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Rien de semblable n'était à prévoir aujourd'hui ; les troupes de M. le Duc devaient concourir aux opérations entreprises entre la Meuse et la mer du Nord, sous les ordres du duc d'Orléans. Mazarin laissait entendre qu'il aurait voulu assurer au jeune prince là direction supérieure et faire renoncer « Son Altesse Royale ^ ^ à ses velléités guerrières; peut-être était-il sincère; mais Gaston avait pris goût au commandement, au genre de guerre qu'il pratiquait depuis doux ans, et il désirait surtout avoir sous ses ordres directs le vainqueur de Rocroy et de Xorlingue.
Les amis du duc d'Orléans avaient mal dissimulé la surprise et le dépit que leur causaient les victoires du duc d'Anguien, et Gaston lui-même se plaignait avec fracas de l'outrecuidance de son jeune cousin, tempêtant un jour à propos des drapeaux de Rocroy portés directement à l'hôtel de Condé sans avoir été présentés au lieutenant-général du royaume, s'emportant une autre fois sur je ne sais quel vice de forme dans une demande de congé. Bientôt c'est une prétendue insulte qui le
■1. Rappelons que, par la mort de Louis XIII, le duc d'Anjou, frère du roi régnant, était devenu « Monsieur ». Gaston, duc d'Orléans, oncle du Roi, était souvent appelé « Son Altesse Royale », qualification qui distinguait le fils de France des princes du sang.
met hors de lui : M. le Duc a saisi et brisé le bâton d'un des huissiers de S. A. R., qui avait frôlé ses cheveux; ne faut-il pas voir un crime d'État dans ce mouvement de vivacité? — Querelle d'étiquette à l'église, à propos d'un fauteuil : le duc d'Orléans, en lutte avec un jeune prélat plein d'esprit et d'humeur déjà turbulente, le coadjuteur Paul de Gondi, s'indigne de rencontrer M. le Duc à côté du prêtre. — Enfin querelle de femme, ou à propos de femme : un gentilhomme angevin, grand diseur de bons mots, mais d'humeur incompatible avec le bon sens, héros de mainte aventure de guerre et d'amour, galant de jM"" de Rohan, grièvement blessé à Fribourg, le marquis de Jarzé \ s'avisa de courtiser la Saint-Maigrin-, une des filles de la Reine, qui recevait alors les hommages de Gaston. Celui-ci le prenant de haut et parlant
1 . Nous aurons à parler encore de ses aventures et de ses témérités. — René du Plessis de La Roclie-Picmer, marquis de Jarzé, tué en 167î!. — Renvoyé à Paris après Fribourg, où il avait été grièvement blessé au bras, il se réjouissait (dans sa lettre du 11 septembre 1G44 au duc d'Anguien, A. C.) de « n'avoir qu'un bras », tant il était pressé de poignées de main et d'embrassades.
2.3Iyrie d'Estuerd,sœur du marquis de Saint-Maigrin, épousa en 16o3 Barthélémy de Quélen, comte du Broutay, maréchalde-camp tué devant ïournay en 1667, et en 1668 André de Betoulat-Fromenteau, qui prit le titre de comte de La Yauguvon. Mari et femme moururent en 1693.
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de faire jeter son riva! par la fenêtre, M. le Duc, qui avait remarqué la valeur de Jarzé sur le champ de bataille, le couvrit de sa protection. Tous les diflerends avaient été aplanis par M. le Prince, qui traita ces querelles en se jouant, comme il fallait, parvint à calmer la vivacité de son fils, et, sans le froisser, sut amener le prince du sang à se montrer déférent envers le fils de France. 11 contenta la vanité de Gaston en lui offrant 31. le Duc soit comme premier gentilhomme de sa chambre, soit comme lieutenant-général de ses armées. Gaston voulut bien prendre la première proposition comme une plaisanterie agréable, et déclina la seconde; un peu plus tard il se ravisa et le duc d'Anguien se soumit de bonne humeur à une décision qui pouvait le surprendre. Après avoir jeté tant d'éclat sur le premier rang, il donna l'exemple de la discipline en acceptant la seconde place. Ce général trois fois victorieux devint sans murmurer le lieutenant docile et dévoué d'un chef médiocre, cherchant à l'éclairer, et. quand ses avis étaient repoussés, risquant sa vie et sa réputation pour faire réussir des plans qu'il aurait voulu écarter.
La bataille de Rocroy avait déplacé le théâtre de Les Flandres. la guerre dans le Nord : la Picardie, la Cliampagne n'étaient plus menacées; en Artois, l'Espagnol ne tenait que Saint-Omer. Aujourd'hui ce sont
les Flandres que sillonnent les convois, les passages de troupes.
Les Pays-Bas, ces plaines que la nature semblait avoir faites inhabitables, exposées aux ravages de la mer ou couvertes d'eaux stagnantes et de vapeurs pernicieuses, avaient été transformés par la patience et l'énergie de l'homme : les flots arrêtés par les digues, les eaux recueillies, créant l'activité commerciale et agricole; les canaux, les prairies substitués aux marais ; les terrains ondulés couverts de céréales ; de solides chaussées; une population compacte, très drue même sur certains points; là, répartie dans de petites fermes, occupée aux travaux des champs ; ici, groupée dans les villes et donnant à l'industrie un développement jusqu'alors inconnu ; ailleurs, vivant près des havres d'où sortent des milliers de navires; partout l'animation, l'intelh'gence, le travail assidu, le courage. Dans la suite des âges, les habitants des Pays-Bas se divisèrent : au delà des bouches de l'Escaut, les Hollandais, avant tout marins , commerçants et pasteurs ; en deçà, les Flamands et Wallons, plutôt voués à l'industrie et à l'agriculture; deux peuples enfin, conservant certains traits communs, et distingués par des nuances qui parfois se confondent. La Réforme, d'abord acceptée dans tous les
Pays-Bas, mais violemment extirpée de la région méridionale, s'était cantonnée dans les sept provinces du nord, et cette grande convulsion avait consommé la séparation de deux nations qu'à bon droit on peut appeler sœurs, faites pour s'allier, s'aimer, s'entr'aider, sans qu'on ait jamais pu ni subordonner l'une à l'autre, ni les maintenir accolées par la force sous l'autorité d'un seul maître.
Après une terrible tourmente, la Flandre, le Brabant commençaient à respirer, et voici ces provinces de nouveau pillées, rançonnées, dévastées par amis ou ennemis. Les belles cités, qui jadis mettaient sur pied des armées, équipaient des flottes, soutenaient des luttes mémorables contre les plus puissants souverains de l'Europe, sont encore riches, fécondes, jalouses de leurs franchises, décorées des chefs-d'œuvre d'un art qui leur appartient; mais déjà le déclin les menace; elles ont des rivales ; le blocus d'Anvers et de l'Escaut a fermé leur principal débouché; le développement des fortifications peut consommer leur ruine. A côté des grands centres, toutes ces villes, importantes encore, bien bâties, bien habitées, oia tant de trésors sont accumulés et qui s'enveloppent de murailles, ne font qu'exciter la convoitise de l'envahisseur heureux qui, au prix de quelques coups de canon, espère s'y loger solidement, y
son armée.
abriter son butin, y vivre grassement. Or les débris de l'armée de Melo étaient impuissants à donner aux Flamands une protection efficace. Situation Le rétablissement de la puissance militaire du
des Espagnols. ^
M. de Lorraine ot roi catholioue n'avait cependant pas été nédiffé. Quelques recrues regarnirent les rangs des tercios, sans leur rendre ni le nombre, ni la solidité d'autrefois, surtout sans relever le prestige; l'infanterie italienne avait moins souffert ; la Belgique fournissait encore des hommes et de l'argent, maintenait tant bien que mal ses troupes nationales de pied et de cheval ; Beck et les régiments du Luxembourg ne quittaient presque plus la Flandre. L'Empereur envoya un gros contingent de troupes, des généraux connus, le vétéran Lamboy% et l'Italien Ottavio Piccolomini, récemment créé duc d'Amalfi.
Dans le petit homme bouffi et ridé que nous représentent de nombreux portraits, on aurait peine à reconnaître le brillant officier de cuirassiers, émule de Pappenheim, favori du duc de Friediand, celui-là même qui, livrant à l'Empereur le secret de Wallenstein, consomma la ruine
\. Guillaume, baron de Lamboy, marérhal-de- camp-général au service de Sa Majesté Impériale. — P. do Jode le fait figurer parmi les plénipotentiaires de Munster avec une grosse et lourde tête flamande. — Très connu pour avoir été rudement battu par Guébriant.
de son général'. Plus rusé qu'habile, appartenant à une école étroite et brutale, mais souvent heureux à la guerre, c'est lui qui avait écrasé Feuquières à Thionville. Quoique sa veine semble épuisée, il est encore énergique, actif, apte surtout h rivaliser d'astuce avec le duc de Lorraine -. L'épée et la petite armée de ce prince étaient depuis longtemps en vente; les ministres de Philippe lY achetèrent l'une et l'autre^; marché à terme, onéreux surtout pour les peuples, qui durent nourrir ce ramassis de bandits et de pillards. (' Ils font pis que n'ont jamais fait les ennemis \ » — « y\. de Lorraine est fort haï dans les Pays-Bas; ses troupes y font des voleries et méchancetés horribles dont il ne fait que rire... Il est si changé de ce qu'il était à Paris qu'on ne le
i . C'est une des principates figures de la grande trilogie de Schiller. — OttavioPiccolomini,néàSit-nneen lo99, n'eut jamais de fils, et Max. le héros de la tragédie allemande, n'a pas plus existé que Posa, le rêveur ami de don Carlos. L'Empereur avait plusieurs fois mis ce général à la disposition du roi catholique; mais, en ce moment, Piccolomini, qui n'avait pas voulu rester sous les ordres de Gallas, venait de quitter le service de Sa Majesté Apostolique; il y rentra plus tard et mourut en \()o&. Ses nombreux titres passèrent à son petitneveu Enea.