SUPPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
l'impression de la plus grande partie du nôtre , mais le nom de son auleur et surtout Timportance que quelques personnes ont attachée à la théorie qu'il défend nous ont engagé à entrer dans quelques détails sur les points qui seraient susceptibles d*une application générale.
Après avoir démontré que Thypothése des anciens glaciers, comme celles des courants diluviens et des glaces flottantes , ne peut rendre compte de la distribution des blocs erratiques provenant du Westmoreland et surtout de leur dispersion jusque sur les Woida do Yorkshire à Test , M. Hopkins part de cette remarque , que , les détritus erratiques n'étant pas continus, rien ne prouve que ceux que l'on prend à une certaine distance les uns des autres soient contemporains et appartiennent par conséquent tous à l'époque quaternaire. Le gravier avec des coquilles récentes a sans doute été remanié dans la dernière période avec ces coquilles , mais il est possible qu'il ait été entraîné plus anciennement des roches d'où il provient. Ainsi , il n'est pas démontré que les blocs du Westmoreland et du Yorkshire qui reposent sur le nouveau grès rouge , puis sur les divers groupes de la formation jurassique , de la craie , etc. , aient été distribués par le même phénomène et dans le même temps. Ajoutons encore que l'auteur suppose toujours que le transport ou mieux les transports ont été eiïectués lorsque la surface du pays était complètement sous les eaux de la mer.
A cette manière de voir on peut objecter que si les blocs et les graviers qui reposent sur le nouveau grès rouge lui avaient succédé plus ou moins immédiatement ils seraient contemporains du lias ou de quelques uns des groupes de la formation jurassique , et (lue, transportés, puis déposés sous la même nappe d'eau, on retrouverait aujourd'hui une liaison soit organique soit inorganique, dont il n'existe aucune trace , entre ces mêmes détritus et les sédiments de la mer jurassique. La même observation s'appliquant aux débris placés sur les couches crétacées et tertiaires, on arrive ^ reconnaître, contrairement à l'opinion de M. Hopkins, que ces détritus des montagnes de l'ouest , épars à la surface des couches secondaires et tertiaires, et qui ont partout les mêmes caractères^ ont été dispersés après les plus récentes de ces couches, à une même époque, et que vus en grand, ils présentent, par rapport aux dépôts qu'ils recouvrent, une véritable discordance de stratiûcation , bien que leurs éléments ne constituent pas une masse suivie et continue comme le serait un banc de calcaire, de grès ou d'argile. Pour k géotogoe, la
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i^Dod-contemporanéité alléguée n'est donc point admissible, et Fanaf logie des fiiunes dans tous les dépdts que les considérations eiclu- 1^^ shement géologiques font regarder comme du même âge apporte fe k cette conclusion un degré de certitude qui équivaut à une démonstration mathématique.
Si une portion considérable du fond de la mer, dit plus loin Tautear, vient à être élevée soudainement, presque toute la masse d*eaa qui était au-dessus pourra être portée presqu*à la même hauteur , et une grande vague, appelée vague de translation , sera produite. Elle divergera du centre de soulèvement dans toutes les directions et sera accompagnée par un courant divergent aussi , dont la vitesse dépendra principalement de la profondeur de la mer, de la hauteur à laquelle l'eau a été soulevée et de la distance à laquelle la vague'de translation s*est étendue. Ces courants, nommés courants d'élévation , sont les seuls que le savant matbémati-' cien considère , et il ne conçoit pas qu'aucun autre ait eu la puissance de transporter les blocs du district des lacs du Gumberlaud et du Westmoreiand.
Il fait voir que l'effet de ces courants sera tel que les petits fragments seront transportés plus loin que les gros, et que, pour que ceux-ci soient portés à une distance considérable , il faudra une répétition de l'action du courant , par conséquent plusieurs mouvements distincts d'élévation , puisque chacun d'eux ne produit qu'une vague de translation. En calculant le rapport de la profondeur de la mer avec la hauteur de la vague, et en en déduisant la vitesse du courant, on trouve que, bien que les résultats soient seulement approximatifs, des élévations paroxysmatiques au-dessus de la mer, variant de 50 à 100 pieds de hauteur, peuvent produire des courants, dont la vitesse variera d'au moins 5 ou 6 ^ 15 ou 20 milles à l'heure, pourvu que la profondeur de la mer ne dépasse pas 250 à 300 mètres.
La force qu'un courant donné peut exercer sur des corps d'une certaine forme, entièrement immergés, a été déterminée expérimentalement. Cette force , appliquée à une surface dont la grandeur et la position sont données , croît comme le carré de la vitesse ; et il résulte de cette loi que , lorsqu'on estime la force, comme dans le cas des blocs erratiques , par le poids du plus grand bloc d'une forme donnée que le courant puisse transporter, la force varie comme la sixième puissance de la vitesse du cotrrant. Ainsi , un certain courant étant capable de mouvoir un cube d'un poids dé-
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.. ternioé; un coumot doué d'une vitesse double pourra remuer un o.jQube ayant 6k fois ler poids du ppemier ; si la vitesse est triple , le . j[)oids du cube remué pourra être 729 fois celui iix premier , et ainsi de suite.
Après aVoir indiqué Tinfluence de la forme des blocs sur leur . ^.mouvement plus ou moins facile , ainsi que celle de la profondeur de Peau et de sa vitesse, M. Hopkius s'attache à démontrer que c'est sans doute à des chocs paroxysmatiques qu'est due la dispersion des blocs cambriens , et à des soulèvements successifs qui ont amené à *' 650 et 600 mètres au-dessus de la mer les roches anciennes immergées. S'appuyant ensuite sur un fait encore mal expliqué et peutêtre incomplètement observé , celui de fragments dans un conglomérat de la base du nouveau grès rouge de l'est du Yorkshire , et qui semblent provenir originairement des environs de Kirkby- Stephen, il cherche de nouveaux arguments à l'appui de sa théorie, dans l'état supposé du relief sous-marin, après le dépôt du nouveau grès rouge, et au moment où , suivant lui, commencèrent à se disperser les premiers blocs erratiques.
Nous ferons remarquer que ce relief ne peut être que bien imparfaitement apprécié à la sur^ceactuelle du nouveau grès rouge , et, à plus forte raison , au-dessous des couches jurassiques et cré tacées qui lui ont succédé. Toutes les considérations de l'auteur nous semblent en outre peu convaincantes, lorsqu'on les oppose à un fait, aussi évident ici que sur toutes les pentes des montagnes , dana les plaines et les vallées de l'Europe centrale, savoir, que nulle part il n'existe de preuves positives que le transport de ces débris ait été effectué lorsque les surfaces qu'ils recouvrent actuellement étaient sous une nappe d'eau plus ou moins profonde , régulière et permanente, soit marine, soit lacustre, et momentanément soumise à des perturbations locales. Les preuves du contraire , biea que négatives quelquefois , suffisent cependant , par leur complet aceord, pour repousser celte hypothèse.
Il est difficile d'admettre que les blocs erratiques, de même que les surfaces polies et striées qui ont rayonné des massifs montagneux de l'intérieur des continents, soient dus à des mouvements dé l'écorce terrestre qui auraient soulevé les eaux de la mer ou des grands lacs ; car sur ces points on n'observe aucune trace des dépôts marins ou lacustres dont ce phénomène aurait interrompu la formation. Les accumulations détritiques ne présentent en outre les débris d'aucune faune aquatique qui leur soit propre. Les fos-
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siles qu'on y trouve proviennent d'animaux terrestres, quelquefois * lacustres,' mais tous plus récents que ceux de Tépoque tertiaire, jf^ ou bien des débris marins remaniés provenant de terrains p]usan>^ .' ciens. Le phénomène erratique, dans sa généralité et dans la régioft même à laquelle Tappiiquc M. Hopkins , n'a donc pas eu lieu sous une nappe d'eau régulière et permanente comme l'exige la théorie.* ^ Celle-ci , vraie au point de vue mécanique, cessede l'être vis-à-vis dos faits naturels ; car il y a dans celte question trois ordres de faits distincts : les faits géologiques, les faits organiques et les faits mé-« caniques; or l'auteur ne s'est préoccupé que de ces derniers.
Les surfaces que les détritus recouvrent étaient émergées avant le phénomène et ont été balayées par des eaux sauvages^, torrentielles et passagères , comme le démontrent les caractères et Tarrangement des matériaux transportés. Si le transport des blocs et dos graviers résultait du soulèvement ou de plusieurs soulèvements successifs d'une surface immergée sous la mer, ayant occasionné/ une ou plusieurs vagues de translation , on devrait, au lieu d'animaux terrestres et d'eau douce , trouver dans les graviers et les cailloux roulés des débris d'animaux marins , et c'est ce qui a lieu , eu effet , dans certaines localîl<6s dobt nous avons parlé. Il y aurait aussi , comme pour les plages soulevées et l'emplacement des anciens lacs, des estuaires ou des bras de mer, des dépôts stratifiés formant des terrasses successives. Mais ces circonstances s'observent aujourd'hui dans le voisinage même de la mer ou des grandes masses d'eau intérieures , et il est facile de reconnaître que l'émersion de ces dépôts a une cause distincte et indépendante de la dispersion des détritus erratiques pour laquelle on l'invoque.
Enfin , dans les théories qui admettent que les stries, les sillons, les surfaces polies et les blocs erratiques sont dus à des causes sousmarines, on ne peut pas s'écarter du domaine que la mer a envahi d'une manière ostensible encore pour nous. Partout où les traces (le sa présence récente n'existent pas, il faut avoir recours à d'autres explications, et ne pas oublier que les raisonnements basés sur les lois de la mécanique ou de l'hydrodynamique doivent, pour être admis , s'accorder avec les résultats fournis par l'ensemble des observations géologiques.