‹ Histoire des plantes (volume 4)Chapitre 49 sur 64 · MOUSSES · texte numérisé non relu

MOUSSES

qui protège l'urne presque tout entière, est la coiffe. Enfin , le filet qui continue la tige et supporte l'urne, est appelé soie.

Cette urax résulte du développement d'un petit appareil fait en sorte de bouteille à long col, traversé dans toute sa longueur par un canal très-évident, ouvert, épanoui & son sommet et qui n'est pas sans analogie avec le pistil des plantes supérieures; on le nomme archégone. Dans le jeune Âge, plusieurs arctiéganes étaient renfermés dans la rosette terminale des tiges (3 et 7) : mais un seul de ces archégones se développe pour former l'urne portée par une longue soie.

L'apparition de ces archégones est contemporaine de celle des appareils fécondateurs. Ceux-ci apparaissent au centre des rosettes terminales de tiges différentes de celles qui portent les urnes, car les Polytrics sont dioïques. Ces appareils fécondateurs consistent en petits corps grisâtres allongés (4), plus, ou moins fnsiformes et accompagnés de filets cylindriques, qui se nomment parapyivju. Ce sont des sacs celluleux qui s'ouvrent par en haut, et dont le contenu s'échappe par saccades, à un moment donné, jusqu'à ce que l'organe soit complètement vide.

Ouand on examine la matière ainsi projetée hors du sac, on voit qu'elle est constituée par un tissu & mailles peu distinctes, dont chaque cellule renferme un petit corps enroulé sur luimême et oCTrant un renflement très-sensible sur un point de sa circonférence. Ces petits corps sont dans un mouvement de rotation presque continuel. Le tissu qui les contient se dissout promptement au contact de l'eau. Le petit sac, qu'on nomme antkéridie, s'aplatit et se dessèche après l'émission des corpuscules mobiles qu'il contenait, et qu'on désigne sous le nom d'anihérozoides.

Nous avons dit que l'apparition des archégones est contemporaine de celle des anthéridies. Quelles que soient les difficultés qui paraissent s'opposer & ce que les anthérozoïdes parviennent jusqu'à ces archégones, il est impossible de nier que ce transport ail lieu, car on a trouvé dans les archégones de certaines Muscinées des anthérozoïdes vivants qui avaient déjà parcouru le tiers de la longueur du col.

Il résulte donc de la structure des archégones et des anthéridies, et de l'observation si curieuse que nous venons de signa-

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1er, que ta sexualité de ces petites plantes est aiy'ourd'hui hors de doute. Elle est encore confirmée par ce fait, dont l'illustre observateur Hedwig faisait Bon principal argument en faveur de cette sexualité, que dans les Mousses dioïques, les archégones n'arrivent à leur complet développement que quand les individus munis d'anthéridies croissent dans leur voisinage.

Le type si gracieux des Fougères à haute tige est d'un effet saisissant. Ces plantes rivalisent avec les plus beaux Palmiers, lorsqu'elles s'élèvent à quinze et vingt mètres de hauteur, en laissant retomber du sommet de leur tronc, en forme de co-

Fig. 3n. TraDjoD tt Don]» Imuvtrult d'un* Ugc d* Tongin arlMnMeala.

lonne , un panache de feuilles mille fois découpées. Le bourgeon qui couronne son extrémité, se recourbe toiyours en une sorte de crosse , dont la courbure gracieuse ajoute encore à l'élégance de la forme générale de ce beau végétal. Le tronc des Fougères arborescentes s'allonge toujours par le sommet, sans augmenter en diamètre; il est marqué de haut en bas, de cicatrices laissées par la chute des feuilles (fig. 392, a). Ces dotrices ont une forme régulière et sont presque contiguês vers le sommet de la tige ; mais plus bas, elles sont légèrement déformées et plus espacées. On a conclu de là que la tige grandit en longueur quelque temps encore après la chute des feuilles ■

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?ig. )M. Fau|«ra arbomcanl» du Bnbll.

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Nous représentons dans la figure 393 une Fougère arborescente (lu Brésil.

Dans nos climats, ces Cryptogames sont îoin de présenter les dimensions qu'ils atteignent sous les tropiques. Nos Fougères ne sont jamais que des plantes vivaces, à rizhome cour t, ou traçant, et dont les feuilles ne dépassent guère 10 à 15 décimètres. Ajoutons d'ailleurs que les Hyménophy lies et les Trichomams (fig, 394) des tropiques et de l'hémisphère austral, qui ne croissent que dans les lieux humides, au pied des vieux arbres ou sur des rochers baignés par l'eau des misaeaux, sont en général de très - petite taille. Leurs feuilles, délicates, sonl dépourvues d'épiderme , et consistent en une simple lame de tissu cellulaire, parcouruepar des nervures, formées elles- mêmes de vaisseaux scalariformes.

Pour étudier de plus près la structure d'une espèce de Fougère ,. nous prendrons

pour type le Nephrodium '^' ' "^ ""'■''•»■

/î/ix maj,connu vulgairement sous le nom de Fou!7^ren]a/e(fig.395).

Cette plante est commune dans les bois et tes lieux stériles; elle porte sur sa souche, qui rampe horizontalement, des écailles rousses. Les feuilles sont grandes, pétiolées, très-découpées. A la face inférieure des feuitles, ou du moins de ce qui a l'apparence des feuilles, et que l'on nomme dans le langage botanique, frondes, on trouve de petites saillies arrondies en forme de rein. Chacune de ces saillies est constituée par un groupe de petits corps, jaunes verdfltres dans le jeune dge, bruns à la

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maturité, et qui sont recouverts par une mince pellicule gri-

Flg. ut. Foogcre mlk.

satre. Chaque groupe de ces petits corps, ou sporonget, porte 1*

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nom de sors; la pellicule qui les recouvre est nommée indusie. La figure b96 fait voir avec un grossissement microscopique, les organes qui se trouvent à la face inférieure des frondes de la Fougère mâle.

T>*s sporanges, ou capsules (fig. 397), sont des sacs celluleux

DèhiKeDce, ou ODTcrtDre d'un gpgrauge

pédîcellés, munis, à leur circonférence, d'un cercle presque entier de cellules plus grandes et plus épaisses que celles du reste de la paroi. Ces cellules constituent donc une sorte d'anneau qui, par l'effet de sa croissance ou par ses changements hygrométriques, détermine la rupture irrégulière des parois du sporange (fig. 398) et, par ses mouvements, pousse au dehors un grand nombre de globules ovoïdes, anguleui, qu'on a longtemps considérés comme les graines de la plante, et que l'on nommait spores. Mais cette assimilation est absolument contraire aux faits.

Dans les divers genres composant la grande famille des Fougères, les appareils dont nous venons d'entretenir très-succinctement le lecteur, offrent des formes ou des dispositions différentes.

Dans notre Polypode, les sores arrondis sont dépourvus d'indusium. Dans le Pteris, un indusium continu avec le bord de la feuille, et s'ouvrant du càté interne, protège les sorcs. Dans la Scolopendre, les sores, rapprochés par paire, sont protégés par un indusium en apparence bivalve, et ils sont disposés en lignes obliques. Dans YOsmonde royale, les capsules forment des grappes terminales sur les nervures des parties supérieures de la feuille

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contractées et modifiées, et sont dépourvues d'anneaux, comme d'indusie, etc., etc.

Le mode de reproduction des Fougères a été étudié de nos jours par un botaniste allemand, M. Nsgeli, et plus tard par M. LeszcyC'Suminski . Nous allons donner un exposé des observations si curieuses de ces naturalistes, qui nous ont révélé le mode étrange de reproduction des Fougères.

On savait depuis longtemps que les prétendues spores des Fougères étaient susceptibles, dans des conditions favorables, de germer et de reproduire le végétal originaire. Ce mode de développement de la plante semblait donc connu. On considérait les capsules comme des organes femelles, et l'on avait cru trouver les organes mâles dans les parties voisines, comme des poils, des glandules, etc. Mais de nouvelles et remarquables observations montrèrent bientôt que le phénomène n'était pas aussi simple qu'on l'avait penséd'abord. D'ailleurs, la structure des corps qu'on avait considérés comme les organes miles, ne répondait pas à celle que possèdent les anthéridies dans les Cryptogames voisins. Nulle part la présence des anthérozoïdes n'avait confirmé ces désignations hasardées. I^a nature, en effet, n'a placé les anthéridies des Fougères ni au milieu des sores ni sur le pédicule des capsules. Contrairement à toutes les prévisions de la théorie, c'est sur la plante en germination que l'on trouve ces organes, sur des individus qui ont à peine quelques semaines d'existence, et ne se composent encore que d'un petit nombre de cellules.

Cette découverte, qu'on peut considérer comme prodigieuse, est due à M. Nxgeli. Elle fut complétée, quelques années plus tard, par les observations de M. Leszcyc-Suminski, qui annonça que ce même rudiment de plante porte les organes femelles.

Assistons donc à la germination d'une spore de Fougère. Sa membrane externe, résistante et colorée, se rompt, et par l'ouverture qui se foime, la membrane interne fait saillie, sous la forme d'une espèce de boyau. Des cellules se produisent et se multiplient h l'extrémité de ce boyau. II en résulte bientôt une petite expansion foliacée, en forme de cœur ou de raquette, (fig 399 (i) dont les dimensions sont d'environ 3 millimètres de

large sur 2 millimètres de long dans le Pteris wnUaia. A la partie inférieure de ce petit organe, ou prolhallium, apparaissent

Flg. 3»». Protbllliui

de bonne heure, des radicelles; puis se montrent les anihéridies et les archégonw.

Fig. iVo. FortïOD de Proembrjon île Kougère, partant deux inlhiiridies, '■.

Les anthéridies sont de petits mamelons celluleux, formés, selon M. Thuret, de trois cellules superposées (fig. kOO). Dans

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les jexmes anthiridUs (a), dit ce botaniste, la cavité centrale (en* tourée par la deuxième cellule faite en fonne d'anneau) n'est remplie que d'une matière granuleuse grisâtre; peu à peu on 7 voit se dessiner des petits corps sphériques, qui sont les anlhérosoidet, A mesure que le développement de ceux-ci avance , la cavité centrale augmente de volume, et refoule fortement les parois de la cellule périphérique. Enfin il arrive un moment où la pression est si grande que l'anthéridie crève brusquement.

La cellule du sommet qui servait comme de couvercle à la cavité centrale se rompt, ou quelquefois est chassée à travers la déchirure de la cuticule (lig. 401 ). Les anlhirozaHéa sont expulsés en même temps.

Au moment de leur sortie, lesan-

ihirozcides se présentent sous ia

forme de petites vésicules grisâtres,

poruon dE p™"b' ï<,n d. p,^i. sphériques, dont le contenu est peu

nmilDlaoffnntiUfoisdu dlStînCt (Gg. 402). IlS SODt d'abOrd

complètement immobiles, mais au bout de quelques instants on les voit, l'un après l'autre, se dérouler subitement, et s'élancer dans le liquide ambiant avec

Fig. 4<n. Anthcroialdra d« FoDgâra.

une rapidité extraordinaire. Ils se mettent alors à tourner trèsvivement; ces mouvements giratoires se prolongent quelquefois sans interruption pendant une heure ou deux. Si l'on ^'oute

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sons le microscope, une gouttelette d'eau iodée, leurs mouvemeats s'arrêtent brusquement. Leur corps , tordu en hélice, forme une sorte de petit ruban spiral ; il est d'ailleurs peu nettement défini, surtout aux extrémités. Les organes locomoteurs de ces corps étranges composent un faisceau de cils courts, nombreux, fornoant une espèce de crête, qui émane de la partie antérieure du corps. Le nombre de ces cils rend facilement raison de l'extrême vitesse avec laquelle se meuvent ces anthérozoïdes.

Ces fÏLits renversent toutes les notions relatives à la distinction des animaux et des plantes. Voici de simples organes végétaux qui se meuvent, et si l'on réfléchit d'autre part qu'il est des animaux totalement immobiles, comme l'Éponge, les Coraux, les Huttres adultes, etc., on se demande où est la plante, où est l'animal, et l'on se dit que ces distinctions que la science est obligée de tracer parmi les êtres vivants, c'est-à-dire la séparation des animaux et des plantes, devient impossible quand on se place aux confins de ce que l'on appelait autrefois les deux règnes de la nature.

Les organes femelles des plantes qui nous occupent sont moins nombreux que les précédents ; un proembïyon n'en porte pas plus de quatre à vingt (fîg. 401 et 403). Us sont situés à la face inférieure du prothallium, mais en avant du côté de l'échancrare. Chacun d'eux se présente comme une cavité arrondie plongée dans l'intérieur du parenchyme et communiquant avec l'extérieur par une sorte de cheminée que forment seize cellules transparentes, disposées, quatre par quatre, les unes audessus des autres (^.403).

Nous devons faire "remarquer ici que les deux sortes d'organes que nous venons de décrire, peuvent exister à la fois sur le même prothaliium, comme dans la figure 401, ou se distribuer sur des prothal- f ig. tw- Arohigone luié liums différents, comme dans la figure 399.j„ j„iJ°j°",^e,"r ™™rp» Il y a donc monœcie ou diœcie. Quant au •mbrïoon^n). fait de la fécondation, il ne peut plus être contesté. M. Suminski a vu et figuré les anthérozoïdes dans l'intérieur de la

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cavité des archégoties. Le fail a été conârmé depuis, par d'autres observateurs.

Sans entrer dans les détails du développement de la vésicule embryonnaire à l'intérieur de la cavité de l'arcbégone, nous ferons remarquer qu'on ne voit sortir du proembryoti qu'une seule plante, comme si un seul archégom était fécondé, ou, au moins, prenait un tel développement que la croissance des autres en fût empêchée.

En résumé, les capsules qui se développant à la face inférieure des feuilles de Pougëre, ne sont pas des fruits, comme on l'avait admis jusqu'à ces derniers temps ; les spores que ces capsules renferment ne sont pas des graines. Les organes reproducteurs mâles et femelles se développent sur un petit appareil transitoire et celluleuz, résultant de la germination de la spore.

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Mous avons rapidement parcouru les familles naturelles dont il importe le plus de connaître les espèces utiles. Mais il est un élément dont nous n'avons pu parler eDCore dans aucun de nos chapitres : nous voulons parler de l'dge des végétaux.

L'âge des végétaux est important à connaître et à apprécier au point de vue du caractère qu'ils impriment au paysage. Il existe, sous ce rapport, de véritables monuments d'antiquité naturelle. Les peuples ont toujours accordé à ces patriarches du règne végétal une importance extrême , exagérée sans nul doute au point de vue de la science, mais qui nous engage à énumérer rapidement ici les exemples les plus connus de ces espèces de monstruosités vivantes. Nous allons donc nous arrêter un instant sur les arbres géants, sur ces monuments végétaux qui font l'étonnement et l'admiration des hommes.

Le Tilleul parait être l'arbre d'Europe qui est susceptible d'atteindre la plus grande longévité et les plus grandes dimensions en diamètre. On cite en Allemagne, dans le royaume de Wurtembei^, le célèbre Tilleul de Neitsladt. Le couronnement de cet arbre décrit une circonférence de 133 mètres ; ses branches sont soutenues par 106 colonnes de pierre. Les deux colonnes du devant portent les armoiries du duc Christophe de Wurtemberg, à la date de ibbB. Sur plusieurs autres colonnes se lisent les noms de ceux qui les ont fait élever. Le Tilleul de Neustadt se divise à son sommet en deux grosses branches : l'une atteint une longueur de 35 mètres, l'autre fut brisée par le vent en 1773.

Le Tilleul le plus âgé, ou du moins celui dont on connatt la date avec le plus de précision, est celui qui fut planté en H76,

dans ia ville de Fribourg, en Suisse, pour célébrer la victoire de Morat. Cet arbre a une circonférence de 5 mètres.

Près de Fribourg, dans le village de Villars-en-Moing, est ud autre Tilleul qui, selon la tradition, était déjà célèbre en 1476 par sa grosseur et sa vétusté, car des tanneurs , profitant de la confusion de la bataille de Morat, le mutilèrent, pour en avoir l'écorce. Cet arbre, dont l'âge précis est diflicile à fixer, a maintenant une circonférence de 12 mètres et une hauteur de îk. Il se divise, à 3 mètres de hauteur, en deux grandes masses, subdivisées elles-mêmes en 5 autres, toutes touffues et bien saines.

On voit près de Saintes , dans le département de la Charente- Inférieure, un des plus grands Chênes de l'Europe. H possède, sur une hauteur de 20 mètres, un diamètre de 9 mètres à sa base. Dans la partie détruite de ce tronc gigantesque, se trouve ménagée une chambre de 3 mètres de haut sur 3 ou 4 de large, dont les parois sont tapissées de Lichens et de Fougères. On estime l'âge de ce géant entre 1800 et 2000 ans.

Le fameux Châtaignier du mont Etna (flg. kOk), dit en Sicile Caslagno di Cmio CavaUi (Châtaignier des Cent Chevaux), a î>ï mètres de circonférence.

Jean Houel, a donné, comme il suit, l'histoire et les dimensions de cet arbre gigantesque :

I Nous partîmes d'Aci-Reale pour aller voir le Châtaignier qu'on appelle des Cent Chevaux.... Nous passâmes par Saint-Âlfio et Piraino, où les ariires sont communs, et où I'od trouve de superbes futaies de châtaigniers. Ib viennent très-bien dans cette partie de l'Etna, et on les y cultive avec soin ; on en fabrique des cercles de tonneaux, dont on fait ua service assez considérable.... La nuit n'étant pas encore venue, nous all&mes voir d'abord le fameux chAtaignier objet de notre voyage. Sa grosseur est si fort au-dessus de celle des autres arbres , qu'on ne peut exprimer la sensation qu'on éprouve en le voyant. Après l'avoir bien examiné, je commençai à le dessiner.... Je continuai le lendemain à la même beure , et je le finis totalement d'après nature, selon ma coutume. La représentation que j'en donne est un portrait âdèle. J'en ai fait le plan, afin de démontrer la possibilité qu'un arbre ait cent-soixante pieds de circonférence. Je me fis raconter l'histoire de cet arbre par les savants du hameau.

■ Cet arbre s'appelle Châtaignier des Cent Otsvaax, à cause de la vaste étendue de son ombrage. Ils me dirent que Jeanne d'Aragon , allant d'Espagne à Naples, s'arrôla en Sicile, et vint visiter l'Etna, accompagnée

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LES ARBRES GËANTS. 435

de toute la noblesse de Catane; elle était à cheval, aiosi que toute sa suite. Ud orage survint; elle se' mit sous cet arbre, dont le vaste feuilla^ suffit pour mettre & couvert de la pluie cette reine et tous ses cavaliers. C'est de cette mémorable aventure, ajoutent-ils, que l'arbre a pris le nom de ch&taigaier des cent chevaui ; mais les savants, qui ne sont point de ce hameau, prétendent que jamais aucune Jeanne d'Aragon n'a visité l'Etna, et ils sont persuadés que cette histoire n'est qu'une fable populaire.

« Cet arbre si vanté et d'un diamètre si considérable est entièrement creui, car le châtaignier est comme le saule : i! subsiste par son écorce ', il perd en vieillissant ses parties intérieures, et ne s'en couronne pas moins de verdure. La cavité de celui-ci étant immense , des gens du pays ; ont construit une maison oii est un four pour sécher des châtaignes, des noisettes, des amandes, et autres fruits que l'on veut conser.ver ; c'est un usage général en Sicile. Souvent, quand ils ont besoin de bois, ils prennent une hache et ils en coupent à l'arbre même qui entoure leur maison; aussi ce diitaignier est dans urt grand état de destruction.

Quelques personnes ont cru que cette masse était formée de plusieurs châtaigniers qui, pressés les uns contre !es autres, et ne conservant plus que leur écorce, n'en paraissent qu'un seul à des yeux inattenti^. ils se sont trompés, et c'est pour dissiper celte erreur que j'en ai tracé le plan géométral. Toutes les parties mutilées par les ans et la main des hommes m'ont paru appartenir à un seul et même tronc; je l'ai mesuré avec la plus grande exactitude, et je lui ai trouvé cent-soixante pieds de circonférence'. ■

On a dit souvent, comme le rappelle Houel, que ce Châtaignier monstrueux résulte de la soudure de plusieurs arbres, nés d'une utàenne souche, qui leur serait commune. Le soin avec lequel Jean Houel a décrit cet arbre, et l'inspection de la figure qu'il en a donnée, détruisent cette objection. Ce qui confirme encore l'opinion de Houel, c'est que ce voyageur igoute qu'il existe dans les environs de l'Etna plusieurs autres Châtaigniers très-beaux et très-droits, qui ont 12 mètres de diamètre, et qu'un de ces arbres a jusqu'à S5 mètres de tour.

Quel âge peut avoir le Chdtaiffnier de l'Etna? C'est ce qu'il est bien difficile de savoir. Si l'on suppose que, chaque année, ses couches concentriques se soient accrues d'une ligne en épaisseur, cet arbre vénérable aurait de Crois mille six cents à quatre mille ans d'existence.

A Neuve-Gelle, sur le lac de Genève, il existe une autre espèce de Châtaignier de dimensions gigantesques.

1. Voyagt »ux tUi de SiriU, deHaltetltULiparJ.n]. Il, pa^e !<). f\. lU.

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Les Noyers jouissent d'une grande longévité, et peuvent atteindre un énorme développement sur tous les confins de la mer Noire et de la mer Méditerranée, Près de Balaklava, en Crimée, un Noyer porte annuellement plus de cent mille noix, que cinq familles se partagent.

H. de Candolle, dans sa Physiologie végétale^ parle d'une table de Noyer qui a été vue par l'architecte Scammozzi, h Sainl^Nîcolas, en Lorraine. Faite d'un seul morceau de Noyer, cette table aurait 8 mètres de largeur, sur une longueur convenable. En 1472, l'empereur Frédéric III donna un repas magnifique sur ce monstrueux bloc végétal. D'après de CandoUe, le Noyer qui avait fourni cette table aurait au moins neuf cents ans.

Le Platane est un des plus grands arbres des climats tempérés. Pline raconte qu'il existait de son temps, en Lycie, un Platane célèbre. Le tronc creux de cet arbre formait une sorte de grotte, de 37 mètres de tour. Sa cime branchue ressemblait à une petite forêt : les branches qui la composaient, couvraient de leur ombre une étendue de terrain immense. L'intérieur de l'excaralion du tronc était tapissé de mousse, ce qui le faisait ressembler davantage encore à une grotte naturelle. Licinius Mucianus, gouverneur de la Lycie, donna dans cette grotte un festin à dix-huit convives.

Pline cite un autre Platane que l'empereur Galîgula trouva aux environs de Vélitres. Ses branches étaient disposées de manière à former une grotte de verdure, dans laquelle ce prince dîna avec quinze personnes. Bien qu'il occupât à lui seul une partie de l'arbre, les convives étaient tous fort à leur aise, et les esclaves pouvaient faire très-convenablement leur service.

A Caphyes, dans l'Arcadie, huit cents ans après la guerre de Troie, on montrait un vieux Platane, qui portait le nom de Ménélas : on prétendait que ce prince l'avait planté lui-même avant de partir pour le siège de Troie. On attribuait aussi h Agamemnon la plantation d'un Platane qu'on voyait à Delphes plusieurs siècles après la mort de ce héros.

Ces dernières assertions sont probablement fabuleuses ; mais ce qui peut donner quelque crédit aux récits de ce genre, c'est

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