LA PRINCESSE MARIE DE GONZAGUE A MAZARIX
10 septembre 1045.
Sy la douleur que je resans des troubles et des inporlunités que vous resevés de moy et des choses qui me touchent pouvoit diminuer vostre peine, certesnement vous sériés soulagé; je ne puis vous exprimer à quel point est mon resentiment. J'ay retranché aujourd'uy avec M'' l'abbé Mondin tout ce qui a esté posible; en Poulongne il ne se treuve ni toille ni dantelle, aucuce estofe d'or, d'argen et de soie que celle que les particuliers pour leur service mandent exprès à Venise; l'on fit à la feue reine une partie de ses habits en France. Je vous suplie très humblement de croire que je sais que c'est au delà des bienfais ordinères de fère des grâces et de donner encore les moiens de les resevoir; mes, monsieur, c'est qu'il faut que je vous sois plus obligée que personne du monde ne l'a jamès esté; ce n'est pas manque de mes soins sy je ne suis pas moins à charité; depuis mon retour de Fontesnebleau je fais chercher sans cesse de l'argent à enprunter; je n'an n'ay pu' treuver aujourd'uy ; seulement l'on m'en a ofert au denier dis et avec caution bourgeoise. Je vous dit cesy, Monsieur, afin, que mon re.-pect vous soit connu, et ce que je feié avec plus de présipilation après mon arivée à Dantsic sera d'envoler isy satisfère à tout; je m'estimerés heureuse sy je pouvés vous fore voir les sentimens de mon cœur sur vos bontés. L'anbassadeur de Poulongne est cause que je mesne des muslets; il m'a dit que le roy son mestre luy avoit ordonné de me prier d'an mener à cause qu'il n'i a en Poulongne que ceux qu'il fait venir d'Itallie ou autres lieux; nous en avons osté sis.
Pour ce qui est du marquis de Pomar, je crois qu'il est tout à fait imposible qu'il puisse venir; je ne puis treuver personne qui ait, selon mon opinion, avec la vollonté, les caiités nessésaires pour un tel voiage; vous en ordonnerés coume il
PIÈCES ET DOCLMEXTS. 415
VOUS plesra. et après tout, monsieur, je pance que l'on s'en peut fort bien passer, et sy vous treuvés à propos de mestre sur moy que je n'ay voulu personne, vous !e ferés; la despance en sera moindre. M'"* de Guébriant a baucoup d'esprit; elle peut sufire à tout. J'esme asurément bien mieux n'avoir personne qu'un à qui quelqu'une des calités de la nessance ou de l'esprit manquait, ou qui fîst celte commission avec mespris; nous ne ferions jamés deux journées en bonne intellijance. Je ne crois pas pouvoir demin achever toutes mes aff'ères; cela sera cause que je ne seré que samedy au soir à Fontesnebleau, mes je ne menqueré pas de m'i randre et de vous suplier de croire que je suis ce que vous m'obliges ii estre A. C.
MADAME LA PRINCIisSE A LA PIU.NCES.^E MARIE DE GO.NZAGLE.
18 septembre 1W5.
Vous avés asés de bonté pour moy pour me pardonner d'avoir demeuré jusques a cette heure à vous randre très humbles grâces de l'honneur de vostre s.uvenir et de la part que vous avés prises aus choses qui m'ont touchée. Ausi ne soriés vous donner part an vostre amitié à personne qui vous honore si véritableman que moy et qui aye plus de joie de la conclusion de v0;lre mariage. 11 me tarde bien que je n'ay l'honneur de vous voir pour vous dire moy mesme touts mes santimans sur l'apréansion que j'ay de vostre absanse, et il me sanible qu'à moins d'une couronne, je ne me pourés résoudre à vous voir partir. J'espère vous voir dimanche au soir et que vous, an atandan, orés asés de bonté pour parler que'quefois de moy à la Rêne et luy fera mes escuses de ce que j'ay demeuré si longtamps sans l'aler trouver ; à moins que d'acomplir un vœu, je serés déjà oprès d'elle. Je vous suplie de me
crère plus véritableman que personne du monde
416 PIÈCES ET DOCUMEM'S.
LA MARQUISE DE MOXTAUSIER A LA PRINCESSE 3IARIE DE GOXZAGUE.
19 septembre 1615.
Puisque vous avés eu la bonté, parmj^ vos honneurs et vos plaisirs, de songer quelquefois à moy, vous me perméterés bien, Madame, que je charge JP de Voiture de vous demander la continuation de cet honneur. Je <;ous proteste qu'il m'ennuie sy fort icy sans Vostre Majesté, que vou> pouvés, au lieu de mon page, me mètre moy et ma famille sur Testât de vostre maison; car j irois aussy volontiers en Poulogne qu'à Fontainebleau, tant il m'est diûcille de me passer de vous voir. Vous orés M™^ de Rolian la jeune dans trois jours; nous vérons comme cet air luy profitera avec V. M. M"® la Princesse ne sera que lundy à Fontainebleau; elle est allée à Chartres. M. le Duc est tout à fait guéry; il en vient d'ariver un courier. Il fait tout de bon sy ennuieux icy qu'il n'y a pas, je vous proteste, une seule nouvelle à vous en mander; c'est pourquov je n'ose alonger celte lettre, ciojant inutille d'y mètre des complimants, puisque Y. M. sçait avec combien de passion, de respect et de tandresse je suis à elle. M""^ de Lesdiguières part demain. A. C.
LA REIXE DE l'OLOG.XE A MADAME LA PRINCESSE. Bruxelles, 14 décembre 16-15.
Vous estes la plus cruelle personne du monde de nera'avoir point escrit; j'espérés de recevoir de vos lettres icv. Je ne vous puis dire avec quelle cérémonie je suis reçue icy ; tout ce que l'on peut s'imaginer m'est rendu des Espagnols, et il faut avouer qu'ils ont beaucoup de grâce à (out ce qu'ils font. J'ayesté visiter tout le palais cette après-dinée;quoy qu'il soit démeublé, il paroit toujours magnifique. M. de Lorraine m'a
acompagnée a tous ces voyages ; il a l'air si fou qu'il m'a pieu ; il ne dit riea de suite; il se plaint grandement des cruautés passées de la reine; jamès il ne m'a voulu dire en quoy ; je le mande à la reine, mais non pas l'opinion que j'ay eue qu'il me vouloit fère entandre qu'il avoit esté amoureux d'elie. Il est si changé de ce qu'il estoit à Paris que l'on ne le connestroit point; ce n'est pns en mieux; jugés ce qu'il est. Je n'ay point vu M™*' de Chevreuse. Pour M"^ de faLseboure ', suivant la gloire de sa maison elle m'a fait l'honneur de m'escrire, où elle mit au bas : vostre très pationnée servante et cousine; je fis dire à son gentilhomme que lorsqu'elle voudroit responce des reines elle aprit à leur escrire comme elle devoit et que je ne luy donnerés point de tabourest ; elle fait faire de grandes excuses et ofTre de rescrire comme l'on voudra; je ne ne say pas si vous serés contente de ma gloire en cet endroit. Kien n'est plus beau que ce pays-cy ; je trouve q leM'"" d'Orléans est fort raisonnable dans le désir qu'elle a d'estre femme de celuy qui en sera mestre; l'on croit que ce sera l'archiduc, mais qu'il demeurera toute sa vie archevesque. Pour les dames, celles que j'ai vues ne sont nullement belles, la comtesse de Buquoy est foi t lesde, et la marquise de Gonzague est dans hi dernière mesgreur; c'est une chose horrible que la haine que toutes les fammes ont les unes contre les au'.res ; vous n'aves rien ouy de pareil ; elles se mangent ; comme il n'y a point de prince ni princesse souverains, elles font tout ce que bon leur semble. Je suis arivée icy très à propos pour l'honneur de ma beauté. Que la reine ne dise plus que je suis trop grasse; si j'avois eu une once de chair de moins, je n'aurés jamés osté l'impression que M™^ de Chevreuse avoit donnée que j'étois éthique. M^-^^ sa fille fait une profession haute d'un amour pour M. de Beaufort, en reconnaissance de celuy qu'il avoit d'elle;
1. Henriette, sœar de Charles IV, dac de Lorraine, avait épousé L^uis, bâtard de Guise, prince de Phalsbourg. Elle mourut en 1660, après avoir été mariée cinq fois.
lorsqu'elle en parle, sa mère luy dit : « Que je suis aise de vous voir des sentimens si généreux ; il ne faut jamés oublier ses amis dans l'adversité. » Enfin j'orés de quov emplir une main de papier si je vous vouiés mander loules les nouvelles que je sais; je vous ennuiréset ma main se lasseroit d'escrire. Je vous conjeure de m'esmer toujours.
A. C. {Minute autographe.)
Hambourg, 19 janvier 1646.
.le vous soueste pour le mois de juillest à Chantilly une pareille chambre à celle que j'ay présentement. Elle est de la iorme du grand cabinest de la reine; le plus long costé est depuis le hault jeusqu'en bas vitré sans aucun chassy ni volest; le milieu, environ la largeur des deux croisées, fait un anfoncement très agréable. Le froid depuis deux jours s'est fort ogmenté. Je fis hier deux lieues d'Allemagne sur l'Elbe, et c'est présentement le grand chemin pour arriver à Hambourg, qui est une très belle ville; les femmes y ont les plus plaisants habits du monde et surtout les coiffures. J'en ai fait chercher tout aujourd'uy; s'il s'en fût treuvé de neuves, j'en aurés envoie une à M""^ de Longueville ; je croy qu'elle auroit esté belle avec; elles sont sy extraordinaires que je n'ai jamés rien vu qui en aproche.
J'ai fort bien déchifré vostre lettre parceque j'ai la mémoire fresche des intrigues de France ; mais sans cela je n'y aurés rien enlandu.Vous n'oubliés seulement qu'à marquer les petites façons qui sont au dessus de chaque chifre, et c'est ce qui fait toute l'intelligence. Je ne sa y comme je peux vous escrire, il y a une si horrible multitude de monde dans ma chambre queje m'en meurs. Le retardement de mon volage fait des désordres horribles en Pologne ; j'en suis tout à fait fâchée. J'ai bien sérieusement demandé aux ambassadeurs s'il esloit vrai que mes lettres seroient lues dans le conseil; c'est pour me réjouir, sachant bien
que cela esloit faux, et on pense mourir de rire de cette imagination: s'il vous plait de dire à ceux qui savent si bien comme l'on se conduit en ce pais !à, qu'il n'y aura jamés de mes lettres vues que celles que le Turc m'escrira pour rae prier d'estre arbitre des différa ns qu'il a avec les chrétiens; je croy que je seré bientost en assés grande considération dans l'Orient et dans l'Europe pour luy fera prandre celte résolution. Au nom de Dieu, mandés moy tout ce que l'on continue de dire: mais ne souffres rien sans bien respondre. Je viens de voir dans la gasette la mort de M'"* d'Oclii (?) et de M""* de Chàtillon ; j'écris à M'"" de Coligny ; je croy qu'elle a grand besoin de consolations.
J'espèie la continuation de voslre amitié et de M""* de LongueviUe; je demande à M. vostre Gis toujours la sienne; enfin c'est dans vostre maison où je fais un grand fons d'amis. A. C. {Mituile autographe.