DES ÎLES BR1T\>XKHES. 6Ô
ganiques dans ce dépôt et leur absence dans le prccédenl, en sui>posant qu'après la formation du gravier marin le soi avait été émergé, qu'une grande rivière ou une série de lacs s'étendait au fond de la vallée de l'Avon à 7 on 8 mètres au-dessus de son niveau actuel, et que le gravier, déposé d'abord dans la mer, avait été remanié parles courantsd'eau douce e( mélangé avec les débris des animaux qui vivaient dans le voisinage. Autour de Cheltenham, un gravier purement local, formé de débris roulés du lias et del'ooiithe des environs, mais sans ossements, paraît encore avoir une origine marine.
Dans un mémoire précédent, le même naturaliste avait déjà généralisé ses vues sur l'origine des divers dépôts meubles du centre de l'Angleterre (1). Il y avait reconnu deux époques distinctes. Les matériaux de la première époque constituent les dépôts marins [marine drift) et résultent de courants sous-marins, alors que la partie centrale du royaume était immergée. Ceux de la seconde (dépôts fluvialiles, fluviatii drift) ont été déposés par des rivières ou dans des lacs, lorsque tout ou partie de l'Angleterre était au dessus des eaux. M. Strickland distingue trois sortes de drifts marins : !• le gravier erratique sans silex de la craie; 2" le gravier erratique avec silex de la craie : 3° le gravier en place. Le premier occupe le pays au nord et à l'ouest de i'Avon , le second se trouve particulièrement entre cette rivière et le pied des collines oolitbiques. Les silex indiquent un courant venant de l'E. , et le gravier sans silex un courant venant du N.; mais leur âge relatif n'est pas connu , faute de superposition ; le troisième forme des plaques le long de l'escarpement de la formation oolithique dans le Warwickshiré et le Gloucestershirc. Il n'y a point non plus de superposition qui permette d'établir son âge par rapport aux deux premiers , et tous trois peuvent être regardés comme des effets différents dus à des modifications d'une cause générale. Nous verrons cependant qu'un autre géologue ayant reconnu que le drift local était recouvert près de Shrewsbury par le drift erratique du nord a pu en con~ dure la postériorité de ce dernier.
Les éléments des graviers flnviatiles et des graviers marins étant les mêmes, ces dépôts pourraient être facilement confondus, mais
(1) On the Nature^ etc. Sur la nature et l'origine des diverses espèces de graviers de transport qui se trouvent en Angleterre. {Rf'p- V^' Mcet. brit. Assoc, at lAverpool ^ 1837 (Londres, 1838), p. 61.
70 FOBMATION ERRATIQUE
ils diffèrent les uns des autres par la position qu'ils occupent et par les corps organisés qu'ils renferment. Les atterrissements fluviatiles sont constamment en rapport avec les formes actuelles de la surface du sol. Ils recouvrent les pentes ou le fond des vallées, à une hauteur souvent déterminée au-dessus des cours d'eau (3 à 15 mètres) , et les caractères de leur stratification indiquent en général un mode de dépôt tranquille. Ils contiennent des coquilles d'eau douce d'espèces vivantes, associées avec des ossements de mammifères éteints. Aucune relation n'a d'ailleurs pu être encore établie entre les dépôts marins et les dépôts lacustres, quoiqu'on les observe souvent à une très petite distance les uns des autres. Les graviers marins se trouvent à des niveaux plus élevés que les graviers lacustres.
Dans les parties des comtés de Hereford , de Salop et de Worcester qui sont occupées par le vieux grès rouge, les détritus de la surface du soi proviennent des roches voisines. En s'éloignant des chaînes de transition , le gravier devient de plus en plus fin , et montre, près de Tenbury, les caractères d'un dépôt lacustre ou fluviatile , dont les matériaux sont uniquement formés de débris du vieux grès rouge des environs. Sur ses limites , on rencontre de grands fragments de granité de diverses espèces, qui viennent du nord, et M. Murchison (1) attribue à trois causes différentes l'accumulation de ces couches meubles.
Le pays de Galles et l'ancienne Silurie n'offrent point non plus de ces débris de roches transportés de loin , et qui constituent ce que l'on a appelé diluvium dans d'autres parties de l'Angleterre. Tous les matériaux proviennent des roches siluriennes et des trapps des montagnes environnantes. La Severn borne ce drift à l'est , et l'auteur fait voir (2) que les détritus, charriés par les rivières qui s'y réunissent , changent suivant les chaînes que ces dernières traversent, et qu'en outre la grosseur des fragments est en rapport avec leur éloignement du point de départ. Il distingue aussi ces détritus étendus au fond des vallées , sur les pentes et quelquefois sur des points élevés, de ceux qui ont été transportés parles rivières. Dans aucun cas on n'a trouvé à l'ouest des fragments qui provinssent des roches de l'est.
Lorsque les roches siluriennes et plus anciennes furent émergées , une grande quantité de débris fins et grossiers fut entraînée
ÎlJ Proceed. geol. Soc. of London , vol. II, p. 77. 1834. 2) Murobison, ihid., p. 230. 1836.
DES Iles BRiTANNigiEs. n
au bas des pentes; et, couinie les roches sur lesquelles ces matériaux meubles ont été déposés étaient crevassées par les trapps, il y eut, pendant et après Tapparition de ces matières ignées, de grandes et successives élévations du fond de la mer qui |)ortèrent les cailloux roulés aux diverses hauteurs où nous les voyons actuellement. Les rivières qui commencèrent alors à couler dans les bassins qu'elles parcourent aujourd'hui, en traversant les gorges des chaînes, ont transporté, à de petites distances, ces matériaux incohérents, auparavant accumulés par les courants sous-marins. Pour prouver que les matières charriées de chaque district dans cette régiou peuvent être rapportées à des dislocations purement locales, M. Murchison fait voir que, partout ou les collines ont été élevées du N.-K. au S.-O. , les lignes du drift sont dirigées dans le même sens, et que, lorsque la direction de ces déiKMs meubles vient à changer , celle des roches change en même temps.
Les vallées du Pembrokshire étaient occupées par une série de lacs, dans lesquels les rivières apportaient les dépôts de cailloux, de sable et de vase. Le dessèchement de ces ynvicres lacs , et la dhninution des cours d*eau , réduits à leur état arinel , sont contemporains de Télévalion récente du sol , qui amena à la surface des portions voisines du fond de la mer , et ce sont ces dernières que recouvre ce que Tauteur appelle le dUiwiumdu nord [norlliern drift) (1).
Nous soumettrons ici quelques observations au célèbre fondateur du système silurien, dont Tespril élevé, toujours à la recherche de la vérité qui peut naître d'une discussion, a toujours été aussi audevant de la critique. Celle-ci ne peut s'exercer d'ailleurs que sur des déductions théoriques ou spéculatives , car une profonde sagacité a trop constamment présidé à l'appréciation des faits pour qu'elle ait jamais donné lieu à une objection sérieuse.
Si les détritus locaux du pays de Galles et de la Silurie ont été déposés primitivement sous la mer, toute cette portion immergée de l'Angleterre a dû conserver des traces positives de son séjour sous l'eau ; on doit trouver des dépôts marins coquilliers régulièrement stratifiés, soit continus sur toute l'étendue actuelle du pays et
(1 ) Cette expression , restreinte ici aux îles Britanniques et employée uniquement dans le sens que lui donne l'auteur, ne doit pas être confondue avec celle par laquelle nous désignons \q phc/iomcnr ou la formation erratique du nord de V Europe,
72 FORMATION EHHATIQUE
comblant les vallées du terrain de transition, qui sont d'une époque fort ancienne, soit entourant les points les plus élevés qui ont pu rester au-dessus des eaux et former des îlots dans cette mer. On conçoit que Témersion du pays a pu occasionner des courants qui auront entraîné une partie de ces dépôts dans les vallées actuelles ; mais ne devrait-on pas en rencontrer des lambeaux plus ou moins nombreux dans les dépressions préexistantes émergées aujourd'hui ? C*est ce que l'observation n'a pas encore confirmé , tandis que les caractères sous-marins du diluvium du nord , postérieur aux détritus du pays de Galles , sont parfaitement tranchés.
D'un autre côté, le synchronisme des derniers phénomènes ignés de la Silurie et du pays de Galles avec la formation de ces détritus, ou de la^cause avec TefTet, est-il réellement établi ? Ces roches pyrogènes ne sont-elles pas beaucoup plus anciennes que ces produits détritiques, et puis aussi est-il prouvé que l'âge des dislocations concorde avec la répartition de ces mêmes produits? S'il en était ainsi , on devrait voir des détritus correspondants à chacune d'elle ; mais aucun dépôt caractérisé comme secondaire ou tertiaire n'existant dans cette région , il faudrait admettre ou que ces détritus représentent les sédiments de ces deux époques , ou que, s'ils sont seulement de l'époque quaternaire, les dislocations et les roches ignées qui les ont produites sont également quaternaires , ce qui n'a pas été démontré. Quant à la concordance des lignes du drift avec la direction des roches anciennes et avec celle des dislocations du sol, elle ne prouve pas nécessairement qu'il y ait entre elles les rapports supposés, mais seulement, ainsi que nous l'avons déjà dit pour les œsars, et que M. Murchison l'a remarqué lui-même («w^è, p. 51), que les accidents ou le relief du pays, résultant de phénomènes fort anciens, ont nécessairement influé sur la distribution des matériaux meubles de la surface , à une époque infiniment plus rapprochée , et sans qu'il y ait eu pour cela aucune connexion réelle entre les causes qui les ont produits.
Le diluvium du nord, qui diffère de celui du pays de Galles et de la Silurie, s'étend, comme on l'a déjà vu, sur une grande partie du Lancashire, du Cheshire et dans le nord du Shropshire, en suivant les bords de la région précédente. Ses matériaux sont des granités, des porphyres et d'autres roches provenant du Cumberland, et peut-être de l'Ecosse, puis beaucoup de sable et d'argile avec de petits cailloux variant suivant les districts. Il est caractérisé par de grands blocs venant aussi du nord» et placés à diverses hauteurs sur
DKS ÎLKS BRITANMOUES. '•'^
les pentes des uioutagnes. Ces blocs sont surloul nombreux vers les points élevés entre Wolverhamplon etBridgenorth. Le dépôt se prolonge ensuite au sud à travers le Worccstershire, et se termine dans le gravier Gn de la vallée de Gloucester. Aucun de ses fragments ne pénètre dans la région diluvienne du pays de Galles et de la Silnrie, maïs aux environs de Shrcwsbury, certaines portions du drift local de cette dernière province sont recouvertes par Targile et par les blocs du diluvîum du nord , (fui , d*après cela , doit être regardé comme plus récent.
M. Murchison pense que les blocs du nord ont été accumulés sous la mer, et il s'attache à démontrer que des courants n'auraient pas pu parcourir une étendue même de 50 milles, avec une force capable de transporter ces blocs, sans une différence de niveau qui serait énorme et démentie par les faits , puisque le pays de Galles , qui, dans ce cas, aurait dû être submergé, avait été soulevé immédiatement avant, comme le prouve la superposition dont on vient déparier. Le transport par les glaces flottantes , quoique admissible à certains égards , semble être contredit par cette raison que les blocs sont arrondis, usés, et diminuent de grandeur ainsi qu'en nombre en s'avançant du N. au S. ; et en admettant que le dépôt de ces blocs ait eu lieu sous la mer , les différents niveaux auxquels on les trouve pourraient être expliqués par des mouvements d'élévation et d'abaissement inégaux du sol immergé , portant , à la hauteur qu'ils occupent aujourd'hui , les coquilles , le gravier et les blocs qui y ont été accumulés en même temps. Les brisures et les Gssures que l'on observe auraient été produites alors, et les vallées qui séparent les points élevés seraient restées dénudées.
Nous ne nous appesantirons point sur les objections que peuvent soulever ces considérations théoriques , parce qu'à la un de sou célèbre ouvrage sur le système silurien sir R.-L Murchison (1) est revenu sur ce sujet , et a modifié lui-même son explication du Uransport des blocs. Il y admet , en effet , comme cause efficiente principale , les glaces flottantes qui rendent mieux compte du phénomène, et il fait observer que le diluvium du nord , quoique recouvrant généralemt at le diluvium local , se mélange quelquefois avec lui, ce qui rend alors leur distinction fort difficile. Il reconnaît aussi deux dépôts de transport locaux, le premier résultant du
(4) The silurian System , etc. Le système silurien , etc., p. 509 , in-4. Londres, 1839.
soulèvement des roches anciennes des parties élevées de la Silurie, le second , du soulèvement des divers bassins houillers ; tous deux auraient été accumulés sous les eaux de la mer, comme le diluvium ou drift du nord, qui est venu plus tard.
D'après cet exposé, on voit qu'il y aurait des dépôts détritiques contemporains de la formation carbonifère ou peut-être même plus anciens, et d'autres de l'âge du nouveau grès rouge. Or, s*il en a été ainsi , conçoit-on qu'il u'y ait aujourd'hui aucune relation plus apparente entre ces accumulations détritiques, irrégulières et variables, et les couphes synchroniques voisines des périodes carbonifères et du trias,qui sont si régulières, si parfaitement stratiûées et caractérisées? De ce que le drift a eu, dans la Silurie et le pays de Galles, une origine locale, la cause, continue M. Murchison, doit l'avoir été aussi ; mais si la cause était locale, tout le pays n'était donc passons la mer, sans quoi on devrait trouver des résultats analogues à ceux que nous présente le diluvium du nord, et d'un autre côté, si tout le pays était immergé , on devrait apercevoir précisément les relations dont nous venons de parler , et qui ne paraissent pas exister.
Après avoir reproduit une partie des faits que nous avons déjà signalés, l'auteur conclut, de l'absence, dans la Silurie, de tous détritus transportés des parties environnantes de l'Angleterre, qu'aucun grand déluge, venant d'autres régions, ne l'a traversée depuis qu'elle a pris ses caractères orographiques et hydrographiques actuels. Nous verrons d'ailleurs plus loin que la localisation , si l'on peut s'exprimer ainsi, des détritus superficiels est un fait beaucoup plus général qu'on ne l'a cru pendant longtemps , tandis que le phénomène tel que nous l'avons étudié dans le nord de l'Europe , est en quelque sorte l'exception.
Dans les aperçus généraux auxquels le chapitre xxxviii du système silurien est consacré , et où le savant auteur traite du diluvium du nord qui s'étend sur les contrées du centre de l'Angleterre, puis des dépôts fluvio-marins de la surface actuelle de la Silurie, nous n'avons pas vu indiquées quelques unes des conséquences auxquelles semble naturellement conduire la connaissance que l'on possède des limites de ces divers dépôts. Si, par exemple, les détritus du pays de Galles ne se continuent point à l'est, et sont bornés par la Severn , et , plus au nord, parla limite actuelle du nouveau grès rouge , la grande dépression qui plus tard forma un bras de mer et sépara le pays de Galles du reste de l'île était donc émergée , et le rdief se trouvait être l'inverse de ce qu'il fut depuis, et de ce qu'il
est encore aujourd'hui. Sur la limite nord-ouest du pays de Galles au contraire , le relèvement qui a émergé la dépression centrale après le diluvium du nord a porté les coquilles de cette époque à une élévation supérieure à la hauteur moyenne du massif montagneux de toute la province (1).
Enfin, d'après M. Alurchison, les lacs et les rivières qui succédèrent à la mer, dans le pays de Galles et la Silurie, formèrent des dépôts plus ou moins étendus. Des ossements de mammifères, dont les espèces sont éteintes, ont été trouvés dans les graviers, les fentes et les cavernes (daim , bœuf, hyène , rhinocéros , éléphant). Ces animaux vivaient sur les terres voisines, lorsqu'une partie de la vallée de la Severn était sous l'eau. Sur certains points ces débris ont été conservés dans des sédiments fluviatiles et lacustres tout à fait locaux, et sur d'autres dans les accumulations marines de détroit ou d'estuaire où ils avaient été entraînés.
Plus récemment M. A.-C. Ramsay, à la suite de considérations fort intéressantes sur la dénudation du pays de Galles et des comtés adjacents de l'Angleterre (2), a eu occasion de toucher la question qui nous occupe , mais il ne l'a point envisagée au point de vue chronologique , et , sans discuter ni même mentionner aucun des faits ou conclusions de son célèbre prédécesseur, il s'est borné à une appréciation pure et simple du phénomène physique de destruction des couches anciennes.
On trouve dans le Devonshire des accumulations de cailloux rou- ocvonshire. lés, provenant des roches environnantes, avec des ossements d'éléphants et de rhinocéros. Elles recouvrent les collines et tous les plateaux, mais les cailloux sont plus roulés dans les vallées que sur les hauteurs (3). Toutes les vallées du sud, depuis l'Exe jusqu'à
(4) L'altitude des coquilles marines trouvées dans un gravier diluvien sur le Moel-Tryfan a été très diversement appréciée; J. Trimmer [Procce-f. geoL Soc. of London , n" 22 , p. 331 , 1831) indique 4 000 pieds; M. Murchison, loc. cit., p. 528, indique 1750 pieds; dans la note de la même page, 1692 pieds, d'après M. Trimmer; sur la carte géologique de l'Angleterre, publiée en 1843, on trouve 1630 pieds; dans une communication à la Société géologique de Londres [Procecd., vol. II , p. 230), il y a 1392 , :bid., vol. III, p. 683, 1500 à 4 700 pieds; ib., vol. IV, p. 96, 1600 pieds; enfin M. Buckland [Pmcced,^ id., vol. III, p. 579) donne 1400 pieds.
(2) Mem. ofgeol: Survey of grcat Britain ^vo\. I, p. 332. 1846.
(3) C. Austen, Procced. geoi. Soc. ofLondon^ vol. II , p. 584. — Transact.^ id., vol. VI, p. 442.
Lyme-Regis, ont présenté des ossements. Le dépôt qui les renferme, sans affecter une stratiûcation très régulière, a cependant une disposition horizontale distincte , et est composé de graviers et de lits de sable, comme ceux qui se forment aujourd'hui dans les estuaires. Leur position dans les dépressions du pays prouve qu'à l'époque où ces débris de mammifères y ont été entraînés, ces vallées étaient aussi profondes qu'elles le sont actuellement. Ce serait aussi l'époque du remplissage des cavernes à ossements , et M. Austen remarque que, bien que les espèces de grands pachydermes soient les mêmes, les individus trouvés dans les vallées sont généralement vieux et adultes, tandis que ceux des cavernes sont très jeunes.
De l'état non roulé d'une grande quantité de silex des environs de Lyme-Regis , de Sidmouth , de Charmouth et de beaucoup de parties des Black-Down, M. de la Bêche (1) a déduit que la craie dans laquelle ils étaient enveloppés , ayant été entraînée peu après sa formation, ils se trouvent encore aujourd'hui, à très peu près, à la place où ils étaient alors. Une argile jaune , mélangée de sable , entoure ce silex. Le savant géologue que nous venons de citer suppose que des couches de sable , de gravier et d'argile qui recouvraient ces dépôts et qui étaient les équivalents du plastic clay , ont été emportées en partie, etquecequi reste encore en représente les lits inférieurs; mais l'identité de ces silex non roulés , ainsi que celle de l'argile jaune sableuse avec ce que nous verrons dans le nord de la France, où ces dépôts de l'époque quaternaire recouvrent également la craie dénudée, nous fait penser que ceux du Devonshire peuvent appartenir à la môme époque. La superposition des lignites de Bovey à une couche assez semblable ne serait pas un argument contraire à cette supposition, puisque rien ne fixe l'âge de ces lignites. Il est possible en outre que des accumulations incohérentes, superficielles, et plus ou moins analogues, ne soient pas toutes du même âge.
(1) Report on thc geology, etc. Rapport sur la géologie du Cornouailles, etc., p. 255 et 395, in-8. Londres, 4839. Voyez aussi: Ed. Budge , On diluvial action , etc. Sur l'action diluvienne démontrée par les lits de gravier et la formation syénitique de Crousa-Down. {Roy. geol. Soc. ofCornçvall, SO^^ann. rep., p. 91 . 1843. — J. W. Colenso , Sur les mines alluviales d'étain à Pentunn ( Transact. roy. geol. Soc. of Cornwall, vol. IV, p. 29). — M. Henwood, ih., p. 37. — M. Carne, ib., p. 95. — J. Hawkins, ih,, p. 135 et 475. — J. Rogers, ib,, p. 481.
Les graviers , les sables et les argiles qui occupent la surface comouaiius. du Cornouailles, sont postérieurs au creusement des vallées, et aux dislocations qui les ont en partie produites. Le courant qui a charrié et déposé ces débris, paraît avoir eu une direction N.-S. Sur les points où le dépôt est assez épais et composé de plusieurs couches alternantes de limon , de sable et de gravier plus ou moins grossier , les liisstannifères qui ont été Tobjet d'exploitations et de recherches nombreuses, semblent être constamment à la partie inférieure. Le long des côtes et dans les vallées qui y débouchent, on trouve, dans le même dépôt , des coquilles marines semblables à celles qui vivent sur les plages voisines. Ces sédiments sont recouverts par place d'un autre dépôt assez épais , mais de Tépoque moderne. M. de la Bêche pense que les ossements de grands mammifères du Devonshire ne se montrent point à Touest au-dessus des lits stannifères, dans ceux par exemple qui renferment des^coquiiles marines, mais il ne paraît pas qu'on puisse rien conclure de cette circonstance, car nous verrons que, dans le Devonshire, ces mêmes coquilles sont associées à des débris de pachydermes et d'autres grands mammifères.
M. Mantell (1) a divisé de la manière suivante les dépôts meubles suuex. ou incohérents qui remplissent les vallées de la craie et constituent le sons-sol de Brighton ainsi que la falaise située à Test de la ville. Ce sont de haut en bas : l"" fragments de craie mélan^ d'argile ocreuse renfermant des débris d'éléphants , de chevaux , de buffles et de daims ; cet\e assise forme la plus grande partie de la falaise ; 2"" ancien promontoire de cailloux roulés et de galets de silex , associés à des débris de diverses roches primaires , secondaires et tertiaires; 3*" sable reposant sur la craie. Des ossements de cheval trouvés dans l'assise n° 2 ont été reconnus identiques avec ceux de l'espèce vivante.
 Maidstone des dépôts du même âge, situés à 25 et 30 mètres Kent, smrey au-dessus de la rivière, sont composés, d'après M. J. Morris (2) , es*mx. de gravier avec des cailloux et des silex de la craie, au-dessus, d'argile , de sable et de gravier roulé , puis de sable terreux avec des nodules calcaires et des coquilles terrestres d'espèces vivantes ,
(1) Remarks on the cojfin honc ^ etc. Remarque sur un os phalangien de cheval, trouvé dans le lit de gravier [newer pliocène) des falaises de Brighton. — Voyez aussi W. J. West, Sur la présence d'ossements de Mammouth dans la va/lrc de ta Medwar, [TheGeologfst, n« 7.)
(2) Mngaz. nat, /list., nov. 1836.
enfin d'une argile brune avec des débris de cheval, de bœuf, de daim et d'éléphant.
Dans sa note sur les dépôts de la vallée de la Tamise, qui renferment des carnivores et d'autres mammifères (1), le même savant a de nouveau signalé la présence de ces ossements dans beaucoup de localités déjà connues, telles que Brentfort, à 6 et 1^ mètres audessus de la rivièi'e ; ad pont de Kew et sur plusieurs points de la ville même de Londres ; puis à Ilford (Essex) , Veckham (Kent) , Erith, Grays, Copford, Stutton , sur les côtes de Walton et d'Harwich, le long des vallées de la Stour et de la itledway, à "Whitstable, Gravesend, Nine Ëlms, Levisbam, Kingsiand, etc. Partout ces dépôts ont les mêmes caractères ; ce sont des alternats de gravier, de glaise ou tétre à briques , de sable ferrugineux et cof|uillier. C'est particulièrement dans les bancs de sable que se rencontrent les ossements fossiles (rhinocéros, éléphant, hippopotame, cheval, bœuf, daim, élan d'Irlande, ours, hyène, lion et des rongeurs). Plus de 38 espèces de coquilles fluviatiles et terrestres dont deux seulement ne viveiU plus, du moins dans le pays, sont associées aux débris de vertébrés. Les traces de végétaux y sont au contraire assez rares.
Plus à J'est , des ossements d'éléphant ont été trouvés par des pêcheurs, an fond de la mer, dans le détroit du Pas-de-Calais, ainsi que dans la mer d'Allemagne. Ils étaient perforés par des vers marins et couverts de Serpules. En 1837, dit M. J.-B. Martin (2), on retira de l'eau , à Ramsgate une énorme défense de ces grands pachydermes. Une autre, de 11 pieds de long, fut pêchée entre Boulogne et Dungness. Entre Douvres et Calais , il règne un basfond ou crête soiis-marine formée par la craie et appelée le vam. Elle court parallèlement aux deux côtes et se prolonge dans la mér du Nord sous le nom de over-falls ou galloper-sand. Sur les flancs escarpés de ces petites chaînes sous-marines , il y a des goufres pro-
(1 ) Ibid., 2* sér., vol. II , p. 539. 1 838. — Voyez aussi : Spencer, Observations on the diluvium , etc. Observations sur le diluvium des environs de Finchley (Middlesex). Procccd. geoL Soc. of London, vol. Il, p. 184. 1835.
(2) Transact. geol. Soc, of London ^ vol. VI, p. 161. 1840. — Procccd. id., vol. III, p. 138. 1839. — Voyez aussi : Ed. Cbarlesworth , Sur une mâchoire injérieure de Mammouth , retirée en draguant sur le dogger hd^nk près de Douvres . [Magaz. nat. hist., juillet 1839.)
fonds et des espaces intermédiaires recouverts de blocs de roches diverses et de vase. Quelques unes de ces masses sont de grands septaria sphériques , traversés par des veines de fer sulfuré et recouverts d'une croule ferrugineuse régulière. C'est dans ces excavations sous-marines que se trouvent les ossements de mammifères, et jamais sur les hauts-fonds ou les crêtes. Une défense d'éléphant a été recueillie à la pointe de Goodwind-Sand, et un fémiir à la demi-distance de Tarmouth à la côte de Hollande. On a rassemblé ainsi les débris de six ou sept éléphants dans cette partie du canal de ta Manche, et l'on sait que dans d'autres directions , comme dans le canal de Bristol et sur la côte du Dorsetshire, des ossements semblables ont encore été retirés de la mer.
A Stanway (Essex) et aux environs, la plus grande partie de la formation erratique est composée de silex brisés de la craie. Les fragments de roches primaires ou cristallines s'y trouvent mêlés âous forme de blocs ou de cailloux roulés. M. J. Brown (1) y cite du granité, du gneiss, du micaschiste, des grauwackes, du quartz laiteux, du quartz grenu, de l'amphibolite, du schiste amphiboleux, divers porphyres, du basalte, du trapp, du pétrosilex, des brèches et des conglomérats fort anciens , dont quelques uns viennent de très loin. Il y a aussi des cherts, des schistes chloriteux, du grès vert et beaucoup de fossiles de la formation crétacée, changés en silex; le tout, enveloppé d'un sable ferrugineux de llmètres d'épaisseur environ, repose sur l'argile de Londres.
Dans le Suffolk et le Norfolk, le dépôt erratique contemporain sufioik, de celui de l'Essex présente la même composition , quoique repo- "et* sant sur le crag, et l'auteur pense que les débris de roches an- ^""'*"''8''**""ciennes, regardés ordinairement comme venant des comtés de l'ouest, pourraient tout aussi bien venir du S.-O. ; mais cette supposition nous semble tout à fait contraire à ce que l'on a observé jusqu'à présent.
M. W. R. Clarke (2) a divisé la formation erratique du Suffolk
(1) A synoptical table , etc. Table synoptique de quelques unes des substances minérales et des débris organiques trouvés dans le gravier de Stanway. [Mag. nat. hist., juin 1835.) — Os cf éléphant troupes sur les bords de la Stour. Id., Ibid.
(2) Extracts front a memoir , etc. Extraits d'un mémoire sur la structure géologique et les phénomènes du comté de Suffolk , etc. ( Trans. geol. Soc. oj London , vol. V, p. 359. 1837. — Proceed. id., vol. 11 , p. 528.)
en trois assises : V argile diluvienne, le yraviei' et les blœs en^ati^ ques. L'argile qui recouvre une grande partie de ce comté, et qui s*étend ensuite à Touest et au sud, est souvent jaunâtre, mais le plus ordinairement bleue. Elle renferme des silex de la craie, soit en lits, soit disséminés , ce qui la distingue de l'argile de Londres (London clay) et de l'argile plastique {plastic clay). Ce dernier groupe tertiaire aurait fourni l'argile jaune, et le gault la variété bleue, si l'on en juge par les fossiles que l'on y rencontre. Parmi les blocs et les cailloux , l'auteur a reconnu 30 espèces ou variétés de roches, depuis le granité jusqu'au terrain tertiaire, et des fossiles de toutes les formations , entre autres les Trilobites de Dudley. Les graviers sont en général moins répandus que les argiles, quoique les recouvrant et alternant par place avec elles. Les silex de la craie sont les plus abondants de ces détritus ; les roches primaires et de transition viennent ensuite ; les cailloux secondaires et tertiaires sont les moins nombreux , probablement à cause de leur peu de dureté. Quant aux blocs erratiques, ce sont des granités, des porphyres, des basaltes, des calcaires, des grès de diverses formations, quelquefois d'un volume très considérable. Ils sont d'ailleurs de la même nature que les plus petits fragments et ont la même origine.
Les deux assises que M. J. ïrimmer (1) a reconnues dans cette même formation erratique du Suffolk sont attribuées par lui à des courants énergiques et non à l'aclion longtemps continuée de la mer. L'assise supérieure est un sable ou limon ferrugineux avec des silex de la craie , des fragments de craie rouge et d'autres formations ; l'inférieure est composée de débris de craie mêlés d'une quantité variable de matériaux argileux et arénacés. On n'y trouve point de fossiles autres que ceux des couches composantes.
Le nord-est du Cambridgeshire offre au-dessus de la craie un dépôt de transport dont la composition est très variée. Il renferme des masses roulées de diorite et beaucoup de fragments du terrain de transition ; mais, comme dans les comtés voisins, ce sont encore les silex de la craie qui en constituent la plus grande partie. On y trouve, en outre, des Bélemnites, des Gryphées de l'argile d'Oxford et des ossements d'éléphant , de rhinocéros , d'hippopotame , de daim , de bœuf, de cheval, etc. Ces amas détritiques forment des collines sur les limites du Cambridgeshire et de l'Essex, et occupent une partie considérable du plateau qui s'étend sur les confins de . ■—
(1) Procccd. grot, Snr. of Lo/nlo/i , vol. III, p. 185.
DES ÎLBS BRITANNIQUES. 81
l Huntingdonshiro. Uh dépôt brunâtre qui, au uord de Cambridge recouvre le grès vert et le gauit, paraît être plus récent que celui qui s*étend sur Fîle d'Ely et que l'on nomme gravier blanc ( ivhite gravel). Ces détritus, fort répandus aussi dans le Buckinghamshire et le Bedfordshire (Leighton et Stewkley), sont, dit M. Fitton (1), un des faits les plus intéressants de l'est de l'Angleterre; mais leurs rapports entre eux et avec le crag offrent encore quelque incertitude (2). Nous verrons tout à Theure quelles sont les tentatives qui ont été faites pour établir cette relation. Dans la partie occidentale du Norfolk , les marais , voisins des collines de craie nommées marshland, ont leur sous- sol composé de lits alternatifs de vase et de tourbe lacustre qui , près de Lynn , recouvrent une vase marine ; le tout repose sur une argile avec des nodules de craie et semble être parallèle aux dépôts précédents. M. J. Mitcbell, dans son Mémoire sur le drift provenant de la craie et des couches sousjacentes , dans les comtés de Norfolk , de Suffolk , d'Essex , de Cambridge^ d'Bimtingdon , de Bedford , de Hertford et de Middlesex (3), a donné des détails fort étendus qui s'accordent avec les précédents, et il croit que les courants diluviens venaient du N.-E. Les matériaux transportés sont en partie d'origine Scandinave et en partie dus à la destruction des rochesqui occupaient la place de l'océan germanique actuel, hypothèse qui ne nous paraît pas être sufGsamment justiûée. Une perturbation violente accumula les graviers après les argiles, et dans les comtés de Lincoln , de Leicester etdu Yorkshireon peutsuivre le prolongement du même phénomène. Les falaises qui s'étendent du phare de Happisburgh à Weybourne, au nord-ouest de Cromer, sont, dit M. Lyell {k), composées de
(\) On the strata hclow the chnlk , etc. Sur les couches inférieures à la craie, etc. [Transact. geol. Soc. of London , vol. IV, p. 296 et 340. 1836.)
(2) (( Les traces d'un pouvoir de transport par les eaux sont bien » plus évidentes dans le centre et dans le nord de l'Angleterre que » dans le Devonshire et le Dorsetshire , car le gravier a été trans- » porté à des distances beaucoup plus considérables, et il se trouve » mêlé à des blocs de grandes dimensions. » De la Bêche, Manuel géologique , traduc. française, p. 212.
(3) Procced, gcol. Soc. of London , vol. III , p. 3. 1838. — Bull., vol. X, p. 160. 1839. — Voyez aussi : Sam. Woodward , Outlincs of the geology of Norfolk ^ in- 8 avec carte, pi. de coupes et de fossiles. Norwich, 1833^
(4) On the boulder formation , etc. (Philos. Magaz. , vol. XVI , n° 104. Mai 1840.)
deux sortes de dépôts. Le premier est le drift ou diluvium , le second est formé de couches d'eau douce. L'un et l'autre reposent sur la craie, et quelquefois un petit lit de crag marin dont les fossiles sont semblables à ceux de Norwich se trouve placé entre ces dépôts et la craie. Le diluvium, qui atteint jusqu'à 100 mèlres d'épaisseur, est composé d'argile , de limon et de sable stratifiés par place. Des cailloux roulés, de gros blocs de granité, de porphyre, de diorite, du lias, de la craie et d'autres roches se montrent principalement dans les endroits non stratifiés. On y trouve des fossiles secondaires et tertiaires, mais aucun débris organique propre à fixer son âge.
Les couches lacustres sont généralement à la base du diluvium et immédiatement au contact de la craie, excepté lorsqu'il existe un lit de crag marin. Quelquefois , cependant, on les voit placées parallèlement au dépôt de cailloux et de sable, ou bien alterner avec lui. Les coquilles que l'on y rencontre sont partout les mêmes et, presque sans exception, identiques avec celles qui vivent encore en Angleterre. Ainsi , tous les dépôts de cette partie de la côte appelée mud-cliff appartiennent à l'époque quaternaire. Ils avaient déjà été décrits par M. Taylor, en 1827, et depuis, par M. Woodward et par M. Clarke.
M. Lyell compare le drift du Norfolk aux dépôts analogues du Danemark, de la Suède, de la Norwège et de toutes les parties que baigne la Baltique, aussi bien qu'à ceux du nord de la Russie, puis il fait remarquer ( p. 3/i7 ) que les blocs erratiques, surtout ceux de roches cristallines , diminuent en nombre et en volume depuis la Scandinavie jusqu'aux côtes de la Hollande, du Hanovre et de l'Angleterre. D'après le célèbre géologue , le transport des cailloux roulés a été effectué sous des eaux permanentes et non par des courants à la surface d'un sol émergé; aussi substitue-t*il le mot de drift à celui de diluvium pour tout ce qui n'est pas prouvé être d*eau douce. La partie de ce drift qui est composée d'argile et de limon non stratifiés ou till renferme souvent des blocs isolés. Le till n'est stratifié ni dans la Scandinavie, ni en Ecosse, ni dans le Norfolk , ce qui peut impliquer une contemporanéité et une communauté d'origine sur ces divers points. Les éléments du drift sont les mêmes que ceux du till , et les deux dépôts ne diffèrent en réalité que par l'arrangement des matériaux. L'accumulation des matériaux non «tratifiés est due, suivant l'auteur, au transport par les glaces, et les parties subordonnées, stratifiées résulteraient de l'action des cou-
rants pendant la fonte des glaces, lesquels auraient arrangé les matériaux au fur et à mesure de leur chute.
En décrivant la côte du Norfolk , de Hasborough à Weybourne, M. Lyell mentionne une forêt sous-marine surmontée de 10 à 100 mètres de diluvium , et dont les arbres sont encore à la place où ils ont vécu. Cette couche , visible à la basse mer, parait avoir fourni des ossements de daim , de bœuf, de cheval , d'hippopotame^ de rhinocéros et d'éléphant. D'après M. Woodward, un banc d'huîtres, situé sur un haut-fond à quelques milles en mer, serait le gisement principal de ces ossements fossiles. Les pêcheurs en tirent ^ne si grande quantité de molaires d'éléphant, que l'on évalue à plus de 500 le nombre des animaux auxquels ces débris ont appartenu. On voit qu'ici les lits de sable et d'argile qui recouvrent la craie ont servi de sol à une forêt qui a été submergée et ensevelie par suite d'un abaissement, lequel se continua assez longtemps pour qu'au-dessus de cette forêt il s'accumulât un dépôt non stratifié d'une épaisseur considérable. Celui-ci a été émergé ensuite par un mouvement en sens inverse.
Entre Hasborough et fiackton-Gap, la falaise présente à sa base le même banc de lignite ou forêt sous-marine de quelques pieds d'épaisseur, puis au-dessus le till argileux, bleu, avec des blocs de granité, de quartz et de petits fragments de coquilles du crag. Une argile bleue feuilletée repose sur le till et est surmontée par un sable jaune régulièrement stratifié. L'ensemble de ces diverses couches a une épaisseur de 10 à 12 mètres. Près de Cromer on voit, à marée basse, un lit de crag, de0'",30à 0°\60 d'épaisseur, reposant sur la craie; au-dessus est une argile bleue feuilletée avec pyrites et ossements de mammifères, pois un lit de sable avec argile et quelques cailloux, renfermant beaucoup de débris de vertébrés (éléphant, rhinocéros, cheval, bœuf, daim, etc., avec des bois de conifères ,' peut-être du Pinus abies, espèce du Nord qui n'est point indigène en Angleterre). Le lignite abonde dans ces couches, qui sont bien stratifiées , horizontales et surmontées de 20 mètres de sable jaune, blanc , argileux et de masses de craie et de cailloux. Entre Cromer et Sheringham , on voit de nombreux plissements où les couches du drift se contournent autour de massifs crayeux plus ou moins considérables.
II résulte de l'étude de ces falaises que le crag , le calcaire lacustre ou bien le drift reposent sur la craie , les deux premiers dépôts étant discontinus, et le dernier, au contraire, fort constant. Le crag, par ses fossiles, se rapporte au crag de Norwich (formation
tertiaire supérieure). Dans les couches d*eau douce, sur 19 espèces de coquilles il n'y en a que 2 qui ne vivent plus en Angleterre, et ces dépôts sont du même âge que ceux de Stutton (Suffolk), de Grays (Essex), de Croplhorn (Worceslershire), etc. Un certain nombre de ces coquilles fluviatlles ont été trouvées associées aux coquilles marines du crag de Norwich.
Le drift , par la position qu'il occupe , doit être regardé comme plus récent que le crag de Norwich et que les couches lacustres de Roughton et de Sidestrand; mais, d'un autre côté, la coupe de Mnndesley semble prouver qu'en cet endroit le dépôt a été contemporain des couches lacustres. Quant à son origine, l'auteur reconnaît qu'elle est d'une explication difficile, mais les caractères fluvio-marins du crag de Norwich impliquent l'existence d'un grand estuaire où se rendaient plusieurs rivières ; une partie de la plage immergée aurait été changée en terre basse ou en marais, soit par l'élévation , soit par voie de comblement. Les bois auront pu végéter alors sur ce nouveau sol , tandis que sur d'autres points les sédiments lacustres se seront déposés dans des marais et dans des lacs. Une période d'abaissement graduel survint , les bois furent submergés, et les couches lacustres et le crag, qui reposaient sur la craie, furent recouverts par le drift. Celui-ci s'est accumulé successivement ; mais, comme on l'a dit, il ne renferme pas de fossiles qui indiquent positivement s'il est d'origine marine ou lacustre. La plus grande partie de ses éléments vient des pays environnants, et l'on y trouve aussi de gros blocs dont le point de départ est fort éloigné. Ces caractères de la formation erratique se prolongent d'ailleurs dans le Cambridgeshire où l'argile brune du till renferme de gros blocs anguleux. Le till seul atteint parfois jusqu'à 100 mètres d'épaisseur, et se retrouve sur beaucoup de points de celte partie orientale de l'Angleterre.
D'après M. Lyell les glaces flottantes ont été un des agents qui , sur les côtes des îles Britanniques et sur celles de la Scandinavie , ont le plus contribué à l'accumulation de ces matériaux. Tandis que ces glaces apportaient des blocs du nord , d'autres détritus étaient charriés sur le même fond des pays environnants, comme on le voit aujourd'hui pour les blocs amenés des côtes du Labrador dans le golfe Saint- Laurent, où d'autres fragments de roches, du menu gravier et du sable, pris dans la glace, sont aussi abandonnés chaque hiver par les rivières qui y débouchent. La partie du Canada où ces accumulations se forment encore, étant à la même latitude que le Norfolk, on conçoit qu'il n'est pas néces-
DES ÎLES BHITANNKHIKS. 85
saiie, pour expliquer le transport du drift par les glaces, de recourir à une température plus basse que celle du nord de l'Amérique. Conformément à l'opinion que nous avons vue exprimée par iM. Mitchell , Tauteur pense qu'il ne faut pas toujours aller chercher au loin l'origine des matériaux du drift, et qu'il serait possible que les rochesd'où ils proviennent eussent étédétruitcs dans le voisinage ou eussent été submergées ; mais la disposition des bassins secondaires et tertiaires ne permet guère de supposer l'existence de roches cristallines anciennes dans la partie de la mer du Nord qui sépare la Hollande et le Danemark de l'Angleterre; aussi , comme nous l'avons déjà dit , cette hypothèse nous paraît-elle peu fondée.
Quant aux dislocations des couches de la côte, soit de la craie, soit des dépôts qui la recouvrent , elles peuvent être attribuées d'abord à un mouvement d'élévation et d'abaissement tels que ceux qui ont occasionné les inclinaisons et les dislocations dans beaucoup d'autres cas, puis à la chute de portions de falaises ou de bords de rivières, et enQn au choc de montagnes et d'îles de glaces. Ces trois causes , ayant pu agir aussi successivement sur les mêmes points , auront compliqué les effets que nous observons.
M. Ch. Green (1), qui a décrit également la formation erratique du Norfolk et particulièrement les environs de Backton, a confirmé les observations de ses prédécesseurs, et M. J. Trimmer (2) paraît avoir constaté qu'à Ruton les couches lacustres sont recouvertes par un lit régulier de crag. C'est jusqu'à présent le seul exemple connu de cette interversion ; mais peut-être n'est-elle que le résultat, à l'époque du drift, d'un remaniement postérieur des fossiles du crag.
L'auteur fait remarquer que le till ou argile bleu , ressemble beaucoup à celui de la côte seplcnirionale du pays de Galles et de l'est de l'Irlande, sauf la nature des fragments de roche qui y sont disséminés. Parmi les blocs de l'argile du Norfolk, il a constaté qu'il y en avait de striés et qu'il en était de même dans le Caernaivonshire. Les dépôts argileux de ces diverses localités paraissent être du même âge et avoir une origine commune ; mais dans le Norfolk ils
(i) The history, etc. Histoire, antiquités et géologie de Backton. Norwich, 1842.
(2) On the northern drift ^ etc. Sur le drift du nord de la côte de Norfolk, entre Weybourne et Happisburgh. Proceed geol. Soc. oj Londou, vol. IV, p. 435. 1 844. — Quart, Journ, id., vol. I , p. 453. t845.
86 FORMATION EBRATIQUE
sont exirêmement contournés, par suite de mouvements en rapport avec le dernier soulèvement de la côte orientale, tandis que sur les côtes nord du pays de Galles on n'aperçoit pas de dislocations. Nouinsh.msiiire. D'après M. T. Bailey (1), les graviers des environs de Basford n'auraient point été accumulés par une action fluviatile ou toute autre cause agissant uniformément pendant une longue période , mais par un mouvement violent, lorsque le relief du sol différait de ce qu'il est aujourd'hui. Les matériaux auraient été transportés de pays situés entre le N. et le N.-E. On n'y trouve d'ailleurs que des végétaux provenant de la formation houillière, mais point de coquilles marines ou lacustres.
Yorkshire. Lcs Holdemcss, pays bas et marécageux qui borde la côte du Yorkshire , de Flamborough à l'embouchure de l'Humber, sont occupés par des dépôts de sable, d'argile et de cailloux roulés. M. J. Phillips (2) a fait voir que près d'Hedon ces couches renfermaient, outre des fossiles des terrains secondaire et plus anciens du pays, des coquilles assez nombreuses qui toutes vivent encore sur la plage. Les mêmes graviers diluviens enveloppent des dents et des défenses d'Eiephas primigenius , de cheval, de bœuf et de daim. Les coquilles précédentes avaient fait rapporter à tort ce dépôt au crag , mais nous verrons que, depuis les observations de M. Phillips, de nouvelles recherches ont fait découvrir dans ce district une couche de l'âge du crag supérieur.
Dans là vallée d'York, et recouvrant le nouveau grès rouge (p. 142), on peut distinguer trois sortes de dépôts de transport. Celui qui est composé de sable et de gravier, et dans lequel dominent des grès et des calcaires provenant des montagnes situées à l'ouest , rienferme principalement des débris d'éléphant, de rhinocéros, de b(Êuf , de daim, de cheval, etc. Sur plusieurs points, les accumulations détritiques sont recouvertes par des couches avec coquilles lacustres. Le gisement le plus remarquable de mammifères associés avec des coquilles fluviatiles et terrestres d'espèces vivantes est celui de Bielbecks, près de Market-Weighton. 7 espèces de vertébrés ( Elephas primigenius, Rhinocéros tichorhinus , Bos urus antiquus , cerf, cheval , Felis spelœQ, loup , sont associées à 13 espèces
(i) On the gravels deposits, etc. Sur les dépôts de graviers, etc. Prnceed. geol. Soc. of London , vol. III , p. 41 i .
(2) Illustration of the geol, of Yorkshire , part. I, p. 4 9 et 139. 2« édit., 1835.
DBS ÎLES BRITANNigUKS. H7
de cbquiiles terrestres et lacustres, vivant toutes aux environs.
Les courants diluviens qui ont parcouru le sol de l'Irlande vin- irUnUt. rent du N.-O., après Tapparition des basaltes. Los collines, formées de matériaux meubles , ont la même direction que les filons de trapp, et cette direction , suivant M. J. Bryce (1), aurait été générale dans toute l'étendue des iles Britanniques. Dans le comté de Kerry, dit M. Weaver (2), des amas de cailloux roulés, de gravier, de sable plus ou moins mélangés d'argile et provenant des montagnes de transition, entourent la base de ces dernières, s'élèvent sur leurs flancs et pénètrent dans les gorges et les défilés , à la limite des systèmes silurien et carbonifère; les caractères du diluvium participent de ceux des roches de l'un et de l'autre. On observe encore des dépôts semblables dans l'intérieur du pays occupé par la formation carbonifère, et il en est de même dans les comtés de Tipperary, de Limerick et de Cork. Aucune des roches trouvées parmi ces détritus n'est étrangère à l'Irlande, et la plupart même se rencontrent dans le voisinage plus ou moins immédiat du lieu où on les observe aujourd'hui.
Dans le comté de Londonderry et dans les comtés adjacents , les observations de M. Portlock (3) ont constaté que lorsque les groi^ blocs , le gravier fin et l'argile graveleuse sont mélangés, il en résulte ane masse confuse, et qu'au contraire, lorsque le gravier, le sable et l'argile forment des lits distincts et alternes , les blocs se trouvent isolés à la surface. Les caractères physiques du pays, quand les sables et le gravier se sont déposés, étaient à peu près les mêmes qu'aujourd'hui, et ces accumulations seraient plutôt le résultat de dénudations et de transport par l'action des eaux que par celle des glaces flottantes ou des glaciers.
Près de Baily-Gawley, cependant, en suivant la limite méridionale du vieux grès rouge, on remarque des digues de gravier, dirigées N.-O., S.-E., qui sont usées et arrondies sur leurs arêtes, el qui, à l'intérieur, sont composées de lits de sable et de gravier alternant. Cette disposition, que l'on rencontre aussi sur d'autres points, prouve qu'un dépôt régulier, au fond des vallées, a été sillonné plus
(l) Journ. geol. Soc. of Dublin , vol. I, part. f». — L'Institut, 31 mai 1834. — ^«//. , vol . V, p. 258. 1834.
f2| Travsact. geol Soc. of London , vol. V, p. 67. 1836.
(3) Geologiral report^ etc. Rapport sur la géologie du cotnté de Londonderry, etc., p. 630 , in-8, avec carte et planches de coupes et de fossiles. Dublin, 1843.
88 FORMATION EKttATlQUE DES ÎLES BRITANNIOUES.
tard et excavé par place. Sur la partie plate, à la base du Sliève-Gallion, près de Lough-Fea, il y a encore des accumulations de matériaux meubles semblables à celles de Stranagalwilly. Elles paraissent avoir une grande épaisseur et atteignent une élévation remarquable. Dans les paroisses à Test de Derry, le long de la Bann , les détritus forment de nombreuses traînées partant de chaque colliiie basaltique et dirigées du N. au S. Les cailloux et le gravier sont principalement composés de basalte du voisinage. Ces traînées paraissent avoir été produites par un courant venant du N. et d'origine fluviatile, qui ne s'étendait pas au-delà des collines continues (eskers ou eskars) de l'ouest du Tyrone, lesquelles sont probablement dues à l'extension du diluvium marin. Quant aux blocs erratiques, arrondis ou anguleux , souvent d'un volume très considérable, on les trouve disséminés sur beaucoup de points. Ce sont des roches cristallines du pays et dont le transport est attribué par l'auteur à des glaces flottantes.
La distribution générale des blocs erratiques en Irlande semble indiquer qu'ils ont été transportés du N.-O. au S.-E. Le driftest composé de calcaires roulés et de matières argileuses provenant des grands massifs calcaires qui occupent les deux tiers de l'île. Les cailloux de toutes les dimensions sont arrondis, mélangés d'argile, de gravier Gn , rarement de sable siliceux. Cette masse, qui atteint jusqu'à 30 mètres d'épaisseur, remplit toutes les vallées, pénètre dans les chaînes de montagnes et s'y élève à plus de 300 mètres au-dessus de la mer.
La direction des chaînes, dit M. Griffith (1), étant N.-E., S.-O., ou à angle droit avec la direction supposée des courants , les dépôts de sable et de gravier s'appuyent contre leur versant nord-ouest. Ils pénètrent de ce côté dans les vallées intérieures, et quelquefois ils passent à l'est, en traversant les chaînes, lorsque celles-ci n'étaient pas trop élevées. A la surface du dépôt et paraissant en être indépendants , on trouve souvent des blocs de granité et de conglomérat rougeâtre. Ces granités, dont le point de départ est facile à retrouver, ont été transportés du N.-O. au S.-E., à travers une grande partie de l'île. Malgré cette disposition générale, on doit remarquer que, dans le comté de Sligo, les deux chaînes parallèles d'Ox et de
(i) On tlie diatribution , etc. Sur la distribution des blocs erratiques en Irlande. [Rep, \ S'*"- Meet. brin, Assoc. at Cork , 1843, p. 40. — Arch,j. miner, de Karsten , vol. XVII, p. 388-420. 1843.
DÉPÔTS LACUSJRES. 89
Curlew, ainsi que les vallées qai les entourent, montrent des preuves de l'existence de courants venant du S. et non du N.-O. comme pour les autres districts.
S 2. DépftU lacuftres.
Après le phénomène général du striage et du polissage des roches en place, dont nous traiterons plus loin, il s*était déposé sur ces roches des argiles, des sables et quelquefois des graviers mélangés de coquilles. Si dans beaucoup de cas ces dépôts coquilliers ont immédiatement succédé au phénomène des stries, dans d'autres on les voit séparés des roches en place par un dépôt meuble plus ancien. Ce dernier, tantôt coquillier comme le précédent, renferme des ossements de grands mammifères {iiil du Ayrshire), tantôt dépourvu de fossiles, s'étend le long des vallées de l'Ecosse, semblable à des lignes de fortifications. La formation erratique que nous venons d'étudier, et qui a succédé aux couches fossilifères marines, en est quelquefois assez distincte, mais souvent aussi, comme dans le sud de l'Angleterre, la présence de coquilles et de débris de grands mammifères dans des accumulations détritiques qui ne sont point recouvertes, ne permet pas d'établir, qu'en général il y a eu cessation de continuité ou interruption brusque des dépôts , à un moment donné , sur toute l'étendue occupée par les sédiments quaternaires des îles Britanniques; nous n'y voyons, avec M. Murchison, que des oscillations irrégulières, que des mouvements du sol, partiels, successifs et inégaux. De là, l'enchevêtrement d'effets très variés et la difficulté de limiter exactement aujourd'hui l'espace dans lequel chacun de ces phénomènes s'est exercé et le temps qu'il a duré.
Mais comme l'ensemble de tous ces effets partiels a eu pour résultat final d'amener successivement au dessus de la mer des portions immergées du sol , on conçoit qu'il se formait des lacs dans les dépressions, au fur et à mesure de cette émersion. De plus , les mouvements étant inégaux et non synchroniques , les dépôts qui se sont accumulés dans les plus anciens de ces lacs peuvent être contemporains de certaines couches marines émergées plus tard. C'est pourquoi nous allons trouver dans les sédiments lacustres des débris nombreux de mammifères, qui sur d'autres points se montrent également associés à des coquilles marines. Il a pu exister sans doute des lacs à l'époque des premières couches marines , mais en général