‹ Histoire des principaux écrivains français (volume 3)Chapitre 2 sur 8 · ST · texte numérisé non relu

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L'iiisloîre de la liltérature a faii chez nous, dans nolnî siècle, des progrès aussi remarquables que l'histoire politique. Grâce aux travaux de Chateaubriand, de madame de Staël, de MM. Villemain, Nisard, Sainte-Beuve, Saint- Marc Girardin et de plusieurs autres éminents écrivains, la critique française s'est dégagée de ses préjugés nationaux et de ses préventions contre l'antiquité et les littératures étrangères, et elle a traité la plupart des questions littéraires avec un savoir, unç impartialité et une hauteur de vues dont les siècles précédents nous offrent peu d'exemples.

Mais, jusqu'à ce jour, on s'est peu préoccupé du soin d'initier les femmes à ce progrès de l'histoire littéraire. A l'étranger surtout, on se borne encore à étudier notre langue dans les grammaires, dans les dictionnaires et dans les livres de dialogues qui n'ont de « parisien »

^ue le titre. Pourvu que la mémoire se charge péniblement de règles, de mots et de phrases, et qu'on parvienne à parler et à écrire à peu près grammaticalement, •on se contente de ce travail routinier, qui est sans utilité pour le développement du goût et des facultés intellectuelles. Quant à l'histoire littéraire, à la biographie des auteurs, à l'analyse et à l'appréciation de leurs ouvrages, il semble que ce soit une étude surabondante et inutile. Aussi, bien peu de jeunes personnes sont en état de lire avec fruit les chefs-d'œuvre de notre littérature et de porter un jugement motivé sur Corneille, Racine, Pascal €t Bossuet.

• Au reste, un pareil travail offre, il faut en convenir, de sérieuses difficultés: les livres manquent. Assurément, il existe des ouvrages remarquables. Mais les uns sont trop volumineux et exigeraient un temps que les élèves ne peuvent leur consacrer ; les autres sont des considérations savantes sur l'art ; plusieurs n'embrassent qu'une époque. Aucun ne saurait convenir aux jeunes personnes, à qui leur âge interdit bien des détails, et à qui doit suffire une connaissance moins approfondie de la littérature. Quant aux abrégés, ce sont, en général, des résumés secs et arides -, c'est une nomenclature de dates, de noms d'auteurs, de titres d'ouvrages, qui ne procurent ni plaisir, ni instruction, et qui ne laissent dans la mémoire que des traces fugitives.

C'est pour obvier à ces divers inconvénients que j'ai publié, à Tusage des jeunes personnes, les « Prosateurs » et les « Poètes français », et le petit traité « Du style et de la composition littéraire », qui ont rencontré un accueil favorable. C'est dans le même but que je publie cette A Histoire des principaux écrivains français », poètes et prosateurs. Ce livre est le résumé de leçons faites depuis plus de trente ans dans mon Institut de Londres. Je voulais d'abord Tintituler : «Histoire de la littérature française » ; mais, pour justifier ce titre, il aurait fallu parler d'un grand nombre d'auteurs dont la lecture offrirait à déjeunes lectrices aussi peu d'intérêt que de profit, et écrire un ouvrage volumineux qui permit d'entrer dans les détails, ou ne faire qu'un résumé succinct, et s'exposer à ne rien saisir pour vouloir tout embrasser. En fait d'éducation, la solidité vaut mieux que l'étendue. D'ailleurs, quand on sait bien les choses les plus importantes, on apprend vite celles qui le sont moins.

J'ai donc préféré ne parler que de nos écrivains les plus illustres et de leurs chefs-d'œuvre les plus parfaits, afin d'en parler un peu plus à mon aise. J'ai choisi une vingtaine de noms, et j'ai pris ceux qui m'ont paru les représentants intellectuels de notre pays. J'ai tâché de tracer le caractère de chacun, de raconter ce qu'on sait de plus exact sur sa vie, et de répéter, en peu de mots, les jugements des maîtres de la critique sur les ouvrages

les plus populaires, sans jamais oublier que mon livre est destiné aux jeunes personnes. Mon but serait atteint, si je parvenais à leur faire aimer et admirer nos grands écrivains, et à leur inspirer le désir de lire quelques-uns de leurs cliefs-d'œuvre.

J'ai fait précéder la biographie des auteurs de trois « Études » sur Torigine et la formation de la langue au moyen âge, sur ses progrès au seizième siècle, et sur son perfectionnement au dix-septième. Des « Études » semblables indiquent les modifications qu'elle a subies au dix-buitième et au dix-neuvième siècle. Ces « Études » servent d'introduction à la lecture des biographies, établissent un lien entre elles, et font connaître les causes et les influences qui ont agi sur la marche et le sort de notre langue et de notre Uttérature.

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