‹ Histoire des progrès des sciences naturelles depuis 1789 jusqu'à ce jour (volume 4)Chapitre 3 sur 11 · BUFFON. COMPLÉM. T. I · texte numérisé non relu

BUFFON. COMPLÉM. T. I

la science. La théorie des affections morales et de leurs ressorts s'arrête plus promptement encore devant cette continuelle et incompréhensible mo^ bilité du cœur, qui met sans ce^se toute régie et toute prévoyance en défaut , et que le génie seul , comme par une inspiration divine, sait diriger et fixer. Les sciences naturelles, qui n'ont que le second rang pour la certitude de leurs résultats, méritent donc, sans contredit, le premier par leur étendue ; et même , si les sciences mathématiques ont l'avantage d'une certitude presque indépendante de l'observation , les sciences naturelles ont celui de pouvoir étendre à tout, le genre de certitude dont elles sont susceptibles.. .

Une fois sortis des phénomènes du choc , nous n'avons plus d'idée vMte des rapports, de cause et d'effet. Tout se réduit à recueiUir des feits particuhers, et à chercher des propositions générale^ qui en embrassent le plus grand nombre possible. C'est en cela que consisteftt toutes les théories physiques; et, à quelque généralité qu'on ait conduit chacune d'elles , il s'en fauf encore beaucoup qu'elles aient été ramenées aux lois du choc,, qui seules pourroient les changer en véritables explications*

Il existe cependant quelques uns de ces principes ou de ces phénomènes élevés, déduits de rexpé-rience généralisée , qui , sans être eux-mêmes encore

eE{>lic}ué8 ratioandlémeiit, sembkiit donner une explication assez génék*ale et assez plausible de$ phénomènes inférieurs , pour cdntenter Fesprit , tant qu'il ne cherclie pas une précisimi rigoureuse dans les relatk)ns qu'il saisit* Telles sont sijir-tout lattraction et la chalein* combinées avec les figures prinntives que Ton peut admettre dans k^ molécules des corps , et que Fou peut y considérer comme constantes et uniques pour chaque substance.

L'attraetion générale, si bien établie entre lés grands corps de Funivers par les phénomènes astronomiques, paroît, en effet, régner aussi entre les particules ra|^rochée$ de matièt*e qui composent les elifliérentes substances terrestres ; tnais, aux distances énornKîS où les astres sont lei uns des autres, chacun d'eux peut être cotisîdéré comine si toute sa matière étedt concentrée en tin point, tandis que , dans Fétat de rapprochement des molécules des corps terrestres, leur figure influe sur leur manière d'agir, et modifié puissa^mniént le résultat total «le leur attraction. De la les particularités de l'attracticai moléculaire^ et la po^bilité d'àttribûerd'unemanière générale à son action , limitée par celle de la chaleuri^ par quelques autres causes analogues , les phénomènes de la cohésion et ceux des affinités chimiques. Ces derniers expliquent à leur tour la formation des min^aux et toutes les

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altérations de Tatmosphère, les mouvements des eaux et leur composition. Les corps vivants eux:mêmes laissent apercevoir clairement, dans une multitude d^eurs phénomènes , Finfluence de l'affinité qu'ont entre eux, et avec les substances extérieures, les éléments qui les composent ; et beaucoup de ces phénomènes n'échappent peut-être encore aux explications déduites dé Faffînité que parcequ'il nous échappe aussi plusieurs des substances qui prennent part aux mouvements multipliés de la vie.

Toujours voit-ôn qûè^ dans ces cas compliqués, les principes dont nous parlons sont plus propres à reposer l'imagination qu'à donner une raison précise des phénomènes, et que même, dans les cas plus simples où nul ne peut méconnoitre leur influence , on est bien éloigné encore d'en avoir réduit l'appréciation à la rigueur des lois mathématiques.

Nous sommes dans l'ignorance la plus absolue de la figure des molécules élémentaires des corps ; et quand nous la connoitrions, il seroit impossible à l'analise d'en calculer les effets dans les attractions à petites distances qui déterminent les affinités diverses de ces molécules. . .

Par conséquent lés seuls principes généraui qui paroissent dominer dans les sciences physiques

sont aussi ce qui 1^ rend rebelles au calcul , et ce qui les réduira long-temps à lobservation des faits et à leur classement. En d'autres mots , nos sciences naturelles ne sont que des faits rapprochés, nos théories que des formules qui en embrassent un grand nombre; et, par une suite nécessaire, le moindre fait bien observé 3oit être accueilli, s'il est nouveau , pnii^qu il peut modifier nos théories les mieux accréditée , puisque lobservation la plus simple peut renverser le système le plus ingénieux, et ouvrir les yeux sur une immense série de découvertes 4piU: noua séparoit le voile des formules reçues.

C'est là ce qui donne aux sciences naturelles leur caractère particulier, et ce qui, ôtant du champ qu elles parcourent tout obstacle et toute limite , y promet des succès certains à tout observateur raisonnable qui j ne s'élevant point à des suppositions téméraires , se borne aux seules routes ouvertes à Fesprit humain dans son état actuel ; mais c'est aussi là ce qui miiltiplie, comme nous l'avons dit, audelà de toute mesure , les travaux particuliers qui méritent d'entrer dans cette histoire.

Le genre de certitude qui résulte de l'observation bien faite s'applique , en effet , à tout ce qui est observable ; et comme les tables astronomiques , rédigées seulement d'après les remarques long-temps

continuées dqs astronomes, constitueroient déjà une science très importante, quand même Newton n auroit pas créé Fastronomie physique , nous avons aussi, sur tous les objets naturels, depuis la îûmple agrégation des molécules d'un sel ^jusqu'aux mouvements les plus compliqués des animaux , jusqu'à leurs sensations les plus délicates , des espèces de tables moins précises à la vériié , et dont sur-tout les principes rationnels sont encore loin d'être découverts , mais dont la partie empirique , ou purement expérimentale, ne s'en perfectionne et ne s'en étend pas moins chaque jour.

Au reste , si nous continuons à rapporter ainsi toutes nos sciences physiques à l'expérience généralisée , ce n'est pas que nous ignorions les nouveaux essais de quelques métaphysiciens étrangers pour lier les phénomènes naturels aux principes rationnels ^ pour les démontrer à priori y ou,, comme ces métaphysiciens s'expriment , pour les soustraire ^ à la conditionnahté.

Il n'entre pas dans notre plan de nous occuper de cette partie générale .et purement métaphysique ; nous n'avons à parler ici que des applicatiops particulières que l'on en a faites aux divers ordres de phénomènes, depuis le galvanisme et l'affinité chimique , j usqu'à la production des êtres organisés et aux lois qui les régissent : nous ne pour

vons nous empêcher de déclarer que nous n y avons vu qu un jeu trompeur de l'esprit , où Ton ne semble faire quelques pas qu'à l'aide d'expressions figurées prises tantôt dans un sens et tantôt dans un autre , et où l'incertitude de la route se décèle bien vite , quand ceux qui s'y donnent pour guides ne connôissent pas d'avance le but où ils prétendent qu'elle conduit. Ea effet , là plupart de ceux qui se sont livrés à ces l'echerches spéculatives , ignorant les faits positifs , et ne sachant pas bien ce qu'il falloit démontrer , sont arrivés à des résultats si éloignés du vrai , qu'ils suffiroient pour faire soupçonner leur méthode de démonstration d'être bien fautive.

Nous n'ignorons pas non plus que la plupart de ces métaphysiciens, fisdsant abstraction de toute idée de matière , se bornent à considérer les forces qui agissent dans les phénomènes , et que les corps eux-mêmes ne sont à leurs yeiix que les produits de ces forces : mais ce n'est au fond qu'une diflfiérence d'expression qui n'apporte aucun changement dans les théories spéciales ; et ceux même qui croient ces subtilités métaphysiques utiles pour accoutumer à l'abstraction l'esprit des jeu îles gens , et pour l'exercer à tous les artifices de la dialectique , conviennent qu'elles n'ont point d'influence dans rhi^toire et l'explication des phénomènes positifs ,

et que lemploi du langage ordinaire y est sans inconvénient.

Laissant donc de côté le^ vains efforts que Ton a faits , dans tous les siècles , pour procurer aux objets qui nous entourent et aux apparences qulls Hianifestent un autre genre de certitude; que celui qui peut résulter de lexpéri^nçe , et nous en tenant à celle-ci, autant quelle est gouverné^ par les lois d'une saine Iqgique, qui seules lui sont supérieures, nou^ allons parcourir son vaste domaine dans Tordre de simplicité et dp généralité de^ faits qu elle nous présente.

Prenant pour guide celui de tou^ les phénomènes que nous avons dit être le plus général et exercer sur les aiitres Tinfluence la plus upiversçUe , nous considérerons d abord lattraction moléculaire dans ses effets les plus simples , dans les lois auxquelles elle est soumise , et dans les modi^cations qu elle éprouve d^ la part des autres principe^ généraux, lia théorie des cristaux et celle des affinités commenceront donc cette histoire, et avec d autant plus davantage, que ce sont deux 3cipnces entièrement nouvelles , et nées dans la période dont noi|s avons à rendre compte.

Passant ensuite aux combinaisons et décompositions que les affinités produisent entre les diverses substances simples, soit dans no§ |^oratoires, soit

au*dehors, nous tracerons i*histoire de la chimie, dont la météorologie , l'hydrologie , et la minéralor Qie sont en quelque sorte des dépendances.

Mais il faudra, bientôt après, considérer le jeu des affinités dans ces corps d'une forme plus ou moins compliquée , dont l'origine n'est point connue, et dont la composition est loin encore de l'être; dans les corps organisés, en un mot, où l'action simultanée de tant de substances entretient, ^^x niiUeu d'un mouvement continuel , une constance d'état , objet éternel de notre étonnement , et borne peut-être à jamais insurmontable pour toutes les forces de notre esprit.

Vanatomie , la physiologie, la botanique, et la zoologie s'occupent de ces êtres merveilleux, et forment des sciences tellement unies par des rapports nombreux , que Içurs histoires seront presque inséparables.

Les circonstances les plu^ favorables au développement, à. la propagation , et à la v\g des espèces utiles , et les altérations de Tordre der^leurs fonctions, c'est-à-dire les maladies, qui elles-mêmes sont soumises à un certain ordre dont on peut saisir les lois, forment, à cause de leur importance pour la société , l'objet de deux sciences particuhères , bases de l'agriculture et de l'art de guérir.

C'est par leur histoire et par celle des arts qui en

lO SCIENCES PHYSIQUES.

dépendent que nous terminerons cet exposé des progrès des sciences' naturelles , ajoutant seule^ ment, en quelques mots 3^ l'indication des principaux avantages qu'ont retirés de ces progrès les arts plus matériels.

La plupart des gouvernements se croient le droit de ne voir et de n'encourager dans les sciences que leur emploi journalier aux besoins de la société; et sans doute le vasie tableau que nous avons à tracer pourroit ne leur paroître , comme au vulgaire , qu'une suite de spéculations plus curieuses qu'utiles.

Mais les hommes instruits, que n'aveuglent pas de vains préjugés, savent parfaitement que toutes ces opérations de pratique , source^ des commodités de la vie, ne sont que des applications bien faciles des théories générales , et qu'il ne se découvre dans les sciences aucune proposition qui ne puisse être le germe de mille inventions usuelles-

On peut dire aussi que nulle vérité physique n'est indififiîf^ente aux agréments de la société, comme nulle vérité morale ne Test à l'ordre qui doit la régir. Les premières ne sont pas même étrangères aux bases sur lesquelles reposent l'état dès peuples et les rapports politiques des nations : l'anarchie féodale subsisteroit peut-être encore , si la poudre à canon n'eût changé l'art de la guerre ; les

deux mondes seroient encore séparés sans iaiguille^ aimantée ; et nul ne peut prévoir ce que deviendroient leurs rapports actuels , si Ion parvenoit à suppléer aux denrées coloniales par des plantes indigènes.

Mais, sans nous jeter dans ces hautes conjectures , en parcourant un moment les procédés des arts, nous verrons aisément qu'il n'en est aucun qui n'ait ressenti jusque dans ses moindres détails l'influence bienfaisante des découvertes scientifiques qui ont illustré notre période.

Puissions-nous^donc peindre dignement ce grand ensemble d'efforts et de succès ! puissions-nous présenter dans leur véritable jour à l'autorité suprême ces hoBunes respectables sans cesse occupés d'éclairer leurs semblables et d'élever l'espèce humaine à ces vérités générales 4jui forment son noble apanage, et doù découlent tant d'applications utiles! Cet espoir seul nous soutiendra dans la longue et pénible carrière où nous nous trouvons engagés.

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