FORMATION CRÉTACÉE DE L'AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE
La formation crétacée est presque aussi bien caractérisée dans oispotition les deux parties du Nouveau-Monde que dans l'Ancien ; mais jusqu'à . présent elle est dans chacune d'elles moins complexe que dans l'ouest de l'Europe. Nous l'étudierons successivement dans l'Amérique du Nord, puis dans celle du Sud*
La distribution des dépôts de cette période est fort simple dans l'Amérique septentrionale , et elle se conforme au relief actuel de cette portion du continent comme à son hydrographie. Ces dépôts occupent d'abord une zone étroite et discontinue au pied du versant oriental des Apalaches , non loin des côtes de l'Atlantique, dans le New-Jersey (1) t la Delawarc , la Virginie et la Caroline , précisément en face des roches crétacées de l'ancien continent, depuis Textrémiié sud-ouest de FAtlas jusqu'au delà de Lisbonne, mais ayant ainsi leurs limites vers le N., à une latitude de 15 degrés plus méridionale que celle de leurs analogues en Europe. Celte zone se prolonge ensuite dans la Géorgie, l'AIabama et les États du Mississipi et du Tennessee, en circonscrivant les terrains anciens de l'extrémité sud des Apalaches, et s'étend vers l'O. , au delà du Mississipi, par le Texas et i'Arkansas jusqu'au bassin du Rio del Norte. knfin ces mêmes dépôts viennent affleurer encore plus au nord, dans celui du Missouri, où ils remontent jusque vers le A5* degré de latitude , c'est-à-dire près de 5 degrés an delà de leur limite sur la côte orientale du New- Jersey. Nous traiterons dans des sections séparées : l*" du versant sud-est des Apalaches ou du littoral de l'Atlantique ; 2^ des États d'Alabama, du Mississipi et du Tennessee ; 3"* du Texas, de I'Arkansas et du nouveau Mexique ; U'' du bassin du Missouri ou des régions situées à l'ouest du Mississipi.
(1] M. H.-D.Rogers(a}, ayant annoncé que XExogyra cosiata avait
* («) Jmer, Jatirn., toi. XLV, p. 186, ISW.
ft88 YSBSiirr sud-est des apauichbs.
S 1. ▼arfant sud-est des ApAlacbes»
céuénMUi, Les premiers trayaux des géologues américains , RI M. Sa? (1), Dckay (2) et Morton (3) sur les dépôis crétacés des Éia(s-Uoîs, ayant été bien exposés par sir H. -T. de la Bêche {à), nous n'aToiB point à nous en occuper ici. Plus tard, dans son Synopsis des débris organiques de la formation crétacée, M. S. -G. Morton (5) a fait remarquer l'analogie des fossiles de cette période des deux côiéséL TAtlantique et, de plus, la présence de 2k espèces qui seraient commuties aux deux régions, entre autres le Pecten quinguecosiatm. Les débris de reptiles sauriens , offrant des rapports analogues \ ceux des mollusques , (endent à prouver que, dans les deax continents, la cause, quelle qu'elle soit, qui a détruit les animaux de cette période, a agi simultanément sur le bassin des mers, ci que ce n'est point à la suite d'un phénomène local ou partiel de soulèîement ou d'abaissement, d'un déplacement de courant maria, etc., que les modifications de l'organisme ont eu lieu.
M. Morton (6) a aussi donné une note sur les poissons fo&i'fes de ces mêmes couches, et de laquelle il résulterait que , d'après les déterminations de Mantell et de M. Agassiz , les Carcharias lanceolatuSy megalotis et polygurus , le Galeus pristondontus , les Lamna acuminata, Mantellt, lanceolata et plicata se re(rou?ent en Europe (7). L'auteur établit ensuite trois divisions dans ces cou-
été trouvée à Brooklyn , près New-York, à 20 mètres de profondeur, en avait conclu que la formation crétacée s'étendait jusque M, tnais le fait ne parait pas avoir été constaté d'une manière très rigoureuse, et de plus il serait possible que cette coquille eût été rencontrée à l'état roulé dans le dépôt quaternaire très puissant do cette localité. {\\ Amer. Journ.^ vol. 1 et II,
Î2] Annals oj the New-York Lyceum.
3) Journ, oj philos,, vol. VI, p. 4 07, 4829. — Journ, Acad. nat, se, of Philadelphia, vol. VI. — jimer. Journ., vol. XV//, p. 295, 4 830.— Ib., vol. XVIII j p. 243, avec 3 pi., 4830. — /*.. vol.XXIlI, p. 291. — /^., vol. XXIV, p, 128.
(4) Manuel géologique ^ traduction française par Brochant, p. 375, 4 833, — Voyez aussi : A. Boue, Résumé des progrès de la Géologie pendant l'année 1 833 {Bull,, vol. V, p. 402, 4834}.
(5) A synopsis oj the organic remains oj the cretaceous rocks» In-8, 4 9 pi., 4834. — Cet ouvrage peut être regardé comme une seconde édition plus complète des mémoires indiqués ci«dessus.
(6) Amer, Joitrn,^ vol. XXVIII, p. 27C, 4835.
(7) Il y a probablement ici des doubles emplois , car dans Je ^"
TSRSANT SUO*EST DES APALàCHBS. ft89
ches, en les désignant sous les noins de supérieure^ moyenne et inférieure {upper, medial and lower divisions), La division supé* rieure a déjà été décrite dans les États duSud (anté, vol. II, p. 1031} comme appartenant au terrain tertiaire inférieur. La division moyenne, développée principalement dans les comtés de Gioucester et de Burlington (New-Jersey), et près de lYilmington (Caroline du Nord), est composée de calcaires jaune-paille, durs, compactes, subcristallins , grenus ou friables , renfermant surtout le Spatangus parastatus, VAnanchytes fimbriatus^ VA. cinctus, le Nucleolites cru* ci fer, le Belemnites ? ambiguus, la Scalaria annulaia et le Cidaris diatretum. Enfin la division inférieure, formée de sables verls ou ferrugineux, dont les fossiles ont été^lécrits et figurés dans le Synopsis de Tauleur , s'étend du New- Jersey , en décrivant une sorte de croissant à travers les États du Sud, pour se prolonger ensuite vers ro.
Suivant M. H.-D. Rogers (1), les dépôts crétacés du New-Jersey DesciipUons diffèrent de ceux des États du Sud , en ce qu'ils sont plus sableux , i^^^"'^'^''"'' et renferment une très grande quantité de grains verls. A deux ou ^^11' trois exceptions près, leurs fossiles seraient propres au nouveau con- ''«^-^•'^'"■•y tinent, et la présence dé nombreux gisements de lignite et des débris ^" ** noiawarc. de ScolopaXt ou biseaux de rivage , annoncerait qu'ils se sont formés , sous une faible profondeur d'eau , vers la fin de la période secondaire , et expliquerait leurs différences avec ceux de l'Europe. Les marnes du New-Jersey représenteraient peut-être le grès vert de l'ouest de ce dernier continent ; et les calcaires que nous trouverons dans le sud seraient alors les équivalents de la craie supérieure ; mais en réalité il n'y a ni craie, ni silex comparables à ce que l'on observe sur la côte opposée de l'Atlantique. M. Greenough (2), après avoir discuté les motifs allégués parles géologues américains, pense que le rapprochement qu'ils ont fait avec le grès vert de l'Eu*
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bleau général des poissons jossiles rangés par terrains^ publié dix ans après par M. Agassiz (a), l'auteur ne cite que 5 espèces dans la craie des États-Unis. 3 de ces espèces [Ptjchodus mamiUaris^ Oiodiis ap^ pendîculatus et Larnna acuminata) seraient communes à TEurope ; 2 autres {Ptjchodus Mortoni et Saurocephalas lancijormis) seraient propres au New- Jersey.
il ) Rep, 4'^. meet brit, Assoc, at Edinburgh, 4 834. Londres, h 835. 2) Annhersary addrcss , etc. [Procecd, geol. Soc» oj London , vol. II, p. 157, 4 836).
(a) ln-4. NeachiUl, p. xui. 1S44.
&90 VERSANT SCD-KST DES ArALACIlKS;
rope de» tables ferrugineux qui, dans les ÉlaU du nord de Vkwé^ r{qu6 reposent, comme en Suède, sur les roches primaîret, n'est pas suffisamment établi. Le Pecten assimilé an P. quinqueeatiaius existe aussi è Naestricht avec le Afotasaurm ; les Bacniites se mon* trent principalement dans les parties supérieures de la formation « et tout concourt à faire regarder ces couches comme plus récentes qn*on ne l'avait cm d'abord,
/ Dans sa description de la géologie de l'État da New- Jersey (1)^ M. H.-D. Rogers , l'on des géologues les plus éminents, et qui à une grande connaissance pratique des diverses parties de la science, joint lee idées théoriques les plus ingénieuses, a fait remarquer que dans cet État , comme dans les autres qui longent le pied sud*est des Apalaches, les couches secondaires et tertiaires {antèt vol. II, p. 1021) inclinent légèrement auS.-*E. On les voit affleurer successivement lorsque du littoral on se dirige au N.-O ; de sorte que la direction de ces affleurements est N.-E, S.-O.
Sous le nom de série secondaire supérieure {tpper secondary se-» ri>s), le savant auteur comprend le grès vert qu'il divise en cinq assises différentes, lesquelles sont, de bas en haut:
M^ Sables et argiles de teintes diverses, ordinairement d'un blanc pur. Sur les bords de la Raritan, au nord<-est de Trenlon , ces coa"> ches reposent régulièrement sur les roches rapportées au trias {mid^ die seeundary rocks de l'auteur) ; puis de ce point à Ja Delaware • sur les roches primaires :
2^ Sables verts, alternant avec quelques lits d'argile sableuse micacée {green $and formation) , très employés en agriculture pour leurs propriétés fertilisantes, et peu distincts de l'assise n* 1, à ia«t quelle ils passent par des argiles sableuses foncées s
5* Calcaire grenu , jaunâtre, un peu cristallin , souvent siliceux, constituant des bandes irrôgulières, ei) dalles minces, fréquemment séparées par du sable calcaire. Les fossiles y sont nombreux , et plusieurs se représentent dans les sables verts placés dessous, Cett^ assise recouvre la précédente sur son bord méridional ;
U^ Sable grossier jaune, très ferrugineux, quelquefois de 10 mè-' très d'épaisseur, passant à un grès tendre, friable, avec des empreintes de coquilles, semblables à celles des assises inférieures. Les calcaires jaunes (n^3) n'étant pas constants, il arrive souvent que ce
(\) Descripté of the geologjr of the s ta te of Nctv-Jcrsey \Jlnal rejwrt), In-8, avec carie et coupe. Philadelphie, I84Ô.
sable jdu»fi repose sur le sable vei*tety passe mémegradaeUeiQent.
5"* Grès ferrugineux bruos, passant quelquefois à uo eonglomé'^ rat composé de sable qnartzeux , de peiits fragments de feldspaihi de caiUoux de quartz blanc, agglutinés par une pâte brune d'oxyd^ de fer avec des grains verts. Cette assise constitue la partie la pluf élevée de la série secondaire du pays.
IVJ. Rogers ne prétend point, d'ailleurs, établir de parallélisme entre ces assises et le grès vert de l'Europe ; une ou deux espèces fossiles identiques de part et d'autre ne permettent pas de propo* ser un rapprochement de détail; et il reste également à déterminer pour lui, si le sable vert de l'Amérique correspond à tout ou partie de la formation crétacée de l'Europe. Tour les fossiles, il renvoie le lecteur au Synopsis de M. Morlon, en faisant remarquer que les corps organisés appartiennent surtout aux marnes des sables verts et aux calcaires qui sont dessus. Il énumère 75 espèces principalor ment marines. Sur ce nombre » 7 sont des vertébrés, dont S Crocodiles, 1 Tortue, 1 oiseau et 2 poissons. Des 68 espèces de mollusques, serpules, polypiers, etc., le Pecten guinquecastQtuisenl aurait son analogue des deux côtés de l'Atlantique,
m. Ed. Hitchcock (1) a exposé , en quelques mots, la répartition des dépôts crétacés de l'Amérique du Nord, et ftl. H.»l). Rogei-s (2), dans une circonstance semblable, a donné plus d'extension à ce sujet, Ces dépôts Commencent au nord-est, à la baie de Raritan, forment une bande étroite, parallèle au rivage de l'Atlantique , à travers le New-Jersey et la Delaware , disparaissant sous le terrain tertiaire, dans le Maryland, la Virginie et la Carulino du Nord, où ils affleurei|t de nouveaui occupant la môme position rolaïue que précédemment De la rivière du cap Fear, ils s'étendent vers le sud-ouest, dans 19 Caroline du Sud, la Géorgie et au delà.
(^ ) First a/mivers. a<idress to the Assoc^ amer, Gcol^i second finit t mect. , à Philadelphie , 5 avril 4844.
(2) Aildi'css delivcr, ai the iiicct, of tha Assoc. amer, Ceoi., mai 4 Hi(Atner, Journ., vol. XLVII, p. ^511. — Voyez aussi : Théorie de l'origine des sables verts du New-Jersey \^a). Ce sable serait un dépôt chimiqae dont les éléments ne proviendraient pas des détritus mécaniques d'une roche préexistante , mais qui aurait été formé dans des eaux chargées de silicates solubles, d'origine volcanique et provenant du sud. 5ont-co bien des sables crétacés dont parle ici M. Ro* gers? Nous ne saurions raffirmer, car il y a, comme on Ta vu, dans ce pays des sables tertiaires très peu différents de ceux de la craie.
(/t) Proceed. oftke Boston Soc. nal, hlst,', toMIT, p« ti4S; 18SI.
&92 ¥IRSAKT SUD^EST DES APALACHBS.
On a déjà tu qaeles géologues américains comprenaient alors, dans la craie, des dépôts qui depuis ont dâ être rangés dans le terrain tertiaire, et il est à remarquer que cette erreur résultait d'une autre qui consistait à prendre pour uneNummulite un corps qui n'appartient pas à ce genre, de sorte que la méprise, qui eût dû précisément faire rapporter les couches au terrain tertiaire inférieur, puisqu'il n*y a point de Nummulites dans la craie, fut cause qu'on les plaça dans le terrain secondaire, et les deux erreurs furent dévoilées en même temps {antè, vol. II, p. 1035 et 1039).
M. Norton (i)et M. Conrad , avons-nous dit, divisaient leur formation crétacée en trois étages: le supéi^ieur^ comprenant le prétendu calcaire nummulitigue d*Âlabama et des États voisins ; le moyen^ le calcaire jaune-paille, très fossilifère, en petits lambeaux, recouvrant le grès vert de New-Jersey, et placé sur Tborizon de la craie blanche d'Europe ; enfin Y inférieur^ les sables verts des côtes de l'Atlantique. Mais BI . Morton ayant omis de parler des sables ferrugineux, bruns, à gros grains, avec les fossiles du grès vert sous-jacent, M. Rogers se demande si réellement le calcaire jaune-paille , qui se trouve entre eux, peut être assimilé à la craie blanche, ce qui d'ailleui's lui parait douteux. Sur 160 espèces fossiles, k étaient alors reconnues identiques avec des espèces d*£uropc ( Trigonia alœformis , Pecten quinquecostatus, Osirea falcata^ Gryphœa vomer) , et de plus il y avait U espèces de poissons et des débris du Masasaurus de Maestricht.
Sir Ch. Lyell (2), qui vint étudier les dépôts sédimentaires des États-Unis, après avoir acquis une connaissance profonde de ceux de l'ouest de l'Europe, devait plus facilement qu'un autre rectifier les erreurs de détail qui s'étaient introduites dans la géologie
(4) Tabular viewj etc.: Tableau des débris organiques des couches crétacées {Journ. Acad, nat. se, oj PhUadelphiay vol. VIII, part. 2).
(2) aotes on the cretaeeous siratOt etc. : Notes sur les concheâ crétacées du New-Jersey et d'autres parties des Etats-Unis, le loDg de rAtlantique, accompagnées de la description des coquilles , par M. Ed. Forbes, et de celle des polypiers, par M. Lonsdale [Quart, Journ. geoi. Soc. oJ Londonj n" 4, p. 55, janvier 4 844). — Proceed., id., vol. IV, p. 40«. — Amen Journ, j vol. XLVII,p. 24 3, 4 844.— H. Wurtz, On the avaibilitr^ etc.: Sur les propriétés utiles du sable vert du Nevir-Jersey comme source de potasse, etc. {Amen Journ., V sér., vol. X, p. 326, 4850).
TBRSÂNT SUD-BST DES APALACHBS. 693
américaine. Ainsi, nous avons déjà dit la manière heureuse dont il avait classé les différentes formations tertiaires {antè^ toI. II « p. 1031} ; de même pour les couches crétacées , il pense que rien n*y annonce des sédiments antérieurs à la craie tuffeau, et que le tout peut être compris entre Thorizon du gault et celui de la craie de Maestricht Les dépôts tertiaires inférieurs et moyens, qui les recouvrent dans le New-Jersey, le Maryland et la Virginie, étant aussi composés de marnes, d'argile et de sables divers, où abondent les grains chloriteux, ne diffèrent en réalité de ceux de la craie que par leurs fossiles.
Les cinq étages proposés par M. Rogers doivent , suivant M. LyelU être réduits à deux: Tinférieur qui comprendrait presque exclusivement des sables verts et des marnes vertes ; le supérieur, des calcaires tendres, jaune clair, avec des coraux. Comme M. Morton, le savant géologue anglais ne mentionne point les sables ferrrugineux à gros grains, ni les grès bruns ferrugineux passant à des poudingues» décrits par M. Rogers sous les n""' & et 5.
Les calcaires jaunes, particulièrement sur les bords du Timber* Creek , douze milles au sud-est de Philadelphie, renferment 6 es* pèces de polypiers et plusieurs échinodermes, dont les formes rappellent celles de la craie supérieure. Les foraminifères appartiennent aux genres Crintallaria , Rotalina et Nodosaria ; les poissons au genre Lamna, dont un très voisin du Z. appendiculata , pois an genre Galeus, qui offre une espèce se rapprochant du G. prisions dontus; enfint il y a beaucoup de dents de Chco^charias. Dans le grès vert sous-jacent ont été trouvées des vertèbres de MosasauruSf une de Pliosmrus, genre plus voisin des vrais sauriens que les PlesiosauruSf et une de Crocodile de la division desprocœliens, reptiles qui, en Europe, n*ont pas encore été rencontrés plus bas que la formation tertiaire inférieure.
Le premier étage de M. Lyell a été suivi du N.-E. au S.-O. , sur une longueur de 60 milles, depuis Prosper-Town jusqii*à Salem» avec une largeur qui atteint rarement un demi-mille et une épaisseur qui ne dépasse pas 2 à 6 mètres. Ses caractères indiquent le fondsableux d'une mer peu profonde. A White-Horse, dans le comté de Gloucester, il consiste en une masse de sable calcarifère, blanc, plus ou moins agrégé, dont la surface a été ravinée çà et là, puis recouverte d'un dépôt d'argile ronge et de gravier sans fossiles. Vers le bas, la roche passe à un sable ferrugineux et vert clair, à grains de quartz. Près de Hornerstown, on voit parfaitement la superposition
492l VBRflÂNT SUD-KST DBS APALACHES;
de CCI agrégat corailion» de 2"',50 d'épaisseur, ausable vert dé l'étage inférieur, caractérisé par ses fossiles ordinaires.
M. Lyell a démontré qiic les calcaires blancs des bords dtt canal du Santee, et d'autres localités de la Caroline du Sud, ceux de Jacksonborough et de Shell^BlttCT, eu Géorgie, étaient de la période tertiaire inférieure ei non crétacés, comme Tavaient cru MA). Morton et Conrad. Dans le nord de la Caroliaei & Soalli^Wasbington, 550 milles au sud^ouest du NcW'Jersey, des marnes craycusesavec ^e/em^ mies mucumatta^ Ostrea vesicularis, 0. subBpathulaia, Celtepo^n tuberculata,.YQ\\i^vm^\\i encore d'autres fossiles, dont quelques UnH sont Communs \ l'étage supérieur, et quelques uns à l'étage inférieur do New-Jersey. D'après certains fossiles trotnés en Géorgie, teHes qu'une Pboladomye et une Ammonite , peut-être ponrrail-on croire qu'il y existe dos couches plus anciennes qu'au nord est; mais rien né nous fait supposer qu'elles puissent descendre aussi bas que le groupe néocomien. L'ensemble des fossiles crétacés de cette partie des Étots- Unis confîrnic d'ailleurs M. Lyell dans rappllcation que leur avait déjlr faite M. H.-D. Rogcrs du principe quç nous avionsdédult de Tétade des faunes paléozoîques, savoir: que les espèces dont la distribution géographique est le plus étendue, sont aussi celles qui ont la plus grande extension verticale , car ce sont celles qui ont pu vivre sous les conditions les plus variées, dans l'espace et dans le temps (i).
Sur les 60 espèces mentiminées par M. Lyell, S (OsCrealarva (0. fhlcata^ Mort.), 0. wsiculans^ Gryphœa costata, Pecim quin^ quecosiaius, Belemniies rnucronatus) sont communes à l'Europe et li l'Amérique; 15 oulô sont très voisines d'espèces de ce dernier pays» et les représentent peut-être comme formes générales, et & sont desformes propres au nouveau continenti entre autres la 7'ere6ra/ti/a Sayii, Mort. Enfm, 35 sont nouvelles*
En revenant ailleurs sur le même sujet, le célèbre géologue aa«* gUis (2) n'a plus trouvé que U espèces communes an nouveau et h l'ancien continent , la Gryphwa costata ne s'étant pas encore ren* contrée dans ce dernier. Malgré ce petit nombre d'espèces Ment!-* ques (environ 7 p. 100), on |)eut admettre qu'il suffit pour établir le parallélisme des dépôts crétacés 8U|)ériettrs des rivages opposés de
(4) D'Ârchrac et de Verneuil, On thejossih oj the older Uapo* sits, etc. [Tiaiisact. geol. Soc, oj Loiulon^ 2* sér., vol. VF, p. 335, 1842).
(2) Tiavfh in North Amerhay vol. 1, p. 77, 4*45.
yiRSANT SDD-BST DKS ▲PALAGUBS. k95
r.ÂlIafitiquc , si Ton tient compte de la distance qui les sépare et de la différence de latitude qui est d*cnvirou 10 degrés. Alors, comme sU]jourd*liui, les faunes contemporaines étaient localisées, et cependant on peut reconnaître partout les formes propres à cette période* G$s types particuliers dénotent i'ioOuence prépondérante d'un en«semble de circonstances qui régnait sur tout le globe. Mais si Ton se rappelle ce que nous aipons dit à ce sujet, nous y verrons, plutôt on de ces stades par lesquels l'organisme était destiné à tMsser, partout au même moment, en vertu d'une loi générale, dé« pendante ou non de l'état physique de la tenu . M. Morton (1) a décrit une tête de Crocodile distinct de l'espèce déjà connue dans les couches crayeuses du New-Jersey ; elle provenait des calcaires qui , près de Yincentown , recouvrent les marnes et les sables ferrugineux. M. R. Owen (2), en s'occopant des débris de sauriens recueillis par M. H.-D. Rogers dans les assises de grès verti a fait voir que ces restes de Mosasavrm prouvaient que l'animal auquel ils ont appartenu était organisé sur le type des lacertiens existants et non d'après celui des énaliosaurcs ou lézards marins. Il a établi pour ce reptile le genre Hgposaurus ou Crocodile am« phicaelien , et fait remarquer que c'est le premier exemple de l'existence des Crocodiles actuels ou Alligators dans des dépôts antérieurs au terrain tertiaire. '
Les assises inférieures précédentes semblent se continuer au HTyiand. S.-O., dans le ftlaryland. Ainsi M. J.-T. Ducatel(3) mentionne, sur les côtes est et ouest de la baie de Cbesapeake, un ensemble de couches , désigné sous le nom de sables ferrugineux {ferrugineous sand) et composé d'argile , de sable, de gravier très colorés par le fer, variant du rouge foncé au jaune» au gris, au vert, au noir et ao bleu noirâtre. Quelques unes sont nommées sable vert ; les antres, mbles noirs micacés. Le sable vert de cet État est on agrégat de silice , d'alumine « de potasse et d'oxyde de fer ; il renferme des fossiles, et quelquefois il est mélangé de sable et d'argile prove^ nant d'assises plus anciennes. 11 représente les dépôts du New^ Jersey , employés depuis longtemps comme amendement par les agriculteurs, à cause de la potasse qu'ils renferment et qui , ainsi
4) Amet\ Journ., vol. XLVIII, p. 265, <835. ;2) H. -T. de la Bêche y jénniversaiy addrcss la thc geol. Svc^ p. 27, 4849.
(%) Report on the geology of Alaryiand ^ p. 35, 483l(.
&95 VBRSINT SUD-EST DBS APALiCHBS.
qu'on Ta dîl , est si favorable à la végétation. On y trouve de nombreuses Térébratules à la ferme de Sassafras, dans le comté de Kent.
La rive occidentale du Patuxent, dans les comtés de Sainte-Mary, du prince Georges et de Charles, offre encore, presque partout, des dépôts sableux ou argileux, verts ou rouges, avec des bancs d'Huîtres et d'autres coquilles (1). A la partie supérieure , se présentent aussi de larges masses de rochessilicéo-calcaires, remplies de moules, de coquilles. x\u-dessus vient un sable vert siliceux , de 7 à 8 mètres d'épaisseur, recouvert d'argile rouge. A l'exception de la GVyphœa vomer et de VOsfrea compressirostra , les fossiles de ces divers bancs sont généralement calcinés. On les trouve principalement autour de Upper-Malborough.
Le grand dépôt de lignite et de pyrite avec ambre jaune des bords du Magothy serait une dépendance des sables noirs micacés de la Sevem, appartenant aussi au terrain secondaire , et les sables avec les argiles qu'on observe, entre la Sevem et Baltimore, seraient plus anciens qu'on ne l'a généralement supposé. Les couches les plus basses de ces mêmes sables, souvent ferrugineuses et micacées , renferment de nombreux nodules de ferbydratéet carbonate, ou bien une grande quantité de lignite avec du fer sulfuré et des morceaux d'ambre. Les sables noirs micacés sont caractérisés par les Exogyres, VOstreafal^ catùf la Turritella Mortoni, la CncuUœa vulgaris et des dents de sauriens. Les Térébratules abondent particulièrement dans les sables verts. Quant aux ai^iles et aux sables plus récents, ils affectent des caractères moins tranchés, mais ils diffèrent en réalité de ceux de l'époque secondaire. Tous ces sédiments paraissent d'ailleurs avoir été amenés à leur position actuelle par un mouvement lent et gra« duel, et aucune catastrophe brusque n'a contribué à les émerger.
A Georgestown, dans le comté de Kent (2), les bords de la rivière sont composés de sable ferrugineux recouvrant un mélange de sable vert avec des fossiles, et lorsqu'on remonte la Sevem on trouve un sable plus pur , rempli de Terebraiula Harlani , de Gryphœa vo» mer^ etc. Les parties nord et centrale du même comté sont occapées par les sables ferrugineux. Ce sont des bancs fort étendus de sable vert avec des Térébratules et des Gryphées» des sables noirs avec des fiélemnitest des Ammonites, des Gryphées, etc., et audessus des argiles , des sables et des graviers tertiaires d'un âge en-
\)Id,, p. 34, 1836.