‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e siècles (volume 2)Chapitre 182 sur 236 · Jean Martin, banquier et prêteur à Barcelone · texte numérisé non relu

Jean Martin, banquier et prêteur à Barcelone

3. Le chevalier et le maréchal de Gramont, frères de Toulongeon.

pagne demande aux ministres de Flandre de faire passer des troupes des Pays-Bas en Espagne; ils n'ont jusqu'à présent envoyé que 200 Wallons, « ayant absolument besoing de tout ce qu'ils ont pour en garnir les places ». Le roi catholique presse aussi le M'* de Castel-Rodrigo de faire diversion du côté de Flandre. — Instances de M. de Lorraine pour obtenir un accommodement; résolution qu"a prise la Reine de ne lui départir aucune grâce qu'on n"en tire au préalable des avantages solides et réels. — La négociation semble s'échauffer à 3Iunster; suspension d'hostilités entre la France et la Suède, et la Bavière; le duc de Bavière nous laisse Ileilbronn, et Memraingen et l'eberlingen aux Suédois. On pourra maintenant faire venir Turenne d'Allemagne en Luxembourg ou Pays-Bas. — Nouvelles prétentions des Suédois, déraisonnables. — Sur le nouveau prince d'Orange, dont on espère être satis''ait. — Le Roi a accordé au duc de Richelieu, « au cas qu'il aille à la mer », le commandement de ce qu'il y aura de vaisseaux et galères, avec ordre de suivre en tout les sentimens du commandeur des Goutte?. Lui a déconseillé de s'embarquer, mais ne sait néanmoins ce qu'il résoudra; « en tout cas ce n"est que jusqu'à ce que la personne que S. M. a destinée pour commander l'armée navale lorsqu'elle sera ensemble y soit arrivée ». Le prince .Mathias n'est pas assez rétabli de sa maladie pour prendre la mer; on parle du comte d'ilarcourt, mais Mazarin craint que M. le Prince nait répugnance à être assisté par mer par une personne que Ion vient de retirer de Catalogne. Demande l'avis de Condé.

« M. de Longueville est toujours le même à l'égard de Paw, qu'il croit très capable de nous servir près des Espagnols pour nous faire accorder nos satisfactions; . . . mais Paw ne vaut pas la peine qu'on y prend. »

« J'ay prié M. de Gr.imont de vous dire certaines choses. »

Souhaite de voir les états de Languedoc achevés au plus tôt

au contentement de Leurs Majestés, afin que le maréchal du

Plessis-Piaslin, passant en Piémont avec se> troupes, empêche les ennemis de retirer les forces d'Italie en Espagne.

M. Li; l'UlNCE A MAZVRIX.

Barcelcnne, 14 avril lf)4~.

J'aj' receu le mémoire que vous m'avés faict l'honneur de m'adresser par M'" Le Teillier, auquel je respons; j'espère que qiiend M'' Le Teillier vous aura faict voir ma responce, vous serés satisfaict de mes soins et de ma diligence. Les ordres que vous aviés donés n'ont pas esté si punctuèlement exécutés que vous Taviés creu, et cerlainement, si ils l'eussent esté, tout eût bien esté. Je ne vous puis assés remercier de la liberté que vous me laissés d"agir oîi je le treuveray plus à propos; vous estes asseuré que je n'en abuser.iy pas, et que, hors les choses impossibles, il n'y en aura point, si difTiciles soient-elles, que je ne tante, pour m'acquiter des obligations que je vous ay en vous douent cette satisfaction. Il n'estoit pas nécessaire que vous m'asseurassiés de nouveau do vostre amitié en cas de mauvais succès; j'en suis desjà assés persuadé, et vous jure que je n'en doute en fason quelconque. Je fascheray pourtent à faire en sorte qu'en ce rencontre icy je n'en aie pas besoin. Je me remets donc au mémoire que j'envoie à M" Le Teillier pour les affaires de Catalogne et ne vous parleray icy que des aultres dont vous me parlés par vostre lettre.

Je suis ravy que vous persistiés à ne point traitter avec INP de Loreine qu'il n'ait randu à la France quelque service qui luy soit plus considérable (]ue ce luy peut estre la Loreine; il est ditlicile que la France puisse rien avoir qui soit plus à sa bienséance que ce pa'fs-là, qui luy soit plus aisé à maintenir et qui luy soit mieus aquis; outre que, en le rendent à

>r de Loreine, c'est maintenir tousjours on rronce une faction qui n d point de chef ny de place, et qui se treuveroit par là en meillieur estât qu'elle n'a jamais esté, aiant un chef de l'humeur de celuy cy, et quy, quoy (ju'on luy fasse, ne sçauroit jamais pardoner les maus qu'on luy a faict.'Laconjonclure de la su^pention d'armes avec Bavière est la raeillieure du monde pour cela, parc°qu'elle rend les desseins de M*^ de Loreine en Allemagne inutiles, laissant l'armée de M'' de Turène libre d'agir où on voudra.

Pour le commendoment de l'année navale de M'' le comte d'Harcourt, si l'armée doit servir en Italie, je n'y voy aucun inconvénient; véritablement, sur cette coste icy, l'en aiant faict sortir, je croy qu'il ne seroit pas bien aise des bons succès qu'on y pouroit avoir; et par ainsy jt> ne veus pas l'accuser; mais j'appréanderois un peu qu'il n'y agît pas avec sa vigueur ordinaiie. Je vous mande cec\' avec la mesme franchise et sincérité avec laquelle vous m'en escrivés.

Pour M"" de Lonu'ueville. j'ay roceu une lettre de luy et une de masoeur, qui me tosmoignent estre si fort satisfaicts des grâces qu'ils ont receuos de Sa Majesté et de vous, que je ne comprens point ce qui peut l'avoir obligé à vous en escrire comme vous me le mandés; je vous responds (]u'il est satisfaict au delà de ce qui se peut dire. Je vous supplie que cette affaire de Pau ' ne vous oblige pas à le traitter aultrement que vous avés faict; je luy en escriray d'une manière que j'espère qu'il vous douera satisfaction là-dessus.

Pour ce que vous me mandés de l'afifaire de Gerzay (Jarzéi. vous m'avés faict honneur de distinguer ce que faict et dit M"" le Prince d'avec ce que faict et dit M"" de Gerzay ; vous le cognoissés, je ne vous en dis pas davantage; seulement je vous supplie de le bien traitter. J'attens Jr le mareschal de Gra-

1. Pau ou Paw, un des députés de Hollande à Munster, ennemi déclaré de la France, dont il réussit à détacher les Provinces-Unies. Le duc de LoDgueville lui avait témoigné beaucoup de confiance et en fut fort blâmé.

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mont avec impatiance, et les occasions de vous faire voir que

je suis avec sincérité et affection

Je ne croiois pas que vous eussiés encor le chifre; cela m'a empesché de laporter. Vous mobligerés infiniment de m'en envoler un. A. C.

MAZAKiN A -M. LE PRiNci: (analyse).

Paris, 4 mai 1047.

Brigues et jalousies entre les principaux de Catalogne. — Les galères sont parties trop tôt, mais mon frère a eu soin de publier qu'elles sont allées charger de l'infanterie pour passer en Italie. — On a fait embarquer le régiment de Feuquières pour Piombino ; les ennemis sont en suspens et croient que votre voyage de Catalogne n'est qu'un artifice pour y attirer les principales forces des Espagnols, et vous embarquer sur l'armée navale avec beaucoup d'infanterie pour les attaquer à l'improviste dans le royaume de Naples. — On a donné argent pour la lovée de 4 nouveaux régiments. — Sur les fortifications à faire contre Lérida et Tarragone. pour rendre ces places inutiles si l'on ne peut s'en emparer. — Faire en sorte de tirer des Catalans les 100,000 écus q.i'ils ont laissé entendre qu'ils pourraient donner. — Renvoyer promptement les régiments qui doivent retourner en deçà, afin qu'ils se puissent remettre et qu'on puisse en envoyer un peu en Piémont. — Punir sévèrement les déserteurs; écrit dans ce sens à M. de Champlàtreus. — Les Espagnols font de grandes diligences pour faire envoyer des Anglais et Écossais ; mais, malgré les promesses de MM. Goring, il n'en est encore passé aucun. — Depuis la suspension arrêtée à Ulm avec le duc de Bavière, le fameux différend de l'affaire palatine, qui trouble l'Allemagne depuis vingt-neuf ans, a été aussi réglé à Osnabrlick ; le duc de Bavière retiendra la dignité électorale et le haut Palatinat; le bas sera rendu au prince palatin pour qui on créera un

luiitième électorat; tout cola brouille Bavière avec l'Empereur et nous l'attaclio.

Le prince d'Orange témoigne grande envie d'enlrer en camj)agne, mais les États sont bien versatiles.

Nouvelles de Munster : les Espagnols paraissent penser h notre traité; cependant ils s'efforcent de décider les États à achever leur traité avec eux et ont envoyé Paw à La Haye ;. ses calomnies contre nous. — Traité secret avec l'Espagne pour marier le Roi avec l'infante et recevoir en dot les Pays- Bas; absurdité de ce prétendu mariage.

L'armée navale ennemie ne pourra mettre à la mer que le 13 du courant.

La duchesse de Longueville esta Chantillv. A. C.

M. Ln: PRINCK A MAZAP.IX.

Barcclonne, 7 mai 1G17.

Je suis bien honteus d'estre si longtemps sens rien faire, et de ne pouvoir pas exécuter ce que nous avions concerté avec une seureté la plus grande du monde, si louts vos ordres eussent esté punctuèlement exécutés. Vous verres par le mémoire qwo j'envoie à .M"" Le Teillier Testât des affaires de ce pais et do ce que nous avons jugé de pouvoir entreprendre; cela m'cnpeschera de vous en entretenir icy, outre que W de Losné ' en est particulièrement instruit.

Je vous rands milles grâces de ce que vous me mandés de l'abé Sala. Vous me cognois«és asséspour croire facilement que je suis assés au-dessus de ces petites choses là et que je ne luy en lesmoigneray rien. Pour le docteur Martin, je le Iraite-

1. Philippe de Launay-Gringenières, sergent de bataille et capitaine-lieutenant des gendarmes du cardinal de Sainte-Cécile. — Il }■ avait encore à l'armée de M. le Pricce un gentilhomme breton, nommé de Launaj'-Lyais, que Mnie (le Sévigné avait recommandé à Bussy.

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rav bien et je croy que personne n'aura subject de se plaindre de nioy en cette province.

L'évesque de Babylone professe hautement raiiiitié de Morell et tient des discouri dont il se pa-^seroit bien: M' de Marca s'est chariré de vous en mander le destail. Je croy qu'une petite correction seroit à propos.

Les inimitiés particulières commencent à s'appaiser, au moins en apparence; car du cœur je doute qu'elles s'apaisent de longtemps; je travaille pourtent à réunir tout le monde autcnt ([u'il se peut.

M' d'Olosne, qui est mon paran et fils de M' de Royan^ m'a prié de vous supplier de vouloir recommander à M"" le Chancelier une affaire qu'il a contre M'' d'Uzès-; il sert dans celte armée.

Je no vous entretienriray pas daventage, remettent tout à ce que le s"" de Losné vous dira, aus deus mémoires de Mr Le Teillier. et aus lettres de M*"* de Gramont et de Marca. Je vous diray seulement que jamais je n'ay eu lent de passion pour le service que j'en ay, et que je n'oubliray rien pour faire réussir avec honneur ce que nous alons entreprendre: je sçay que vous n'an doutés point. Je vous conjure aussy d'estre persuadé que personne au monde n'est avec la passion et la sincérité que je suis. ... A. C.

Camp devant Lérida, 14 mai 164" 3.

Le S' de Bussy, lieulenent de ma compagnie de chevaus

■ 1. Louis de La Trémoillo, comte d'ûlonne, né en 1626, mort ca 1686; il était fils de Philippe de La Trémoille, marquis de Royan, sénéchal de Poitou, mort en 1670. Le père de ce dernier était cousin germain de Charlotte-Catherine de La Trémoille, grand'mère de Condé. — La comtesse d"ûlonne (Catherine-Henriette d'Anpennes, morte en 1107) a beaucoup fait parler d'elle. Sainl-Évremond lui étiit resté très fidèle.

2. Emmanuel do Crussol, duc dUzès, pair de France, mort en 1657 dans un âge fort avancé.

3. Quelques passages de cette lettre ont été publiés dans les Mi-moires de Lenet, édition Michaud.

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légers et qui sert dens cette armée, aiant sceu qu'on parloit de desmembrer le grand prieuré de Paris' qui est à son oncle, m'a prié de vous tesmoigner par cette lettre l'estime que je faicts de luy. C'est un gentilhomme qui a tousjours servy avec beaucoup de cœur et d'honneur, et qui est à moy. Sa fortune despend entièrement de son oncle, et on oste à son oncle les moiens de la luy pouvoir faire. Si c'estoit une cho^e (]ui peut ne se pas faire, je vous serois très redevable des obligations que JF de Bussy vousauroit dens ce rencontre.

Je suis arrivé devent cette place le mesme jour que je vous avois mandé par M'' de Losné, et en mesme temps ay séparé mes cartiers; j'ay pris celuy de M' le comte d'Harcourt; M' le mareschal (de Gramont), celuy deCouvonge-; et M'' de Marsin, celuy de Yillenovette. Dès aujourd'uy nous avons commencé noslre circumvallation; j'espère qu'elle sera bientost achevée, la terre estent nouvellement remuée, et beaucoup d'endroits de celle de M"" d'Harcourt n'estant pas abatus, particulièrement du costé de Yillenovette. J'ay force prisoniers, qui ne sont point d'accort du nombre d'hommes qui sont dedens; les uns disent deus mille hommes de pied, les aultres trois mille; touts disent quatre cent chevaus, mais il n'est pas encor bien seur. J'espère, dès que ma circumvallation sera achevée et que les recreues et le régiment de la Marine seront arivés, d'ouvrir la tranchée. Je vous prie de m'excuser si je ne vous en dis pas davantage, mais le pont de la Sègre ne faict cpie d'estre achevé, et il fault que j'aille mener les trouppes qui viènent d'y passer au Cartier qu'avoit autrefois M"" de La Trousse % où il n'y en a point

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