XIV
FISTULE À l'anus.
C'est autant , peut-être , à l'habitude de la station verticale et de l'attitude assise , qu'à la disposition anatomique et à la structure de la région inférieure du tronc, que l'homme doit d'être sujet à une multitude de maladies dont le siège existe aux environs de l'extrémité inférieure du rectum. Parmi ces maladies l'une des plus fréquentes est la fistule à l'anus, lésion locale trop souvent dépendante d'une affection pulmonaire. On y remédie à l'aide d'une opération de chirurgie dans laquelle on réunit, par un procédé quelconque, le trajet fistuleux au canal de l'intestin. Cette opération est arrivée de nos jours à un tel point de perfection et de simplicité , qu'on aurait lieu de s étonner de l'importance que nos de-
vanciers lui accordèrent, et de l'effroi qu'elle cause encore aux malades , s'il n'était également facile d'en trouver l'explication.
, Long-temps on pensa que l'orifice interne des fistules stercorales pouvait exister à une hauteur considérable, dépasser la portée du doigt indicateur oii même s'élever à cinq ou six pouces au-delà de l'anus. Tous les efforts tentés, tous les instrumens imaginés pour y parvenir étaient la conséquence nécessaire de cette fausse idée; elle leur servait à la fais de motif ^t d'excuse. Les recherches multipliées et les travaux assidus de notre collègue M. Ribes, ayant démontré saris réplique que l'orifice interne n'existe jamais à\plus de deux pouces des tégumens, et que plus souvent il est de huit à douze lignes de l'anus, tous les instrumens inventés pour arriver plus loin deviennent superflus, j'ai presque dit ridicules; et la Thérapeutique des fistules à l'anus se trouve ramenée à cette heureuse simplicité, caractère du vrai dans les arts utiles comme elle l'est du beau dans les arts agréables. Une simple sonde cannelée, flexible, servant de conducteur au bistouri ordinaire, suffit à cette
opération, pour laquelle tant de procédés furent imaginés : réduite à une incision qui divise toutes les parties comprises entre le trajet flstuleux et le rectum par l'orifice duquel la sonde, introduite dans la fistule, est facilement ramenée , l'opération de la fistule à l'anus est devenue l'une des plus aisées de la Chirurgie. Les recherches d'anatomie pathologique ayant établi la situation véritable de l'orifice interne, le raisonnement est venu confirmer les résultats de l'observation et démontrer que non-seulement les choses sont ainsi, mais encore qu'il est difficile qu'elles soient autrement. En effet , si l'on fait attention à l'épaisseur de la couche graisseuse dont le bas du rectum est environné, et dans laquelle son exti'émité est comme plongée, on s'aperçoit qu'elle n'a pas plus de deux pouces d'épaisseur chez les personnes les plus grasses. Il faudrait donc que le rectum fut percé dans cette portion que le péritoine environne (ce qui n'arrive jamais) pour que l'orifice interne de la fistule existât à une hauteur que le doigt ne pourrait atteindre. C'est le plus souvent à l'endroit où finit le sphincter de l'anus, immé-
diatement au-dessus de son bord supérieur, qu'existe l'orifice interne qu'allaient chercher si haut tous les inventeurs d'instrumens pour l'opération de la fistule à l'anus. C'est pour atteindre à cette portée que Desault renouvelait l'usage du gorgeret de Marchettis, ou en imaginait de plus compliqués pour exécuter le procédé défectueux de la ligature; tels , par exemple , sa pince et son gorgeret à repoussoir. Vainement Sabatier enseignait et prouvait, par l'expérience, qu'une simple sonde cannelée flexible suffisait pour l'opération de la fistule. Pratiquant son art dans un hôpital éloigné du centre de la capitale, ennemi modeste de tout charlatanisme , sa voix fut à peine entendue , tandis qu'entouré d'un nombreux auditoire, Desault, placé sur un théâtre plus favorable, répandait ses erreurs sur la foule abusée ; erreurs déplorables qui ont survécu à leur auteur et dont nous avons été nous-mêmes trop long -temps la dupe et l'écho. Toutefois Sabatier admettant que l'orifice interne du trajet fistuleux pouvait exister au-dessus de la portée du doigt indicateur, il était permis de croire que des instrumens
spéciaux pouvaient, au moins dans certains cas, être utiles. 11 était re'servé à l'un de ses élèves les plus chers et les plus distingue's, M. Piibes, d'en démontrer la parfaite inutilité par la simple détermination de la hauteur à laquelle se rencontre l'orifice interne.
Quoique simple, facile et souvent efficace, l'opération de la fistule n'est pas toujours suivie de la guérison des malades. Deux causes générales expliquent ces défauts de succès. La première est le résultat d'une disposition interne, d'une lésion organique des poumons, dont l'apparition d'un abcès au fondement, l'établissement d'une fistule aux environs de l'anus , ou le défaut de cicatrisation de la plaie résultante de l'incision de cette fistule, est assez souvent la première annonce. La seconde est le défaut de pansemens méthodiques. La nature des soins qu'exige une fistule à l'anus opérée par incision, pour arriver promptement à une guérison complète, est aujourd'hui parfaitement déterminée et hors de toute contestation. Tout le monde convient que l'introduction d'une mèche de charpie entra les lèvres de la plaie, est utile non-seule-
6b' HISTOIRE
ment durant les premiers jours qui suivent l'opération, pour exciter dans les bords une inflammation suffisante , mais surtout afin d'empcclier que la réunion de la plaie se fasse du côté du rectum avant d'être achevée du côté de la fistule , auquel cas l'opération serait inutile. C'est dans ce but surtout qu'il est utile de maintenir une mèche de charpie dans la plaie résultante de l'opération de la fistule à l'anus , et d'en diminuer graduellejiient la grosseur, en sorte que les bords se réunissent d'abord du côté du trajet fistuleux et que la cicatrice s'achève du côté du rectum.