‹ Histoire des plantesChapitre 44 sur 114 · CruGiiormEsE en ce. Giroflée · texte numérisé non relu

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Il n’est pas inutile de faire remarquer que Tournefort divise chaque classe en un nombre plus ou moins considérable de sections, basées sur la composition, sur la consistance du fruit, sur quelques modifications particulières de la forme de la corolle, etc.

Tel est le premier système régulier qui ait été proposé pour classer les plantes. Cette conception scientifique rencontra une grande faveur auprès des contemporains, en raison de sa simplicité. Cependant dans bien des cas ce système présentait de grandes difficultés d'application. La forme de la corolle n'est pas toujours si nettement appréciable qu’on puisse décider, d'après cette forme seule, à quelle classe appartient la plante examinée. Mais le plus grave défaut de ce système, c’est qu'il divisait le règne végétal en deux groupes qui, en réalité, n’existent pas: les Plantes herbacées et les Arbres. Une pareille division détruit les analogies naturelles, car la taille d’une plante n’a aucun rapport avec son organisation ni sa structure.

Au reste, le nombre toujours croissant des espèces nouvelles inconnues du temps de Tournefort, et que l’on ne tarda pas à découvrir, mit en évidence le défaut radical de ce mode de distribution. La plus grande partie des espèces végétales qui furent découvertes après Tournefort, ne purent entrer dans

aucune de ses classes, et ce défaut, qui était visible pour tous les yeux, fit peu à peu tomber en défaveur le système du botaniste français.

Quarante ans après la publication du système de Tournefort parut celui de Linné. Ce nouveau mode de distribution des espèces végétales fut accueilli avec admiration : il régna sans partage jusqu’à la fin du dix-huitième siècle, et de nos jours il conserve quelques derniers partisans. |

En Allemagne, par exemple, bien des jardins botaniques sont encore distribués d’après le système de Linné.

On a l'habitude, en Italie, de placer des étiquettes sur toutes les plantes, arbres et arbustes, qui décorent les jardins publics et les promenades. C’est 1à un excellent usage, que l’on devrait bien adopter en France et dans les autres pays, car il donne le moyen d'enseigner, pour ainsi dire, par les yeux, au vulgaire, au passant, au plus indifférent des promeneurs, le nom des végélaux usuels. Or, en parcourant, au mois de mai 1879, les bords du lac Majeur, qui renferment beaucoup de beaux jardins publics ou privés, je vis avec surprise que les noms des plantes, ainsi que leur classification, étaient empruntés à la nomenclature linnéenne.

Quand j'étais étudiant à Montpellier, en 1840, les plantes de deux jardins botanniques de la Faculté de médecine et de la faculté des sciences étaient distribués en familles naturelles, ce que l’on comprend quand on sait que les directeurs de ces deux jardins étaient Delille et Felix Dunal, les élèves et successeurs d'Auguste de Candolle. Mais le jardin de l’École de pharmacie avait pour directeur Duportal, un vieux professeur, de l’ancienno aviso. Duportal n’entendait pas que l’on prononçàt le nom de familles naturelles, et il imposait l’'ennuyeuse occupation de compter les étamines, et de distinguer leur mode d'insertion sur l'ovaire, ainsi que d’autres particularités, Je plus souvent insaisissables, de l’inflorescence. C’est là certainement que j'ai puisé l’antipathie que j'ai toujours éprouvée pour ce système suranné de classification des plantes.

Ce n'est, du reste, que le professeur actuel de botanique à

École de pharmacie de Montpellier, M. J.-E. Planchon, au- ‘ourd'hui un des premiers naturalistes français, qui a distribué selon la méthode naturelle le jardin de cette École.

Le système de Linné repose sur la considération des organés

SYSTÈME DE LINNÉ. 243 de la fécondation, organes dont les fonctions physiologiques, si longtemps ignorées, venaient depuis peu d’être mises en évidence. Linné introduisait, en même temps, dans la langue et la nomenclature botaniques, une réforme admirable. Il définissait rigoureusement chacun des termes destinés à exprimer toutes les modifications d'organes employés comme ca-

Fig, 281. Linné.

ractères, et il réduisait le nom de toute plante à deux mots : le premier, substantif, désignant un genre; le second, adjechf, désignant une espèce de ce genre. Avant Linné, en effet, on faisait suivre le nom du genre d'une phrase toute entière, destinée à caractériser l’espèce. À mesure que le nombre des espèces augmentait, les phrases s’allongeaient à perte de vue. C'est absolument la confusion qui s’introduirait dans la so-

244 CLASSIFIGATION DES PLANTES.

ciété et dans le langage, si, au lieu de désigner, comme nous le faisons, chaque individu par un nom de famille et un nom de baptème, on supprimait le nom de baptème, pour y substituer l’'énumération de plusieurs qualités distinctives de la personne ; comme si par exemple, au lieu de dire Durand (Pierre), Durand (Louis), Durand (Auguste), nous disions : Durand le grand blond, Durand le bon chanteur, Durand le dissipé, etc.

La nomenclature Hnnéenne, ou binaire, est donc un des plus grands titres de gloire de son auteur. Dans les cadres du système de Linné on put faire entrer toutes les plantes découvertes après lui, et c’est là une preuve irrécusable du mérite de ce dénombrement artificiel des espèces végétales.

Linné divise d’abord tous les végétaux connus en deux grands groupes : ceux dans lesquels les étamines et les pistils sont visibles, qu'il nomme Phanérogames, et ceux dans lesquels ces mêmes organes sont cachés, qu'il appelle Cryptogames. Ces derniers ne forment, toutefois, qu’une seule classe de son système : la vingt-quatrième.

Parmi les plantes dont l’ensemble constitue les vingt-trois autres classes, c’est-à-dire les Phanérogames, les unes ont les fleurs hermaphrodites les autres sont unisexuées.

Les plantes à fleurs unisexuées ont des fleurs mâles et femelles réunies sur le mème individu : il y a wnité d'habitation, ou nonœctie, comme l'indique le nom de la classe à laquelle se rapportent le Chêne, le Buis, le Maïs, le Ricin, etce., et qui forme la vingt et unième classe de Linné (la Honœcie). Les fleurs mâles et femelles sont sur deux individus différents : il y a dualité d'habitation, ou diæcie, comme l'indique le nom de la classe à laquelle appartiennent la Mercuriale, le Dattier, les Saules, ete., et qui est la vingt-deuxième (la Diœcre).

Une classe qui n’est qu’une combinaison des deux précédentes, renferme les plantes qui offrent, sur un ou plusieurs individus, des fleurs mâles, femelles et hermaphrodites : c'est la vingt-troisième, ou Polyqamie, dans laquelle viennent se ranger le Frène, la Pariétaire, le Micocoulier, ete.

Les plantes à fleurs hermaphrodites ont les étamines et les pistils portés les uns sur les autres, comme les Orchidées, l’Aristoloche : elles constituent la vingtième classe (Synandrie) : ou bien ces organes ne sont point adhérents entre eux.

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