‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e siècles (volume 2)Chapitre 143 sur 236 · MAURICE DE COLIGNY A M. LE UL'C · texte numérisé non relu

MAURICE DE COLIGNY A M. LE UL'C

Sans date (juillet 1643^.

Encore qu'il se passe beaucoup de choses à la cour dignes en toutes façons de vous estre mandées, Yostre Altesse me dispensera pour ce coup icy de luy faire part des nouvelles sérieuses, l'espérance que j'ay de vous les porter bientost moy mesme m'espargne la peine de les escrire; je fais estât de partir dans sept ou huict jours au plus tard, et par avance je ne laisseray pas de vous avertir que dans le temps que la moindre de vos pensées va tout droit à la conqueste des Pays- Bas, Mademoyselle de Rambouillet et moy sommes occupés à vous eslablir un divertissement pour vostre hyver. 11 m'est défendu de l'expliquer plus clairement, mais Monsieur de Pisani ne manquera pas de le descouvrir ou d'en avoir quelque révélation en songe; ce sera un coup de maistre et digne d'un aussy grand prophète que luy. Je suis persuadé que, tout habile qu'il est, il seroit fort embarassé à deviner le desseing de la pluspart de ceux qui sont à la cour, qui s'est si fort augmentée depuis son départ qu'il n'y a plus moyen d'y subsister. On ne sçauroit plus faire un pas qu'on ne trouve une douzaine de princes en son chemin ; et la quantité s'en est rendue si incommode qu'on ne les peut plus souffrir. Ils se tuent de crier que de profession ils sont tous importans, et se picquent présentement de se rendre considérables à force de caresser la noblesse. Celuy qui me donnoit autrefois tant de coups de poing quand j'eslois dans vostre carrosse ne les espargne plus

à personne, et Dieu sçait combien ce procédé là luy a assujéti de cœurs. Pour moy, qui ne me suis jamais tenu que très médiocrement lionoré des faveurs qu'il leur a pieu me despariir, je suis trompé s'ils m'embarquent trop avant par ce biais là, et atfin de me meilre à couvert de leur persécution, je suis résolu de me sauver auprès de Vostre Altesse, qui est un lieu de retraicte assuré contre les Importans; car vous sçavés qu'ils atïectent de ne se trouver que fort rarement dans les armées, et que le plus fort de leur générosité va à pester dans quelque province esloignée contre le gouvernement de l'Estat. Il faudroit estre bien endiablé pour y vouloir apporter du changement, et quand on n'auroit que la satisfaction de voir avec quelle sincérité les affaires se traictent présentement, et par quelles mains désintéressées elles passent, cette joye là seule devroit suffire à faire passer par-dessus tout ce qui pourroit choquer d'ailleurs. J'escris trop de bagatelles en un lieu où on a tant d'affaires sérieuses sur les bras, pour prétendre que vous vous donniés la patience de les lire ; c'est pourquoy, de peur d'en abuser davantage, sans m'enfoncer mal à propos dans des compliments inutiles, je me contenteray de vous assurer que je suis. ... A. C.

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