‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e siècles (volume 2)Chapitre 140 sur 236 · Marthe du Vigean · texte numérisé non relu

Marthe du Vigean

d'enlrer deux ans durant pour l'amour de ma 'mère, elle pouvoit encore cont'nuer un an, et qu'après on feroit résoudre ma mère si l'on pouvoit. Elle luy dit que cela luy estoil impossible et que c'estoit trop d'avoir attendu tout ce temps là, et qu'elle la prioit d'en parler à ma mère. Nous nous en allasmes à Ruel, où l'on parla tout le jour de cette affaire, où il fut bien respandu des larme?, et la conclusion fut qu'au moins ce ne seioit que dans six mois; ma mère espéroit. en luy demandant ce terme, qu'elle se pourroit destourner. Enfin nous revinsmes iry parceque j'estois fort mal; j'avois la fièvre, de sorte que je ne bougeois du lit. Un beau jour elle me dit • « Ma sœur, je ne donneray pas tout le temps que j'ay promis; car je m'en iray devant qu'il soit huit jours ». Je la priay dp me donner le temps d'escrire à ma mère pour qu'elle vint luy parler, puisque je n'estois pas assez puissante pour la retenir ni conseiller. J'escrivis donc toute mallade. Cependant j'avois envoyé à l'hostel de Longueville 5 ça voir de vos nouvelles, parceque l'on m'avoit dit qu'il estoit venu un courrier, et M"* de Longueville m'escrivit pour m'en mander; et en bas du billet elle prioit ma sœur de l'aller voir. Elle sortit donc pour y aller: et comme elle fut à moitié chemin, elle dit à ses gents qu'il falloit qu'elle a'iast un tour aux grandes Carmellites et qu'elle ne leur diroit qu'un mot. Elle fit tourner son carosse et s'y en alla, où elle est encore et ne prêtent pas en sortir. Ma mère arriva une heure après ; elle ne l'a point veue despuis, de peur, dit-elle, de l'attendrir et de la de?tourner, puisque c'est son salut, et de plus en est en colère, en quelque fason, de ce qu'elle est entrée sans l'en avoir avertie. Pour mon père, il vouloit tout tuer ce qu'il y a de missionnaires et de CarnifUites; mais cela commence un peu à s'apaiser. Je la vés voir tous les jours ; elle est fort gaillarde et résolue; elle me voit pleurer sans jetfer une larme. Je vous ay dit, je pense, tout ce que je sçavois sur cela : c'est pourquoy je finis après vous avoir asseuré que vostre pauvre

petit nevou' se porte bien, Dieu mercy, et que j-^ suis fort vostre très humble servante- A. C.

LES IMPORTANT.-^. — Mme DE MÛXTBAZOX.

MAnAME LA PRINCESSE A M. LE DIX.

Paris, 18 mai 1643.

Mon cher Gis, je ne vous puis dire avec quelle saiisfaclion la Rèue a resu vostre lèlie et combien de parolles ohligantes elle a dites à vosire sœur et à moy sur vostre subject; vostre sœur vous le mandera ausi, car la Rêne Ta chargée de vous escrire. Sa Majesté fit hier rompre la déclaration qui avet été fête du vivan du Roy, par laquelle Sa Majesté ne pouvet disposer libremen de toutes choses; le Parlement cassa tout cela et n'a lessé que Monsieur et M'' vostre père; la Rêne ne lesse de continuer les otres dan? le Conseil et leur a dit qu'elle vouloit qu'ils y demeurasent et qu'el.e ne leur donnoit point congé, mes qu'elle vouloit estre métrèse, re;enlr, oter et mètre qui il luypléra. La Rèue m'a comandé d'aler loger au Louvre et m'y a donné un aparleman que je fés acoumouder pourcela et pour vous randre oprès de Sa Majesté touts les bons offices que je dois; je m'asure que vous ne doutés pas que je ne le fase avec toute l'afection q le vous devés atandre d'une mère qui vous ème plus qu'elle mesme. Ayés ?oin de vous, mon cher anfan, et me fêtes savoir couman vous vous portés, et croyés que je vous ème plus que ma vie La Rêne envoyé M"" de Turenne comander an Italie avec asurance d'estre maréchal de

1. Charles-Amanjeu d'Albret, sire de Pons, appelé le marquis d'Albret, m estre -de-camp du régiment de Navarre, mort en 16~3.

2. Cette lettre a été publiée en partie par M. Cousin, Madame de Luit- 'j un il le.

PJKCES ET DOCUMENTS. 395

France au retour de la campagne; M'-' vostre père et M' le cardinal Mazarin le luv ont dit ce matio A. C.

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