières; ses fleurs, bleues ou blanches, en grappes courtes, forment un panicule.
On cultive de fort belles espèces de Dauphinelies dans les jardins, telles que les Delphinium elatum, Delphinium gràndiflo^ rvm^ etc., espèces vivaces, originaires de la Sibérie ; une des plus élégantes est le Delphinium Ajacis, plante originaire d'Orient et d'Algérie, qu'on rencontre souvent dans le voisinage des jardins, d'où elle a disséminé ses graines.
Le genre Aconit (Aconitum) oflre cinq sépales pétaloïdes, inégaux, dont le supérieur façonné en forme de casque (fig. 336) recouvre la corolle. Ce dernier organe se compose de 2 à 8 pétales, dont les deux supérieurs oflrent un onglet allongé, et se terminent en capuchon renversé, tandis que les inférieurs sont
très-petits, filiformes, souvent nuls. Les étamines, nombreuses, sont disposées en séries, comme dans les Dauphinelks; on trouve au centre de la fleur 3 à 5 pistils qui deviennent des follicules. L'Acanit est une herbe narcotico-âcre, très- vénéneuse, mais
qui, appliquée avec discernement, constitue un médicament éminemment utile. On l'emploie contre les névralgies, les paralysies, les rhumatismes, llnfection purulente, etc.
L'espëôe la plus vénéneuse est Y Aconit feroXj qui croît dans THimalaya, en Asie. V Aconit napellus Fig. 3s«. Fleur de l'Aconit napei. est notrc espèce officinale. Elle est très-rare aux environs de Paris, mais les touristes la rencontrent fréquemment dans les montagnes de la Suisse et du Jura. Elle élève à 12 décimètres de hauteur ses tiges droites, simples, un peu rameuses supérieurement, munies de feuilles
d'un vert foncé et luisantes en dessus, d'un vert pâle en dessous, à 5-7 segments, divisés en lobes oblongs, incisés. Ses fleurs, qui sont bleues et d'un aspect élégant, forment des grappes allongées; on voit deux petites bractées au-dessous de chaque fleur.
Les Renoncules (RanunciUus) (fig. 337) ont le calice coloré en Fig. 337. Renoncule. ^crt ct composé dc cinq sépales.
La corolle présente cinq pétales, munis, à la base interne de leur onglet, d'une écaille, ou d'une fossette nectarifère. Les étamines et les pistils sont très-nombreux. Les premières offrent la structure ordinaire; mais les seconds, qui sont disposés en tète globuleuse ou oblongue et prolongés en un bec court, renferment un seul ovule, ascendant et anatrope. Ils deviennent plus tard des akènes.
RENONCULACÉES. 337
Beaucoup d'espèces de ce genre possèdent une propriété vésicante, c'est-à-dire qu'appliquées sur la peau, elles y produisent une irritation qui va jusqu'à déterminer la destruction de l'épiderme et la formation d'une petite plaie : telles sont les Ranunculus flammula {petite Douve), lingua (grande Douve) j arvensis (Bassinet des champs), bulbosus (pied de Corbin, pied de Coq\ acris (Bassinet y Bassin d'or)^ sceîeratus (scélérate), qui sont communes aux environs de Paris. Quand on distille ces plantes avec de l'eau, le liquide condensé et recueilli contient un principe trèsâcre. Les animaux ne touchent pas aux Renoncules, quand elles sont fraîches; cependant ces plantes desséchées sont bonnes pour faire du foin.
A côté des Renoncules, nous citerons les Anémones, les Hépatiques, les Adonis.
Les Clématites (Clematis) ont un calice à quatre divisions pétaloïdes et sont dépourvues de corolle. Les étamines et les pistils sont nombreux comme dans les Renoncules. Ces pistils sont uniloculaires; ils deviennent des akènes à graine renversée et surmontés d'une sorte de queue plumeuse, résultant de l'accroissement du style après la floraison. Les feuilles des Clém/ttites sont opposées, et leur tige ordinairement ligneuse, sarmenteuse, grimpante.
Dans les haies, les buissons, les taillis du nord de la France, on trouve souvent le Clematis vitalba (vulgairement Herbe aux gueux), dont les feuilles pilées, appliquées sur le corps, produisent la rubéfaction, la vésication et l'ulcération de la peau. Les mendiants se servent quelquefois de cette plante pour se procurer des ulcères artificiels et momentanés : de là son nom vulgaire. Ses fleurs sont blanches, disposées en panicules axillaires. On rencontre quelquefois dans le voisinage des jardins le Clematis flammula (vulgairement Clématite odorante), que l'on plante assez souvent pour garnir les palissades et les berceaux, et qui se distingue de l'espèce précédente par ses sépales tomenteux seulement aux bords. On entoure fréquemment les bosquets de Clematis viticella, dont les sépales sont violets, pourpres ou roses et dont la fleur double par la culture.
On voit quelquefois à côté de cette dernière espèce YAtragène
des Alpes, remarquable par la beauté de ses grandes fleurs, d'un bleu violet. Le genre Atragène se distingue du genre Clcmatis par Texistence d'une corolle composée de pétales nombreux plus courts que les sépales.
Les Pivoines {Pseonia) ont le calice foliacé, coriace, persistant, à sépales inégaux. La corolle se compose de cinq, six, dix pétales orbiculaires, presque égaux. Les pistils, en nombre variable, renferment un grand nombre d'ovules. Les fruits sont des follicules coriaces. Le réceptacle se gonfle en un disque charnu, qui peut former comme une sorte de sac. Les graines sont munies d'un arille assez peu développé.
Les Pivoines sont des plantes herbacées, vivaces ou suffrutescentes, à feuilles alternes. Elles font, dès le printemps, l'ornement de nos jardins. Tous nos lecteurs connaissent la Pivoine mouton (vulgairement Pivoine en arbre) ^ dont les pétales sont tantôt blancs , marqués à la base d'une tâche pourpre, tantôt rosés et qui doublent par la culture. Les Chinois, qui la cultivent depuis quinze cents ans, en ont obtenu plus de deux cents variétés. La Pivoine a été introduite en France au commencement du siècle actuel.
Citons encore la Pivoine officinale^ à pétales rouges, ou roses, ou panachés, dont les fleurs doublent facilement, et qui était jadis fameuse dans la sorcellerie ; la Pivoine corai/ (vulgairement Pivoine nidle), etc.
PAPAVÉRACÉES.
Les Pavots ont un calice à deux sépales caduques, une corolle à quatre pétales, de nombreuses étamines, munies d'un long filet et dont les anthères s'ouvrent latéralement par deux fentes longitudinales. L'ovaire, uniloculaire, est partagé presque complètement par plusieurs lames placentaires qui, partant des parois, s avancent i)resque jusqu'au centre, et portent un grand nombre d'ovules anatropes, insérés sur toute leur surface. Le stigmate se penche sur l'ovaire en une sorte de collerette, dont le bord est découpé en autant de dents qu'il y a de
PAPAVÉRACÉES. 339
placentas pariétaux, et porte un nombre é^al de crêtes veloutées papilleuses Le fruil est une capsule ovale, oblongue, ou qui s'ouvre par de petites valvules placées au-dessous du stigmate. liCs graines, très-petites, renferment un minime embryon, placé à la base d'un albumen charnu et oléagineux.
Les Pavots sont des herbes à suc laiteux blanc, à feuilles dentées; les feuilles partant de la racine sont pétiolées, les feuilles partant de la tige sont sessiles ou embrassantes. Leurs pédoncules solitaires, uniflores, sont penchés avant la floraison.
Nous signalerons particulièrement trois espèces de Pavots.
1** Le Coquelicot, ou Pavot-coq {Papaver rhœas), est très-commun dans les champs de blé, dont il forme, avec les Bleuets, le plus gracieux ornement. Ses pétales murilagineux, amers, sont émollients et légèrement narcotiques
2° Le Pavot du levant, ou Pavot de Tournefort, à pétales de couleur écarlate ou orange, à onglet de couleur noir pourpre, ne diffère que peu du Pavot à bractées {Papaver bracteatum).
3® Le Pavot sœnnifère (Papaver somniferum), dont on distingue deux variétés : Tune nommée Pavot blanc (fig. 338), parce que ses graines sont ordinairement blanches, et particulièrement cultivée pour en extraire Topium ; Tautre nommée Pavot noir, parce que ses graines sont noires, et qui fournit l'huile douce connue sous le nom d'huile d'œillette.
Tout le monde sait que l'opium n'est autre chose que le suc épaissi du Pavot blanc. Ce suc découle de plaies faites aux ovaires, peu de temps avant leur maturation.
La Chélidoine ou Grande Éclaire (Clielidonium ninjus) appartient à la famille des Papavêracées. (Vest une plante vivace, à suc d'un jaune rougeâtre, qui jouit encore d'une certaine réputation pour la guérison des verrues. Ses tiges sont droites, rameuses, pubescentes, à longs poils épars, étalés. Ses feuilles ont trois à sept segments ovales, lobés, à lobes incisés, crénelés, glauques en dessous. Ses fleurs, qui sont jaunes et disposées en ombelle simple, diffèrent très- notablement de celles du Pavot par la structure du pistil. Cet organe se compose, en effet, d'un ovaire uniloculaire, offrant seulement deux placentas pariétaux, et surmonté d'un style court, à stigmate bilobé. Le fruit est une
capsule linéaire et s^ouvre en deux valves qui se détachent de la base au sonmiet, en laissant persister le châssis formé par
Fig. 338. Pavot lomiiifèrc.
les placentas. Les graines présentent en outre cette particularité remarquable, d'être munies d'une petite excroissance celluleuse blanche, en façon de cimier.