DU GRAND OCÉAN
Le sommet du Mouna-Roa, plus élevé que le Mont-Blanc de 28 mètres, que l'Etna de 1538 mètres, et que le pic de Ténériffe de 1425 mètres, est constamment couvert de neige. Il fut atteint pour la première fois, le 29 janvier 1834, par ML. David Douglas (1), qui détermina la latitude de ce point remarquable, et la fixa à 19° 27/4".
Les trois volcans en activité que l'on trouve dans l'île d'Hawaï sont aujourd'hui les seuls de tout l'archipel. Ce sont le Mouna-Hararai, le Kirauea et le Ponahohoa. Le Mouna-Hararaï, situé près de la côte occidentale, a en sa dernière éruption en 4804. Son sommet n'a pas encore été alleint, et sur ses flancs plusieurs ouvertures laissent dégager des vapeurs acido-sulfureuses, Le courant de lave qui sortit du grand cratère au commencement de ce siècle combla une baie de 20 milles de largeur, et forma la côte actuelle de ceue partie de l'ile (2).
Leyolcan de Kirauea, placé sur la pente nord-est du Mouna-Roa, a été décrit par M. Douglas (3), qui le visita en 4832, et M. de Buch (4) a déjà fait connaitre les principaux résultats des observations de ce voyageur. M. Kelly (5) à donné plus tard la relation de Vascension faite le 8 mai 4838 par MM. Chase et Parker, et nous en extrairons ce qui suit :
Après avoir traversé une région couverte de bois, ces voyageurs alleïgnirent une immense coulée de lave récente, sur laquelle ils marchérent tout le reste de la journée. Cette coulée avait environ 30 milles de long sur 4 à 5 milles de large. Le lendemain vers neuf heures du matin, ils trouvèrent un lac de soufre et descories, puis une fente de 460 à 190 mètres de long sur 10 de large, ouverte à peu de distance da cratère, 11 en sortait d'immenses nuages de vapeurs chaudes qui, se condensant dans l'air, retombaient non loin de là pour former un lac dont l'eau était excellente. Vers dix heures,
cours de circonstances, ce mythe, que ique Asie a légué à l'Europe et qui existait aussi chez les Indiens du nouveau monde, se retrouve-t-il encore sur ces Tlots perdus dans l'immense Océan?
4) Journ. rer. geograph. Soc. af London , vol. IV, p. 333 1833. — Hookor, Comp. Bor. maguz., vol. IL, p. 161-175.
(2) Remarks on the geol. features, ekc. Remarques sur les caractères ie de l'ile d'Hawat { Amer, Journ., vol. XL, p. 147. 1841).
(3) Journ. roy. scograph. Soc. of Landon , vol. IV, p. 333, 1836.
à} Deseripr. physique des les Canaries, p. 384. 5) Amer. Journ., vol, XL, p. M7, 1841. — Bull, vol. XI, p 421, 1841.
DU GRAND OCÉAN. si un point où l'on peut y descendre par une pente rapide. La sure face, par moments, ést noire comme dé l'encre, et un Instant après elle se trouve éclairée par des rivières, dés lacs, des colon nes jaillissantes d'un fluidé rouge dé sang, qui s'élève à 15 où 20 mètres; eu retombe ensuile en masses imposantes. L'aspect de cet ensemble est vraiment infernal, La nuit le tableau était magnifique et saisissant au-delà de toute expression. Les éclairs fréquents, les sifllements aigus et les sourds mugissements des explosions , donmaien l'idée de quelque grande cité en flammes, et où se fussent trouvées çà et 1h des poudrières où des mines faisañt continuellement explosion.
Le Vésuve, poursuit M. Couthouy, d'est à proprement parler qu'un jeu d'enfant auprès du cratère de Kiraues. Un peu avant notre arrivée , ln lave s'était fait jour sur un nouveau point, à eniron 6 milles au N.-L., et se dirigeait vers la mer, eh formant un courant de 40 milles de long sur 1 à 7 de largé. La luiière qui s'en dégageait se voyait d'une distance de 400 inilles. Elle atteiguit Ja mer en cinq jours, rehversa sur son passage trois collines de 40 à 80 mètres de hauteur, s'avança dé 650 mètres dans la mer, en avan de la côte, sûr une largeur de 3/4 de mille , et chauffa l'eau d'une manière trés sensible jusqu'à uné distance dé 15 milles de chaque côté. Cette élévation de température se prolongéa si loin que les poissons morls furent amoncelés par myriades sur la côte où les vagues les poussaient. La chute du coutant de lavé dans la mr fût accompagnée d'affreux sifflements ét dé détonations semblables à celles d'une décharge d'artillerie continue.
M. 1, Shepherd (1) a gravi le Kirauéa au mois de septembre 1839, ela publié dé cette ascension une relation plus étendue, et qui paraît tre aussi plus complète qué celle de ses prédécesseurs. Il décrit, ainsi que l'avait lait M. Douglas , le cratère proprement dit comme entouré dé trois murailles concentriques, subcirculalres, formées de Javes endurcies , et dont la plus intérieure a 325 mètres de hauteur, Le diamètre du cratère est de 3 milles , et ses bords sont irrégulièrement découpés, De petits cônes nombreux et fumants sont dissé- Minés à sa surface. Vers la partie orientle se trouve un grand lac de lave liquide, d'un mille de long sur un démi-millé de large, et éntouté par üne muraille de lave solide de 32 mètres de hauteur,
(1) Soë. ro. géograph. de Londres , & not, 1840. — Thé Athe-
mæœum, A4 nov, 1840.
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Les espaces ansuhires qui séparent la muraille extérieure de à seconde , et celle-ci de la troisième, paraissent être le résultat d'enfoncements successifs.
Le fond du cratère semble d’ailleurs se relever très rapidement. En 18%4, il était de 250 à 300 mêtres plus bas que lors du voyage de M. Shepherd , et, dans l'espace de 16 aus, les éruptions auraient apporté plus d'un mille cube de lave (4,164,609,529 mètres cubes). S'ilen est de mème encore peudant 18 ou 20 ans, le fond sæ trouvera élevé au niveau de la muraille de 325 mètres, qui k borde aujourd'hui; mais il est probable que de nouveaux effondrements se produiront d'ici là.
Les observations recueillies par M. Gairdner (1) conduisent encore à la même conclusion : ainsi, d'après le rapport des babiunts, le fond da volcan, il y à 40 aus, était rempli par l'eau de la mer, et se trouvait presque au même niveau. Le cratère était alors entouré de quatre enceintes circulaires, qui ont été successivement remplies, et la plus élevée seule subsiste encore actuellement (1835) (2). M. Gairdner indique dans le cratère des blocs de granite enveloppés par la lave. M. Douglas y avait aussi trouvé des grès entourés de même ; mais M. Goodrich n'a vu aucune trace de roche stratibée dans les parties les plus basses de l'ile, sur les bords de la mer, et paraît douter de l’assertion de M. Douglas.
M. Storer (3) a décrit aussi une éruption du volcan d'Hawaï, a mois d'octobre 4810, et M. le comte de Strzelecki a également publié les observations qu'il a faites sur le cratère de Kirauea (i). Entin l'ile paraît être traversée de l'E. à l'O. par une série de cratères qui partent du Mouna-Roa.
Une étude géologique et minéralogique attentive reste donc en core à faire du volcan le plus remarquable de la terre par l'énergie des phénomènes qu'il présente, comme par la vaste échelle sur hquelle ceux-ci se manifestent. Nous avons insisté sur les descrip-
4) Soc. géog. de Londres, 24 janv. 4844. — Jbid., 6 fév. 1841.
2) Cette dernière assertion et plusieurs autres de M. Gairdners® trouveraient contredites par ce que nous venons de rapporter, d'après MM. Douglas et Shepherd.
(3) Ædinb. new phil. Journ., juillet 1842. — Bibl. unir. de Ge nève, vol. XLE, p. 395
(4) Tasmanian Journ. nat. se., vol. IL, p. 32. 4843. — Voye aussi : de Roon, Nouvelle ascension au volcan de Kirauea (Nev ., 1884, p. 717, 719)
DU GRAND OCÉAN. 573 tions plus pittoresques que scientifiques qu'on en a données jusqu’à ce jour, pour montrer combien les voyageurs étaient unanimes sur la magnificence et la grandeur du spectacle qu'ils avaient eu sous les yeux, et ensuite pour indiquer que la diversité des aspects sous lesquels chacun d’eux l’a dépeint semble due aux modifications et aux changements rapides qu'éprouve, dans ses caractères extérieurs, ceute immense officine de la nature.
M. Gairdner, dans son esquisse physique et géologique de l'ile d'Oshou (1), en a décrit les roches volcaniques et les bancs de coraux, et M. Amos Eaton à fait connaître quelques uns des résullats du voyage de M. Ball (2). D'après ce dernier, Oahou renferme ‘uné montagne volcanique de 1,000 à 1,200 mètres d'altitude, et le long de la côte on remarque des collines cratériformes qui, malgré V'épais manteau de verdure dont elles sont revètues , laissent encore reconnaître leur origine ighée. À un mille d'Honolulu, ville principale de l'archipel, est un de ces cratères appelés punch boul (bol de punch). Le premier gradin que l'on monte pour arriver au sommet est formé de bancs de coraux, en partie brülés ou calcinés, et élevés de 80 à 100 mètres au-dessus de la mer. La pente ‘est ensuîte plus rapide, et l’on atteint une ceinture de rochers qui entoure un bassin de verdure de 1/2 mille de tour. Sur un seul point ce rebord offre une brèche qui permet de descendre jusqu'au fond du cratère.
Nulle part , dans ces iles, non plus que dans les innombrables archipels situés plus au S., on ne trouve d'autres roches que des produits ignés ou des bancs de coraux. Ainsi les vagues de l'immense Océan roulaient autrefois de l'Amérique à la Chine et à la Nouvelle-Hollande sans un flot qui interrompit leur course, jusqu'a ce que les zoophytes eussent élevé leurs remparts circulaires du milieu desquels s'échappaient les volcans (3).
(1) Ædinb. new phil. Journ.. vol. XIX, p. 4, et XX, p. 206. 4835. — Bibl. univ, de Genève, 2° sér., vol. 1, p. 379.
(2) Geology and meteorology, ete. Géologie et météorologie de la partie occidentale des Montagnes Rochouses, ete. (#mer. Journ., val, XXVHX, p. 1. 1835).
(3) Voyez aussi, sur les lies Sandwich, un mémoire de M. G. Schaoffer (Schrifr. d. in St-Potersburg Gestift. Huss. k Ges. f. d. Gts. mineralog., A843, vol. 1, p. 193498). — Zhe Athencwm ; n° 909 , 940, — Bibl. univ. de Genéve, vol. LNL, p. 286. 1845.