CHAPITRE V
Les sonlêvements et les abaissements du sol qui ont lieu de nos jours, quoique sur une échelle à peine sensible, sont cependant très importan(s à constater ; car ils peuvent servir à expliquer une foule d'anomalies apparentes que l'étude des terrains nous offre à chaque pas, et probablement aussi une grande partie des diférences , tant organiques qu'inorganiques , que nous observons dans h série des dépôts sédimentaires,
Sous ce rapport, trois pays, fort éloignés les uns des autres, ont particulièrement attiré l'attention des géolognes : ce sont la Scandimavie, les environs de Naples et les côtes du Chili, Dans la première de ces contrées, on a vu que les tremblements de terre sont comparativement rares el peu énergiques, el il ne s’y rencontre aucun volcan , soit éteint, soit en activité; dans les deux autres, au con traire, les secousses du sol et les éruptions sont fréquentes. Les effets observés sur les côtes de la mer Baltique, R où la manifestation des agents internes du globe est presque nulle, sont généralement. adwis, tandis qu'en Italie et dans l'Amérique du Sud ils sont encore vivement contestés.
Dans son mémoire Sur {es preuves d'une élévation graduelle du sol de certaines parties de La Suède (1), M. Lyell à d'abord rappelé que l'abaissement des eaux de la Baltique et même de tout l'Océan du Nord avait Eté signalé par Celsius, il ÿ a plus de cent ans, el estimé alors à 40 pouces suédois [0",989) par siècle. En 4802, Playfair pensa que ces changements devaient être attribués plutôt au sol qu'aux eaux, et M. L. de Buch émit la même opinion en 1807. Des observations faites ensuite régulièrement mirent Je fait hors de doute, et M. Lyell en à trouvé de nouvelles preuves au pied du château de Calmar, et surtout autour de Stockholm.
{t) Transact. phil. Soc. of London , 1835. — Traduction frangaiso, par M. Coulon (Mém. de la Soc. d'hist. mat de Neuchétet, vol. L. Ball, bibliographique, p. 1. 1836. — Rep, #% Mect. bit. Assoc. p. 662, Voyez aussi : de Meyendorf, Su, vol. X, p.79.
Scandisvie,
d'une dénudation postérieure; enfin les blocs erratiques y auraient êté déposés par les glaces flottantes.
Le sol de la Finlande paraît s'élever comme celui de la Suède , et d'au a trouvé près d'Abo, à 18 mètres au-dessus de la mer, une marne composée, comme celles de Stockholm et d'Upsal, de détritus des mêmes coquilles récentes.
Passant ensuite à l'examen des dépôts également peu anciens des côtes occidentales de la Scandinavie, M. Lyell y signale des coquilles très différentes de celles dont on vient de parler sur les côtes de la Baltique, et de la position des lieux où se trouvent les co quilles d'espèces récentes , tant de ce même côté de la Baltique, entre Gofle et Soedertelje, que sur les côtes de l'Océan, entre Uddewalla et Gothenbourg, il conclut que l'espace existant entre les deux mers dans cette partie de la Suède était, à une époque comparativement moderne, beaucoup plus étroit qu'il ne l'est actuelletent. Des coquilles semblables à celles d'Uddevalla ont été reconnues jusqu'à près de 50 milles dans l'intérieur des terres, à Tussenddalersbacken , près du lac Rograrpen, sur le bord occidental du lac Wener, ete. (1). En résumé , M. Lyell admet un soulève ment graduel, mais inégal sur les divers points de la côte et nul dans le midi de la Seanie, L'élévation de 4 mètre par siècle à été constatée à Læfgrondet, à Marstrand, ete.
En 1837, M, Nilsson (2) ft connaître que la Scanie, partie méridionale de la Suède , paraissait avoir éprouvé, comme le Groënland , un mouvement d'abaissement pendant plusieurs siteles, IL n'y a poïnt d'ailleurs, dans cette province, de dépôts coquilliers cents analogues à ceux du Danemark. Linnæus, vers 1749 , avait mesur, près de Talleborg, la distance d'une grande pierre à la mer; aujourd'hoi cette pierre se trouve de 30,50 plus rapprochée de d'eau qu'elle ne l'était slors. Une tourbitre, formée de plantes ter restres et d'eau douce, est actuellement sous la mer, dans un endroit où l'on ne peut pas supposer que ces végétaux aient été
U) Voyez: Hisinger, vol. IV, p. 42, et sa carte géologique de la Suède méridionale,
@) Lyell, Address delivered, ete. | Procéed. geal. vol. ÎL, p #06). — Voyez aussi : Nilsson, Sur de des affaissements alernaufs de tu surface du sol dans br médi de ta Suède (Forhandting vid. der of Skandinuv. naturforsk. Travaux ds la réunion des naturalistes et médecins scandinaves à Gothenbourg en 1839. Gothenbourg, 1840, p. 129).
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que l'on observe dans les fiordsde ce dernier pays, et qui, s'étendant jusqu'à une certaine distance dans les terres , atteignent anjourd’hui une altitude de 182 et même de 243 mètres. Mais l'indépendance des phénomènes sur les côtes orientales et occidentales de la Scandinavie, et l'absence de preuves que, sur ce dernier côté, le soulèvement appartienne réellement à l'époque moderne où historique, nous engagent à renvoyer l'étude de ces dépôts au chapitre où nous traiterons spécialement des plages soulevées (raised beachs), si nombreuses sur les côtes de l'ancien comme du nouveau monde. Nous ne nous occuperons donc ici que des soulèvements contem- "porains ; prouvés par des observations directes on par des documents incontestables de l'industrie humaine.
A l'appui des mouvements inverses qui se manifestent dans le nord et le sud de la Suède, M. Forchhammer (1) a fait connaître que l'île de Saltholm n'a pas sensiblement changé depuis 600 ans, tandis que celle de Bornholm paraît s'être élevée de 4 pied par siècle, et que son soulèvement doit remonter à 1,600 ans. L'aueur signale ensuite, dans le Danemark, le Schleswig et le Holstein, des bancs de coquilles, sur lesquels nous reviendrons, leur con temporanéité ne paraissant pas bien établie ; mais des restes de l'industrie des habitants, recueillis dans les détritus charriés par les eaux sur les iles de la côte occidentale de Schleswig , et à 20 mètres au-dessus de la mer, ne permettent pas de douter qu'elles n'aient élé soulevées depuis que ces îles ont commencé à étre habitées,
4) Lettre à M. Ch. Lyell, Sur quelques changements de niveau
ont cu lieu en Danemark dans la période actuelle (Transaet. geut. Soc. of Loudon , vol. VE, p. 487. 4841),
Voyez aussi: Forhandüing. vid det af Shandinav. naturf., ete. Travaux de la réunion des naturalistes et médecins scandinaves à Gothenburg en 4839, Gothenburg, 1840, p. 66 et 57. — Axis, "1843, p. 207, 242. — Sur les changements de niveau et les traces d'inondation sur la côte vecidentale de Schleswig(Tidssk. f:naturvidl. de Kroeyer, Vol. IL, p. 201). — Veu, Jahrb,, 1838, p. 94, — Ch, Kapp, Sur les bancs de sable de Gaodiwin, dans la mer du Ward, Jormés par le soulévement, comme certaines côtes de la Scandinavie (dimanack de Kaupp, 1836, p. 194. — Neu. Jahrb., 1836, p. 222). — Derzélius, Sur le sontévement des côtes scandi= nnves et les roches polies et sillonnées des montagnes du Nord {Forhand, vid det af Skandinar, naturf,, ete. Teavaux do la Soc. des nat. scandinaves en 1842. Stockholm , 1843, p. 45-67). — Forchbammer, Su des inégalités des oscillations de la Scandimavie (Bull, vol. IX, p.100, 4838).
- M. Murchison rappelle ensuite que M. Nilsson a trouvé, au-dessous de 3 mètres de tourbe, près d'Y«tadt en Scanie, un squelette de Bos urus où primigenius, dont les cornes étaient profondément eoserelies dans l'argile bleue sous-jacente, U y avait dans la même couche des ossements de l'Aurôchs qui vit encore dans la Lithuanie, de daims et d'autres mammiféres terrestres. Un trou qui pénétrait obliquement à travers la première, la seconde et même la troisième vertébre lombaire de l'Urus a été reconnu par M, Nilsson pour avoir ét6 fait par la poiate d'un javelot d'un ancien aborigène. Ainsi l'homme se trouverait contemporain d'animaux perdus et d’autres qui existent actuellement, et les marais qui renferment ces débris auraient été recouverts de gravier et de sable depuis cette même époque.
M. G. Bischof (1), à la suite de ses recherches sur la cause des volcans, des tremblements de terre et des sources thermales , à essayé d'5 rattacher les soulèvements contemporains tels que ceux dont nous nous occupons, M. Berzélius avait cru que les vides prodüits entre la eroûte solide du globe et le noyau liquide , par suite du refroidissement de la masse, pouvaient donner lien à des plisse- Müents et à des courbures de certaines portions de cette croûte qui s'élèverait ainsi d'un côté et s'abaisserait de l'autre; mais le savant chimiste de Bonn fait voir, contrairement à l'opinion de son illustre confrère de Stockholm , que les masses solides peuvent être soulevées très lentement par le même agent qui élève les laves liquides dans les cheminées volcaiques. Cet effet pent se continuer encore après que l'action de la vapeur à cessé , et celà par suite de l'expausion qu'occasionnerait le calorique dégagé de la vapeur pendant sa condensation (œnté , p. 591). Si l'on suppose , par exemple, que sous la Scandinavie l'écorce de la terre ait une épaisseur de 139,840 pieds et que son expansion par la chaleur soit dans le même rapport que dans la poterie, une augmentation de température d'environ 2°,9 A. pendant 100 ans suflira pour produire une expansion de 7,26 dans une couche de l'épaisseur supposée, ce qui est la proportion indiquée pour le soulèvement. En outre, le sol de la partie de la Scandinavie qui s'élève est formé par le granite, tandis que celui de la Scanie qui s'abaisse est occupé par les couches crétacées, Le granite de Boraholm , quoique situé en face de la côte
(4) On the natural historr of volcans, ot. ( Edinb. new phil. Journ., vol. XXVL, n° 6, jaivier 1839),
Joppé au milieu des coquilles lorsque le banc se formait , et que la plage aura été soulevée ensuite, 11 n'est pas même éloigné de penser qu'un mouvement faible et uniforme se produit encore au— jourd'hui.
À ce sujet nous rappellerons un fait assez semblable dont nous arons déjà parlé (antè, p. 394), celui des buttes de St-Michel en Lherm (Vendée ), sur l'âge desquelles il reste encore quelque incertitude, Nous rappellerons également l'opinion qu'a exprimée M. Élie de Beaumont (antè, p. 346) sur la probabilité d'un abaissement très lent du sol de la Hollande; abaissement qui seul peut rendre compte des faits qu'on y a constatés depuis l'établissement de l'homme.
Le grand nom de Goëthe vient se rattacher encore à l'un des faits .
les plus controversés de nos jours, le changement de niveau des ruines du temple de Jupiter Sérapis, à Pouzzoles. Goëthe (1) pensait que l'emplacement du temple avait été changé en lac par l'encombrement de la partie ouverte du côté de la mer, Les eaux de V'intérieur montèrent jusqu'à la hauteur actuelle des trous de Pholades (17 pieds, 5",52), et ces mollusques pouvaient y vivre parce que les eaux qui avaient filré à travers Les roches volcaniques devaient être plus où moins saumâtres. Plus tard, en 1752, lorsqu'on construisit le palais de Caserte , les eaux furent détournées pour prendre les matériaux de l'ancien temple qui pouvaient servir à élever le nouvel édifice.
M. Ch. Babbage (2), après un examen fort attentif des lieux , a présenté les conclusions suivantes.
4° Le temple a été bâti au niveau ou presque au niveau de la mer,
2 Le sol s'étant ensuite graduellement abaissé, l'eau de la mer se rEunit à l'eau thermale qui renfermait du carbonate de chaux, forma un lac d'eau saumâtre et déposa une incrustation noire que
(1) Œuvres d'histoire naturelle de Goëthe; traduct, française par M.Ch. Mortins, p. 425. 1837, à
(2) Observations on the temple, ele. Observations sur le temple dé Sérapis, près Pouzzoles, avec des remarques sur certaines auses qui peuvent produire des cycles géologiques d'une plus grande étendue (extrait) (Procced. geol, See, ef Loudor, vol. I, p. 72, fév. 4834). — Le mémoire complet avec plan , coupes et élévation , à été publié seulement en 4847 { Querr. Journ. geol. Soc. 6f London, n° 40, p, 486, mai 1847). #
Francs.
Noltande.
Halie.
Fuvirons de
le aplen
se remarque encore dans une falaise opposée à l'ile de Nisita, à 9®,15 au-dessus de la mer.
D'après les expériences de M. Totten, l'auteur à calculé one table de la dilatation, en pieds et fractions, pour le granite, le marbre et le grès, depuis { pied jusqu'à 500 milles d'épaisseur ; dilatation produite par des variations de température de 4°, 20°, 50°, 400 et 500° F. 11 a trouvé par cette méthode que si les couches placées sous le temple, se dilatant comme le grès, avaient 5 milles d'épaisseur et recevaient un accroissement de température de 100", Je temple s'élèverait de 25 pieds, changement de niveau plos grand qu'il n'est nécessaire pour rendre compte du phénomène. Or, M. Babbage pense que de semblables variations de température peuvent réellement se manifester dans le voisinage des volcans et en occasionner de correspondantes sur le niveau de la surface du sol. Ainsi il suppose que le temple a été bâti sur une roche à une haute température , que cette roche s’est abaissée en se conträctant par le refroidissement, puis qu'à un certain moment, une nouvelle addition de chaleur des volcans environnants a produit une seæonde dilatation et replacé le temple à son niveau actuel,
Passant à l'action possible des causes qui élèvent les continents et les chaînes de montagnes, l'auteur établit aussi : 1° que la tempéra= Aure augmente à mesure que l'on descend au-dessous de la surface ; 2° que les roches solides se dilatent par la chaleur, tandis que les argiles et quelques autres substances se contractent; 3° que les diverses roches ont des facultés conductrices de la chaleur, différentes aussi ; 4° que la quantité de chaleur rayonnante de la terre varie à sa surface, suivant que cette dernière est couverte de forêts, demontagnes, de déserts ou d'eau; 5"que les agents atmosphériques æt autres changent également les conditions dé la surface du globe, Or, de ces changements actuels de la surface de la terre il résalte que les surfaces d'égale température, dans l'intérieur de sa croûte, doivent continuellement changer de forme et exposer aussi les couches voisines de l'extérieur à des modifications plus on moins prononcées, Leur expansion et leur contraction occasionneront probablemeut alors des brisures, et pourront élever des chaînes et même des continents. Ces idées de M, Babbage sont done en rapport, d'une part, avec celles de M. Herschel (amté, p. 583) , et de l'autre, avec celles de M. Bischof, qui n'a d'ailleurs exprimé les siennes qu'assez Longtemps après (anté, p. 591 et 651}.
M. Niccolini, qui a publié, en 1854, un mémoire sur les fouilles