‹ Histoire des plantes (volume 4)Chapitre 8 sur 64 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

OEGAN06RAPHIB ET PHYSIOLOGIE DES PLANTES.

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Gonflez une graine à la terre ; placez par exemple une graine de haricot (fig. 1) à quelques centimètres de profondeur dans la terre végétale humectée ; si la température extérieure est de 15 à 20°, la graine ne tardera pas à germer: elle se gonflera et par cet admirable travail de la nature dont il nous est permis de contempler les merveilleux résultats, mais non de

ng. I. Graine ds birîcal ea garmi nation.

comprendre l'étonnant mystère, un végétal en miniature ne lardera pas à éclore. Deux parties bien distinctes apparaîtront : l'une, de couleur jaunâtre, habituellement ramifiée, s'enfoncera dans le sol : c'est la racine; l'autre, colorée en vert, se dirigera à l'opposé de la première et s'élèvera vers le ciel : c'est la %e (fig. s).

fitudioDS d'abord, et d'une manière générale, la racùie et la

lige, organes essentiels des végétaux, parties fondamentales qui existent chez toutes les plantes, ou du moins, si l'on fait abstraction de certains végétaux d'un ordre inférieur, qui existent

chez toutes les plantes parées de feuilles et de fleurs. Nous passerons ensuite à l'étude générale d'autres organes essentiels des végétaux, tels que les branches, les bourgeons, les feuilles, les peurs, les fruits, les graines, etc.

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Le Créateur des mondes semble avoir voulu embellir ce qui est exposé à nos yeux et refuser l'élégance à tout cequi se dérobe à nos regards. Tandis que les feuilles, gracieusement suspendues aux rameaux, se balancent avec grâce au souffle des airs; tandis que les tiges, les rameaux et les fleurs font l'ornement de nos campagnes, les racines, privées de formes gracieuses, dépouillées de toute nuance brillante, et revêtues le plus souvent d'une uniforme couleur brune, accomplissent dans l'obscurité leurs fonctions, tout aussi importantes que celles des tiges, des feuilles, des rameaux et des fleurs. Quelle différence entre la cime verdoyante et fleurie d'un arbre ou d'un arbrisseau qui s'élève avec élégance au milieu des airs, et la masse grossière de ses racines, divisée en rameaux tortueux, sans harmonie, sans symétrie, etformantun inextricable réseau comme une chevelure en désordre! Ces organes, si peu favorisés sous le rapport de la beauté, ont pourtant des fonction s d'une importance fondamentale dans l'ordre des actions végétales. Commençons par exposer les dispositions extérieures et la structure des racines ; nous passerons ensuite à l'étude des fondions physiologiques qui leur sont dévolues.

Toutes les racines ne sont pas implantées dans le sol. Il en est qui flottent '''*"'■ dans l'eau, comme celles de la Unlitte d'eau {^\g. 3), et netouclurjl

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6 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

aucunement la terre. II en est qui vont puiser leur nourriture dans les tissus mêmes d'autres végétaux : telles sont les racines du Gui, plante singulière qui forme sur le Pommier, le Peuplier et une foule d'autres arbres, des touffes d'un beau vert.

Certaines racines paraissent n'avoir d'autre fonction que de fixer la plante au sol ; elles ne contribuent en rien à leur nutrition. On voyait, il y a quelques années, au Muséum d'histoire naturelle de Paris un magnifique Cierge du Pérou, d'une hauteur extraordinaire, qui poussait avec vigueur et avec une grande rapidité d'énormes rameaux. Ses racines étaient renfermées dans une caisse d'un mètre cube, remplie d'une terre que l'on ne renouvelait et n'arrosait jamais. Évidemment les racines de ce Cacttii ne lui servaient que comme moyen d'attache.

■ Au milieu d'une contrée oh six mois se passent sans qu'il tombe jamais de pluie, j'ai vu, dit Auguste de Saint-Hilaire, durant la sécheresse, des Cactus chargés de fleurs se soutenir sur des rochers brûlants, à l'aide de quelques faibles racines enfoncées dans l'humus desséché qui s'était introduit dans des fentes étroites. »

Cependant la plupart des plantes se nourrissent au moyen de leurs racines. Aussi voit-on cet organe se développer, se ramifier, et se multiplier indéfiniment dans presque tous les végétaux. . La multiplication des racines se fait de deux manières. Tantôt la racine s'allonge et s'épaissit, en n'émettant latéralement que des appendices grêles et courts, que l'on nomme radicelles et qui accompagnent le corps, ou le pivot du système descendant. On nomme ces racines pivotantes. Tantôt, au contraire, la racine est entièrement composée d'axes plus ou moins nombreux, à peu près de même calibre et qui partent de la partie inférieure de la tige : on nomme ce dernier type Tacines fasciculées, La Betterave, la Carotte, le Pfavet (fig. 4), les arbres de nos bois, nous oiTrent des exemples de racines pivotantes. Le Melon ( fig. 5), le Blé, le LU, les Palmiers, donnent des exemples de racines fasciculées.

Cette diS'érence dans la constitution du corps radiculaîre doit être prise en considération dans un grand nombre de circonstances. Le vieux Sapin, fixé au sol par un enracinement profond, brave les plus violents orages, et sur le sommet des montagnes il résisté aux plus terribles tempêtes. Mais le Palmier à éventail, dont les racines fasciculées courent et s'allongent hori-

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zontalement dans le sable, esl renversé, abattu par le vent, dès qu'il a atteint une hauteur de 1 à 2 mètres. Si l'on soutient d'une manière artificielle la lige de ce Palmier, il peut atteindre, même dans nos climats, une hauteur de 1 5 à 20 mètres. Devant le grand amphithéâtre des cours du Muséum d'histoire naturelle de Paris, on voit deux Palmiers ainsi soutenus élever très-haut leur tète, chargée de feuilles en éventail (fig. 6).

\. Raune piTo

La connaissance de la forme des racines trouve des applications pratiques. Quand on arrose une plante, il faut verser l'eau à son pied, si sa racine est pivotante ; on la verse, au contraire, à une certaine dislance de ce pied, si les racines sont fasciculées. Quand on veut tenter la culture d'une plante, on se préoccupe de la nature des couches superficielles du sol ou de ses couches profondes, selon que cette plante a des racines pivo-

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ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

tantes ou &8ciculées. Dans un même champ, on doit faire succéder à une plante à racines fasciculees , qui épuise le sol à la surface, une plante à racine pivotante, qui va chercher sa nourriture à une plus grande profondeur.

Cette diversité dans la structure des racines n'est pas d'ailleurs le fait du hasard , mats le résultat d'un dessein prémédité dans les vues de la nature.

La composition du sol varie singulièrement dans les différentes parties duglobe.Pourque tous les points de la surface de la terre fussent couverts de végétation, pour qu'aucune de ses parties ne fût privée de cet incomparable ornement, il fallait que les

formes des racines fussent très- variables, afin de s'accommoder à ces variations de la composition du sol. Ici le terrain est dur et pierreux, fort ou léger, formé de sable ou d'argile; là il est sec ou humide ; ailleurs, il est exposé aux ardeurs d'un soleil brûlant, ou balayé, sur les hauteurs, par la violence des vents et des courants atmosphériques. D'autres foi^ il est abrité de ces agitations de l'air, dans le fond de chaudes vallées. Il faut des racioes dures, ligneuses, divisées en ramifications robustes, et pourtant très-divisées à leur terminaison, pour les plantes destinées à vivre sur les montagnes, au milieu des rochers ou entre les pierres, afin que leur enracinement soit solide et que ces ramifications, pénétrant entre les fentes des rochers, s'y cramponneol avec assez de force pour résister à la violence des ouragans et des tempêtes aériennes. Les racines droites, pivotantes, peu ramifiées, conviennent aux sols meubles et perméables. Elles ne conviendraient pas aux terres compactes, argileuses, peu profondes. Dans ces terrains prospèrent les plantes aux racines qui s'étalent horizontalement à peu de distance de la surface du sol.

Ces considérations importent beaucoup à l'agriculteur qui, pour propager des plantes avec succès, doit s'appliquer à bien connaître la nature du sol et choisir pour ses cultures des terrwns appropriés & la forme des racines de chaque plante.

Deux modifications peuvent se présenter dans les deux types principaux de racines dont il vient d'être question. On voit quelquefois ces racines se transformer en masses plus ou moins volumineuses, gorgées de matière nutritive, et qui sont destinées à nourrir la plante, ou à favoriser sa multiplication. Des exemples vulgaires de cette structure nous sont ofi'erts par les Orchis de nos prés et de nos bois, connus sous le nom vulgaire de Pentecâle; par les Anémones, les Benoncules, les Dahlias de nos parterres. On nomme ces racines lubéreusts quand elles présentent la forme de celle du Dahlia (fig. 7), ou tubéreuses-fibreiises, quand elles présentent la forme de celle de VOrchis (fig. 8). Ces renilements de la racine ont une utilité spéciale dans la vie de la plante : ils ont pour destination d'accumuler à la partie inférieure du végétal des réservoirs de matière nutritive, consistant surtout en fécule, qui doit servir à son

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ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

développeiDent peDdant une certaine période de son existence.

La plupart des plantes se nourrissentprincipalementau moyen de leurs racines. On serait donc naturellement porté à croire que le volume des racines est toujours en rapport avec la grandeur des tiges et des rameaux d'une plante. Ceci estgénéralement vrai pour une même espèce; et l'on sait, par exemple, que plus les rameaux d'un Chêne sont nombreux, plus ses racines sont

, Racine tub£r«ase-BI

abondantes ; bien plus, sur un Chêiie, les plus fortes racines correspondent aux plus fortes branches. Mais si l'on passe d'une espèce végétale à une autre, on constate, non sans surprise, que les Palmiers et les Pins ont des racines peu en rapport avec leur élévation considérable, tandis que certaines plantes, comme la Luzerne, la Bryone, ÏOnonis arrête-hœuf, sont munies de racines énormes relativement aux faibles dimensions de leur tige.

Si les racines n'offrent pas dans leurs ramifications cette disposition régulière et constante que l'on remarque dans les feuilles

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RACINE. Il

et les rameaux, c'est qu'elles rencontrent dans le sein de la terre bien plus d'obstacles que n'en éprouvent les feuilles et les rameaux dans les airs. Ces derniers peuvent s'étendre librement dans tous les sens, tandis que les racines sont arrêtées sans cesse par toutes sortes de résistances. Elles sont constamment gênées dans leur allongement ou leur grosseur, forcées de se détourner de la route qu'elles doivent naturellement suivre, obligées de contourner, de surmonter les obstacles que leur oppose l'inégale dureté du sol, la présence de murs, de rochers ou d'autres racines. De là les difformités que l'on remarque dans leur structure extérieure, les déviations nombreuses qne présentent leurs rameaux. '

La manière dont les racines parviennent à triomptier de tous les obstacles, a toujours été un siy et d'étonnement. Qui n'a vu des racines d'arbres ou d'arbrisseaux, gênées, empêchées dans leur . marche, développer une force mécanique considérable, renverser des murs ou fendre des rochers; dans d'autres circonstances se réunir en touffes, ou bien étaler leurs ramuscules sur une longueur prodigieuse, pour suivre le trajet d'un ruisseau aux eaux bienfaisantes ! Qui n'a vu avec admiration les racines s'accommoder aux dispositions spéciales du sol : dans un sol convenable, diviser à l'infini leur chevelu ; ailleurs, abandonner un sol stérile pour aller chercher plus loin une terre propice, et varier leurs formes, selon que la terre est plus ou moins dure, selon qu'elle est humide ou sèche, forte ou légère, sablonneuse ou pierreuse! On ne peut s'empêcher de reconnaître qu'il y a dans cette élection fâite par les racines la manifestation d'un véritable instinct vital.

Duhamel, botaniste du dernier siècle, rapporte que, voulant préserver un champ de bonne terre des racines d'une allée d'Ormes qui l'épuisaient, il fit creuser entre le champ et l'allée un fossé, pour intercepter le passage aux racines. Mais il vit avec sui^rïse celles des racines qui n'avaient pas été coupées dans ' cette opération, descendre le long du talus, pour éviter le contact de la lumière, passer sous le fossé , et aller de nouveau s'étendre dans le champ.

C'est à propos d'une merveille de ce genre que le naturaliste suisse Bonnet disait spirituellement qu'il est quelquefois difficile de distinguer un chat d'un rosier.

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Nous nous sommes occupé plus spécialement jusqu'ici des racines qui constituent le système descendant et normal des végétaux. Cependant il est des racines qui se développent le long de la tige même. Organes supplémentaires en quelque sorte, elles viennent en aide aux racines proprement dites , et les remplacent lorsqu'une cause quelconque est venue les détruire. Dans le Blé, le Chiendent (fig. 9), et en générai dans toutes les plantes de la famille des Graminées, la partie inférieure de la lige donne naissance à des racines supplémentaires, auxquelles ces plantes, sim- . pies et rustiques, iJoiventunepartie deleurvigueuret de leur résistance auxcauses de destruction. Dans la Primevère (fig. 10), la racine principale et les racines secondaires qui en naissent, se détruisent après quelques années de végétation; mais des racines adventives

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se développent à la partie inférieure de la tige , et empêchent la plante de périr.

Dans les forêts tropicales de l'Amérique et de l'Asie, la Vanille, aux fruits ai recherchés pour leur suave arôme, enroule autour des arbres, comme une guirlande aérienne, sa tige allongée, élégante et flexible, ornement gracieux de ces solitudes. Les racines souterraines de la Vanille ne pourraient suffire à la nutrition de cette plante, et le transport des sucs nourriciers se ferait avec trop de lenteur. La nature a paré à ces

Fig. 10. Racines adienlivesdc Primevère.

inconvénients par les racines adventives qui naissent de distance CD distance le long de sa tige. Ces utiles auxiliaires descendent presque verticalement. Vivant sans peine dans l'atmosphère hunude et chaude de ces forêts, elles Qnissentpar s'enraciner çà et là dans le sol. Les autres flottant librement dans l'atmosphère en aspirent l'humidité et transportent cette humidité à la ■ plante elle-même. On peut constater dans les serres du Muséum dtiisloire naturelle de Paris ce mode intéressant de végétation de la ftmtUe (flg. 11).

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16 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

Un grand arbre qui embellit les paysages de l'Inde, le Figuier des Pagodes {Ficus religiosa), est muni de racines adventices, qoi descendent verticalement des rameaux vers le sol. Ces racines demeurent minces et d'égal diamètre tant qu'elles n'ont pas pénétré dans la terre; mais dès qu'elles s'y sont âsées, elles grossissent rapidement, et forment autour de la tige des milliers de colonnes d'une longueur souvent considérable. Les Indiens aiment à bâtir des chapelles dans les intervalles que laissent entre elles les ra-

Fis. 13. Crampons de li tige Au Lierre.

cines adventives de ce Figuier sauvage ; de là le nom de Fieua religiosaiûg. IS) donné à cet hAie imposant des plaines et des forêts de l'Asie. L'un de ces arbres vénérés, le Figuier de Narbuddah, avec ses 350 grosses racines, auxquelles viennent se joindre quelquefois plus de 3000 autres plus petites, constitue une sorte de forêt dans la forél. ■

Les rameaux du LUrre sont pourvus d'une quantité de crampons qui s'incrustent dans l'écorce des arbres, ou à la surface

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des murs: ces crampons (Gg. 13, c) sont de très-courtes racines adventives qui servent à soutenir la plante, mais ne la nourrissent pas.

n est pourtant une plante dont les crampons, qui s'implantent sur d'autres végétaux, y puisent leur nourriture. La Cuscute (ûg. 14), nous donne un exemple de ces plantes parasites dont les crampons forment de véritables racines nourricières.

Fi;, tt. Tige k lusoin d« la Cuscute.

La propriété fondamentale des racines, au point de vue physiologique, c'est de tendre sans cesse à s'enfoncer dans le sol; elles semblent donc fuir la lumière du jour. Cetle tendance se remarque dès les premiers moments de l'apparition de la radicule dans une graine en germination. Elle est si prononcée,elle parait tellement inhérente à la vie de tous les végétaux en général, que si l'on essaye de la contrarier, si par exemple on renverse une plante germante, en la plaçant, pour ainsi dire, la tËte eh bas, la racine et la tige se retourneront d'elles-mêmes, la lige pour tendre vers le ciel, la racine pour s'enfoncer en terre.

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2Q ORGANOGIIAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

On peut se convaincre, par une expérience fort simple, de la vocation naturelle des tiges pour rechercher et des racines pour fuir la lumière du jour. Dans un appartement éclairé par une seule fenêtre, placez sur du coton que vous ferez flotter sur l'eau d'une écuelle, quelques graines de moutarde en germination ; vous verrez les petites racines se diriger vers la partie non éclairf^e de la chambre, et les tigelles s'infléchir, pour aller à la rencontre des rayons lumineux venant de la fenêtre.

Quelle est la cause. qui détermine cette naturelle et invincible tendance des racines vers l'intérieur de la terre?

Les racines veulentelles éviter la lumière, dont l'action leur serait nuisible ? Cherchentelles l'humidité î tes deux expériences suivantes répondent à ces deux questions.

l'iacez des graines sur une épongehumideconlenue dans un tube de verre, et éclairez l'appareil paren has;quandla plante aura germi; el poussé des radicules et ""'*■ ''"' desligelles, vousverrez,

comme le représente la ligure là, les petites racines descendre vers le bas du tube, et par conséquent se diriger du côté de la lumière, plutôt que de ne pas obéir h leur tendance naturelle. Ce n'est donc jws pour éviter la lumière que les racines s'enfoncent dans le sol, car dans celle expérience c'est précisêtnent vers la lumière qu'elles affluent.

Remplissez de terre une botte dont le fond soit percé de plu-

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sieurs trous, comme le représente la (igure 16; placez des graines de haricot dans ces irous, et suspendez l'appareil en plein air. Les radicules ne monteront pas, pour aller chercher celte terre humide. Obéissant à la loi inflexible qui les sollicite, elles descendront dans l'atmosphère, au milieu de l'air sec, et elles ne tarderont pas à s'y dessécher. Ce n'est donc pas l'humidité que les racines recherchent.

On a pensé que l'action de la pesanteur pouvait être pour quelque chose dans la direction des radicules. C'est en effet ce qui parait résulter des expériences suivantes.

On a fait germer des graines de haricot placées à la circonférence d'une roue de fer ou de bois, entourée de mousse, pour maintenirl'humidité des graines, et contenant de petites auges pleines de terre, ouvertes de deux côtés {fig. 17). La roue, mise en mouvement dans k xms vertical par un courant d'eau, décrivait cent cinquante révolutions par minute. En raison de ce mouvement de rotation, qui produisait la force particulière connue en mécanique sous le nom de foi-ce cenlH-

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22 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

fuge, l'aclion de la pesanteur était comme aanulée, et la graine germante, échappant à l'influence de cette force, était uniquement soumise à la force centrifuge. Or, voici ce qui se produisit. Les petites tigelles qui, dans les circonstances norr maies, se dirigent vers le ciel, c'est-à-dire en sens inverse de l'action de la pesanteur, se dirigèrenten sens inverse de la force centrifuge, c'est-à-dire vers le centre de la roue. Les radicules qui, dans les circonstances normales, s'enfoncent dans le sol, c'est-à-dire dans la direction de la pesanteur, se dirigèrent dans

Fig. IT. RouedsKnigtli.

le sens de la force qui remplaçait ici la pesanteur, c'est-àdire de la force centrifuge, et se rendirent vers la circonférence de celte roue.

Celte curieuse expérience, réalisée pour la première fois par Knight, physicien anglais, a été répétée et modifiée en France par l'ii^énieux naturaliste Dutrochet. Si l'on remplace la roue verticale par une roue horizontale, la pesanteur agit toujours sur les mêmes points de la graine germante ; mais comme celle-ci est soumise en même temps à l'uction de la force centrifuge, déve-

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loppée par le mouvement de la roue, les petites racioes suivent une direction intermédiaire entre la verticale, que devrait déterminer la pesanteur, et Tliorizontale, que devrait déterminer la force centrifuge. Plus le mouvement imprimé k la roue e^t rapide , plus l'angle que fait la radicule avec le plan de la roue est aigu. Lorsque cet angle est nul, la radicule est horizontale et se dirige en dehors de la roue.

Fig- II. Roua ds Knigth laornuit borlioDlilsmeot.

L'influence de la pesanteur sur la direction des racines est ■ mise hors de doute par ces curieuses expériences.

n faut pourtant reconnaître que tout n'est pas mécanique dans cette tendance des racines à s'enfoncer dans le sol, et qu'il ï a là, sans aucun doute, une véritable faculté organique propre à l'être vivant.

Pour terminer ce qui concerne la racine en général, nous donnerons un aperçu de sa structure et des fonctions physiologiques dévolues à cet organe.

Si l'on rapproche et si l'on compare la coupe transversale de !a tige et celle de la racine d'un des arbres de nos forèta, il est facile de constater que la différence entre ces deux parties du yégétal, se réduit à peu de chose. A l'extérieur de la racine se trouve l'écorce, semblable h. celle de la tige des arbres ; seulement son parenchyme n'est jamais veri. A l'intérieur est un cylindre ligneux, représenté par des fibres, des vaisseaux et des rayons médullaires. Le bois forme donc la partie centrale de la racine, qui est presque toujours dépourvue du genre de vais-

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24 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

seaux connus sous le nom de trachées; ce n'est même que d'après ce dernier caractère que la racine se différencie de îa tige, au point de vue de sa structure. En étudiant la lige, dans le chapitre suivant, nous apprendrons à connaître, avec tous les détails nécessaires , ces , fibres ligneuses , ces rayons médul laires, etc.

Les racines ne s'accroissent que par leurs extrémités. Aussi ces extrémités sont-elles toujours jeunes, toujours formées d'un tissu perméable et mou. C'est dans le voisinage de ces extrémités que se fait l'absorption des liquides ou des gaz destinés à

pénétrer, dans l'intérieur du végétal. Cette absorption est facilitée et multipliée par des poils radicaux, fins et allongés. La figure )9 représente la partie terminale d'une racine, vue au microscope. Le véritable siège de l'absorption n'est pas situé, comme on pourrait se l'imaginer, à l'extrémité de la radicule, c'est-à-dire au point S, mais à une certaine distance de celte extrémité, dans la région représentée sur cette figure par la lettre 0.

Les matériaux que la plante puise dans le sol, pour les faire passer dans son organisme, ne peuvent être que des liquides ou

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des gaz. Les corps solides, quelque atténués, quelque divisés qu'on les suppose, même quand ils sont en suspension dans l'eau, ne sauraient pénétrer dans les canaux infiniment étroits qui s'ouvrent à l'extrémité des racines. Aussi les substances absorbées par les racines ne peuvent-elles y parvenir qu'à l'état de dissolution dans l'eau. Les plus importantes de ces substances pour la végétation sont des sels de potasse, de soude, de chaux, les composés ammoniacaux, le gaz acide carbonique dissous dans l'eau, etc.

Hais quelle est la mystérieuse force qui détermine l'absorption opérée par les racines des plantes, c'est-à-dire le passage d'un liquide extérieuràtraversun organe déjà gorgé de liquides?

Les botanistes s'accordent aujourd'hui à reconoaitreque ce résultat est dû à la triple influence, aux actions successives ou combinées, in Vaulmmvse, de la capiilariii et de Vappel déitrmitié par les feuilles.

Expliquons -nous.

Prenez une petite vjis- '"^- '"■ ^p^'™' "■«""«m™,

sie, A(fig. 20), forméed'uue membrane animale ou végétale,conlenant de l'eau sucrée ou gommée et plongez cette petite vessie dans l'eau pure. Le liquide sucré ou gommé, contenu dans la vessie est plus lourd que l'eau pure qui l'environne. Celte densité inégale détermine aussitôt, au travers des parois de la vessie, un double courant : l'un qui va de dehors en dedans, ou de l'eau pure vers l'eau sucrée; l'autre qui marche en sens inverse. Mais le liquide le moins dense passe plus vite que l'autre, et si l'on adapte

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26 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

à la vessie un tube vertical, B, on voit peu à peu le niveau du liquide s'élever dans le tube. C'est là le curieux effet désigné par les physiciens sous le nom d'endosmose.

Ce phénomène, qui a été étudié avec soin par les physiciens, se voit en action dans les fonctions vitales des plantes. Les extrémités radiculaires des végétaux sont remplies de liquides et de sucs plus lourds que l'eau qui imbibe la terre environnante. Par un phénomène d'endosmose, l'inôltration, ou le passage de cette eau, peut donc s'opérer à travers les minces parois du tissu extérieur; de là cette eau s'élève à l'intérieur des vaisseaux de la plante, comme nous l'avons vue s'élever dans le tube de Vendfismométre. Ainsi se produit un premier mouvement d'ascension.

Hais la lorce de l'endosmose ne pousserait pas bien avant les liquides extérieurs dans les vaisseaux de la plante. Une seconde force qui intervient ici, active singulièrement la marche ascensionnelle du liquide. Quand un liquide a commencé de pénétrer par endosmose à l'extrémité de la racine, la densité du liquide contenu dans ces extrémités radiculaires étant ainsi diminuée, il se fait un courant de celles-ci dans l'intérieur des racines.

C'est la force connue en physique sous le nom de capillarité qui provoque ensuite l'ascension des liquides dans les parties plus élevées de la racine. La paroi interne de chaque vaisseau de la racine exerce sur te liquide qu'il contient, un etîet de capillarité, en d'autres termes, une attraction, qui détruit une partie de l'effet de la pesanteur, et détermine l'ascension du liquide bien au-dessus du niveau auquel il se serait arrêté dans un tube plus large. Le phénomène de la capillarité s'ajoute donc à l'action de Vmdosmose pour favoriser l'absorption des liquides par les extrémités radiculaires.

Lorsque la plante est munie de feuilles, il est une troisième orce qui vient se joindre aux deux autres pour activer l'absorption. Les feuilles sont le siège d'une évaporation considérable. L'eau disparue en vapeur dans l'atmosphère laisse dans les vaisseaux un vide partiel; ce vide est tout aussitôt comblé par l'afllux des liquides qui remplissent les racines. Ainsi se produit un appti, une sorte de succion, qui entraîne vers les feuilles

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un afflux de liquides, afflux auquel l'absorption radiculaire est forcée constamment de suffire.

AÎDSt endosmose, capUiarité, mccion par le haut du végétal, telles sont les forces physiques qui paraissent jouer un rôle dans l'absorption opérée par les racines. Il faut, en outre, pour expliquer «grand phénomène de la vie des plantes, faire intervenir une force bien supérieure à toutes ces actions physiques : c'est la fonx vitale, cette secrète et invincible puissance que Dieu seul accorde et dont il dirige les effets.

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La tige est l'axe du système ascendant du végétal. Elle est garnie, par intervalles, de nœiids vUmtx (yeux) d'où s'échappent des feuilles et des bourgeons, disposés dans un ordre parfaitement régulier. La racine ne présente rien de semblable. Ce caractère permet toujours de distinguer dans l'axe végétal ce qui appartient réellement à la tige de ce qui est propre k la racine.

La tige est la partie des plantes qui , dirigée dans l'air, supporte et produit les branches, les rameaux, les feuilles et les fleurs. C'est à travers son tissu que les liquides aspirés parla racine pénètrent dans l'intérieur du végétal, pour lui servir de sucs nourriciers, pour fournir i son accroissement et à l'entretien de ses fonctions vilales.

La forme, la grosseur, la direction des tiges, dépendent du r61e que chaque plante doit jouer dans la vaste population végétale qui couvre et embellit notre globe. Les plantes qui ont besoin pour vivre d'un air pur et souvent renouvelé, sont portées sur une tige droite, robuste ou élancée . Quand elles n'ont besoin que d'un air humide, plus condensé, plus rarement renouvelé ; quand elles doivent ramper sur la terre, ou se glisser dans les broussailles, les tiges sont longues, flexueuses et traînantes. Si elles doivent flotter en l'air, en se soutenant sur des végétaux plus robustes, se suspendre aux arbres des forêts, en festons gracieux, en guirlandes légères, elles sont pourvues de tiges flexibles, grêles et souples, pour embrasser, dans leurs élégantes volutes, le tronc des arbres et des arbrisseaux. Ainsi, la nature façonne les formes extérieures des plantes d'après le rôle qu'elle leur a tracé d'avance , et d'après les fonctions qu'elle leur a assignées.

Rien n'est plus variable que le port des tiges végétales qui ,

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dans leur infinie diversité, nous présentent quelquefois des types accomplis de beauté et d'élégance. La sculpture et le dessin

ont emprunté au tronc de certains arbres les modelés d'une architecture élégante ou majestueuse, dont les types, qui nous

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30 OBGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

ont éié transmis depuis l'antiquité la plus reculée, se sont conservés jusqu'à nos jours. L'homme a trouvé dans les formes végétales ses premiers dessins d'ornement, de construction et de décor. La tige du Palmier et du Douter, les feuilles de y Acanthe , ont donné le modèle des colonnes m^estueuses de l'ordre corinthien; les pampres de la Vigne, les guirlandes naturelles des jeunes plantes grimpantes, ont fournie l'art ancien les types des dessins d'ornement, qui se sont conservés dans notre architecture moderne. C'est parl'imitation de la nature que l'art a pris naissance à son origine, et qu'il s'est perfectionné.

Dans le langage botanique, les tiges des plantes ne sont pas désignées par le même nom. Les tiges des arbres de nos climats, comme le Chêne (fig. Si), portent le nom de tronc.

Les tiges des Graminées, ordinairement cylindriques , presque toujours creuses et garnies de nœuds annulai-

Jlg. «. Chtam. d. Seigl.. ^^^^ j.^^ ^^^^^^^ j^g feUÏlles,

sont désignées sous le nom de diaumes ((ig. 22) ; celles des

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Paknûrs, qui ressemblent à des colonnes couronnées d'un chapiteau de feuilles, se nomment stipti (fig. S3).

La grosseur et l'élévation des tiges varient beaucoup chez les végétaux. Tandis que le tronc de certains arbres exotiques,

32 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

comme le monstrueux Baobab, atteint des dimensions gigantesques, les tiges de plusieurs de nos plantes printanières ont à peine la grosseur d'un fil : telles sont celles de la Saxifrage à trois doigls et de la Dratie pt-intanière,

« En traversant le Rio Claro, rivière de ta province de Goyas (Brésil), dit A. de Saint-Hilaire, j'aperçus sur une pierre une plante qui n'avait pas plus de trois lignes, et que je pris d'abord pour une Mousse. C'était cependant une espèce d'un ordre supérieur et pourvue d'un appareil reproducteur comme nos chÈnes et nos hêtres. A cOté d'elle, des arbres gigantesques élevaient à cent pieds leur cime majestueuse. •

telonqu'ellesdurcnlurian, deux ansoudavantage.onditque les tiges sont annuelles, bisannuelles ou vivaces. l^s tiges arborescentes qui vivent un nombre d'années plus ou moins considérable, et forment un bois solide, sont dites ligneii.ifs. Les tiges molles des plantes annuelles, bisannuelles ou vivacos, sont dites herbacées; eniin on nomme succnknlesXe?, liges des Joubarbes, des Cactus, de quelques Kuphorbes, etc. La figure 24 représente la tige d'un Cactus en fleur.

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Dans un grand nombre de plantes , la tige s'élève ferme et droite vers le ciel : on la nomme alors lige dressée. Il en est, au contraire, qui n'ont pas assez de consistance pour se maintenir verticales : elles s'étendent sur la terre, et ne lèvent pour ainsi dire que la tète {tiges couchées); ou bien étant couchées, elles se lixent i>ar des racines adventives {liges rampantes). La figure 25

Fil). M. Tige couchéE île IK Véronique officinale.

représente la tige couchée de la Véronique officinale. D'autres, comme le Lierre, s'accrochent aux corps voisins à l'aide de rrampons, ou bien, comme le Liseron, s'enroulent en spirale autour des arbres. Les premières sont dites grimpantex, les secondes l'olubites.

Les tiges volubiles ne s'enroulent pas toutes dans le même sens. La direction de l'enroulement des tiges est invariable pour chaque espèce, et résiste même aux efTorts que l'on fait pour la changer. Les unes, comme le Liseron, si nous supposons qu'elles s'enroulent autour de notre corps, vont de droite à gauche; les autres, comme le Houblon, vont de gauche à droite (lig. S6 et 27).

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34 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

I Les lianes qui produisent dans les forêts primitives lus accidents les plus variés, dit A. de Saint-Hilaire, et qui communiquent à ces forêts les beautés les plus pittoresques, sont des plantes ligneuses, les unes grimpantes, les autres vûbtbihs. Ce sont des Bigonia, des Bauhinia, des Cissus, etc., et si toutes ont besoin d'un appui, chacune a pourtant un port qui lui est propre. Quelques lianes ressemblent à des rubans ondulés, d'autres se tordent et décrivent de larges spirales. Elles pendent en fes-

tons, serpentent entre les arbres, s'élancent de l'un h. l'autre, les enlacent et forment des masses de feuilles et de (leurs oii l'observateur a souvent peine à rendre à chaque végétal ce qui lui appartient. >

Ces Lianes des forêts d'Amérique sont bien imparfaitement représentées dans nos climats par le Lierre, le Cliévrefeuilk et la Clématite.

Les tiges dont nous avons parlé jusqu'ici sont aériennes; mais

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il eo est de souterraines. Le Sceau de Satomon (fig. S8) présente Dne tige souterraine, épaisse, charnue, blanchâtre, creusée, à sa face supérieure, de cicatrices correspondant à la base d'anciennes tiges aériennes ( de là le nom de sceau qui est resté à cette plante). Cette tige souterraine se termine, à son extrémité antérieure, par un axe feuillu et florifère placé en arriére d'un

Fig. M. Sceau de SstoHion.

bourgeon terminal, qui se développera l'année suivante. Beaucoup de plantes comme Vlri-i, le Jonc fleuri, le Trèfle d'eau, le Carex, présentent également des tiges souterraines. La figure S9 représente la tige souterraine df; l'Iris germanka.

Ces tiges ont reçu des botanistes le nom de rhizomes. Elles rampent obliquement ou horizontalement sous le sol, et végètent par leur partie antérieure, pendant que leur partie postérieure se détruit peu à peu par l'âge. Ce mode d'existence des tiges souterraines est parfaitement mis en évidence par la figure 30, qui représente la végétation d'un jet de Carex. On y voit un axe horizontal rampant, qui présente à la fois des écailles ou feuilles

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36 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

modifiées, et des fibres radicales, et qui émet, de distance en distance, des pousses feuillues. La pousse 1 n'a qu'un an ; au printemps suivant, elle prendra la forme de la pousse S; l'année

FI; 19. Tige Mmlcrrainedc l'iria ge

suivante elle donnera des fleurs et des fruits, comme on le voit sur la pousse 3, dont l'évolution signalera le terme de son existence, comme le montre le n" 4.

Une autre sorte de lige souterraine bien remarquable est celle

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qui forme la partie centrale et essentielle des buUm, ou oignons. Coupez loDgitudinalement un bulbe de Jacinthe ou de Lis, vous verrez qu'il se compose d'un plateau charnu, plus ou moins conique supérieurement, tronqué inférieurement, constituant une

Fig. 3«. Tige uniimlDa da cmi ; pouuwdc trdi umàti.

tige courte, à entre-nœuds trës-rapprocliés. Ce plateau donne naissance, par sa face supérieure, à des écailles charnues (feuilles modifiées) pressées les unes contre les autres, et à un boui^eon central, formé de feuilles et de fleurs rudimentaires, tandis que de sa foce inférieure partent des fibres radicales (fig. 31 et 3S).

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38 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

Dans la Jodnihe, les écailles forment des gaines complètes, qui s'emboîtent les unes dans les autres: son bulbe est twnigu^. Dans le Lis {fig. 33 et 34 ) les écailles, plus étroiles, ne se recouvrent qu'à la manière des tuiles d'un toit : son bulbe est écailteux. DansleSa/ran (Gg. 35et 36), la tige extrêmement développée, de forme globuleuse ou déprimée, ne porte que quelques écailles minces et membraneuses; son bulbe est solide et suptrposé. Le rhizome et le bulbe ne se distinguent que par le plus ou

Fig. ïl.BulbedsJicInthe. Fig. il. Bulbe de Jacintbe(coupe firtica]*}.

moins de longueur du plateau et la consistance plus ou moins charnue des feuilles souterraines.

Nous avons maintenant à étudier la structure des tiges chez les différents végétaux. Pour en donner une idée exacte, il nous suffira de considérer : 1° la tige des arbres de nos forêts; 2' celle

des Pa/miers; 3" celle des Fomjères arborescentes.

Les liges ligneuses des arbres de nos forêts sont intéressantes

à connaître sous plus d'un rapport. La nature a rassemblé tous les moyens pour donner aux arbres la force nécessaire pour résister aux dangers et aux causes de destruction qui les menacent. Leur cime ample et touffue, le feuillage énorme qu'ils supportent, l'élévation extrême à laquelle ils parviennent au terme de leur accroissement, les exposent à l'impétuosité des tempêtes de l'air. Pour braver toute la violence des vents, leur tronc devait être d'une solidité inébranlable. La nature les a

Fig. 13. Bulbe de Lis. Fig. ». Bulbe de Lis Ccoapeieiilciile)

constroils dans ce but particulier de résistance. Elle accumule, année par année, dans leur inlérîeur, des couches successives de plus en plus solides. A mesure que le végétal grandit et a besoin d'un support plus puissant, elle resserre et consolide davantage ces anneaux intérieurs concentriques qui, par leur réunion, forment le tissu compacte et robuste des arbres de nos forêts.

K son origine, c'est-à-dire au moment où la jeune tige sortie

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40 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

de terre commeoce à s'élever dans l'air, on ne remarque autre chose, à l'intérieur de cette tige, qu'une moelle abondante, entourée de quelques vaisseaux {(railtées). Mais à mesure que la plante grandit, des éléments nouveaux s'interposent entre la moelle et l'écorce ; et quand le tronc s'est allongé, fortifié, il

Fig. Zi. Bulbe dg SsFrxa. Kig. 3<l. Batbedt Salnn (coupe i«rticile).

présente une structure intérieure assez compliquée, qui assure sa résistance contre les actions du dehors.

Cette structure intérieure du tronc des arbres de nos forêts est l'objet sur lequel il convient d'attirer maintenant l'attention du lecteur.

Un simple coup d'œil jeté sur la section d'une bûche de bois destinée au chauffage permet de reconnaître que la tige des arbres de nos forêts présente trois parties essentielles, qui sont, en allant de dedans en dehors, la moelle, le bois et l'écorce. Examinons de plus près chacune de ces parties intérieures de la tige d'un arbre indigène.

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TIGE. kl

La tnoeiie forme une sorte de colonne au centre de l'axe ligneux, comme on le voit sur la figure 37, qui représente la coupe horizontale d'un tronc d'Érable. Dans les liges très-grosses et très-vieilles, son diamètre parait extrêmement petit, et l'on a même longtemps admis que la moelle finit par disparaître complètement du tronc des vieux arbres. Mais il n'en est rien. On s'est même assuré, par des mesures exactes, que ce diamètre demeure sensiblement invariable depuis le moment où le jeune

Fig. J7. Coup« horiioDlsle d'un tronc d'Ërable.

axe ligneux a commencé à se consolider, jusqu'à l'époque de son plus complet développement.

La niioelle est formée par une réunion de cellules, selon le (erme scientifique. Nous n'avons pas encore prononcé ce nom, qui revient si souvent dans le langage des botanistes; c'est ici !e lieu de s'expliquer à ce sujet.

La cellule est l'organe primitif dans toute structure végétale. C'est une sorte de sac, constitué par une membrane transparente. Ce sac est fermé complètement. Tantôt il est vide, tantôt il recèle une matière dans son intérieur. La figure 36 représente des cellules végétales coupées en travers. Elles sont, comme on le voit, de forme à peu près circulaire. Quand les cellules s'accroissent elles se compriment mutuellement, si bien que leur forme, d'abord circulaire, devient polyédrique (fig. 39}.

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43 ORGANOGBAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

La moelle des jeunes arbres, telle qu'elle est représentée dans la figure 39, n'est autre chose qu'une agrégation de cellules qui, d'abord de forme sphérique, sont devenues polyé-

ng. 11. fif- it- TiUDdeli moeJleccnlnil*.

driques par suite de leur accroissement et de leur compression mutuelle.

Le tissu médullaire paraît de très-bonne heure frappé d'atonie, surtout dans les parties centrales.

Entre la moelle et l'écorce se trouvent des zones concentriques

Fi(. (

qui portent le nom de couches ligneuses, et dont l'ensemble forme ce qu'on appelle vulgairement le bois. Si l'on examine une tige de Chêne, de Pommiei; de Cerisier, etc., on voit une différence très-sensible entre les couches ligneuses les plus intérieures

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qui soDt plus foncées et d'un tissu plus dense, et tes extérieures qui sont, au contraire, d'une teinte plus pâle et d'un tissu plus mou. Sur la figure 40, qui représente la coupe verticale d'un tronc de ChêiK âgé de dix-huit ans, raul}ier est représenté par la lettre A, le bois par la lettre B, l'écorce par !a lettre E. Au centre est la moelle, avec l'aspect étoile qu'elle présente souvent dans le Chêne. Les rayons midutlaires, sur lesquels nous aurons à revenir, sont très-apparents sur cette figure.

On donne le nom A'avbier h. l'ensemble des couches les plus extérieures du bois, et celui de ccew du bois, ou duramen, aux plus intérieures. Dans quelques arbres, et notanunent dans ceux qui ont peu de dureté, comme le Peuplier, le Saule, le Marronnier, etc., la ligne de démarcation entre le bois et l'aubier est peu sensible. Elle est, au contraire, très-prononcée dans les bois durs. Ainsi, dans l'Ébène, le cœur du bois est d'un noir intense, tandis que l'aubier est blanc; dans V Arbre de Judée, le cœur est jaune et l'aubier blanc ; dans le PttyUirea, le cœur est rouge et l'aubier blanc.

Les ouvriers qui travaillent le bois savent que l'aubier a moins de solidité que le cœur, et que ce dernier doit être seul employé pour les ouvrages en bois.

Examinées en masses, les couches ligneuses sont d'autant plus dures qu'elles sont plus intérieures. Étu- ribn» diée isolément, chaque couche est d'autant plus com- '^^ pacte qu'on l'examine plus vers sa partie externe. Au ™'*'°'"P'reste, toutes les couches ne sont pas d'une épaisseur égale, ni entre elles , ni dans leurs diverses parties.

L'élément qui domine dans le bois, celui qui lui communique sa dureté, c'est ta fibre ligneuse (&g. 41). C'est un élément cellulaire, allongé, terminé en pointe à ses deux extrémités. Les parois des cellules qui le constituent sont très-épaisses, ordinairement si épaisses que leur cavité intérieure en est fort réduite. Au reste, l'épaisseur et la coloration des Obres varient avec la partie du bois,râge de la tige, et l'essence même de l'arbre que l'on considère.

I^s fibres ligneuses sont pressées les unes contre les autres,

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M ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

appliquées bout à bout, et comme enchevêtrées de manière à constituer un tissu dit fibreux, irës-dilBcile à entamer lorsqu'on le coupe en travers, mais se divisant très-facilement, au contraire, lorsqu'on l'attaque longitudinalement. Les parois de ces fibres épaisses présentent fréquemment des parties non épaissies qui se présentent sous la forme de ponctuations.

Les fibres lignevtss ne sont pas les seuls éléments constitutifs du bois. Coupez transversalement un rameau de Vigne (plante chez laquelle les éléments dont nous voulons parler acquièrent un volume considérable), et appliquez l'œil à un bout; si le rameau est droit, vous pourrez apercevoir le jour à l'autre bout. Si vous examinez, soit à l'œil nu, soit à la loupe, la surface de section de ce même rameau, vous pourrez reconnaître qu'elle est percée d'un nombre considérable de petites ouvertures, d'inégal volume. Introduisez un cheveu ou un fil trës-fin dans une de ces ouvertures béantes, et vous arriverez à fkire apparaître ce fil à l'autre extrémité du rameau. Il existe donc, dans l'intérieur de ce rameau de vigne, des canaux continus. Ces canaux, formés d'une paroi propre, portent le nom de vaisseaux.

Si l'on coupe avec netteté une portion de la surface transversale d'une bûche de Chêne ou d'Orme, on s'apercevra que le bord interne de chaque zone ligneuse présente un certain nombre de petits trous, distincts à l'oeil nu ou à l'œil armé d'une simple loupe, et qui sont les orifices de vaisseaux assez volumineux. Dans l'épaisseur de la zone ligneuse les vaisseaux sont beaucoup plus petits et parfois presque indistincts. Si l'on soumet au même examen le bois de Charme, de TUleui ou à'Èr(dik, le bord interne de la zone n'est plus occupé par de gros vaisseaux; elle est presque tout entière criblée par les ouvertures de vaisseaux plus petits et plus égaux entre eux, et qui deviennent indistincts vers le bord externe de chaque zone. Ces vaisseaux portent le nom de vaisseaux lymphati^iues.

Quelle est la structure de ces divers vaisseaux? Ils ressemblent k un cylindre qui oQKrait, de distance en distance, des étranglements plus ou moins marqués, et des lignes transversales qui les divisent en autant d'articles superposés. A ces étran-

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TIGE. kb

ts, à ces lignes, correspondent parfois, k l'intérieur du vaisseau, des débris de diaphragmes transversaux. En un mot, ces cylindres paraissent formés de cellules mises bout à bout, et dont les cloisons se seraient détruites. Leurs parois extérieures offrent des ponctuations, des raies, des réseaux, souvent du plus bel effet, et qui résultent des inégalités d'épaississement que ces parois ont subi, inégalités qui obéissent à certaines lois de régularité et d'élégance.

La figure 42 représente les vaisseatm du Mekm. D'après l'aspect particulier que présentent leurs tuniques extérieures, qui sont marquées de petits points,de sillons etde raies, on les nomme tKitMMUx ponctués etvaisieatiis rayés.

Il est une partie spéciale du bois dans laquelle les vaisseaux sont pourtant d'une nature différente de celle que nous venons d'indiquer ici. On les trouve autour de la moelle, dans la portion la plus interne du cercle ligneux, et jamais ailleurs. Ces vaisseaux, avec les fibres peu épaisses qui les accompagnent, ont reçu, et gardé malheureusement, le nom d'é/(iijnrf(/u//aire.

Il n'y a, en effet, ici qu'une réunion de

vaisseaux et aucune sorte d'étui. L'image VHi„eaui du b^is^raiMMui poncque ce mot rappelle n'est pas de nature '"" *' ™™»iii "jés du Melon.) à Taire comprendre l'importante modiiication de structure que nous signalons dans les vaisseaux les plus internes du cercle ligneux. On donne à ces vaisseaux le nom de trachées.

lâ figure 4S représente, vue au microscope avec un très-fort grossissement, cette partie centrale des arbres, improprement désignée sous le nom à'élui médullaire. On voit les trachées, c'est- Mire les vaisseaux dont nous parlons, touchant d'un cdté à la moelle, qui est au centre du végétal, et de l'autre aux fibres li-

La structure des trachées est bien singulière. Ce sont des sortes

46 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

de fibres allongées, plus eflîlées encore à leurs extrémïlés. On

croirait au premier aspect que ces vaisseaux sont très-finement

rayés en travers et que leur tunique externe est continue ; mais

n l'on vient à exercer sur eux la plus légère traction, on les voit

se dérouler, comme un ressort à boudin. Ces vaisseaux sont

donc formés d'un fil spiral contourné en hélice et à tours

de spire contigus. Tous ces tours de spire

sont réunis par une membrane; mais

cette membrane est si prodigieusement.

mince qu'il estdifGcile d'en retrouver les

traces lorsque la spire a été déroulée.

Une dernière particularité àsignalerdans la section de la tige d'un arbre de nos forêts est cet assemblage de lignes divergentes qui portent le nom de rayons médullaires. Il est facile de voir, sur une coupe transversale d'une tige d'arbre, que la masse du bois est traversée par un grand nombre de lignes rayonnantes, qui partent toutes de l'écorce, pour converger vers la moelle. Mais elles n'y arrivent pas toutes; il en est un certain nombre qui s'arrêtent dans des coucbes plus ou moins profondes, sans atteindre jusqu'à la moelle. Ces lignes rayonnantes résultent de la section transversale de lames cellulaires dont on voit ainsi la „ ,. „ ^ . tranche et dont la longueur et l'épaisseur

Pig.M. Tracbe«i cutounu , ° '^

de It mMlls et da Sbra SOUt VaHableS.

iiencDiea. La figure kk représente les rayons mé-

dullaires d'un tronc de Chêiie-liége sur une coupe pratiquée horizontalement.

La figure 45 montre les mêmes organes dans une tige-d'ÉraWe coupée dans le sens horizontal et grossie au moyen du microscope, RM sont les rayons médullaires qui vont du centre à la circonférence de la tige. Les trachées, les /t6r« ligneuses et les vaisseaux, sont représentés par les lettres T, FL, V, et ta moeUe par la lettre M.

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La plupart des arbres sont pourvus de rayons médvUûiruS'mie seule espèce; quelques-uns seulement présentent à la fois des rayons plus épais et des rayons plus minces. Ainsi, dans le

Pïg. (4. Rajona midulliJres d'un tronc diCtiène-U«g« (coupe horiionUl*}.

Chiru ou le Charme on trouve à la fois des rayons minces et des rayons épais, tandis que dans les Sautes et dans VÈrable les rayons sont sensiblement égaux.

rif. U. IUtom mcduLlaina d'un tronc d'ËrabEe, vu an microtcop» (coap« vertical*).

Tandis que les fibres el les vaisseaux ne contiennent jamais de matières nutritives solides, les cellules qui forment, par leur réunion, les rayons médullaires, sont le siège d'une abondante production de petits granules d'amidon.

L'icorce de nos arbres est essentiellement formée des tissus fibreux et cellulaire. Mais il est facile de comprendre combien

kS ORGANOGBAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

sont variées la forme, la disposition et la structure de ces éléments, lorsqu'on considère la variété extraordinaire d'aspect des écorces de nos arbres et la diversité de leurs produits. L'explication de tout ce qui concerne la structure de l'écorce nécessiterait de tels développements et présenterait de telles difficultés, que nous sommes forcé de nous limiter beaucoup sur ce sujet, et de nous borner à indiquer les principaux caractères de l'écorce cousidérée dans la généralité des arbres de nos climats.

L' ëpwferme enveloppe, à l'extérieur, l'écorce, comme toutesles autres parties du végétal. Mais son existence est tout à fait temporaire. Cet ^iderme est détruit de bonne heure, tant par l'accroissement du végétal que par l'action des agents extérieurs. Mais il n'en est pas de même de la couche sous-jacente, connue sous le nom de suber, et dont les cellules sont de forme cubique, intimement unies entre elles, à parois minces, d'abord incolores et se colorant plus tard en brun.

Dans plusieurs arbres, le suber ne prend que fort peu de développement. Mais il n'en est pas ainsi dans le Ckêne-liége. Dans ce bel arbre qui fournit à l'homme un de ses plus importants produits commerciaux, le subtr présente un développement extraordinaire -. ce n'est autre chose que le liège (en latin suber).

C'est vers l'âge de cinq ans que le suber, qui compose la plus grande partie de l'écorce du Ch?ne-iiége, commence à prendre un accroissement remarquable. Alors toute l'activité delà végétation semble se concentrer sur cette partie de l'arbre. De nouvelles cellules apparaissent à la face interne de la zone primitive, et repoussent au dehors celles qui ont été précédemment formées. Indépendamment de ces cellules, dont l'accumulation successive constitue la masse du liège, il s'en forme d'autres, plus courtes, plus foncées, en forme de table, ou de lame, qui divisent la masse du liège en zones successives d'accroissement. Cette masse prend peu à peu une grande épaisseur. Si on l'abandonnait à elle-même, elle se crevasserait si profondément qu'elle deviendrait impropre aux usages auxquels le liège est destiné. Aussi faut-il l'enlever avant qu'elle durcisse et se gerce.

L'écorçage du Chêfie-liége n'a aucun inconvénient pour cet arbre si l'on a soin de ménager la partie nouvellement formée du

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D.,i„.db,Go()glc

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suber, et par conséquent les couches vivantes et sous-jacentes de l'écorce. Celte opératioD peut se pratiquer dès que les arbres onl25 à 30 centimètres de circonférence; elle se fait pendant l'été. On commence par creuser dans l'écorce une entaille longitudinale et plusieurs incisions transversales, distantes les unes des autres de I mètre. On bat l'écorce, pour rompre l'adhérence du liège, et on la sépare des tissus sous-jacents, sous la forme de tronçons cylindriques, h l'aide du manche d'une cognée, courbé et aminci à son extrémité (tig. 46).

Le Chént-liége est un arbre propre aux pays chauds; l'Algérie possède beaucoup de forêts de cet arbre en exploitation. Les récoltes du liège se font ordinairement de huit en huit ans dans chaque forêt.

Le suber repose immédiatement sur une masse cellulaire bien diflSrente. En effet, les cellules qui constituent cette couche sont polyédriques ; elles sont plus épaisses et plus lâchement unies. Elles sont colorées en vert. Cette coloration est due à la présence de la chlorophylle, matière propre à tous les organes verts des végétaux, et qui est appliquée à la face interne de la paroi cellulaire. La chlorophylle se présente, à l'état adulte, sous la forme de globules arrondis, très-petits, formés d'une substance albuminoïde et de matière grasse, renfermant quelquefois dans leur intérieur de petits noyaux d'amidon et paraissant pénétrés superficiellement de la matière colorante verte.

Aux trois formations corticales que nous venons de signaler, il faut en ajouter une quatrième, qui porte le nom de liber, et qui paraît généralement formée d'assises composées alternativement d'éléments k parois épaisses et d'éléments à parois minces. Les premières sont des Qbres d'un blanc brillant, plus longues et plus grêles que les fibres ligneuses ; leurs parois, très-épaisses,' sont souvent ponctuées et extrêmement tenaces.

Les fibres du liber rendent à l'industrie des hommes un important service, puisqu'elles fournissent les matériaux des cordages, des fils et des tissus les plus solides. Nous représentons dans la figure 47 les fibres du Chanvre comme exemple vulgaire de l'élément végétal connu sous le nom de liber. Ces fibres sont réunies en faisceaux. Ces faisceaux, disposés en cercles concentriques et fréquemment anasto-

îdbyCooglc

52 ORÛANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

mosé3 entre eux, constituent des couches superposées trèsminces, qui représentent comme une sorte de toile, d'un tissa plus ou moins lâche. On avait anciennement comparé l'ensemble de ces couches à un livre dont chaque feuillet serait formé par une couche : de là le nom, assez impropre, de l^ter.

Les assises d'éléments à parois minces sont formées de cellules qui, au printemps, renferment de la fécule et de fibres très-remarquables, dont les parois, très-minces, ofTrentdes ponctuations volumineuses, occupées par un grillage d'une délicatesse admirable, par un réseau dont les mailles n'ont souvent pas plus de nAîîi de ligne en diamètre. Ces fibres, dont le rdie physiologique paraît considérable , portent le nom de fUfres grillagées.

Nous ne terminerons pas l'examen de l'écorce sans signaler l'eïistence d'un produit qui, dans ces dernières années, a singulièrement occupé les botanistes:

nous voulons parler du latex et des vaisseaux laticifères.

Dans l'écorce et dans la moelle de certains arbres on a reconnu la présence de vaisseaux très- différents de ceux dont nous avons parlé jusqu'ici. Ces vaisseaux sont remarquables à la fois par leur struc- Fig.4T. Fibrcaiibériinnu ture et par leur contenu. Ce sont des du chanTm. tubcs. Simples ou ramifiés, qui tantôt sont

complètement indépendants, tantôt se rattachent les uns aux autres en un tout continu. Tandis que les vaisseaux du bois sont formés de cellules que l'on peut séparer les unes des autres par l'emploi de moyens convenables, les cellules qui constituent les vaisseaux laiicifires sont au contraire si intimement fondues entre elles, qu'aucune action ni chimique ni mécanique ne peut les séparer.

Les vaisseaux laticifères contiennent un suc généralement . coloré. On constate aisément, sous le microscope, que ce liquide

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TBÎE. 53

se compose d'un sérum incolore, tenant en suspension des glo bules très-nombreux et très-petits, auxquels il doit sa coloration. Ce liquide se nomme laiex. Mais ce qui frappe surtout l'observateur, c'est le mouvement de circulation qui est propre au latex- La transparence des parois vasculaires et la présence des granules rendent ce mouvement très-sensible.

Le latex abonde dans certains végétaux. Placez sur le porteobjet du microscope, et sous une mince lame de verre, une jeune feuille de (grande Chétidoine (fig. 48) tenant encore au rameau, ou bien un sépale de la même plante, dont le latei est jaune orangé, ou bien encore un pétale de Pavot, dont le latex est blanc, une stipule du Figuier élastique, etc., on verra, dans tous ces cas, le latex descendre dans une branche du réseau des vaisseaux laticifêres, remonterdans une autre, revenir quelquefois à son point de départ, en un mot, circuler avec une rapidité d'autant plus grande, que latempératureestplusélevée et la végétation plus active.

La gutta- percha, le caoutchouc, l'opium, proviennent du latex de certaines plantes.

Fig. a, VaitBunix litidrèm

Les éléments qui entrent dans la com- ■*' '* chéiîdomt.

position du tronc des arbres de nos forêts, sont, on le voit, assez complexes. Après avoir décrit en détail chacun de ces éléments, nous mettrons sous les yeux du lecteur une figure d'ensemble, destinée à résumer les notions qui viennent d'être présentées.

La figure 49 représente la section, à la fois horizontale et verticale, d'un tronc d'Érable dans le cours de sa deuxième année. Les éléments contenus dans l'accolade du chiffre i représentent le bois de la première année; ceux de l'accolade 2, le bois formé pendant la deuxième année; et l'accolade 3, les éléments de l'ëcorce.

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B4 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

On voit au centre de la tige la moelle M, sous la forme de cellules à section polyédrique. Les trachées, ou élui médutlairt, qui font suite à la moelle et l'enveloppent de toutes parts, sont représentées par les lettres T,ëM. Tiennent ensuite trois groupes de fibres Hgnevses FB; des vaisseaux du bois, VP, alternent avec les trois groupes de fibres ligneuses.

L'écorce embrassée par l'accolade 3 fait suite à ces éléments. On y remarque les fibres du liber représentées par les lettres FG

Flg. 4S. Conpe d'ua Ironc iTËrabU.

(fibres corticales), et les éléments du suber représentés par les lettres ES; les vaisseaux laticlfères sont représentés par les lettres VL. et la couche herbacée par les lettres EC. L'épiderme EP, hérissé de quelques poils externes, termine cet ensemble.

Les rayons médullaires s'aperçoivent assez nettement sur la tranche horizontale; ils partent de la moelle et s'arrêtent à la portion du bois appartenant à la seconde année. On les voit aussi sur la tranche verticale, indiqués par les lettres RM.

Après avoir passé en revue tous les éléments constitutifs du tronc des arbres de nos forêts à feuilles membraneuses, nous avons à parler de la structure de la tige des arbres verts.

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Les arbres verts {Pins, Sapitts) se distinguent immédiatement des arbres dont îi vient d'être question, par la structure de leur bois, qui est exclusivement formé de larges ûbres, sans ap parence de gros vaisseaux. Ces fibres ligneuses (fig. 50) présentent, en outre, celle particularité curieuse d'offrir sur chacune de leurs faces latérales (celles qui regardent les rayons médullaires) une rangée de ponctuations entourées d'une alvéole

Fig, M. Fibres Ifgneuws Fig. SI. C

très-remarquable. Ce bois est parcouru par des conduits réfini/lret, sortes de lacunes dans lesquelles s'accumule la résine, produite par des cellules spéciales qui les environnent.

La figure 51 représente la section transversale de la tige du bois de Sapin. On voit que les arbres verts présentent, comme les arbres de nos forêts, un canal médullaire central, des couches ligneuses concentriques et des couches corticales.

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56 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

Mais les vaisseaux du bois n'existent pas et les rayons médullaires sont peu apparents.

L'aspect général des Palmiers est bien différent de celui de nos arbres indigènes. Leur stipe élancé , d'une épaisseur sensiblement égale depuis la base jusqu'au sommet, complètement nu, c'est-à-dire ne se divisant pas en branches et en rameaux, les fait ressemblera une sorte de haute colonne, qui serait surmontée d'une touffe épaisse de feuilles.

Quelle est la structure intérieure de ce stipe î Pour s'en faire une idée, il faut savoir que le mode de développement du Palmier diflïre du mode de développement du groupe d'arbres que nous venons de considérer. Les Palmiers ne s'nccroissent

Fig. 11. coups d'nne Ugc de Palmier.

pas, comme nos arbres verts et comme les arbres de nos forêts, par des couches concentriques, qui viennent se déposer entre le bois et i'écorce. Dès lors, la structure intérieure de leur stipe doit présenter des dispositions autres que celles que nous venons de mettre en relief. Ici, plus de canal central unique, destiné à loger la moelle ; plus de couches concentriques séparant nettement la moelle, le bois et I'écorce ; plus de rayons médullaires divergeant du centre à la circonférence. Qu'on coupe en travers un stipe de Palmier {fig. 52), et l'on verra tout de suite qu'il ne dtfîère pas moins du tronc de nos arbres par son organisation

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inlime que par son aspect extérieur. On y ctiercherait en vain cette moelle centrale, ces zones concentriques, ces lignes rayonnantes, qui caractérisent si nettement le bois de nos arbres indigËnes. On y voit apparaître, sur un fond de couleur pâle, de petites taches d'une teinte foncée, formées par un tissu plus solide. Ces petites taches, arrondies ou en demi-lune, sont plus nombreuses, plus pressées, plus colorées, et en général plus

Ftg. 11. Figura théorique de la atructure de« raisceiui iQtamea dd Dieu du palmier.

volumineuses vers la circonférence du stipe qu'elles ne le sont dans les parties centrales. Ce stipe semble donc formé au premier abord de deux sortes de tissus : l'un peu résistant, constituant, pour ainsi dire, la masse; l'autre très-solide, et formant de petits (lots à l'intérieur du premier.

L'examen microscopique a fait voir que le premier de ces tissus est exclusivement formé de cellules, et peut se comparer

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68 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

à la moelle de nos arbres indigènes; et qn'il est traversé par des faisceaux ou filets très-résistants, dont la marche tortueuse dans l'intérieur du tronc est tracée théoriquement à l'aide de la figure 53, sur laquelle les lettres A, B, C, D, représentent les divers entre-croisements de ces filets au milieu de la moelle-

Les filets qui traversent les tiges des Palmiers et des arbres appartenant au même groupe naturel, présentent des dispositions très-intéressantes à connaître. La structure anatomique de chacun d'eux ne parait pas être la même dans toute la longueur; elle semble se simplifier à mesure qu'on s'éloigne du point où

ng. iS. coapt d'une tige de Fougèni arboreicente.

il abandonne la tige, pour entrer dans une feuille. Dans cette partie supérieure, à la fin de son trajet, le faisceau dont nous parlons revêt la structure caractéristique des tiges de nos arbres indigènes, y compris l'étui médullaire. Il présente, en effet, des trachées, des vaisseaux ponctués et rayés, plus ou moins volumineux, des fibres ligneuses, etc.

Les Fougères arborescenles des pays chauds se rapprochent beaucoup plus, par leur aspect, des Palmiers, que de nos arbres indigènes. Leurs troncs élancés, simples et nus, d'une épaisseur à peu près égale de la base au sommet, portent ^ une

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grande hauteur une touffe de feuilles. Cependant les Fougires diffèrent beaucoup des Palmiers par leur structure intérieure. Autour d'une moelle abondante soDt allongés des faisceaux volumineux, offrant sur la section transversale de la tige une forme sinueuse plus ou moins irrégulière et hiéroglyphique, et groupés en un cercle vers la périphérie du tronc. C'est ce que montre la figure 54, qui représente la coupe horizontale d'une tige de Fougère arborescente.

Les faisceaux qui traversent de haut en bas un slipe de Fougé)-e arborescente, présentent une bordure noire, formée de fibres très-résistantes, imprégnées d'une couleur bistre, en dedans de laquelle se trouvent du tissu cellulaire et un petit nombre de vaisseaux de divers ordres.

Parmi ces vaisseaux nous citerons particulièrement des tubes prismatiques, offrant sur chacune de leurs faces des fentes horizontales très-rapprochées les unes des autres, et à distance égale, et connus sous le nom de vaisseaux scalan formes. La ligure 55 montre quelle est la structure et ■ '^^icailriforraw""' la disposition relative des vaisseaux scalariformes ^"^ foosèn»dans un tronc de Fougère. Ces vaisseaux sont représentés sur celte figure avec l'amplification qu'ils présentent quand on les regarde au microscope.

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Nous avons encore étudié que des racines tortueuses, difformes, et des troncs dénudés. Avant de considérer, dans les branches, les rameaux, les feuilles et les fleurs, la parure des végétaux, nous devons nous arrêter sur les parties des plantes qui renferment tous ces éléments. Nous voulons parler des bourgeons, qui cachent sous leur verte enveloppe la source de ces brillants ornements de la nature que chaque année voit naître et mourir. Le' bourgeon est, en effet, comme le berceau de la jeune plante : il sufiîrait à lui seul pour produire un individu nouveau.et souvent l'horticulteur s'en empare et produit, par son moyen, de merveilleuses multiplications. Mais dans les circonstances ordinaires le bourgeon n'est pas destiné à se séparer de la plante-mère. C'est elle qui le nourrit, le fortifie, l'accroît, jusqu'à ce qu'il soit devenu lui-même un organe concourant, avec les autres, à la vie de la plante.

Le bourgeon peut être considéré comme un élément fondamental dans la plante, qui, sans lui, ne tarderait pas & périr. C'est le bourgeon qui , chaque année, répare les pertes qu'a déterminées la végétation; il remplace les fleurs, les feuilles, les rameaux disparus. C'est par lui que le végétal s'accroît, qu'il prolonge son existence; c'est lui qui, à chaque printemps, efface les marques de la vieillesse chez les hôtes de nos bois : le bourgeon est le véritable renouveau du monde végétal.

Aussi, dans une plante, tout est-il bourgeon, on peut le dire. Il n'est presque aucune partie qui n'en produise : les racines, les feuilles, les fleurs même, peuvent donner accidentellement naissance à des boui^eons, car la nature ne perd jamais de vue le phénomène essentiel de la vie organique, c'est-àdire la production d'êtres nouveaux.

Oh peut distinguer deui sortes de bourgeons : les bourgeons à

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bois, qui produiseol des branches et des feuilles ; et les bourgeons à peurs, qui contienDeot à la fois des feuilles et des fleurs. '

Il ne làut pas, d'ailleurs, confondre les bourgeons avec les simples boutons de fleurs, qui ne contiennent que des fleurs près de s'épanouir : un bouton de rose, un boutond'œillet.ne renferment que la fleur qui va s'ouvrir, tandis que le bourgeon, dans sa masse serrée et complexe, renferme tous les éléments propres au développement de la jeune plante, et, comme nous venons de le dire, il suffîrait à lui seul pour produire un individu nouveau.

Les bourgeons sont le premier âge et la première forme des axes végétaux. Us sont placés au sommet des axes qu'ils doivent prolonger, ou à l'aisselle des feuilles. Chez les plantes herbacées en général, et chez un grand nombre d'arbres des contrées équinoziales, dont la végétation n'éprouve pour ainsi dire aucun repos, les bourgeons sontntw, c'est-à-dire que toutes les jeunes feuilles se ressemblent, et donnent, en grandissant, de véritables feuilles. Mais dans les pays dont l'hiver, plus ou moins rigoureux, détruirait des organes aussi délicats, les feuilles les plus extérieures, celles qui doivent recouvrir les autres, subissent certaines modiGcations qui les transforment en organes protecteurs. Elles se changent en icaUles, membranes coriaces, qui souvent sont garnies k l'intérieur d'un duvet abondant, d'une bourre épaisse, ou enduites d'un suc résineux, insoluble dans l'eau et conservant bien la chaleur. Grâce à cet abri protecteur, le rudiment de la jeune pousse est si exactement calfeutré, si bien emmaillotté, qu'il est parfaitement à l'abri des injures de l'air. L'expérience a prouvé que des bourgeons détachés de l'arbre, et dont on avait recouvert la cicatrice d'un vernis, ont pu rester très-longtemps sous l'eau sans éprouver la moindre altération.

Les écailles sont toujours des feuilles modifiées; cependant ce n'est pas constamment la même partie de la feuille qui les constitue. La nature emploie divers procédés pour transformer une feuille en écaille. Au reste, entre les écailles d'un bourgeon et les feuilles qu'il renferme, on trouve souvent une série de formes intermédiaires qui mettent complètement en lumière les diverses mëtamoi^hoses dont une feuille est le siège, quand elle passe insensiblement d'un état à l'autre. La figure 56, qui représente chez le Groseillier le passage insensible de la feuille à l'état

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62 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

d'écaillé, montre suffisamment les transitions gractuelles d'un organe à l'autre, pour qu'il soit inutile d'entrer dans plus de détails à cet égard.

Les feuilles ne sont pas toujours disposées de la même manière

Fil, SB. Trsa>forni>tign gnducUsdcircDllla en écailtn chtt I« GroulUi

dans le bourgeon, soit qu'on les considère isolément, soit qu'on les considère dans les positions qu'elles occupent les unes par rapport aui autres. Le mode de vernaiion, selon le terme adopté par les botanistes, est quelquefois un caractère distinclif Irèsutile aux forestiers qui veulent connaître les essences des arbres pendant l'hiver. Nous devons donc en dire quelques mots.

Fig. iT. Bourgeon da Tallpier.

Considéronsd'abord chaque feuilleindépendammentdes autres. Voici les différentes situations que la feuille peut affecter dans l'inlérieurdu bourgeon. Elle peut être pliée transversalement, de manière que la partie supérieure soit appliquée sur la partie

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inférieure, conune dans le Tulipier (Qg. 57); pliée dans sa longueur, de manière que l'une des moitiés s'applique exactement sur l'autre, comme dAnsVAmandifr (fig. 58); plissée un certain nombre de fois en éventail, comme dans le Bouleau {fîg. 59) ; rou-

BanrpoD da Bouleau. Bourgeon de GiUlier.

lée sur elle-même en cornet, comme dans le Balisier (Hg. 60} ; roulée par les deui bords qui se réfléchissent soit en dehors, comme dam la grande Patieîice (fig. 61), soit en dedans, comme dans le PeupJifT (fig. 62).

Nous n'entrerons pas dans plus de détails à ce sujet, les fipires 63, 64 et 65, qui représentent la coupe verticale des bourgeons de Sauge, de Lilas et à' Iris, sufliront à mettre en évidence lesrapportsmutuels des jeunes feuilles chez uncertain nombrede ^^taui, quand elles sont encore renfermées dans le bourgeon.

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64 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

Dans presque tous les arbres de nos pays, les bourgeons apparaissent au printemps, s'arrêtent bientôt dans leur développement, et ne s'allongent qu'au printemps suivant. Ils se ramifient donc très-lentement, et il n'y a chaque année qu'une seule production de branches.

Frg. tl. BourgMiade la grands Patience.

Cependant le Pécher et la Vigiu produisent annuellement deux générations de branches. C'est que leurs bourgeons écailleux qui sont demeurés stationnaires pendant l'automne et l'hiver de l'année précédente, s'allongent au printemps, et donnent naissance, à l'aisselle de leurs feuilles, à des bourgeons, lesquels.

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su lieu de rester stationnaires et de se développer seulement au commencement de la saison prochaine, croissent, au contraire, sans interruption, et produisent de nouvelles branches. Les horticulteurs leur ont donné le nom de prompts bowrgeotu. Les branches qui en proviennent portent à leur tour des bourgeons ècailleux, qui ne se développent que l'année d'après, et que l'on appelle bourgeons dormants.

Fi(. il. Bourgton de Peuiillcr.

Fig. bS

Nous avons parlé jusqu'ici des bourgeons normaux qui naissent à l'aisselle des feuilles, ou qui terminent les axes. lien est d'autres qui se montrent sur la plante sans ordre, et dont on na peut prévoir à l'avance le lieu d'origine. Ce sont les bourgeons adveniifs. Ces productions accidentelles peuvent se montrer sur toutes les parties du végétal, sur la tige, les Teuilles, les fleurs et les racines. Les racines des Sumacs, par exemple , celles du Peuplier de Hollande, du Faux acacia, courent horizontalement dans le sol , Irès-près de la surface et produisent

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66 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

des bourgeons advmiifs, qui ne tardent pas h s'enraciner et à multiplier la plante , si bien que cette famélique postétité devient souvent en peu d'années gênante ou nuisible.

La formation des bourgeons adventifs est très-fréquemment déterminée par des irritations accidentelles que produisent àla surface des tiges et des racines des causes extérieures, comme la roue d'une voiture qui vient froisser un tronc d'ïirbre, ou la blessure q j'a faite à une racine le soc d'une charrue, etc.

Fig. W, Staln coupé* en litarât.

La production de bourgeons adventifs sur des arbres à la suite des plaies qui leur sont faites, est Journellement utilisée dans la culture.

Si l'on coupe à ras de terre, dans un boi.s, les plants qui, abandonnés à eux-mêmes , seraient devenus des arbres , on les transforme en souches, qui se couvrent jilus tard de branches de même âge et de même force : on transforme une futaie en un taillis.

Ces Saules dont le tronc énorme, court, souvent dilTorme et

caverneux, est surmonté d'une épaisse toufle de branches (fîg. 66), ces têtards, comme on les appelle vulgairement, doivent leur singulier aspect à la coupe réglée et périodique à laquelle ils sont soumis. Par suite de cette mutilation, il se forme un grand nombre de boui^eons adventifs, et par conséquent il se développe plus tard autant de branches sensiblement égales. On coupe ces branches pour faire des tuteurs pour les jeunes arbres, des échalas dans les pays vignobles, etc.

Ce n'est guère qu'à l'âge de vingt-cinq ou trente ans que le Pevptier <f Italie est abattu pour en faire des planches de quelque valeur; mais cet arbre est, en outre, émondé tous les cinq ans. Les plaies résultant de l'émondage se couvrent de nombreux bourgeons adventifs, et produisent ainsi un nombre considérable de braDches, qu'on emploie à faire des clôtures, des piquets et des bourrées pour le chauffage.

Les bourgeons sont placés sur la tige pour y puiser leur nourriture et s'y développer en branches. Il résulte de là qu'on peut, sans dommage pour ces organes, les séparer de la plante sur Uquelle ils ont pris naissance, à la condition de les porter sur aneautre plante qui puisse, pour ainsi dire, leur servir de nourrice. Les horticulteurs profitent de cette circonstance pour faire produire à un sauvageon de plus belles fleurs. A cet effet, ils mettent à nu le bois du sauvageon par une incision corticale ayant la forme d'un T, et ils appliquent sur cette plaie la face inleme d'un lambeau d'écbrce pris sur l'espèce qu'on change de nourrice, lambeau auquel adhère naturellement un jeune bourgeon; c'est là la greffe en àcusson.

La Sgure 67 montre la manière dont opère le jardinier pour jre^ff en écusson. A, représente la branche de sauvageon greffée, avec l'incision en forme de croix; B, le sujet à greffer sur le sauvageon; C, la greffe mise en place. Le bourgeon continue de croître et de se développer sur cette nouvelle tige où on l'a transplanté : il y produit des feuilles et des fleurs. On peut, de cette manière, changer à volonté l'espèce- végétale primitive en une autre qui produit des feuilles et des fleurs différentes. L'opération de la greffe joue un rôle considérable dans l'horticnlture.

68 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

Les procédés connus sous le nom de taille et d'ébourgeoimemenl, sur lesquels nous ne saunons nous étendre ici, ont pour but de supprimer une certaine quantité de bourgeons, afin que la

nourriture absorbée par la tige principale, ne se repartissant que sur un pluà petit nombre de bourgeons, ces organes soient dès lors plus vigoureux et plus productifs.

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BRANCHES

La branche se forme par le développement du bourgeon, et ce bourgeon natt, comme nous l'avons déjà dit, à l'alsselle d'une leuiJIe.

La branche n'étant qu'une tige secondaire qui émane de la tige principale, doit présenter les mêmes modifications de forme, de structure et de disposition des feuilles qu'on observe dans les tiges proprement dites. Cependant une ressemblance complète D'existé pas toujours entre la tige et ses branches. Ainsi dans le Petit Houx (Ruscus acutealus) (fig. 68) les rameaux sont courts et prennent si bien, en s'élargissant, la forme de feuilles, qu'au commencement du siècle dernier tous les botanistes les considéraient comme tels. Mais un observateur attentif ne s'y trompera point s'il considère que ces organes aplatis et d'apparence foliacée naissent à l'aisselle d'écaillés qui sont les véritables feuilles, et portent des fleurs, caractères exclusivement propres aoi branches.

Dans quelques plantes les branches se dilatent outre mesure ; mais dans d'autres elles restent grêles : leur bourgeon terminal avorte, elles deviennent pointues à leur extrémité qui s'endurcit; en un mot, elles.se changent en épines. C'est ce que nous présente l'Hippopliae rhamnoides, le Hespilvs oxyacantha, etc.

Une modification extrêmement curieuse et importante de la forme et de la consistance des branches nous est fournie par ceux de ces organes qui, dans la Pomme de terre {Solanum tubenwum), se développent sous terre. La partie souterraine de la tige de cette plante (fig. 69) porte des feuilles rudimen [aires, à l'aisselle desquelles se développent des rameauxqui s'étendent plus ou moins horizontalement, et sont chargés eux-mêmes de feuilles avortées. Ces rameaux, très-grêles à leur origine, se renQent k leur extrémité, se remplissent de fécule et finissent

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70 ORGANOGBAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

par constituer ce que l'on nomme le tubercule de la Pomme de terre. Si l'on examine, en effet, une Pomme de terre, on voit qu'elle est chargée d'écaiiles, régulièrement disposées. A l'aisselle de ces écailles se trouvent des bourgeons. Chacun sait

que ces bourgeons se développent d'eux-mêmes dans nos caves, au retour de la belle saison, et poussent alors de véritables branches. Il y a donc une grande différence entre le tubercule de la Pomme de terre et celui du Dahivi, par exemple. Le tuber-

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cule du Dahlia est une véritable racine, il n'a pas de nœuds vilaui; au contraire, celui de la Pomme de terre est une lige portant des nceuds vitaux.

La longueur et la direction des branches par rapport à la tige mère sont extrêmement varii^cs. Cette variété donne à chaque plante son port spécial, sa physionomie particulière.

Si les branches les plus basses, formées les premières, continuent à s'allonger dans la même proportion, les supérieures étant plus courtes à mesure qu'elles s'approchent du sommet.

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72 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

la cime de l'arbre est conique ou pyramidale, comme dans les Sapins {fig. 70).

Flg. 70. Supin.

Si lesbranchesdu milieu dépassent celles du bas, la cime figure

DiplizsdbïCoOglC

BRANCHE. 73

une boule ou un ovoïde, comme il arrive pour le Marronnier <£lnde, quand il n'a pas été mutilé par la taille (fig. 71). La tige présente la forme d'un parasol, comme dans le Pin

d'Italie (flg. 72), si ce sont les branches du haut qui prennent le plus grand développement. Dans toutes ces circonstances, c'est, nous le répétons, la direction, le mode d'insertion des branches qui donnent au végétal son port, son aspect particulier.

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74 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

Les branches partent de la tige sous un angle variable, quelquerois très-aigu, quelquefois droit. Ia cime efiûlée d'un Cyprès

Fig. 73. Pind'IUlie.

(fig. 73 ), comparée à l'espèce de large dôme formant les branches d'un Chêne ou d'un Cèdre, nous donne une idée de la diOerence de ces deux sortes de ramifications, et le port de Chacun

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BRANCHE

de ces arbres met bien en relief l'influence qu'exerce

Fig. ]] Cyprès.

mode de ramilication sur la forme d'un végétal quel qu'il soit.

DiplizsdbïCoOglC

76 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

Dans certains arbres, les branches prennent une direction particulière, qui est l'inverse de ce qui se voit habituellement. Au lieu de s'élever vers le ciel, elles s'inclinent vers la terre. Le Saule pleureur (lig. 74) nous donne un exemple bien frap-

pant et bien connu de ce mode de direction des branches et des rameaui. Les branches les plus longues de ce bel arbre retombent par leur propre poids, et le dessinateur de jardins tire un très-heureux parti de cette disposition naturelle, en plantant le

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long d'un bassin, au bord d'une pièce d'eau ou d'un ruisseau, cet arbre élégant et à l'aspect mélancolique.

rig. 7i. tioplign du Japou.

Les branches du Soph&ra du Japon, ou Sophora pleurtur {fig. 75),

DiplizsdbvCoOglC

78 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

sont aussi longues que celles du Saule pleureur, son congénère ; mais comme elles ont une certaine raideur, elles se rebroussent dès leur origine, pour se diriger vers le sol.

Nous avons dit plus haut que la branche peut être considérée comme une tige secondaire émanant de la tige principale, dans laquelle elle puise sa nourriture. Si donc on offre à cette tige secondaire, à cette branche, un autre moyen de se nourrir, on peut la séparer de l'axe principal qui la porte, et l'on parvient h constituer ainsi un individu libre et distinct C'est sur ce

Fig. 7S. HarcotUge par indinaiaon.

fait naturel que sont fondés les procédés de multiplication des plantes connus dans l'horticulture sous le nom de marcoltage, bouturage et greffe.

Courbez vers le sol humide une branche flexible, maintenez-la en terre, de façon à lui faire produire des racines (fig, 76); une fois ces racines développées, la branche pourra vivre par eliemème, elle n'aura plus besoin de la tige qui lui a donné naissance; on pourra la séparer de cette tige, la sevrer pour ainsi dire. C'est là l'opération du marcottaye par inclinaison : la branche ainsi traitée s'appelle marcotie.

Mais toutes les branches qu'on voudrait marcoiler ne sont pas

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BRANCHES. 7

toujours assez voisines du sol, ni assez flexibles pour être courbées jusqu'au degré nécessaire. Dès lors, comme on ne peut les abaisser vers la terre, on élève la terre jusqu'à elles. A cet efifel, on prend des vase.s de diverses formes, qu'on remplit de terre ;

t. MucoLUgc par élé»!

on les maintient, d'une façon quelconque, à la hauteur de la branche à marcotter, et l'on place le vase de manière que la branche puisse le traverser de haut en bas. Le vase est, pour cela, percé d'un trou à son fond, ou fendu sur le cAté, aûn qu'où

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80 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

puisse y introduire la branche. La terre étant entretenue humide, la portion de branche renfermée dans le pot ne tarde pas à pousser des racines adventives, et ces racines sont bientât en nombre suffisant pour qu'on puisse, au bout d'un certain temps, la sevrer et la transplanter ailleurs (fig. 77). C'est le maTcottage par approche.

Le bouturage ne diffère du marcottage qu'en ce que la partie de la plante qu'on veut faire enraciner pour la multiplier, est détachée de la plante mère, et complètement aliandonnée aux forces de la nature. Coupez une branche, même très-volumineuse, de Saule ou de Peuplier, et enfoncez-ladanslesol humide: elle poussera des racines adventives, elle deviendra un nouveau Saule ou un nouveau Peuplkr.

Mais toutes les plantes ne s'accommodent pas de ce facile procédé de multiplication. Il en est dont les boutures ne prennent, selon l'expression consacrée, qu'à l'aide d'artifices plus ou moins compliqués. Il en est même qui résistent à tous les moyens connus de bouturage. C'est qu'une bouture se trouve généralement dans cette triple alternative : mourir d'inanition, se dessécher ou pourrir, et que le problème à résoudre par le jardinier multiplicateur, et qui consiste à favoriser la formation rapide des racines, à établir un juste équilibre entre les pertes aqueuses que subit la bouture et la quantité d'eau qu'elle absorbe, n'esl pas sans offrir de grandes difficultés.

Ce n'est pas ici le lieu d'exposer les procédés à l'aide desquels on peut arriver à bouturer avec succès. Nous nous bornerons à dire que les boutures ne se font pas seulement par les branches, comme dans l'exemple que nous avons cité plus haut. On peut faire des boutures avec des racines, des rhizomes, des feuilles et même des fragments de feuille; mais ce dernier procédé n'est usité que pour certaines plantes exotiques qui, dans nos serres, ne fructifient point et ne se ramifient qu'à peine.

Le marcottage et la bouture ne sont pas les seules opérations dans lesquelles on fasse intervenir les branches comme moyen de multiplication. 11 en est une autre, l'une des plus importantes du jardinage : c'est l'opération de la greffe, dont nous avons déjà dit un mot 6 propos du bourgeon. Elle a pour but de sou-

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BRANCHES

(1er un végétal à un autre qui lui serl de soutien et lui fournit la matière de son alimentation.

On roit quelquefois, dans un bois, certains arbres, particulièrement les Charmes, dont une branclie s'est soudée d'elle-même à celle d'un arbre voisin de même espèce. Ce qui se passe spontanément dans la nature, on le pratique artificiellement dans la

* culture et le jardinage. On enlève sur les deux sujets des lambeaux d'écorce et de bois de même longueur et de même largeur; on met en contact ces plaies égales, et on les maintient en place avec des ligatures, qu'on recouvre de mastic. C'est là la grelfe en approche. I«i figure 78 montre la manière de préparer les deux sujets que l'on veut greffer par approche;

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82 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

la figure 79 Tait voir les deux sujets fixés l'un sur l'autre par des ligatures.

Dans la greffe en fente, on tronque horizontalement le sujet et l'on y pratique une fente verticale de quelques centimètres. On insère dans cette fente la branche à greffer chargée de bourgeons, qu'on a taillée en biseau à son extrémité inférieure. On établit un contact intime entre les parties mises à nu dans la greffe et le sujet, et l'on assure la durée de ce contact par des ligatures et du mastic. On voit sur la figure 80 ces deux opérations successives. La greffe en fente s'opère également bien sur des tronçons de racines.

C'est au moyen de l'opération de la greffe que le jardinier et l'horticulteur changent avec avantage les produits d'un végétal de même espèce, Fig. «I. ''^i '"""^ porter des fleurs et des fruits autres que oraD-a en [eni*. ^eux qui sont propres à la tige principale, enfin

qu'ils rajeunissent un arbre ou un arbrisseau déjà âgés.

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Nous avons étudié les bourgeons, qui renferment dans leur verte enveloppe les promesses du printemps. A l'heure marquée (lar le réveil de la nature, ce berceau des organes foliacés s'entrouvre peu à peu, et bientôt les jardins, les campagnes et les iiûis sont recouverts d'un dôme éclatant de verdure.

L'époque de la renaissance des feuilles est celle qui exerce la plus douce influence sur l'âme humaine. Quand la végétation nouvelle vient décorer nos campagnes et donner aux branches et aux rameaux des arbres, longtemps dénudés par les frimas, cette nuance du vert printanier si reluisante et si vive, tous les êlres animés ne peuvent se défendre d'une délicieuse impression. La verdure renaissante, c'est la révélation des beaux jours; la première parure des campagnes, c'est l'annonce du brillant cortège des fleurs et du tribut des fruits savoureux. La nature renouvelée offre tout à la fois aux yeux et à l'esprit le plus séduisant spectacle. St quel plaisir ne nous procurent pas, dans les jours brûlants de l'été, le calme et la fraîcheur que nous goûtons sous les ombrages!

Si les feuilles n'ont pas la couleur éclatante et diaprée des fleurs de nos champs ou de nos parterres, leur vert tapis, aux nuances variées, repose l'œil et conserve la vue. Le mouvement des feuilles se balançant avec grâce au souffle des vents, vient aussi animer le paysage et lui donner une sorte d'existence.

Hais les feuilles ne sont pas uniquement destinées â faire l'ornement des campagnes et à nous procurer de doux ombrages. La nature, comme on le verra plus loin, leur a assigné une importante fonction : celle d'assainir et de purilier l'atmosphère, de ramener à sa composition normale l'air altéré par la respiratioD des animaux. Partout le Créateur a su allier, à l'élégance

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ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

décorative et à la beauté des formes végétales, l'utilité directe et immédiate.

Les feuilles naissent toujours sur la tige et les rameaux. Rien

fig.ti. Feuille de Si^tulra. Pig. ti. FralUadeOea^Tlsr,

n'est aussi varié que leurs formes dans les différents végétaux

qui couvrent et embellissent le globe. Les unes ressemblent à des llèches, comme celles de la Sagittaire (fig. 81); d'autres à

DiplizsdbïCoOglC

des aiguilles, comme celles du Genévrier (fig. 82); d'autres à uoe faux, comme celles de certains Glàieuts, à une épée comme celles des Iris Elles affectent tour à tour la forme d'un disque, comme dans la Capiicine(Gg. 83), du croissant, d'une spatule, comme dans la Pdquerelle {fig. 84), d'une lyre, etc.

11 est des feuilles dont les formes sont si étranges que les botanistes les considèrent comme anomales.

Dans \e Ifepenlhes distiUaloria (fig. 85), les feuilles sont termi-

(Napcnlhesdlalillatahi.)

Dte de la manière la plus singulière. C'est une sorte d'urne, snnnoDtée d'un couvercle, suspendue à l'extrémité d'un pétiole ailé k sa hase puis filiforme.

Nous trouvons dans un ouvrage récent le récit d'un fait qui prouve combien l'homme peut quelquefois apprécier les fruits de la prévoyante nature. Un officier de marine, dans un voyage à Madagascar, écrivait ce qui suit à propos de la feuille du f/tptnihes dislUlaloria .

• Trob jours après mon acrivée à Madagascar, Je m'Égarai en faisant une eicursion dans les alentours, et bicntdt k une lassitude excessive vint M joindre la soif la plus ardente. Après avoir longtemps marché, j'allais m'abandonne r au désespoir, lorsque j'aperçois, tout près de moi, sii^ndus ï des feuilles, de petits vases, à peu près semblables à ceun ™nt nous nous servons à bord pour conserver l'eau fraîche. Jo crus

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86 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

être le jouet d'une de ces hallucinations qui montrent au malade altéré par la fièvre une coupe dont il veut en vain approcher ses lèvres desséchées; pourtant je m'avance avec hésitation.... j'y plonge un regard avide et inquiet.... 0 prodige I et jugez de mon bonheur en les voyant remplis d'un liquide transparent et pur, auquel je trouvai, dans un tel moment, une saveur qui me fit préjuger celle du nectar que l'on sert à la table des dieux. 1

Dans les Sarracenias, le plus grand Dombi*e de feuilles a la

Fig.BT.

Feuille d« Dionéa allrapc-DionCh*.

forme d'un long cornet où d'un entonnoir, comme le montre la figure 86.

Dans la Dionée altrope-mouche (fig. 87), les feuilles sont terminées par deux plaques arrondies, hérissées de poils. Entre ces deux plaques s'étend une charnière qui les réunit, comme le dos d'un livre en retient les deux côtés.

Parmi tant d'espèces de plantes qui ont été décrites, il n'en est pas deux dont les feuilles soient parfaitement semblables.

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1 Ces contrastes , dit Auguste de Saiot-Hilaire, transportent le naturaliste. Lotjque, traversant les contrées équinoiiales, il voit rapprochées les unes des autres des milliers de formes qui n'ont entre elles qu'un trait de ressemblance, l'élégance et la grâce, lorsqu'il voit le feuillage délicat des kinoia s'agiter au-dessus de la feuille gigantesque des Scilaminiai, et la Faagére mille fois découpée croître sur le tronc des Eugtnia avec les Bro* tsfiiéa et les Tillandsia, aux feuilles roides et immobiles. >

Bien plus, on ne trouve pas dans la nature deux feuilles exac-

7ig. IB. nimuD dt Mfiricr k p«i^«r.

tement semblables. Quelquefois la même plante en réunit qui ont entre elles moins de ressemblance que celles de deux espèces différentes. Le Mûrier à pilier (&g. 66 ) a tout i la fois des feuilles ™ forme de cœur et des feuilles lobées. Dans la Valériane phu, 'es feuilles inférieures sont entières et celles du sommet découpées. Dans la Benoncule aquatique ( ûf(. 89 ), les feuilles qui végë-

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88 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

tent dans l'eau sont divisées en lanières si étroites qu'elles

Fig- tl>. Feuilles oârienneiïtiubmergéei de la Renoncule iquitiquc.

Fig. M. Feuilles aérienne: el submergées de la SigilUire.

paraissent réduites à leurs nervures, tandis que les feuilles

DiplizsdbïCoOglC

aériennes sont entières et en forme de disque, plus ou moins découpé. Si la Sagittaire croît dans des eaui courantes, ses feuilles submergées forment de longs rubans ; si elle végète sur le bord des étangs tranquilles, ses Teuilles émergées ressemblent à des flèches (flg. 90).

Il n'y a pas moins de diversité dans la longueur et la largeur des feuilles que dans leur forme. Tandis que certaines feuilles n'ont qu'une demi-ligne de longueur, d'autres atteignent une dimension de 5 à 6 mètres.

Le volume des feuilles n'esE pas toujours proportionné à la grosseur de la tige qui les porte. I>a feuille d'une petite plante, la Patience sauvage, couvrirait plusieurs centaines de fois la feuille du Mélèze, arbre imposant de nos montagnes; et il y a mille fois moins de matière végétale dans la feuille du Sapin ou du Cidre du Liban que dans celle du Bananier.

La feuille se compose habituellement de deux parties : un support, ou pétiole, une lame, ou limbe.

Lorsque le pétiole manque, comme dans le Lin (lïg. 91), la feuille est dite stssUe. Fig.»t.

La feuille est simple si le limbe est mmB««ii..(Li>..)

unique; elle est composée lorsque plusieurs petits limbes, par- ^lement distincts les uns des autres, s'attachent à un pétiole commun, par l'intermédiaire de petits pétioles, souvent trèscourts, et nommés pétioMes. La feuille du Tilleul (fig. 92) est simple; celle du Robinia, ou Faux acacia, est (Gg. 93) composée.

Il arrive quelquefois que le pétiole commun se ramifie, et porte des pétioles de deuxième ou de troisième ordre, sur lesquels s'insèrent des pétiolules, avec leur foliole. C'est ce qui se passe dans le GUditschia irîacanthvs {fig. 94), et dans le Pigamon: on aomme ce genre de feuilles décomposées.

Le limbe des feuilles est soutent continu dans tout son pourtour, comme on le voit dans le Buis, l'Iris, etc. Mais il n'en est

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90 ORGAKOGRAPHIK ET PR-YSIOLOGIE.

pas ainsi dans la plupart des végétaux. Le bord du limbe de la feuille esl d'ordinaire plus ou moins profondément découpé. C'est d'après la forme et la profondeur de ces découpures qu'on dé-

signe les feuilles sous les noms de derJces, crénelies, en smt, lobées, fides ou fendues, parliles, etc., etc. Les feuilles sont déniées quand le bord du limbe est découpé

Flg. n. Feu

B. (Robinia.)

en dents aiguës, comme dans le Châtaignier (fig. 95) ; crénelées quand le bord du limbe est taillé en parties saillantes, mais arrondies, comme dans une feuille de SaxifrageiGg. 96). Elles

DiplizsdbïCoOglC

sont lobées, quand le limbe est divisé plus profondément, en

F)g. U. Fcuitia décompOMe. (Gl«dllscbit trïacuilhus.

lobes élargis. La feuille du Gingko (Qg. 97) est une feuille bilobée

rig. n. Feuille denUe. (ChMaigi

(Gingko.)

Les feuilles sont fides ou fendues, quand leurs divisions

DiplizsdbïCoOglC

99 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

descendent environ jusqu'à la moitié du limbe. La feuille du BauMnia (fig. 98) donne une très-bonne idée d'une feuille bifide. La feuille de Ricin ( fig. 99 ) est fendue en huit sections.

Enfin les feuilles sont parlites, quand les incisions pénètrent jusqu'au pétiole, ou atteignent la cdte moyenne du limbe.

Fig. »t. Feuille du nicin. FcnUK bipartie.

comme dans la figure 100 et dans la ligure loi, qui représente la feuille du Chanvre; comme dans celle de l'Ec/ûnops sphxrocephahs {Ëg. 102), etcélleàu Scolymus hispanicus (fig, 103), dans lesquelles les divisions du limbe sont plus multipliées encore.

Le limbe de toute feuille est parcouru par des lignes proéminentes, plus saillantes sur la face inférieure que sur la face supérieure, et qui portent le nom de nei-vures.

La disposition des nervures ne s'écarle pas de trois types principaux. Dans le Châtaignier, àont la feuille estdéjà représentée plus haut (fig. 95), on voit une nervure principale qui va de la base au sommet du limbe, en émetiant à droite et à gauche des

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nervures secondaires parallèles, disposées comme les barbes d'une plume. Dana les Mauves (fîg. 104), cinq oervures principales partent du sommet du pétiole , et vont en rayonnant dans

Fig, loi. FsnUIe de CbuTn.

le limbe, comme les doigts de la patte d'un oiseau palmipède. Dans 17m dont la feuille a déjà été représentée page 36, figure 39,

QD très-grand nombre de fines nervures partent de la base du limbe, et marchent vers son sommet, en restant toutes parallèles entre elles.

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94 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

Le pétiole peut être \oug, court, ou, comme nous l'avons déjà dit, manquer tout à tait. Il est souvent cylindrique, quelquefois renflé, comme dans la Châtaigne tf eau; ailleurs comprimé, comme dans le Bouleau et plusieurs peupliers, chez lesquels la surface

l'If;. 10}. Feuille de Scolymua hispaaicui.

la plus large , au lieu d'être continue avec le limbe , y aboutit à angle droit. Dès lors le pétiole soutient mal le limbe; il présente au vent ses deux cdtés élargis, ce qui fait osciller et trembloter la feuille.

Nous venons de dire que le pétiole de la feuille peul manquer. Le limbe même peut faire défaut, la feuille est alors réduite à son pétiole. Mais alors, obéissant dans ce cas à cette loi de balancemml ou de compensation des organes, qui wg-i»*- veut que quand une partie

Nenonads It feuille de Miuvc. . ,

avorte, la partie voisine prenne un plus grand développement, la nature élargit ce pétiole,qui ressemble dès lors à un ruban, à une sorte de limbe, ce (|U) fait qu'on l'a pris longtemps pour une feuille. Il s'en distingue par la disposition de ses nervures, et aussi parce fait, qu'au lieu d'être comprimé de fa^on à présenter une face supérieure et une face inférieure, sa tranche se trouve au contraire eu haut et en bas et ses faces sont latérales. On donne i ce

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pétiole le nom particulier de pkyUode. L'Acacia helerophylla (ûg. 105) est d'une observation très-inslructive à cet égard. On ; trouve tous les degrés intermédiaires entre une feuille composée parfaite et un phyllode : on y voit le pétiole s'aplatir et s'élai^r d'autant plus que le limbe s'amoindrit davantage.

Pig. 109. F«uiUe d'Acacia hsUraptiylla.

Cette transformation du pétiole, très-fréquente chez les Acanas de la Nouvelle -Hollande, se retrouve dans plusieurs autres plantes appartenant aux groupes des Légumineuses, des Ombel- Lifères et des Renonculacées.

Les feuilles se transforment en d'autres organes avec une étonnante fréquence. C'est par les modifications des feuilles que la nature produit un grand nombre d'organes essentiels dans lavie des plantes.

Les feuilles se changent en écailles: YAsperge (fîg. 106) nous en offre un bel exemple ; — en vrilles, comme on l'observe dans le

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96 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

Pois (fig. 107 ) ; — en épines comme nous le voyons dans VÈpinfvineiu (fig. 108). Les figures ci-dessous montrent les résultats de celte curieuse transformation des feuilles, dont nous aurons l'occasion de citer bien d'autres exemples.

Quelleeslladisposition des feuilles sur les tiges et les rameaux qui les portent? Sont-elles jetées au hasard sur l'axe végétal? 11 suffit de l'examea le plus superficiel , pour reconnaître que les feuilles sont toujours placées de la même manière, et dans un ordre fixe pour une m^me espèce de plantes; en d'autres termes, que leur distance relative et leur orientation sont rigoureusement flxées par la nature. Un examen un peu approfondi

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¥3 nous faire reconnaître que cet ordre est soumis aune véritable loi, et peut être exprimé par une formule aritlimétique.

Si l'on jette les yeux sur une branche d'Orme (fig. 109), de Saule, de Cerisier, on constatera aisément que les feuilles sont toutes insérées à des hauteurs différentes. Dans ce cas, on dit qu'elles sont fl/temw. Dans la Sauge, l'Ortie (fig. 110), au con-

traire, les feuilles sont groupées par paire à la même hauteur. Dans ce cas , on dit que les feuilles sont opposées.

Dans la Lysimagite vulgaire et le Laurier-rose (fig. 111), trois feuilles sont groupées à la même hauteur autour de la tige; dans ce cas, comme aussi dans le cas où il existe un plus grand nombre de feuilles groupées de cette manière , on dit que les feuilles sont en verlicitle, ou vertidllées.

Ce qui donne aux plantes une physionomie particulière, c'est que les éléments qui constituent le verticille d'un étage foliacé

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98 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

quelconque, correspondent aux intervalles qui séparent les éléments de la paire, ou du verticille, situé immédiatement audessus ou au-dessous. 11 faut remarquer, en outre , que les éléments d'une même paire, ou d'un même verticille, sont toujours équidistants-

Revenons aux feuilles alternes, pour mettre en évidence l'invariable disposition des feuilles autour de la branche.

Fig. 110. Feuilles 0|>paséet.(0nie0 FIg. III. Feuilles Terlicillies. (Llnrier-roM.)

Prenons un rameau de Pécher {ïtg. 1 12) ou de Prunier, et considérons une feuille quelconque. Nous trouverons que plus haut le rameau porte une autre feuille exactement placée au-dessus de la première et que dans l'intervalle de ces deux feuilles il y en a quatre diversement placées. Toutes ces feuilles se trouvent sur le passage d'une spire régulière idéale qui s'enroulerait autour de l'axe. Cette spire , qui prend son origine à une feuille quelconque et se termine à la feuille exactement superposée à la première, constitue ce que l'on nomme un cycle. Ici, c'est-à-dire dans le cas du Pécher ou du Prunier, le cycle comprend b feuilles

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et fail deux fois le tour du rameau. On exprime celte disposition par une formule numérique fractionnaire, dont le numérateur indique le nombre des tours de spire du cycle, et le dénominateur le nombre des feuilles constitutives du cycle. Ainsi, la disposition des feuilles du Pécher (fig. 113) serait représentée par la fraction 2/5.

Dansl'^um (fig. lll), le Soucliti, trois feuilles constituent le cycle, qui ne décrit sur la lige qu'un seul tour de spire. La disposition des feuilles est donc représentée par la fraction 1/3, comme le montre la figure 1 15.

Dans VOime, comme on l'a vu sur la figure 109, page 97, dans le TiikiU, deux feuilles seulement constituent le cycle, qui ne décrit

D„.iz.d.,C0(>glC

100 ORGANOGBAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

sur la tige qu'un seul tour. La disposition des feuilles est donc représentée ici par la fraction 1/2.

ËcrivoDs sur une seule ligne ces trois fractions l, {, {, et remarquons que la fraction | est la somme des termes des deui fractions précédentes. Additionnons les termes des fractions I et £, nous obtenons l ; faisons de même pour S et f , nous obtenons ■^. Nous formerons de cette manière la série {, j, h 2> A> éit H- P^it singulier ! ces formules fl-actionnaires, que

Kg- ll«. ne. IIJ.InaertioDdcsreuillM

tumeio d'Aunc. lur ud ramcui d'Aune ,

nous venons de tracer sur le papier, expriment précisément des dispositions de feuilles que la nature a réalisées.

Les dénominateurs de ces fractions, tout en donnant le nombre des feuilles de chaque cycle, indiquent en même temps le nombre des lignes verticales suivant lesquelles les feuilles sont rangées. Ainsi dans l'Orme, le Tilleul, les feuilles sont disposées sur deux rajigées, et sont dites distiques. Dans l'Aune, le Souckel, elles sont disposées sur trois rangées, et se nomment iristiquet.

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DaB9 le PêcfieTy les feuilles sont disposées sur cinq rangées ou en quinconce.

t La distribution des feuilles sur les rameaux, dit de CandoUe, est en rapport avec leurs fonctions..., qui sont presque eiclusivement déterminées par l'action de la lumière solaire. Pour ijue cette action s'exerçât cmvenablement, il fallait, ou que les feuilles fussent trës-écartées les unes des autres, ou qu'avec un ècartement donné elles se recouvrissent le moins passible. On a pu voir que tous les divers systèmes de position des feuilles ont pour résultat, que les feuilles qui naissent immédiatement les imes au-dessus des autres ne se recouvrent jamais. Dans les cas les moins bvorables la troisième recouvre la première, et la quatrième la deuxième. Dus un autre cîls, c'est la sixième, etc. Ainsi, en combinant ces disposilioiis, soit avec la distance des systèmes et de leurs parties, soit avec ta grandeur des feuilles qui va en diminuant de bas en haut, on arrive à comprendre comment toutes les feuilles jouissent de l'action de la lumière solaire. »

Dans la plupart de nos plantes, lorsque les feuilles ont accompli leurs fonctions physiologiques, elles tombent l'année même Quelles sont nées. Hais il en est d'autres qui ne se détachent que l'année d'après, ou même qui persistent pendant plusieurs annéessur la tige. Les feuilles de la plupart des Conifères, celles du Biiii, du Hoia, de VOrangeT, etc., ne tombent point dans l'année où elles se sont développées ; elles se rencontrent par conséquent avec les feuilles nouvelles. Aussi ces plantes ne sont-elles jamais complètement dépouillées : c'est pour cela qu'elles portent le nom vulgaire d'arbres verts.

Auguste de Saint-Hilaire fait les remarques suivantes sur la répartition des arbres verts selon les latitudes du globe :

< Lorsqu'on s'éloigne des tropiques, dit ce botaniste, le nombre des ^res verts va en diminuant dans une progression rapide. A Porto Allègre pv le 30* degré de latitude sud. je trouvai, dans la saison la plus froide, les arbres presque tous chargés de feuilles. A San Francisco de Paula, près nio Grande, par le 3k* degré, h peu près le tiers des végétaux ligneux avaient perdu les leurs, et enfin à deux degrés plus au sud un dixième des ^res seulement conservaient leur feuillage,

* A Montpellier, les campagnes en hiver ne sont déjà plus dépouillées de verdure, et Lisbonne,^adère et Ténériffe otFrent un nombre d'arbres 'wjours verts bien plus considérable encore. Il ne faut pas croire cepen- Mot que sous les tropiques tousles arbres soient toujours verts. Même dans '** gigantesques forêts qui bordent la cflte du Brésil et où la végétation est "Wintenue dans une activité continuelle par ses deux agents principaux.

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102 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

la chaleur et l'humidité. il existedes arbres, telsque certames BigDOuièes, qui, chaque année, perdent comme les nôtres toutes leurs feuilles ^lafais, mais immédiatement après ils se couvrent do fleurs, et bientôt reparaît leur feuillage. Je vous parle ici des bois qui croissent dans celles des régions équinoxiales où, comme chez nous, les pluies eties sécheresses n'ont point d'époque déterminée. Mais dans les pays où k six mois de pluies continuelles il succède six mois d'une sécheresse non interrompue, il est des bois qui, chaque année, restent pendant un temps considérable entièrement dépourvus de verdure. Et le voyageur qui les traverse estbrûlé par les feux ardents de la zone équinoxiale, en ayant sous les yeux la triste image de nos hivers. On a vu la sécheresse se continuer deux années et les arbres rester deux années sans feuillage, s

Mais les arbres verts ne sont qu'une exception dans le monde végétal. La plupart des arbres, des arbrisseaux et des plantes herbacées, sont dépouillés de leurs feuilles pendant la moitié de l'année. Quand les feuilles ont accompli leurs fonctions, quand les fruits ont apparu et que la végétation entre dans une phase nouvelle, les feuilles perdent leurs brillantes couleurs. Elles revêtent quelquefois des couleurs accidentelles et transitoires en se desséchant en partie. Le vert, quand il persiste, s'assombrit; il brunit dans les feuilles du Noyer, il prend un ton blanchâtre dans le Ckèvrefeuitte. Les feuilles d'autres plantes, comme la Vigne vierge, le Sumac, le Comouiiier, revêtent une teinte rouge; elles jaunissent dans l'Érable et dans beaucoup d'arbres de nos bois. Mais quelle que soit la variété des nuances que prennent les feuilles en se desséchant, elles présentent un certain ton de tristesse et de mélancolie, qui annonce la disparition prochaine de ces ornements de nos campagnes, et qui trahit l'imminence de la froide saison. Bientôt le froid et l'humidité arrêteront la marche de la sève et désorganiseront le pétiole; les feuilles flétries et déformées tomberont sur le sol, ou seront emportées par le vent. C'esl l'époque attristée et mélancolique de k clmte îles feuilles, qu'un de nos poètes élégraques a retracée dans ces vers si connus :

De la dépouille de nos bois L'automne avait jonché la terre, ■etc.

Cependant les feuilles, séparées du végétal qui les portait, ne sont point perdues pour la terre qui les reçoit. Tout dans la

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nature a son utilité. Les Teuilles desséchées ont aussi leur usage dans le cercle continu de la production vé^tale. Les feuilles qui jonchent le pied des arbres, ou qui sont dtsséntinées parles vents d'automne dans la campagne dépouillée, pourrissent lentement sur le sol. Elles se transforment en humus ou terreau; elles coniribiient à former cette terre végétale, indispensable à la vie des plantes. Ainsi , les débris de la végétation préparent la formation eiia venue d'une végétatioa nouvelle. La mort prépare la vie; le dËbut et la fin se donnent pour ainsi dire la main dans la nature végétale, et forment ce cercle mystérieux de la vie oi^nique qui n'a ni commencement ni terme.

Mais reprenons l'étude générale des feuilles dans la plénitude de leur existence. Nous avons k signaler un dernier et important phénomène dans l'ensemble de leurs fondions : nous voulons parler des mouvements assez divers que les feuilles exécutent spontanément en plusieurs circonstances.

Les feuilles affectent presque toujours la position horizontale. Elles ont une face supérieure tournée vers le ciel, et une face iafëriéure regardant la terre. Cette position est si naturelle, et dès lors si nécessaire, que les feuilles la reprennent d'elles-mêmes, le jour aussi bien que la nuit, lorsqu'une cause accidentelle la leur a fait perdre. Si Ton place une plante dans l'intérieur d'un appartement éclairé par une seule fenêtre, on voit bientôt toutes les feuilles diriger leur face supérieure vers la lumière. t^'est une expérience que nos jeunes lecteurs peuvent se donner le plaisir de répéter avec une plante de salon.

Les feuilles exécutent d'autres mouvements spontanés trèsremarquables, et sur lesquels nous croyons devoir nous arrêter quelques instants. L'étude de ces mouvements a été, comme on ™ le voir, l'objet d'observations curieuses et d'expériences inté-

Dulhichet ayant placé un jeune Pois dans une chambre Éclairée d'un seul côté, vit la feuille tantôt s'incliner vers la lumière, tantôt diriger son pétiole vers le ciel, ou même l'incliner ''^^ la partie obscure de la pièce. La vrille, tantôt presque droite, «nWt courbée en arc, offrait aussi des mouvements irréguliers. "Utrochet plaça des indicateurs fixes, soit auprès du som-

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104 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

m^t de la vrille, soit auprès du sommet dn pétiole, à l'endroit où s'inséraient les deui folioles ; et il put constater ainsi dans quel sens marrhaient ces parties en s'éloignant des indicateurs aies. Il ne tarda pas à reconnaître que le sommet du pétiole décrivait en l'air une courbe ellipsoïde, tandis que la vrille qui le terminait offrait des mouvements divers. H vit bientôt que le mérithttlle lui-même (entre-nœud, ou écartement des pétioles sur la tige) de cette feuille participait à ce mouvement de révolution, et qu'il en était même le principal agent- Le mhithalle et la feuille engendraient donc par leur mouvement général une sorte de cône, dont le sommet était à la partie inférieure du mérithalie, et dont la base était la courbe décrite en l'air par le sommet du pétiole là où se trouve l'insertion de deux folioles. La vrille, pendant le mouvement de révolution, dir^eait constamment sa pointe vers le fond de la pièce, fuyant ainsi ta lumière ; elle se retournait lorsque le mouvement de sa révolution, en ramenant la pointe de cette vrille près de la fenêtre, tendait à la diriger de nouveau vers la lumière.

Cette révolution s'effectue dans un temps qui varie avec la température et avec l'Age de la feuille. Elle dure de une heure à vingt minutes par une température de 24' : de sept heures à onze heures quand la température est abaissée jusqu'à+ 5 ou -f- 6*. L'amplitude des révolutions diminue à mesure que la température décroît.

• Quelle est la causa de ce mouvement révolutif? dit Dutrochet. Elle ne se dévoile point i. nos yeui. C'est une cause excitante, intérieure et vitale. Non-seulement la lumière ne contribue en rien à la production de ce mouvement, nuis elle le contrarie, et lorsqu'elle est vive, elle l'arrête. •

Uutrochet a observé le mouvement révoMif dans les vrilles de la Bryone et du Concombre cultivé. Dans la Bryone, la vrille se meut dans des directions très-variées, tantAt marchant horizontalement, tantôt s'élevant, tantôt s'abaissant; dirigeant quelquefois sa pointe vers le ciel, puis prenant une courbure quelcon* que, pour prendre ensuite une courbure inverse. Les vrilles dn Concombre marchent conune les aiguilles d'une montre posée à plat ; elle dirigent successivement leur pointe vers tous les points de l'honzon, soit de droite à gauche, soit de gauche à droite.

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(I faUait toute la sagacité, toute la Snesse d'observation de Dutrochet pour découvrir les mouvements si lents et si obscnn dont nous venons de parler.

Les mouvements spontanés que nous avons maintenant à signaler dans certains végétaux, sont beaucoup plus apparents ; ils »Dl consignés depuis plus longtemps dans la science.

Parlons d'abord des mouvements de la plante connue sous le nom de Detmodie oscillante (Desmodium gyrans).

\Alktmodie oscillante (fig. 116) appartient à la famille des Légnmioeuses. Elle fut découverte au Bengale, aux environs de Daca, par nue Anglaise, Mme Monson, que son dévouement à l'his-

loire naturelle avait conduite k entreprendre un voyage dans Hnde, et qui mourut au milieu de ses excursions botaniques.

Us feuilles de la Desmodie sont composées de trois folioles : lî foliole -terminale est très-grande, et les latérales sont très-petites. Cesdemières surtout sont presque toujours en mouvement ; sUes exécutent de petites saccades, analogues à celles de l'aiguille iJ'nne montre à secondes. L'une des folioles s'élève et l'autre deswnd, pendant le même temps, d'une quantité correspondante; luand la première commence à descendre, l'autre se met à monler. La grande foliole se meut en s'inclinant tantôt à droite, tantôt à gauche, mais par un mouvement continu et très-lent, si on le compare à celui des folioles latérales. Ce singulier méca- "wine dure pendant toute la vie de la plante; il s'exerce de jour

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106 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

comme de nuit, par la sécheresse comme par l'humidité. Plus il fait chaud et humide à la fois, plus sont vifs les mouvemeuts de la plante. On a vu dans l'Inde les folioles latérales de la DestnodU exécuter jusqu'à 60 petites saccades par minute.

Cette curieuse plante, qui a été introduite, pour la première fois en Europe, en 17TT, est cultivée au Muséum d'histoire naturelle de Paris. Les auditeurs du cours de M. Brongniart ont pu fréquemment observer de près les étranges phénomènes vitaux dont elle est le siège.

- Les mouvementsde lâDamodie s'exercent spontanément et sans aucune cause occasionnelle ; mais il en est d'autres qui sont déterminés dans certaines plantes par des causes extérieures. Tels sont ceux de la Otonée attrape-mouche et ceux de la Semilive.

La Dionée (iig. 117) est originaire de l'Amérique septentrionale. Ses feuilles qui s'étalentà la surface du sol, sotit composées de deux parties, l'une allongée, qui peut être considérée comme un pétiole, l'autre très-élargie, presque circulaire, formée de deux panneaux qui sont réunis par une nervure en fa^on de charnière, et garnis sur leur pourtour de cils roides et allongés. A la face supérieure de ces panneaux se trouvent quelques petites glandes, d'où exsude une liqueur visqueuse qui attire les insectes. Si une mouche vient à se poser à la surface de ce singulier appareil, les deux panneaux se redressent vivement ie long de leur charnière ; ils se rapprochent, entrecroisent leurs cils, et la mouche est prisonnière. L'insecte en s'agitant augmente encore Virritabilité de la plante , dont les serres ne -s'entr'ouvent qu'après que les mouvements de l'animal ont cessé avec sa vie.

Qui ne connaît, qui n'a vu la SensUive (fig.llB) et l'étrange sensibilité de ses feuilles? Il sufBt du choc le plus léger pour faire fléchir ses folioles sur leur support, les branches pétiolaires sur le pétiole commun, et le pétiole commun sur la tige. Si l'on coupe avec des ciseaux tins l'extrémité d'une foliole, les autres ■ folioles se rapprochent successivement.

De Candolle s'était exercé à placer sur une des folioles de la Sensiiive une goutted'eau, avec assez de délicatesse pour n'y exciter aucun mouvement. Mais lorsqu'il substituait à l'eau une goutte d'acide suifurique, il voyait les folioles se crisper, les pétioles partiels et le pétiole commun s'abaisser, et graduellement subir

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la méine ioUuence, sans que les folioles situées au-dessous parlicipassent au mouvement. Celte expérience montre fort bien que l'irriialion n'est pas locale, mais se communique de proche en proche dans les divers éléments d'une feuille, et se propagent ainsi d'une feuille à l'autre.

Fig. 1 17. Dtonee altrapc-roouche.

Pendant que tous ces mouvements s'opèrent, on peut remarquer que le limbe des folioles ne se courbe pas, ne se crispe pas. En effet, la faculté contractile réside au point d'insertion des fo ■ lioles sur les pétioles secondaires, de ceux-ci sur le pétiole commun, et de celui-ci sur la tige. Ces points d'insertion correspondent à des bourrelets cylindroïdes très-visibles, qui pendant le r^pos soDt gonflés inférieurement, tandis que dans l'état d'irritation ils sont détendus supérieurement. Les mouvements que

108 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

l'on provoque chez la SeruUive se manifestent avec une intensité et se propagent avec une rapidité plus grandes, lorsqu'on irrite sur ce bourrelet un articulation, de préférence à tout autre partie de la plante.

On a remarqué que plus la SensUive est vigoureuse, plus elle est impressionnable ; que plus la température est élevée, plus ses mouvements sont prompts. On & observé, en outre, que la SensiUve peut jusqu'à un certain point s'accoutumer au mouvement. Desfontaines portant un pied de Semiiive dans une

voiture, vit la plante fermer ses folioles et abattre toutes ses feuilles dès que la voiture commença à rouler sur le pavé. Mais peu à peu, comme revenue de sa frayeur, et pour ainsi dire habituée au mouvement, elle releva ses feuilles et épanouit ses folioles. Desfontaines fit alors arrêter un certain lemps la voiture. Lorsqu'on se remit en mouvement, la Sensitîve se replia sur ellemême comme la première fois, et au bout de quelque temps elle s'épanouit de nouveau pendant la marche. Ne dirai t-oo pas une impression réfléchie et motivée de la part de cette singulière plante ? Ces phénomènes d'irritabilité sous l'influence d'actions mécaniques ou chimiques directes, la plante les répète d'elle-mènie pendant la nuit. Quand l'obscurité arrive, la Semitive ferme ses folioles.

Cette habitude de replier ses feuilles pendant la nuit n'est pas.

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d'ailleurs, ezclosivemeot propre à la Sensitive. Elle appartient à d'autres plantes, dont les feuilles n'olTrent pas la même position peDdsDt le jour et pendant la nuit. C'est là ce que Linné a nommé te sommeil des planta.

t Hais il faut remarquer, dit de Candolle, que ce terme, emprunté au règne ammal, ne représente pas les mâmes idées dans les deux règnes. Daiu les animaux, le sommeÛ indique un état de flaccidité des membres, de souplesse des articulations : dans tes rég étaux il indique bien un chan- ^ment d'état , mais la position nocturne est déterminée avec le même degré de rigidité et de constance que la position diurne; on romprait la feuille endormie plutdt que de la maintenir dans la position qui lui est propre pendant le jour. ■

C'est sur une variété du Tri/le du Nord, le joli Lotus omUhopoliwida, que Linné remarqua, pour la première fois, la différence entre l'attitude des feuilles pendant le jour et pendant la nuit. A peine eut-il fait cette remarque, qu'il devina que ce phénomène ne devait pas être borné à une seule plante, mais qu'il devait être général dans la végétation. Dès lors, chaque nuit, Linné s'arrache au sommeil, et, dans le silence de la nature, il va observer les plantes dans son vaste jardin. A chaque pas il découvre un fait nouveau. Aucun fait naturel, une fois mis en èridence par une première observation, n'a été aussi rapideméat confirmé par une foule de remarques analogues. Linné ne fut pas long à se convaincre que le changement de position des feuilles pendant la nuit s'observe dans un nombre considérable de végétaux, et qu'en l'absence de la lumière les plantes changent tellement de physionomie, qu'elles deviennent trèsdifSciles à reconnaître d'après leur port. Il constata que c*est bien l'absence de la. lumière et non le froid nocturne qui est la principale cause du phénomène, car les plantes des serres chaudes se ferment pendant la nuit, comme celles qui sont exposées àl'air libre. II reconnut aussi que cette différence est beaucoup plus sensible dans lesjeunesplantesque dans les plantes adultes.

L'illustre botaniste suédois a fait beaucoup d'observations sur la diversité de position que les feuilles affectent pendant ia iQit, et il s'est efforcé de classer méthodiquement ces différences. Ce qu'il y a de plus général dans les distinctions qu'il a établies, c'est que les positions diffèrent selon que les feuilles

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110 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

sonl simples ou composées. Linné pensait que le but de la nature dans cette circonstance, c'est de mettre les jeunes pousses à l'abri du froid de la nuit et de l'impression de l'air.

C'est surtout dans les feuilles composées que la différence entre la veille et le sommeil est le plus nettement indiquée.

Les folioles du Ti-èfle incarnat se redressent, en se court>ant dans le sens longitudinal, de manière à ne se rapprocher que par

Fig. I

. Samraeil des feuillet de l'Oulis,

la base et le sommet, et à former une sorte de cavité, de berceau. Les folioles du Mélilot se redressent à moitié, mais restent divergentes ))ar leurs sommités.

binsïesOxalU (fig. 119), les folioles se déjettent sur le pétiole commun, de manière à s'adosser par leurs faces inférieures, et à ne montrer que leurs faces supérieures.

Dans le Sn^enaud ter, les folioles se dressent verticalement, de manière à devenir perpendiculaires sur le pétiole commun el appliquées l'une contre l'autre par leurs faces supérieures.

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Les Castia ont, au contraire, les folioles rabattues et appliquées parleurs feces inférieures.

Les folioles des Mimosées se coucheot le long du pétiole eu se dirigeant vers son sommet, de manière que les deux folioles eitrémes soient dirigées en avant et appliquées par leurs faces supérieures et les autres appliquées sur le dos des folioles qui sont d'un rang plus près du sommet.

Les feuilles des Airipkx s'appliquent sur les jeunes pousses Rt les enveloppent, comme pour les défendre des injures de l'air. Le Mouron des oiseaux ferme exactement ses feuilles pendant la nuit, et ne les ouvre qu'au matin, UŒmthère, Comme le Tripe inearnai, forme, pendant la nuit, une sorte de berceau du rapprochement de ses feuilles. Au contraire, le Sida et le Lupin Wanc renversent leur feuillage. Plusieurs laitues roulent leurs feuilles en cornet. La Gesse odorante, le ?ow de senteur, les Fêoes ntltiei&i, appliquent, pendant la nuit, leurs feuilles les unes contre les autres, et semblent dormir.

Cet étrange sommeil des plantes rappelle vaguement le sommeil des animaux. Circonstance remarquable, la feuille endormie semble, par ses dispositions, vouloir se rapprocher de l'époque de son enfance. Elle se replie à peu près comme elle l'était dans le bourgeon , avant d'éclore, lorsqu'elle dormait du sommeil léthargique de l'hiver, abritée sous ses robustes écailles, ou calfeutrée dans son chaud duvet. On dirait que la plante cherche chaque nuit à reprendre la position qu'elle occupait dans son jeune Age, comme l'animal endormi se replie et se ramasse SUT lui-même, ainsi qu'il l'était dans le sein de sa mère.

Ouelle est la cause du phénomène général désigné sous le nom de tommeil dts plantes? Il a lieu dans tous les états hygromélrit|ues de l'air, et les heures auxquelles il s'effectue ne sont point dérangées par le changement de température. De Candolle supposa que lalumière était la cause la plus directe du phénomène. Pour s'eo assurer, il soumit des plantes dont les feuilles sont disposées à dormir, à l'action d'une lumière artificielle, fournie par deux lampes qui équivalaient aux 5/6de la clarté du jour sans soleil. Les résultats furent très-variés ; les plus généraux furent les suivants :

« lorsque j'ai eiposé, dit de Candolle, des Sensitives à la clarté, pen-

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119 OBGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

dantlanuit, et àl'ob&curité pendant lejour,j'aivudan3le3 premiers temps ces Sansitives ouvrir et fermer leurs feuilles sans règle fixe ; mais aa bout de quelles jours elles se sont soumises à leur nouvelle position et ont ouvert leurs feuilles le soir qui était te moment oil la clarté commençait pour elles, et les ont fermées le matin qui était l'heure où leur nuit commençait. « Lorsque j'ai exposé des Senùtives il une lumière continue, elles ont eu, comme dans l'état ordinaire des choses, des alternatives de sommeil et de réveil ; mais chacune des périodes était un peu plus courte qu'à l'ordinaire. Lorsqu'on expose des Sensitives à l'obscurité continue, elles oflKnt bien aussi des alternatives de réveil et de sommeil, mais trës-irréguliëres. *

De Gandolle ajoute qu'il n'a pu modifier le sommeil de deui espèces d'Oxalis ni par l'obscurité, ni par la lumière, ni en les éclairant à des heures différentes de celles qui leur sont naturelles. On peut, selon lui, conclure de ces faits, que iesmouvemeuts du sommeil et du réveil sont liés à une disposition de mouvement périodique inhérente au végétal, mais qui est essentiellement mise en activité par l'action stimulante de la lumière, laquelle agit avec une intensité différente sur différents végétaux, de telle sorte que la même dose de lumière produit des résultats divers sur diverses espèces.

Après avoir étudié les caractères extérieurs des feuilles, nous allons essayer de pénétrer un peu dans leur structure, pour dévoiler les délicatesses de leur organisation intime.

Du tissu cellulaire auquel on donne, dans ce cas, le nom de parenchyme, remplit tous les interstices des feuilles laissés par l'écartement des iiervurei. Cet ensemble est recouvert, consolidé, protégé contre toutes les influences extérieures, par Vépiderme, enveloppe qui s'étend, comme un manteau protecteur, sur toute la surface du végétal. Soumettons successivement à l'eiamen microscopique Yépidej-me, le parenchyme et les nervures.

Nous considérerons d'abord les feuilles des végétaux supérieurs qui vivent dans l'air.

Déchirez avec quelque précaution une feuille quelconque, vous verrez se détacher d'un des fragments de la feuille un lambeau d'une membrane transparente et incolore. Si l'on place ce lambeau humecté d'eau sur une plaque de verre, et qu'on l'observe avec un assez fort grossissement, on pourra s'assurer qu'il est formé de cellules assez grandes, aplaties, à contours tantôt

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reclilignes et figurant comme un carrelage, tantôt irréguliers et sinueui (fig. 120), Le contenu granuleux de ces cellules est peu apparent, peu important, mais on y trouve parfois un liquide aqueux diversement coloré. Les éléments cellulaires de celle membrane épidermique, sont intimement unis et pressés les unscontre les autres, de manière & donoer à l'épiderme une certaine solidité, une certaine résistance.

Les cellules ^idermiques offrent uneparoi extérieure, celle qui est en rapport avec l'air, beaucoup plus épaisse que les parois latérales et ia paroi inférieure. On voit souvent quelques-unes de ces cellules s'allonger, se ramifier, se doisonner, pour constituer des '^«- "*■

., , . ... structure de répidcrmc des feuilles.

poils, de forme variable.

La membrane épidermique n'est pas continue, elle n'est pas par&itement close. Elle présente, au contraire, de distance en distance, de petites ouvertures formées par l'écarlement de deux cellules. Ces ouvertures, qui peuvent se dilater ou se resserrer

Klon les circonstances extérieures, sont destinées à exhaler au dehors les produits de la transpiration de la plante, les gaz ou la vapeur d'eau, comme aussi à absorber les gaz et l'humidité atmosphériques. Elles portent le nom de stomates (du grec orofta, 'wuche). La figure 121 représente un stomate de Cycas vu au microscope.

t*s stomales sont plus abondants à la face inférieure des feuilles qu'à leur face supérieure. Leur nombre varie beaucoup ^"ivant les plantes, et plus ils sont petits, plus ilssont nombreux.

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114 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

L'Œillet en présente 4000 sur une étendue d'un pouce carré, 17m 12 000, le Lilas 120 000.

L'épiderme qui recnuvre et protège le parenchyme de la feuille, est lui-même revêtu d'une couche protectrice extrêmement fine, sans •structure appréciable et dont on doit la découverte à M. Ad. Brongniart : c'est la cuticule. Elle adhère intimement à l'épiderme, se moule exactement sur cetle membrane, et même sur ses poils, qui s'y engatnent comme les doigts dans un gant. Elle offre une petite boutonnière dans tous les points qui correspondent à des stomates.

Voyons maintenant quelle est la structure du parenchyme compris entre les épidermes supérieur et inférieur d'une feuille. On peut distinguer dans le parenchyme des feuilles de la plupart des végétauï, deui régions : l'une supérieure, l'autre inférieure (Sg. 122). Dans la région supérieure, on trouve un, deux ou trois rangs de cellules oblongues, dirigées perpendiculairement à la surface de la feuille, pressées les unes contre les autres, s'écartant cependant quelquefois , de manière à laisser entre Fig. i!î. plusieurs d'entre elles

une lacune, qui ordinairement correspond à un stomate. La couche inférieure est composée de cellules irréguliéres, souvent rameuses, se touchant seulement par le bout de leurs brandies, et laissant entre elles de nombreuses lacunes, qui communiquent les unes avec les autres et forment une sorte de tissu spongieux. Parmi ces lacunes, beaucoup sont situées immédiatement sur l'épiderme inférieur, qui est criblé d'un plus grand nombre de stomates que l'épiderme supérieur, et c'est précisément à ces stomates que correspondent les lacunes.

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Ces cellules parenchymateusee, dont les parois sont toujours minces, contiennent des grains de chlorophylle, substance à la- . quelle les végétaux doivent leur coloration verte. La chlorophylle est contenue en plus grande quantité dans la zone supérifure, dense, que dans la zone inférieure, spongieuse, du parenchyme. L'ensemble des cellules ainsi colorées par les grains de chlorophylle donne à la feuille végétale la teinte verte uniforme qui lui est propre.

Nous avons signalé ces particularités d'organisation, et surtout l'eiistence de ces méats interctlljdaires ou lacunes, cavités qui communiquent toutes entre elles, et sont mises en rapport avec le milieu ambiant par les ouvertures slomatiques, parce qu'elles font comprendre que la feuille est admirablement organisée pour favoriser les phénomènes vitaux dont elle est le siège, phénomènes que nous étudierons bientAt.

On trouve dans les nervures des feuilles, des vaisseaux de divers ordres, reliés entre eux par des cellules de formes diverses, qui constituent la partie fibreuse de ce Ëisceau. La structure des nervures, qui est assez complexe, se simplifie à mesure qu'elles se divisent et qu'elles diminuent de dimensions.

Si, des plantes à feuilles aériennes, nous passons aux plantes à feuilles qui flottent sur l'eau, ou qui sont submergées, nous verrons la structure de ces organes se modifier suivant les milieux dans lesquels la nature les a appelés à vivre. Ces curieuses modiScations ont été étudiées, de nos jours, par M. Ad. Brongoiart.

La feuille du Nymphéa qui flotte sur l'eau, présente, il est vrai, deux épidermes et un parenchyme peu différent de celui des feuilles aériennes, mais l'épiderme inférieur, en contact aVec l'eau, ne présente pas de stomates. Les feuilles submergées des Potamoti sont généralement très-minces, complètement dépourïUCsd'épîderRie,et par conséquent de stomates; elles sontcreusées de lacunes qui ne communiquent pas entre elles, et sont formées de cellules polyédriques, pressées, gorgées de matière verte. Ces lacunes sont donc sans analogie avec celles des feuilles aériennes; elles peuvent être considérées comme des réservoirs

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d'air fourni par la plante elle-ménie et destinés sans doute à alléger son poids. Ce sont des appareils de flottaison qui semblent jouer un rôle analogue à celui de la vessie natatoire des poissons.

Le Renoiuuie aquatique présente à a fois, comme nous l'avons déjà vu, des feuilles aérieunes qui flottent à la surfoce de l'eau, et des feuilles très* divisées qui sont submergées. I^s feuilles aériennes, munies d'un épiderme pourvu de stomates, offrent un parenchyme dont la structure ne s'écarte point sensiblement de celle que nous avons indiquée plus haut pour les feuilles aériennes. Les feuilles aquatiques n'ont pas d'épiderme proprement dit. Des cellules parenchymateuses vertes , pressées les unes contre les autres , y constituent un parenchyme uniformément dense, creusé çà et là de cavités aérifferes isolées, comme on le voit sur la figure.

Nous ne terminerons pas l'étude des feuilles sans dire quelques mots des stipules, organes accessoires et d'une importance secondaire, qui accompagnent les feuilles dans certains végétaux.

Les stipules sont organisées com-

Kg. Iï4. Slipule du Tulipier. „ i » -n . j

me les feuiUes.maisnesont pas des feuilles véritables. Elles en diffèrent par leur position, leur forme et leurs fonctions. Ce sont de petits organes foliacés, des appendices membraneux, dont le point d'insertion varie. Dans le Tulipier (ùg. 124), on voit deux stipules placées, l'une à droite et l'autre à gauche du point d'insertion de la feuille. Dans le Rosier ou l'Églantier (fig. 125}, les deux stipules se soudent avec le pétiole de lafeuille.Dans le/fou^{on(fig, 1S6), les deux stipules placées du même côté de la tige et appartenant

ideui feuilles différentes, se confondent plus ou moins complément ensemble de manière à former deux doubles stipules.

Kig. 137. Stipule de sirruin.

"*"« le Sitrrasin (fig. 127), on ne voit (ju'une stipule, placée ^n're la feuille et la tige.

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