‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e sièclesChapitre 109 sur 131 · LA PRINCESSE DE CONDÉ AU PRINCE DE CONDÉ SON FILS · texte numérisé non relu

LA PRINCESSE DE CONDÉ AU PRINCE DE CONDÉ SON FILS

Sans date.

Mon fils, je ne pensoys devoir recevoir a mon réveil un déplaisir si extrême que votre lettre me fait ressentir, de reconnoistre que le Roy ayt du mécontentement de moy sur un

1. Jacqueline de Bueil. Sa grand-mère, Jacqueline de la Trémouille, était tante de Madame la Princesse. Elle-même, orpheline, avait été élevée à L'hôtel de Condé, nous l'avons déjà dit. Cette lettre doit être du mois d'octobre 1604, époque du mariage de la comtesse de Moret, du commencement de sa faveur publique auprès du Roi, et de la disgràc-e de la marquise de Vcrneuil.

sujet qui me semble luy devoir estre indifférent, et me défendre l'honneur de la présence de Sa Majesté, de celle de la Reyne, en considération d'une créature que j'ay trop chèrement nourrie1, pour estre cause de me priver de ce que j'estime plus mille fois que ma vie, n'ayant jamais pensé mériter, par ce moyen, cette défaveur, qui me seroit insupportable si, par une seule de mes imaginations, j'estois si misérable de l'avoir offensée. Je me consoleray donc en mon malheur, et conserveray inviolablement l'affection très-fidelle que je dois à son très-humble service, recevant, sans plainte, tout ce qu'elle ordonnera de moy, en vivant icy autant qu'elle l'aura agréable, sans aller l'importuner, jusques au temps que ses commandemens me feront changer cette résolution, puisque je suis si malheureuse de ne luy pouvoir rendre de plus signalées preuves de ma dévotion qu'en l'occasion qui s'offre, espérant témoigner, par toutes mes actions, qu'il n'y a rien qui me puisse faire sortir des limites de mon devoir.

(Bibliothèque de l'Arsenal. Mss. de Conrart. Collection in-S°, t. V.)

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