PREMIÈRE PARTIE
TERRAIN QUATERNAIRE OU DILUVIEN (l).
L*une des époques de la nature sur lesquelles on a le plus écrit dans ces derniers temps, celle qui a précédé immédiatement la nôtre et dont la durée comparative ne paraît pas avoir été bien longue, est cependant j^llc qui est encore le moins connue et qui a donné lieu au plus grand nombre d'hypothèses. Les caractères peu prononcés des sédiments qu'elle a laissés, leur faible épaisseur sur de grandes surfaces, renchevêtrement d'une part et la succession de l'autre de résultats difficiles à distinguer, l'absence de régularité, de symétrie et de continuité dans leur disposition générale, ont rendu les comparaisons que l'on a voulu faire et les relations que l'on a voulu établir toujours plus ou moins incomplètes ou incertaines.
Sous le point de vue organique , les mêmes difficultés se présentent , car nous voyons que des espèces d'animaux appartenant à diverses classes existaient avant l'époque actuelle et que la faune que nous avons sous les yeux n'a point été créée tout d'une pièce. Si l'homme a pris possession du globe après les derniers changements physiques généraux qui en ont affecté la surface, il n'a donc point apparu avec tout un ensemble d'organisations nouvelles.
(1) Nous donnons au mot quaternaire un sens tout à fait différent de celui qu'il avait dans l'origine, où il désignait ce que nous appellerons plus loin , avec les auteurs de la carte géologique de France , le terrain tertiaire moyen et supérieur.
2 TERRAIN QUATKKNAIKE
Cl ui) ccrliiii) nombre d*aniinaux, qui oui pu assisler à sou arrivée, comptaient déjà de nombreuses générations et avaient échappé au cataclysme, cause de la destruction d'une grande partie de leurs contemporains.
Jusqu'à présent il semble que la venue de l'homme sur la terre soit un phénomène à part , dans l'ordre physique comme dans l'ordre moral; et, sous ce double rapport, cette arrivée est restée un mystère profond dont il ne nous est peut-être pas réservé de soulever jamais le voile. Dans le champ plus spécial de nos recherches, nous ferons remarquer que les exemples que l'on a cités de débris humains ou de l'industrie de l'homme dans les cavernes et même dans des dépôts diluviens , associés à des ossements d'espèces perdues (1), n'ont encore convaincu qu'un petit nombre de personnes de la contemporanéité des uns et des autres , et peutêtre pourrions-nous répéter ici ce que nous avons dit ailleurs : « Que » malgré ces débris innombrables de générations éteintes, d'ani- • maux élevés , qui remplissent les cavernes et le fond des vallées, » malgré la présence de ces grands pachydermes et de ces carnas- » siers qui annoncent que la nature avait pour ainsi dire complété » son œuvre par le développement des lois organiques les plus par- » faites et les plus compliquées à la fois, nulle part alors le pied de » l'homme n'avait encore imprimé sa trace, et la terre, qui semble » nous avoir ouvert ses entrailles pour nous permettre d'y lire l'his- » toiredesesrévolutions successives, est jusqu'à ce jour restéemuette » sur l'époque où l'espèce humaine apparut à sa surface (2). »
Lorsqu'un fait nouveau relatif aux terrains tertiaire, secondaire ou de transition vient à se produire , sa place dans la chronologie géologique est généralement facile à déterminer ; mais pour ceux qui se rattachent au terrain quaternaire ou diluvien , il n'en est pas de même ; chaque fait reste longtemps isolé, non seulement par rapport au temps précis où il s'est passé, mais encore par rapport
[\) Voyez sur ce sujet : Marcel de Serres, Essai sur les cavernes à ossements, p. 194 et 214, in-8 , 3" édit. Paris, 1838. — - J. Desnoyers, Dictionnaire uniifersel d'histoire naturelle , vol. VI, p. 395. 1845. — Par suite de rincertitude qui règne encore à cet égard , nous mentionnerons dans un chapitro de paléontologie générale les documents récemment publiés sur les traces de débris humains fossiles.
(2) D'Archiao , Discours sur l'ensemble des phénomènes qui se sont manifestés à la surjace du globe y p. 28. Paris, 1840.
ou DILUVIEN. 3
aux faits qui l'avoisineiit de plus près ^éugrapliiquement; d'où résulte une abseuce presque complète de coordination parmi les matériaux rassemblés jusqu'à ce jour. La science à cet égard ne se compose que de documents nombreux que Ton a cherché à relier par des théories trop exclusives dont la faiblesse se fait sentir, dès que Ton sort de rétroit espace où elles ont été enfantées et appliquées pour la première fois. Nous serons donc obligé de donner, comparativement, beaucoup plus de détails sur ce terrain que sur les autres, pour préparer et faciliter l'établissement d'un ordre naturel que les recherches ultérieures pourront faire reconnaître. Puissions-nous, par la manière dont nous allons envisager et traiter ce vaste sujet, hâter le moment de sa complète élucidation et justifier les conclusions encore bien générales qu'un examen attentif nous a permis d'entrevoir.
Nous comprenons sous la dénomination de terrain quaternaire ou diluvien tous les dépôts régulièrement stratifiés ou non, marins, fluviatiles, lacustres ou torrentiels , solides, meubles ou incohérents qui se sont formés entre la fin de la période sub-apennine ou tertiaire supérieure et le commencement de l'époque actuelle, ou du terrain moderne dont nous nous sommes occupé dans le volume précédent. Nous y comprenons également les roches ignées qui se sont produites à la surface du globe dans le même intervalle, mais dont nous remettons à traiter avec celles de l'époque tertiaire , au commencement du troisième volume.
Ce terrain , qui correspond au groupe des blocs erratiques de M. de La Bêche et comprend les dépôts appelés newer pliocenes ou pleistocenes par M. Ch. Lyell , est encore à très peu près aujourd'hui , comme le disait il y a plus de quinze ans le premier de ces savants, extrêmement difficile à caractériser : « Il ne doit être re- » gardé que comme provisoire, et toutes les matières que l'on » désigne communément sous le nom de diluvium demandent » un examen sévère et détaillé (1). »
Nous traiterons des phénomènes de l'époque quaternaire en suivant l'ordre géographique que nous avons adopté dans le premier volume, c'est-à-dire en marchant du N. au S. et de l'O. à l'E. Dans chaque chapitre nous étudierons successivement les plages soulevées [raised beachs), la formation erratique^ les dépôts marins
(1) Manuel géologique ^ traduction française, p. 205. 4 833.