VI
h02 NORD DE U PBAMCE.
rivières : la Saône, la ^larne et la Mease, et même des eaux qui m rendent dans trois mers différentes. Il repose aa fond de la fallée sur le grès du quatrième étage ; de sorte que cette coope nom représente le lias aussi complet ici que dans les départemenu de la Côte-d'Or et de l'Yonne.
La source de la Meuse sort du calcaire h Gryphées arquées prés du village de Meuse, au nord-ouest de Bourbonne-les-Bains; puis, grossie de beaucoup de petits ruisseaux qui prennent naissance sur ce plateau, ses eaux traversent les étages supérieurs du lias et les calcaires blancs oolithiques. Les coupes de Malu et de Cbâtenoy k Neufcbâteau (p. 402 et /iOS} prouvent encore que le groupe inférieur de la formation conserve, en s'avançant au nord-est, des caractères parfaitement comparables h ceux que nous lui avons vw au sud-ouest.
Dans celte région, l'étage inférieur du lias est représenté seulement par un grès quartzeux, souvent friable, nommé par les auteurs de la (^arte géologique de la France grès inférieur du litu, désignation que nous adoptons également. Ce grès repose sur las marnes irisées, et ne parait pas avoir une grande épaisseur. N. Élie de Beaumont (1) décrit les étages 3 et 4 tels qu'ils se présemeit eux environs de Bourbonne -les* Bains, à Langres, autour d*Andilly, dans les buttes de Lamarche. etc., où le grès infériew jaunitre rappelle celui des environs de Pouilly. Sa liaison avec les marnes irisées sous-jacentes n'est d'ailleurs qu'apparente. Département Les divlslous du lias formeiu, dans le département des ^olges, Vo4êi. ^^ bandes concentriques aux affleurements du trias, et N. de Bllly (3) en établit cinq qui correspondent toujours aui préaé dentés. Il les désigne sous les noms de marnes supraliasigues, marnes iiasiques, calcaire à Séiemnites, calcaire à Gryphim arquées, gros infraliasique, Ia cou|)e ci*aprè6 (pi. lî, fig. î), que nous avons empruntée ù Texcelient travail de M. de Billy, nmitre la disposition et les épaisseurs relatives de ces divisions. £n réunissant, ainsi que nous Tavons.déjfc (ait, les niâmes /tWf«Mtt le caieaire à Bélemnitês de Fauteur, les quatre étages du groupe se trouvent composés ooinme dans l' Auxois.
. (I) /fx/?//c^//oM, etc., vol. Il, p. 309.
(4) Esquisse de la géologie du département des rosges (Ann, de la Soc. d'ÈmuL des Fnsgcs, vol. Vil, 2* cahier, 4 860). — Carie géologique du département d^s P^osges, avec Coupes, en 4 feuilles au 4/80,000% 4 850. — Élie de (eaumont, loc. cH,y p. 340.
Les matnes gupraliasiques sont vers le haut, h Télat de grès, tra^ versées par de petits filons de fer hydraté. Ce grès, en descendant, passe à uni» marne sableuse, et celle-ci à des marnes feuilletées avec des nodules ovoïdes de calcaire bleuâtre, du fer hydroiydé et des Bé*lemnites (B, tripartitus).yevs ie bas est un calcaire brunâtre passant I une marne plus ou moins feuilletée et remplie de Posidonomyes. Les marnes /tVisii^rz<^5 comprennent un calcaire argilo-sableux caractérisé par la Pitcatula spinosa, une Térébratule de formes variées, mais très voisine de la T. perovalis (1), et la Gryphœa cymbium^ var. dilatée. Sous ces calcaires, représentants des calcaires noduleux de la Bourgogne, sont des marnes plus ou moins feuilletées qui recou^ vrent le calcaire b Bélemniies, argileux, quelquefois sableux, reiDpli de ces fossiles, et que caractériserait encore, suivant Tantenr, la Gryphœa cymbium.
Le calcaire à Grypbées arquées se présente avec ses caractères ordinaires, c'est^k-dire avec une grande profusion de la coquille qoi lui a imposé son nom, puis la Lima giganiea, des Ammonites, des débris de sauriens et de petites veines charbonneuses. Le qiuh trième étage ou le grès inférieur est, d'après M. de Billy, un hori» lOQ des mieux prononcés. Il conserve une constance de caractères remarquable au-dessus des marnes irisées partout où celles-ci sont recouvertes. On y trouve quelques bivalves et des débris de végé^ taux. C'est un grès quartzeux, blanc, ou légèrement ocreux et de consistance variable. La zone qu'il forme est très déchiquetée par suite de dislocations. Sa puissance très inégale diminue vers TO., et on le voit disparaître sous le calcaire à Gryphées, réduit à une épaisseur de 1 h 3 mètres seulement, de borte qu'on peut supposer qu'il cesse tout i fait ii une faible distance de son affleiirement, eonme le montre la coupe prise entre Damvallier et ie Vair.
Ainsi que le trias, ce groupe, dans l'origine, s'étendait beaucoup plas loin, vers l'fi. , qu'aujourd'hui, et il en était de même de l'oolithe inférieure sous laquelle il s'enfonce. Des lambeaux isolés de grès couronnent fréquemment les marnes irisées jusque dans la région occupée parle muscbelkalk ( Châtillon-sur-Saône , la Marche, Uarrigny), et très souvent dans pelle des marnes irisées. Ces lambeaux, qui atteignent jusqu'il 667 mètres d'altitude (côte de Vérine au nord-ouest d'Épinal), sont tous situés h l'ouest de la Moselle,
(3) C'est probablement Tespôce que nous avons signalée au roèoie niveau, prés de Pont-Aubert.
/iO/i NORD DE LA PRaNCB.
excepté celai de la côte d'Ëssey (Meurthe). Le calcaire à Grypbées arquées forme aussi des lambeaux, de même que Toolithe inférieure, depuis la >Iothe, au nord de Soulancoart, jusqu'à la côte de Sîoo (Meuribe;. De nombreux accidents dirigés à peu près N.-O., S.-E., ont affecté le lias» comme on le voit sur la coupe que doos aTons reproduite, et d'autres, perpendiculaires à ceux-ci, se rapprocheraient de la direction du système de soulèTement de la Gôte-d'Or. Dtfpartemeiit Suivant i^l. Mounier (i), les collines qui entourent la fille de u Meuribe. Naucy sout composécs d'argiles quelquefois feuilletées, plus oa moins calcarifères, de SO à UO mètres d'épaisseur, reposant sor les calcaires du lias. Onx^ci sont séparés du trias par an grès plus oa moins solide, à grain fin, blanc ou brun, n'ayant parfois qoe 3 mètres d'épaisseur. On l'observe particulièrement entre Sant- Nicolas et Rozières, puis entre Manoncourt et Coivillers. M. Gaibal (2) a tracé les limites de ce grès presque partout à la séparation du calcaire à Grypbées arquées et des marnes irisées, et il serait disposé à le réunir plutôt à ces dernières qa'au lias. Son épaisseor varie de i à 6 mètres, et elle augmente vers le nord en passant dans le département de la Moselle.
Le même géologue divise le reste du lias en deux parties: V argile supérieure qui partout succède ï Toolilbe inférieure, et le admire à Gryphées arquées. Il comprend sous le premier titre nue argile grise, tantôt massive, tantôt schisteuse, avec des rognoos tuberculeux ou géodiques, pleins ou creux, pénétrés de carbonate de chaux et de strontianc sulfatée. A cette argile serait subordoonée une puissante assise calcaire qui occupe aux environs de Nancy le coteau opposé entre Tombelaine, Saulxure, Seicbanops et Essey. Ce calcaire est sableux, argileux, jaunâtre, grisâtre on noirâtre, et renfermerait» suivant l^iuteur, les Unio crassissimus et liasinusy la Gryphœa cymbium^ les Tereln^tula digona^ bicanali" culata et perovalis, les Spirifer Walcotii et pinguis^ le Nautilus siriatus^ les Ammonites kridion^ Conybeari, Davœi et Murehisonœ. A en juger par quelques-uns de ces fossiles, car d'autres
(4 ) Note sur la constttution géologique des enpirons de Nancy [Mém. Soc. roy. de Nancy, p. 66. 4839).
(2) Mcm, sur le terrain jurassique du département de la Meur^ the [Mém, Soc. roy. de Nancy, p. 4, 4844). — Carte du département de la Meurtbe, colonée géologiquement, faisant partie de la statistique de ce département, par M. H. Lepage, Nancy, 4 841. — Ëlie de Beaumont, Explication^ etc., vol. Il, p. 405 et suivantes.
nous semblent très douteux, M. Guibal réunirait ici les diverses assises de nos deux premiers étages. Au-dessous, les calcaires à Gryphées arquées, exploités à Seichamps, Art, Laucuvevilie, Ville en Yemois, etc., sont en bancs horizontaux, réguliers, alternant a?ec des lits de marne caractérisés par le Fungia numismalis^ Corbula cardioides ^ lesGryp/tœa Maccullochii et arcuata^ les Lima giyantea, striata et Hermanni, les Ammonites Bucklandi (bisidcatits, Brug.), capicomus et costaius.
Sur la limite méridionale du département, à la côte de Yaudémont, le calcaire noduleux, qui se trouve toujours entre les marnes brunes supérieures et inférieures, est moins développé qu*à Langres et au sud, et, lorsqu'on s*avance vers le nord, il diminue encore d*importauce (1). Les marnes inférieures schisteuses, ardoisées, renferment des rognons de minerai de fer argileux, |)csaut, gris bleuâtre, souvent à Tétat de fer hydraté ou ocreux, comme à la côte de Mont-Lambert (Haute-Marne) et à celle de Châtenay (Vosges). Au-dessus du calcaire marneux, schisteux, solide, qui appartient à Fassise des calcaires noduleux, les marnes supérieures schisteuses, noires, avec des empreintes de Posidonomyes, se reti'ouvent encore ici sur le même horizon qu'à Yassy, et couronnées de même par les calcaires à Ëntroques. Ces marnes du premier étage, qui portent la ville de Nancy (2) , se développent sur la rive droite de la Meurthe où elles forment, avec les assises sous-jacentes, plusieurs tertres isolés à la surface des calcaires à Gryphées arquées. Dans la côte de Maizéville, un calcaire bleu, arénacé, très coquillier, y représenterait, d'après M. Elle de Beaumont (3), le niveau de la pierre à ciment de Yassy, et il en possède en effet les propriétés. Au-dessous de Bouxières-aux-Dames, les bords de la rivière entament encore les marnes noires à Posidonomyes.
Les calcaires du troisième éuge constituent les plateaux des environs de Yézelise, s'élèvent à 1x21 mètres sur la rive droite de la lUoselle, au sommet de la côte d*Essey, où l'on a vu qu'ils étaient couronnés par un épanchement de basalte {antè, vol. III, p. 317). La vallée de la Moselle, creusée dans les marnes irisées, est bordée par les plateaux du lias, et il eu est de même de celle de la Meurthe, ^partir de Saint-Nicolas jusqu'à Nancy. Nons avons déjà parlé des
(1) Élie de Beaumout, Explication, etc., vol. Il, p. 408. {%\ Uonneiy Descript. miner, de la France^ p. 485. (3) Loc, cit. y p. 410.
406 NOBD DE L4 FftAlfCB.
oaractères des deux élages inférieurs du lias dans le centre do département ; noua ajouterons ici quelques raots sur ceux qa*il présente dans sa partie nord-est.
Les carrières ouvertes près du télégraphe de Vie* dans le grès inférieur, montrent bien la composition asseï complexe de cet étage. Ce sont, à partir des marnes irisées, un grès friable, h grain un, Uanc jaunâtre, des marnes noir bleuâtre, feuilletées, un grès calcarifère assez dur, grisâtre ou brun jaunâtre, passant à un calcaire oolithique, et plus haut à un calcaire cristallin, grenu, blanc Ueuâtre, avec des lits remplis de Pboladomyes. Le calcaire sableux passe encore k un grès friable rouge, jaune et blanc, et il est surmonté d'un grès quartzeux tendre, blanc jaunâtre, â grain très fin. L'épaisseur de tous ces bancs, exploités pour divers usages^ suivant leur qualité, dépasse souvent 15 mètres. Une argile noire, schisteuse, semblable à celle qui alterne avec les grès^ se représente audessus, en les séparant du calcaire à Gryphées arquées dont l'épaisseur n'est que de /i à 10 mètres (1).
Les plateaux du lias aux environs de Vie, de Cbàteau-Salins, de Delme et de Pange à Boulay, s'inclinent ensuite légèrement vers la Moselle, et l'on peut les suivre par Soigne jusqu'autour de Metz où nous les étudierons tout à l'heure.
On a déjà vu {antè^ p. 33^) que nous a\ions placé à la base du troisième groupe le minerai de fer oolithique et le grès superliasiqoe réunis par M. Levallois (2) sous le titre de marnes $upérieuret. Ce savant subdivise comme il suit le reste du groupe :
/4 . Marnes schisteuses ou schisto-bitumineuses, à PosidoDomyes,
«g j Inocérames, débris d'Ichthyosaures, etc.
^l2. Grès médioliasique ou calcaire arénacé, gris jaunâtre en
^1 dehors, bleuâtre à Tintérieur, caractérisé par YApicuia
§ / inœquivalvis, la PUcatula spinosuy Y Ammonites spinatas^
2 j la Terebratala triplicuta^ etc. (Agincourt, Custines. Mou^
S / son, etc.).
g' 3. Marnes aVec nodules ovoïdes de fer carbonate argileux,
•\ Pecten œqufvnlvis^ Gryphœa cymbiunty var. dilatée, etc.
[h] Voyez d'Oeynhausen , de Dechen et de Laroche, Geogn. Umrisse (1er Rheinlander^ vol. II, p. 4 92, 4 8Î5. — De Qtrgan, Ann, des mines ^ vol. VI, p. 4 60. — Voltz, Notice géognost. sur les environs de Fie [Ann, des mines, vol. VIII, p. 232, 4 823). — Élie de Beau^mont, Explication^ etc., vol. II, p. 316.
(2) Aperçu de là, constitution géol. du département de la Mettr' the [Ann. des mines, 4* série, vol. XX, p. 681, 1^54).
GftOUPE DU LIA& à07
. Caloaire ooreuiL ou calcaire marneux caractérisé par la 6>rphœa cymbium, rempli de pyrites, dont la décomposition donne à la roche une teinte d'ocre assez constante (Seichamps, Essey, Saulxures, Tomblaine). Cette assise tra- Torse tout le département, se prolongeant au nord dans t I celui de la Moselle, et au sud dans celui des Vosges*
j ( 2. Marnes à Hippopodium pondcrositm^ exploitées pour la fabri- SS • cation des briques et des tuiles (Chartreuse de Bosser.ville].
Calcaire à Gryphées arquées.
Grès infra-liasique.
Les deux ditisions inférieures de cette classification corres* pondent exactement à nos étages 3 et ù, et ne peuvent donner lied à aucane observation ; mais les précédentes ont été Tobjct de remarques particulières de la part de M . I.evftllois qui, s*étant encore eccu|)6 de ce sujet depuis la publication de son mémoire, a bien voulu nous communiquer les derniers résultats de ses recherches. Il pense que son calcaire ocreux est le représentant des calcaire! noduleox des environs d*Avallon, et que son grès médioliasique serait l'équivalent du calcaire noduleux des environs de Langres, différent alors de celui de TAuxois, et un peu plus récent* Ces rapports, a'ils se confirment, ne dérangeraient rien d'ailleurs )i ce que nous avons établi, notre second étage se trouvant toujours compi is entre Thorizon des Posidonomycs au-dessus et celui du calcaire à Gryphées arquées au-dessous, et caractérisé ici par la Gryphcsa cymbium, variété dilatée, dans l'assise des marnes h nodules ovoïdes, et par la variété type dans celle du calcaire ocreux.
A la côte de Tbéidde, à 3 kilomètres d^ la route de Nancy à Nenfchâteau, le même géologue (1) a observé une modification particulière des marnes supérieures. (> sont des calcaires divisés en fragments pseudo-réguliers, souvent prismatoïdes, gris, à reflet Terdâtre, avec des lamelles de carbonate de chaux et de talc vert clair, puis une roche gris verdâtre, friable, douée du magnétisme polaire, composée de talc, de mica, de chaux carbonaiée, de peroxyde de for, et d'une très grande quantité de fer oxydulé. Ce métamorphisme des marnes du lias s'observe sur une hauteur de 30 mètres et une longueur de 120. Il paraît dû au voisinage de quelque roche ignée sous-jacente, peut-être de serpentine 7
(4 ) Notice sur des roc/tes d'origine ignée observées à la côte de '/V/p/o//e, Nancy, 4847.
M. Lebrun (1) s'est attaché à distinguer les caractères qui flépa* rent le grès inférieur du lias de celui des marnes irisées soosjacentes, mais stratigraphiquement et pétrograpbiquement la ligne de séparation lui a paru très difficile à tracer. Il signale aosà à Tombelaine, près de Nancy, sur le bord de la Meurthe, un grès placé sous le calcaire h Gryphées arquées, et dont les fossiles, différents de ceux de ce dernier, ont au contraire leurs ideoUtpies dans le grès d'Heitauge (Moselle).
DtfpartcBirat A partir de Pont-à-i\]ous$on, en suivant la vallée de la Moselle laifoMU*. par Metz et Thionville, la zone du lias remonte droit an N. vers Luxembourg pour se continuer vers le N.-N.-E., et se teraûner entre les rivières de Prûm et de Nims, à la hauteur de Bittbarg. De ce point extrême, la limite nord dn lias se dirige à l'O. , en décrivant une large courbe concave qui passe par Beaufort, Nomeren, Bonnert, Martinsart, Muno, pénétrant dans le département des Ârdennes, pour longer le terrain de transition de Mézières à Hirson, où les marnes supérieures, qui restent seules, disparaissent sous les calcaires oolithiques. Nous traiterons de cette zone, dont la limite iniérieiire forme nn coude à angle droit au nord-ouest de Tbionville, en Tétudiant successivement dans le département de la Moselle, dans le Luxembourg et dans le département des Ardennes. La distribution géographique naturelle de cette zone ne permet pas d'isoler ici de Tensemble ce qui appartient aux territoires belge et prussien.
Sur Texcellente Carte géologique de la Belgique et des contrées voisines qu'a publiée ^f . A. Dumont en 1854, carte qui comprend la formation jurassique du nord-est de la France à partir de Bar-le- Duc et de Nancy, Tauteur a divisé son terrain jurassique en quatre systèmes qui correspondent parfaitement à nos quatre groupes, et il a compris aussi comme nous celui du lias, en y plaçant les marnes ou nos étages 1 et 2, au lien de les réunir au groupe oolitbique inférieur. Le lias de la Moselle, du Luxembourg et des Ardennes, ayant été l'objet de discussions assez prolongées qui ne paraissent pas même encore terminées, nous devons, pour éviter toute confusion, suivre une marche chronologique des publications qui s'y rapportent Quoique plus longue qu'une simple énumération géographique des faits, cette marche nous est en
(4) Bull., 2« série, vol. IX, p. 583, 485l.
quelque sorte commandée, comme dans plusieurs circonstances analogues, par le caractère propre de notre travail.
1^1. y. Simon (1), qui s'est occupé à diverses reprises et avec succès de la géologie du département de la Moselle, pense que le lias y avait déjà subi des dénudations assez considérables lors des premiers dépôts oolithiques, puisqu'on l'observe aujourd'hui à des niveaux très différents. Il y distingue le lias supérieur, le lias infé^ rieur et le grès du lias qu'il compare au quadersandstein de TAllenoagoe, au grès de Luxembourg, et auquel il rapporte aussi le grès d'Hettange, au nord de Tbionville.
Le lias supérieur ou à Bélemnites comprend : 1*» le grès supraliasique que nous avons placé à la base de l'oolithe inférieure; 2^ des marnes micacées, grises, sableuses, renfermant des cylindres calcaires biforés, rencontrés aussi dans le midi de la France où ils ont été désignés sous le nom de bi fissiles, et qui ne seraient pour l'auteur que des concrétions formées autour de corps organisés; 3<» des marnes avec nodules ovoïdes, ellipsoïdaux ou sphéroîdaux, de la grosseur du poing à celle de la télé, disposés en lits dans les marnes grises, et composés de fer carbonate, de calcaire argileux, plus on moin^ ferrugineux, quelquefois de calcaire très compacte ou à grain fin, gris ou bleu à l'intérieur, à surface cannelée ou profondément striée. M. Simon y a constaté de la baryte sulfatée, de la strontiane sulfatée, du zinc sulfuré, du fer sulfuré, dii gypse cristallisé et du lignite (2). En outre, ces nodules sont traversés en tous sens par des veines de calcaire spatbique. Une quatrième assise comprend des marnes feuilletées, bleues ou bleuâtres, et une cinquième un calcaire gris brunâtre avec des Bélemnites.
Le lias inférieur ou à Grypbées arquées est, comme dans toute la bande que nous avons étudiée jusqu'ici, composé de calcaires bleus, compactes, à grain fin, alternant régulièrement avec des
(I ) Descript, de la partie de la formation oolithique qui existe dans le département de la Moselle [Mém. Acad. de Metz, vol. XIV, 4833-34). — VInstitut, 1" juin 1836. — Mém.jar le lias du dé^ parlement de la Moselle {Mém. Acad. de Metz^ 1836-37). — Aperçu sur la géologie de la Moselle^ 4 838, 3* session du congrès scientifique de France.
(2) Voyez, pour la composition de ces rognons, Études minéralogiques et chimiques sur les minerais de jcr du département fie la Moselle, par MM. Langlois et Jacquot {Ann, des mines y 4* série, vol. XX, p. 409,4864).
marnes grises ou bieuâlres. Des rognons ctlcatres ofoides s'y remarquent aussi entre certains bancs. Ces deux principales subdifisîons du groupe ne se superposent pas régulièrement toitant M. Simon ; aussi présumet^il qu^elles ont dû être séparées par des modifications assez sensibles dans k relief du sol.
Les divisions précédentes ont été suivies par M. A. Pooiel (i) qui réunit aussi au lias les grès et les minerais de fer oolilbiques auiquels succèdent les marnes argileuses bleues, fissiles, iTee Aotmonltes, les calcaires plus ou moins sableux, micacés, avec Plicatules, les marnes bleues, fissiles, avec Belemnites paxillosu$^ et des nodules ovoïdes ferrugineux très abondants vers le haut, enfin les couches à Gryphœa cymbium reposant sur le calcaire à Grypbéei arquées. L*auteur remarque que ce dernier s*amincit vers le nord du département où il est recouvert par des couches aréoaoéest qnartxeuses, qui vers Touest deviennent plus calcarifères en s'appuyant contre le terrain de transition des Ardennes.
Dans ces couches sableuses, qui seraient aussi recouvertes par les assises à Gryphœa cymbium. se renconti*eraient encore les fossiles les plus caractéristiques du lias à Gryphées arquées, et en outre une faune particulière qui différerait de celle du lias normal par suite de la nature des sédiments. Les végétaux sont ceux du lias inférieur [Clathropteris menUcioides . Odontopterii cyca* dea^ etc. , Moreauya imbricata. Zamites Hennochii, ZamiolepU di9$ectat Tœniophylium Terquemii\ Les plantes des étages plus élevés sont le Fucoides granulatus, 3 espèces voisines de celle-ci et signalées à Bol! (Wurtemberg), et 2 rencontrées avec le Zamites Simonii dans les calcaires ferrugineux supérieurs; en tout 14 espèces de végétaux qui ont été recueillies dans le lias de ce pays. Ce sont comme on voit des algues, des cycadées et des conifères, ainsi qu*oH Tobserve généralement à ce niveau. Déplus, .M. Pomel signala une faille dirigée N. , S. , le long des escarpements de la rive droite de la Moselle, près de Metz, et qui a amené les marnes irisées au même niveau que les marnes à nodules ovoides. ' M. Elle de Bcaumont (2) a également adopté les vues de M. Simon, et rapporte le grès supérieur au marly sandstone ; mais il jconsidère ici les calcaires gris ou brunâtres, remplis de Belemnites, qui surmontent le calcaire à Gryphées arquées, comme coostituani
(4) fiufU «• série, vol. m, p. 662, 4846. (2) Explication^ etc., vol. II, p. 423.
GROUPE DU LIAS. ftU
Passise supérieure de ce dernier. Les inirnes bleuet qui viennent au-dessus des Bélemnites forment la base d*un grand nombre de eoliines des environs de Metz, et le pied des coteaux de la rive ganche de la Moselle, depuis Pont-à-Mousson jusqu'aux environa deXhionville. Â Sainte-RuflBne, on trouve au contact du calcaire des rognons de fer sulfuré, et plus haut des cristaux de gypse» dès Monotis^ des Posidonomyes, des Modioles, de petites Ammonites très comprimées, etc.
Vers le nord-ouest, cetie assise prend une grande extensioni devient sableuse, et il s'y développe même en quelques points de nombreux bancs de grès exploités dans les carrières d'Hettange, au nord de Thionville. Ces grès rappellent les grès de Vie et ceux de Luxembourg, avec lesquels ils ont été assez généralement Confondus. Les diverses variétés sableuses et friables, calcarifôres et asses dures, tout à fait calcaires, etc., alternent entre elles, et sont sépa« rées par des grès schisteux, micacés, à ciment argileux. Elles ren* ferment des empreintes végétales (1), et les coquilles ne seraient que des espèces voisines des Lima gigantea, proboscidea^ inœifui^ itriatat etc. I.e grès d'Hettange, poursuit M. Elle de Reaumont (p. 426), repose sur les marnes schisteuses noires, avec fer carbo* naté litholde, des rognons calcaires à structure radiée, des Bélem* nites, des Ammonites, etc. Ces marnes sont supérieures au calcaire à Qryphées arquées. Le grès se prolonge au N.-N.-O. avec des caractères essentiellement arénacés, comme au nord de Grandcourti et lorsqu'on s'avance encore plus à l'ouest
De nombreuses carrières sont ouvertes dans le calcaire à Gry-» phées des environs de Metz, qui fournit des chaux hydrauliques très estimées connues sous le nom de chaux de Metz^ et qui doi* vent leur propriété à la proportion de l'argile qui est d'environ 15 pour 100. Les fossiles de ces bancs sont principalement : Mon* teHia cylindrica, Cyathophyllum decipiens, Defr.» Pentacrinuif Pholadornya ambigua, Astarte^ Pinna Hartmanni^ Avicula inœ* quivalvis^ Lima gigantea, Gryphœa arcuata, Terebratula acuta^ Spirifer Walcoiii^ Lingula^ Fleurotomaria omatai des Bélemnites, Ammonites bisulcatiis, A. Conybeari et des vertèbres de poissons.
Lorsque de Metz on se dirige vers le N., en voit le lias se relever légèrement à l'Ë. et séparé des marnes irisées par le grès inférieur
(4) V. Simon, Mém, sur le lias de ta Moselle ^^ fi.
semblable à celui de Vie et de Oieuze. Oq Tobserve à Saiot-Julienlez-Metz, et il se développe particulièrement, comme Ta fait remarquer M. Levallois (1), à Kédange, où les diverses variétés de grès et le calcaire grenu sableux de Vie passent les unes aux autres.
On vient de voir que le grès exploité à Hetiange avait été considéré d'abord comme inférieur au calcaire à Gryphées arquées, puis comme supérieur au calcaire à Bélemnitesqui le rerouvre, c*est-kdire dans deux positions essentiellement différentes : telle est l'origine des discussions auxquelles se rattachent directement celles dont le grès de Luxembourg a aussi été l'objet. Nous devrons quelquefois par avance faire allusion à ce dernier, sauf à éclaircir ensuite ce qui pourrait rester douteux dans Tesprit du lecteur.
M. Hennoque (2), considérant que le grès d*Hettange est identique avec celui de Luxembourg etd*Arlon, pense qu'il doit être aussi inférieur au calcaire à Gryphées arquées. De son côté, M. Buvignier (3), en suivant une ligne qui passe par les villages de Boust et de Faulbach situés au nord, trouve que le grès en question repose sur les marnes à Belemnites elongatus et Ammonites planicosta, de dessous lesquelles sort, à Faulbach, le calcaire à Gryphées arquées. Les Gryphées, qui à Hettange, Roussy/ Boust, etc., se montrent au-dessus du grès, n'appartiennent pas à la Gryphce arquée , mais aux G, obliquata ou MaccuUochii qai s'élèvent plus haut dans la série. M. Terquem (/i), à l'appai de la première opinion, avait fait voir, par plusieurs coupes, comment le grès d'Hettange se trouvait au-dessous du calcaire à Gr}'phées arquées, et comment il avait dû être soulevé longtemps avant le dépôt de ce dernier. Mais M. Buvignier (5), en repoussant les conclusions déduites des fossiles cités par son adversaire, a présenté une nouvelle coupe passant par Hettange, et dans laquelle le grès, de même que dans la coupe de Boust, serait subordonné à deux assises de marnes à nodules ovoïdes. Quant à la coupe tronçonnée présentée par M. Terquem, elle serait peu |îropre à donner une idée exacte de la vraie relation des couches.
M. Deshayes (6) s'est rangé à l'opinion de M. Hennoque qui.
(4) Congrès scientifique tenu à Metz.
Mém, de la Soc. d'hist, nat, de Metz, Bull,, 2« série, vol. IX, p. 77, 4 854. Ih., p. 78.
Ib., p. 286.
comme on vient de le dire* met le grès sous le calcaire à Gryphées arquées, tandis que M. Levillois et M. d*Omalius (1) |>ersistent h le placer au-dessus, ce dernier se fondant sur ce que le grès de Luxembourg, qui a été reconnu identique avec celui d'Hettange, est recouvert par le calcaire marneux de Strasseu avec Gryphées arquées et Gryphœa cymbium. Cette dernière espèce serait ici plus caractéristique que la première, laquelle se trouverait élevée ainsi au-dessus de son horizon habituel. Rien n'est encore venu conGrmer cette inversion supposée.
M. Levallois» qui publia ensuite une Note sur le grès d'Hettange et sur le grès de Luxembourg (2), note à laquelle était joint un tableau de la composition du lias dans le département de la Meurthe et dans les pays voisins, a modifié depuis quelques-unes de ses conclusions, et nous dirons, d'après les observations manuscrites qu'il a bien voulu nous adresser à ce sujet, qu'il place actuellement,^ audessous du calcaire à fiélemnites de M. Simon, un petit banc maruocalcaire avec Gryphées arquées, le grès d'Hettange, le calcaire à Gryphées arquées de Distroff, puis à la base le grès de Kédange on grès inférieur du lias.
I\l. Terquem (3), en donnant aussi un tableau comparatif des couches, établit la série suivante dans le lias du département de la Moselle, série dont nous retranchons, comme on Ta vu, la partie la plus élevée qui comprend les marnes micacées, les minerais de fer oolithiques et le grès supérieur, et dont nous réunissons les autres termes dans les quatre étages que nous avons adoptés.
!4. Calcaire gréseux, ou mieux, grès calcarifère (4).