AUSTRALIE
bles, n’ont point leur limbe horizontal placé comme celui des plantes de notre pays et de la plus grande partie du reste de la terre; le limbe est placé de champ par rapport à la surface du sol. La lumière, glissant entre ces lames verticales, n’est plus arrêtée, comme il arrive pour les arbres et les arbustes de nos pays, par une suite de feuilles placées transversalement les unes au-dessus des autres; dès lors elle ne subit plus des unes aux autres cette série de réflexions dont le résultat nous est familier.
L'effet produit par les masses de verdure de l'Australie est donc tout différent de celui auquel nous sommes accoutumés. aussi l'aspect des forêts de la Nouvelle-Hollande frappa-t-il singulièrement les premiers voyageurs qui les visitèrent, par la singulière sensation que donnait à l'œil la distribution des lumières et des ombres.
L'Eucalyptus, qui occupe une si grande place dans la végétation australienne, sert à ombrager au milieu des bois, les tombes, des sauvages habitants de ces contrées. Le naturaliste Mitchell, à qui l’on doit la première description scientifique de l’Australie, a fait un tableau remarquable de ces bocages de la mort, qui aujourd’hui deviennent de plus en plus rares, et disparaissent au souffle de la colonisation européenne. Mitchell rapporte que ces bocages de la mort marquaient le centre de la terre patrimoniale de chaque grande tribu australienne. De petits tumulus de gazon, et des sentiers sablés circonscrivaient les cases de ces échiquiers funéraires qui s'étendent à l’ombre des Eucalyptus et des Xanthorrhea. La figure 411 représente, d'après l'ouvrage de Mitchell, une de ces poétiques sépultures des forêts de l'Australie.
Si, aux magnifiques Eucalyptus et aux Mimosas à feuilles simples, qui prédominent dans les forêts, et donnent ainsi un caractère tout spécial à la végétation australienne, on ajoute les Xanthorrhea, à la tige épaisse, aux feuilles étroites, longues, linéaires, recourbées au sommet et étalécs, du centre desquelles s’élève un stipe allongé, terminé par un épi de fleurs robustes, qui impriment un cachet tout particulier aux lieux où ils abondent'; les Casuarina aux branches longues, pendantes, pleureuses, délicatement articulées; l'Araucaria excelsa, qui
1. On voit sur la figure 412, plusieurs pieds de Æanthorrhea.
élève son tronc columnaire et ses rameaux verticillés. qu’à la hauteur de 90 à 160 pieds; d’élégantes Épacridéel fleurs si variées; un grand nombre de jolies Légumineti# + font maintenant la richesse de nos serres; plus de 12404 d'Orchidées terrestres appartenant presque toutes à de à spéciaux à l'Australie, on aura une idée du manteai qui couvre et décore d'une manière si originale les €ÿ 7; | Nouvelle-Hollande. , Ex Nous donnons dans la figure 412 une vue photog# : d’une forêt vierge de l’Australie. a Les îles de la Nouvelle-Zélande correspondent à perf latitude à la zone que nous venons d'examiner :elles @ terres les plus rapprochées. Elles nous intéressent d’at e qu’elles ne sont pas éloignées de l’antipode de Paris qu’elles sembleraient devoir représenter, de l'autré globe, une partie de notre région méditerranéenne. leur végétation offre un caractère différent. Elle a quelqu communs avec celle ce la Nouvelle-Hollande et celle & 3 L ques. Nous empruntons à MM. Richard et Lesson les p Ce ments qui suivent. #14 .
Dans la grande île d’Ika-na-Mawi s'élèvent d'immehsfilil pleines de Lianes et d’arbrisseaux entrelacés, qui le: 4 impénétrables. Dans ces forêts existent sans doute d a | dont les dimensions sont gigantesques, car les pirégiéé indigènes ont jusqu’à 60 pieds de long sur 3 et 4 de lar& in tout d’une seule pièce. À 2 ou 4 milles de la côte, MM. À et Lesson virent de grands espaces très-bas et probe a | marécageux, couverts d'une grande masse d'arbres vert # le Dacrydium cupressinum et le Podocarpus dacrydioides ÿ ques autres forment l’essence principale. ee La végétation du Havre de l’Astrolabe est fort belle, quôtiféi nombre des plantes cryptogames égale presque celui des rogames. L'Européen est surpris d’y rencontrer quek A taux de sa patrie, ou du moins des espèces très-rs toi comme des Seneçons, des Véroniques, le Jonc de Jésus= 00 Renoncule dcre, etc. En revanche, quelques végétaux pareil à la Nouvelle-Zélande croissent abondamment dans ces 10cafftts" tel est, entre autres, le Phormium tenax, que les Européens
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nomment Lin de la Nouvelle-Zélande, parce que ses fibres fournissent une filasse très-solide, excellente pour la fabrication des tissus.
Les Fougères forment à peu près un septième de la totalité des végétaux de ce pays. Parmi les monocotylédones, ce sont les Graminées et les Cypéracées qui dominent; parmi les dicotylédones, les Ombellifères, les Crucifères et les OEnothérées.
La Nouvelle-Zélande ne fournit qu’un petit nombre de plantes alimentaires. Les misérables habitants de cet archipel, pour la plupart ichthyophages, ont été longtemps réduits à se nourrir de la racine féculente d'une fougère, le Pteris esculenta, quand ils manquaient de poissons. Aucun arbre ne produit de gros fruits. Le Taro ou Caladium esculentum et la Patate douce (Convolvulus batatas) servent aussi de nourriture aux habitants de ces contrées. |
Il faut remarquer pourtant que les végétaux potagers de l’Europe, introduits dans la Nouvelle-Zélande par les navigateurs, ont fini par s’y propager avec une telle facilité, que l'aspect du terrain, aussi bien que les conditions mêmes de la vie, s’y sont modifiées profondément.
Nous signalerons encore, parmi les végétaux propres à l'archipel dont il est ici question, le Corypha Australis; parmi les Palmiers, des Dracænas arborescents, des forêts d’une Conifère à feuilles larges, le Dammara, et des Metrosideros parmi les Myrtacées.
Nous venons de parcourir les principales régions botaniques du globe. Nous avons vu la végétation varier selon la latitude, c'est-à-dire selon la distance de l'équateur. À mesure que nous avancions de l’équateur vers les pôles, nous avons vu, en parcourant les zones équatoriale, tropicale, tempérée et polaire, la végétation perdre graduellement de sa puissance, se dépouilier
de ses formes fastueusgs ou multiples, et se réduire, de plus
en plus sous le rapport du nombre des espèces, comme sous celui de leurs dimensions en approchant des régions polaires, pour cesser entièrement aux deux pôles, dans ces lieux où règne un froid éternel. La chaleur est la compagne inséperable de la vie organique. Là où la chaleur disparaît, la vie s'éteint, et l'organisation végétale suit dans sa vigueur et sa puissance la dégradation proportionnelle de la chaleur atmosphérique.
Mais une réflexion capitale va se présenter tout de suite, comme corollaire de la remarque précédente, à l'esprit de tout lecteur judicieux.
Quand on s'élève sur les flancs d’une montagne, et en général, quand on s'élève par un moyen quelconque, par exemple dans un aérosfat, dans les hautes régions de l'air, on voit la température décroître rapidement. Quelquefois la température décroît d'un degré pour 100 mètres seulement d'’élévation dans l'atmosphère. Il suit de là que les groupes: de plantes qui vivent le long des hautes montagnes doivent différer les unes des autres, et que leur ensemble doit former des zones, ou régions botaniques, tout à fait semblables à celles que nous avons passées en revue en suivant le chemin géographique des latitudes. Au pied d’une montagne située par exemple dans la région équatoriale du globe, on doit trouver les plantes de cette région; en s’élevant, on doit rencontrer d’abord les plantes de la région tropicale ; plus haut, celles de la région tempérée ; plus haut encore, les végétaux propres à la région polaire. Plus haut enfin toute vie végétale doit s'éteindre, comte la vie s'anéantit dans les régions glacées des pôles, siége du froid et séjour de la mort.
Ces remarques sont la fidèle image de ce que la nature offre à nos regards. Il y a donc-une restriction importante à faire à la démarcation des régions botaniques naturelles que nous avons posées et successivement parcourues. Ces régions ne peuvent être admises avec une existence réelle qu’autant qu'on se place au niveau de la mer, ou à 7 à 800 mètres. | tout au plus au-dessus de ce niveau. Au delà de cette limite, on entre dans une zone aérienne d’une température un plus basse que la
région inférieure, et la démarcation des régions botaniques doit s’effacer d'une manière absolue.
Alexandre de Humboldt a donné à cette vérité une forme saisissante. Il a dit que le globe, sous le point de vue des régions botaniques qu'il renferme, peut être comparé avec assez de justesse à deux énormes montagnes accolées par leur base : la décroissante de la température qui se manifeste quand on marche de l’équateur aux pôles, est la même que celle qui s’observerait en supposant que l’on s'élevât le long d'une montagne qui aurait pour hauteur le rayon de la sphère terrestre.
Pour en revenir aux faits positifs que l'observation nous présente, on voit que la végétation des montagnes est facile à deviner d'avance d’après la connaissance du lieu que cette montagne occupe sur le globe. À mesure qu’on s'élève sur les flancs d’une montagne quelconque, on voit se succéder, le long de ses pentes, des flores qui sont d'autant moins nombreuses qu’on est plus éloigné de l'équateur. Sous l’équateur même, par exemple, on verra succéder à la flore équatoriale la flore propre aux régions des tropiques; à celle-ci succédera la flore tempérée chaude; plus haut viendront les plantes de la zone tempérée froide; puis les flores arctique et polaire, au delà desquelles brillent les neiges éternelles. Il suit de là que dans les contrées avoisinant le pôle boréal, c’est-à-dire du 70° au 75° degré de latitude, suivant les lieux, les dernières limites de la végétation commencent an niveau même de la mer.
Nous arrèterons ici ces remarques pour ne pas offrir seulement des généralités au lecteur. Dans le but de mettre ces vérités en relief par des faits d'observation utiles à connaître, nous allons examiner la végétation de quelques montagnes célèbres. Nous conduirons le lecteur d'abord sur les. flancs des Alpes, avec À. de Jussieu ; ensuite sur le mont Ventoux, en Pro vence, avec M. Ch. Martins; enfin sur les sommets de l'Himalaya, avec le docteur Hooker.
« Supposons le spectateur au pied des Alpes, dit À. de Jussieu, vis-à-vis de ces grands massifs que couronnent les neiges éternelles. En portant ses regards sur la montagne, il remarquera facilement que cette végétation qui l’environne immédiatement et qui caractérise le centre et le nord de la France, disparaît à une certaine hauteur pour faire place à une autre
qui subit à son tour des changements successifs à mesure qu’elle s'élève ; et comme à une certaine distance son œil ne pourra saisir que les masses dessinées par les grands végétaux au milieu desquels sé cachent d’autres plus humbles, il verra comme une suite de bandes superposées les unes aux autres. D'abord celle des arbres à feuilles caduques qui se distingue à sa verdure plus tendre ; puis celle des Conifères à verdure foncée et presque noire ; puis enfin une bande dont le vert plus indécis est interrompu çà et là par des plaques d'autre couleur et va se dégradant jusqu'à la ligne sinueuse où commence la neige ; elle est due à ce que les arbres dont les cimes se confondaient plus ou moins rapprochées, et coloraient ainsi uniformément les espaces recouverts par eux, ont cessé, et ont fait place à des arbrisseaux ou à des herbes de plus en plus voisins du niveau du sol et rabougris.
« Si du point où les objets s'offraient ainsi massés, il s’avancé vers la montagne et la gravit, il pourra d’abord recueillir les plantes, il en verra apparaître d’autres plus ou moins différentes, et qu’on appelle alpestres, des Aconits, des Astrantia, certaines espèces d’Armoises, de Seneçons, de Prenanthes, d’Achillées, de Saxifrages, de Potentilles, etc. Après avoir côtoyé des Noyers, traversé des bois de Châtaigniers, il aura vu ceux-ci cesser, et les bois se composeront de Chênes, de Hêtres, de Bouleaux, mais les Chênes cesseront les premiers (vers 800 mètres), les Hêtres un peu plus tard (vers 1000 mètres). Ensuite les bois seront formés presque exclusivement par les arbres verts (le Sapin, le Mélèze, le Pin commun, qui s'arrêtent à des étages successifs (jusque vers 1800 mètres). Le Bouleau monte encore un peu plus haut (jusque vers 2000 mètres). Une conifère, le Pin cembro s’observe encore quelquefois pendant une centaine de mètres. Au delà de cette limite, les arbres s’abaissent pour former d’humbles taillis, comme, par exemple, une espèce d’aune (Alnus viridis). G’est à peu près alors qu’il se verra entouré par cet arbrisseau qui caractérise si bien une région des Alpes dont on l’appelle la rose le Rhododendron, qui cesse plus haut à son tour pour faire place à d’autres plantes plus basses encore, dépassant peu le niveau du sol, et qu’on désigne par l’épithète d’alpines : ce sont des espèces de quelques-unes de ces familles qu’ilobservait à son point de départ, des Crucifères, Caryophyllées, Renonculacées, Rosacées, Légumineuses, Composées, Cypéracées, Graminées, mais des espèces différentes. Ce sont aussi de nombreux et nouveaux représentants d'autres familles qui ne se montrent que plus rarement dans la plaine: des Saxifrages, des Gentianes, etc. Les plantes annuelles manquent presque entièrement, et c’est ce qu’on devait prévoir, puisqu'il suffit pour détruire leur race qu’une année défavorable ait. empêché la maturation complète de leurs graines.
« Les plantes vivaces ou ligneuses se conservent sous le sol maintenu à une température beaucoup moins basse, soustraites ainsi à l'influence mortelle de l'atmosphère et se développant toutes les fois qu’elle s’adoucit ou se réchauffe à un degré suffisant; mais ce n’est que pendant une bien courte saison, et sur certains points qu’une fois en plusieurs années. Il en résulte que les tiges s'élèvent à peine, que celles qui sont frutescentes ordinairement rasent le sol, tantôt rampantes, tantôt courtes, roides, en-
chevétrées, formant de loin en loin des plaques épaisses et compactes comme deviendrait un arbrisseau qu’on taillerait chaque année très-près de terre. La physionomie propre à chaque famille s’efface en quelque sorte, remplacée par la physionomie générale de plante alpine, et on retrouve celle-ci jusque dans les genres à espèces arborescentes, comme dans les Saules qui ici rampent cramponnés au sol. Plus on s'élève, plus la végétation s'éparpille et s'’appauvrit jusqu’à ce qu’enfin les rochers ne montrent plus d’autre végétation que celle des Lichens dont les croûtes varient un peu la teinte monotone de leur surface. On est arrivé aux neiges éternelles, où les êtres organisés ne peuvent plus accomplir leur vie, mais ne se montrent qu’en passant. »
Le mont Ventoux, en Provence, va nous présenter une intéressante application des mêmes faits, prise dans notre
pays.
Le mont Ventoux s'élève brusquement d’une plaine, dont la température moyenne est celle des villes de Sienne, Brescia ou Venise, et son sommet offre le climat de la Suède septentrionale, limitrophe de la Laponie. Monter sur ses flancs, en atteindre le faîte, c'est climatologiquement comme si l'on se déplaçait de 13 degrés en latitude, savoir du 44° au 63° degré. Nous allons tenter cette ascension avec un guide expérimenté. M. Ch. Martins a publié sur cette montagne une étude intéressante.
«Le mont Ventoux, dit le professeur de Montpellier, offre une succession de régions végétales bien définies et caractérisées par l’existence de certaines plantes qui manquent dans les autres. Ces régions sont au nombre de six sur le versant méridional, de cinq sur le versant septentrional.
« Élevons-nous sur le versant sud, celui qui se confond à sa base avec la plaine du Rhône : toutes les plantes de la plaine appartiennent à la région la plus basse; elle se caractérise très-bien par deux arbres, le Pin d’Alep et l'Olivier. Tous deux sont propres au bassin méditerranéen autour, duquel ils forment une ceinture interrompue seulement par le delta de l'Égypte. Le Pin d'Alep se trouve sur toutes les collines qui longent le pied méridional du mont Ventoux ; mais il ne dépasse pas 430 mètres au-dessus du niveau de la mer. L'Olivier monte plus haut, mais n’est plus cultivé au-dessus de 500 mètres. Sous ces arbres, on rencontre toutes les espèces méridionales qui caractérisent la végétation de la Provence : le Chêne kermès, le Romarin, le Genêt d'Espagne, le Dorycnium suffruticosum. Une zone étroite succède à celle-ci: elle est caractérisée par le Chêne vert qui ne dépasse guère 56 mètres. Au milieu des taillis, on trouve la Dentelaire d'Europe, le Genévricr Cade, la grande Euphorbe Characias, la Psoralea à odeur de bitume, etc.
« Une région dépourvue de végétaux arborescents vient immédiatement après les deux premières. Le sol est nu, pierreux, généralement inculte ; cependant çà et là on remarque des champs de Pois chiche, d’Avoine ou de Seigle, dont les derniers sont à 1030 mètres au-dessus de la Méditerranée. Mais un arbrisseau, le Buis, deux sous-arbrisseaux, le Thym et les Lavandes, une autre Jabiée herbacée, le Nepeta graveolens, et le Domptevenin (Vincetoxicum officinale), dominent pour la taille et le nombre. C’est dans cette région que les tentatives de reboisement au moyen des Chênes, des Pins, se poursuivent avec succès. Il faut s'élever jusqu’à 1150 mètres pour retrouver de nouveau la végétation arborescente. Elle se compose de Hêtres. D'abord épars et sous forme de taillis, ils sont plus grands à partir de 1240 mètres, surtout dans les ravins profonds, véritables vallons qui les abritent du vent. Ils montent jusqu'à 1660 mètres. A cette hauteur, les dépressions sont peu profondes et les arbres exposés à l’action déprimante du vent qui les couche sur le sol ne sont plus que d’humbles buissons à branches courtes, dures et serrées. Un pareil buisson semblable à une boule ou à un matelas étendu par terre, est souvent aussi vieux que de grands hètres qui élèvent dans le ciel leur cime orgueilleuse. Un grand nombre de plantes habitent la région des hêtres. Plusieurs appartiennent à la zone subalpine des montagnes de l’Europe moyenne et ne descendent jamais dans la plaine. Tels sont le Nerprun, le Groseillier, la Giroflée, la Cacalie, l’Oseille des Alpes, l’Amélanchier commun, l’Anthyllide des montagues, etc.
« À la hauteur de 1700 mètres, le froid est trop vif, l'été trop court et le vent trop violent pour que le hêtre puisse encore subsister. Aussi sur le Ventoux, comme dans les Alpes et les Pyrénées, un arbre de la famille des Conifères est le dernier représentant de la végétation arborescente. C'est une espèce de Pin assez basse, appelée Pin de montagne, Pinus uncinata par les botanistes, parce que les écailles de son cône sont recourbées en hameçon. Ces Pins s'élèvent à plusieurs mètres de hauteur dans les endroits abrités, et deviennent des buissons touffus dans les lieux exposés au vent : ils montent jusqu’à la hauteur de 1810 mètres, et forment la limite extrême de la végétation arborescente. Les plantes herbacées de cette région sont celles de la région des Hêtres, qui presque toutes atteignent la limite des Pins. Cependant il faut ajouter le Genévrier commun, couché sur le sol, comme on le voit toujours sur les hgutes montagnes où le poids de la neige l’écrase pour ainsi dire tous les hivers, la Germandrée des montagnes et la Saxifrage gazonnante (Saxifraga cæspilosa) qui s'élève jusque sur les plus hautes cimes des Alpes.
« La flore nous enseigne donc, au défaut du baromètre, que nous touchons à la région alpine du Ventoux, à cette région où toute végétation arborescente a disparu, mais où le botaniste retrouve avec ravissement les plantes de la Laponie, de l'Islande et du Spitzberg. Dans les Alpes, cette région s'étend jusqu’à la limite des neiges perpétuelles, séjour d’un éternel hiver ; mais le Ventoux ne s’élevant qu’à 1911 mètres, son sommet appartient à la partie inférieure de la région alpine des Alpes et des Pyrénées. À cette hauteur, tout arbre à disparu, mais une foule de petites plantes viennent épanouir leurs corolles à la surface des pierres ou des
rochers. Ce sont les Pavots à fleurs orangées, la Violette du mont Cenis, l’Astragale à fleurs bleues, et tout à fait au sommet le Paturin des Alpes, PEuphorbe de Gérard et la vulgaire Ortie qui apparaît partout où l’homme construit un édifice. Une chapelle a été bâtie au sommet du Ventoux depuis l'ascension de Pétrarque. Mais ce n’est pas au sud du sommet terminal de la montagne que le botaniste cherchera les plantes alpines caractéristiques de la région élevée d’où son œil embrasse tout le panorama des Alpes françaises, du mont Blanc à la mer. C'est dans les escarpements du nord, dans les rochers exposés aux bises générales et glaciales, privés de soleil pendant de longs mois et couverts de neige jusqu’en juin. C’est là que j'ai revu, comme on revoit une amie, la Saxifrage à feuilles opposées que j'avais cueillie au sommet du Reculet, la cime la plus élevée du Jura, et sur tous les sommets des Alpes qui atteignent ou dépassent la limite des neiges perpétuelles. Quand je mis le pied pour la première fois sur les rivages glacés du Spitzherg, la Saxifrage à feuilles opposées fut aussi la première p'ante que j’aperçus, car ici elle retrouvait au bord de la mer les étés froids et les neiges fondantes des sommets qui couronnent les Alpes et les Pyrénées. Sur le Ventoux d’autres Saxifrages également alpines, anvironnaient la première ; les Clochettes bleues de la Campanule d’Allioni se dégageaient du milieu des pierres et des plantes naines, comme elles le sont à toutes ces hauteurs, le Phytemna à capitules arrondis, l'Androsace villeuse, l’Ononis du mont Cenis, et trois espèces d’Arenaria se collaient contre les rochers ou pointaient à travers les pierres. »
Transportons-nous maintenant de la Provence au cœur de l'Asie, et des hauteurs du mont Ventoux aux cimes de l’Himalaya. Nous empruntons les détails qui vont suivre au journal du docteur Hooker, qui s’éleva dans cette région jusqu’à une hauteurde 6100 mètres,
Le docteur Hooker passa la saison pluvieuse de 1848 dans l'établissement sanitaire de Dorjilling, dernière possession anglaise dans le Sikkim, à une élévation d'environ 2160 mètres et en vue des pics les plus élevés de l'Himalaya. Douze de ces pics s'élèvent à plus de 7000 mètres, et l’un d’eux, le Kinchinjunga, atteint 8588 mètres. Le mont Chumulari, autre géant des Andes du Tibet, était visible d'une élévation voisine (le Sinchul), pendant l’ascension de laquelle notre auteur fit connaissance avec quelques-uns des admirables Rhododendrons, dont il a réussi à enrichir nos jardins de l’Europe,
« Dans les mois d’avril et de mai, dit le docteur Hooker, quand les Magnolias et les Rhododendrons sont en fleur, la végétation fastueuse du Sinchul ne le cède en rien, sous certains rapports, à celle des tropiques.
La beauté de l’effet est cependant bien diminuée par la tristesse constante de la saison. Le Magnolia à fleurs blanches ( Magnolia exrcelsa) est un des arbres qui prédominent à une élévation de 2135 à 2440 mètres, et, en 1848, il a fleuri si abondamment qu’il semblait que sur les larges flancs du Sinchul et d’autres montagnes de la même élévation on eût répandu de la neige. L'espèce à fleurs purpurines (Magnolia Campbellit) ne se montre guère au-dessous de 2440 mètres. C’est un grand, mais bien vilain arbre, à écorce noire et à rameaux peu nombreux, dépourvus de feuilles en hiver et durant la floraison, mais émettant alors de leur extrémité de grandes fleurs campanulées d’un rose purpurin, dont les pétales charnus couvrent tout le sol d’alentour.
Sur ces branches et sur celles des Chênes et des Lauriers croit épiphytiquement le Rhododendron Dalhousiz, grèle arbrisseau qui porte à l'extrémité de ses rameaux trois à six cloches blanches à odeur de citron, d’une douzaine de centimètres de largeur. Le Rhododendron à fleurs écarlates est très-rare dans ce bois, mais celui-ci est bien surpassé par le Rhododendron argenteum, qui devient un arbre de 40 pieds, avec ses feuilles de 3 à 4 décimètres de longueur, d’un vert foncé au-dessus et argentées au-dessous, et des fleurs aussi grandes que celles du Rhododendron Dalhousiæ. Des Chênes, des Lauriers, des Érables, des Bouleaux, des Hydrangea, une espèce de Figuier (qui occupe le sommet même de la montagne) et trois genres chinois et japonais constituent les traits principaux de la végétation forestière de cette partie du Sinchul.
« Au-dessous de cette région, c'est-à-dire au-dessous du Dorjilling, les zones de végétation sont bien caractérisées entre 1830 et 2135 mètres par : 1° le Chêne, le Châtaignier et les Magnolias, qui caractérisent également la végétation entre 2135 mètres et 3050 mètres; 2° immédiatement audessous de 1982 mètres, apparaît une Fougère en arbre (Alsophila gigantea); 3° une espèce de Palmier du genre Calamus et un Plectocomia. Ce dernier s'élance jusqu'aux cimes des plus hauts arbres et s’étend à travers la forêt jusqu’à une distance de près de 40 mètres de sa souche; 4° enfin, un dernier trait caractéristique est présenté par un Bananier
sauvage qui s’élève presque à la même hauteur que la plante précédente. »
Le docteur Hooker n'obtint qu'avec beaucoup de peine des autorités indigènes de Sikkim la permission de pousser au delà de Dorjilling, et en particulier de visiter les hautes passes de l'Himalaya au Tibet. Il put enfin s’équiper pour une expédition de trois mois, qui devait le porter aussi près que possible de la masse principale du Kinchinjunga. Suivons-le dans cette dernière ascension.
À 2440 mètres, il trouve les premières Conifères, et tout d’abord l’Abies Brunoniana, belle espèce qui affecte la forme d’une pyramide obtuse, avec des branches étalées comme celles
d’un Cèdre. Elle est inconnue dans la chaîne extérieure, et occupe sur l'intérieure une zone moins élevée de 1000 pieds que celle du sapin argenté (Abies Webbiana). On rencontre vers ce niveau un assez grand nombre de plantes subalpines des genres Leycesteria, Thalictrum, Rosa, Gnaphalium, Alnus, Betula, Ilex, Berberis, Rubus, etc., des Fougères, des Anémones, des Fraisiers, le Bambou alpin et des Chênes.
Plus haut, notre voyageur vit des Genévriers se mèler aux Sapins argentés. Ces arbres furent bientôt remplacés par des Rhododendrons toujours verts, répandus sur les pentes en immense profusion et entreméêlés çà et là de buissons de Rosiers, de Spiræa, de Genévriers nains et de petits Bouleaux, de Saules, de Chèvrefeuilles, d’Épines-vinettes et d’une espèce de Sorbier.
À 3660 mètres, la végétation était presque uniquement constituée par une multitude d'espèces de Rhododendrons qui formaient sur les pentes escarpées une zone continue de 340 mètres de largeur. Un petit Andromedaéricoïde s’y faisait aussi remarquer, et sur les bords du chemin le botaniste put cucillir deux plantes émigrées de sa patrie lointaine, le Poa annua et la Bourse à pasteur.
A 3965 mètres, le sol se trouva partout dur et gelé, et à 6570 mètres la neige couvrait les flancs de la montagne, et s'élevait à près d’un mètre de chaque côté du sentier.
Le voyageur atteignit enfin le sommet de la passe située à 6114 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il trouva encore à y récolter plusieurs espèces de Composées, de Graminées et un Arenaria. L'espèce la plus curieuse était le Saussurea gossypina, qui forme de grandes massues, revêtues d'une laine blanche et très-douce au toucher, hautes de 3 décimètres environ. L'espèce de couverture donnée par la nature à cette plante est à peu près exceptionnelle dans l'Himalaya, les genres alpins qui y sont le plus répandus, tels que Arénaires, Primevères, Saxifrages, Fumeterres, Renoncules, Gentianes, Graminées et Cypéracées, ayant un feuillage parfaitement nu.
L'année suivante, le docteur Hooker, dans l’une de ses ascensions vers la frontière du Tibet, recueillit au-dessus de 4650 mètres, sur une des crètes de l’Himalaya, 200 espèces de plantes
parmi lesquelles se trouvaient 10 Crucifères, 30 Composées, 10 Renonculacées, 9 Alsinées, 10 Astragales, 8 Potentillées, 12 Graminées, 15 Pédiculaires et 7 Bôrraginées.
Enfin, le 9 septembre 1849, notre botaniste arriva à l'apogée de la flore de l'Himalaya en atteignant sur le mont Donkia une élévation de 7054 mètres. La limite inférieure des neiges perpétuelles est ici à 6945 mètres environ. L’Arenaria rupifraga est la seule phanérogame que l’on rencontre encore à cette hauteur; le Festuca ovina, un Saussurea et une petite Fougère ( Woodsia), s'approchent pourtant assez près du sommet, où l'on voit plusieurs Lichens et quelques -Mousses stériles. | |
Ainsi, les Mousses et les Lichens, c’est-à-dire les imparfaites tribus du règne végétal, sont les dernières plantes qui apparaissent dans les régions qui servent de confins au domaine de la vie. Citons une fois éncore, pour clore dignement ce livre, les paroles. du grand Linné : « Les derniers des végétaux vivent seuls dans la dernière des terres. »