‹ Histoire des progrès récens de la chirurgieChapitre 3 sur 24 · TRÉPAN · texte numérisé non relu

TRÉPAN

En apprenant que, depuis trois années , un seul fait d'opération de trépan , pratiquée à la suite d'une plaie de tête , tous a été communiqué, les personnes étrangères à l'art s'étonneront qu'une opération si importante dans ses fastes , soit , pour ainsi dire , exclue de sa pratique. Le premier volume des mémoires dé l'Académie royale dé Chirurgie est , pour ta plus grande partie, composé de morceaux relatifs au trépan: c'est par cette opération qu'on a long-temps commence les cours et les traités de Chirurgie , comme si , dans le temps où la Médecine en France était l'objet de deux professions distinctes , les chirurgiens eussent pensé s'élever au-dessus de leurs rivaux et ennoblir leur profession trop long-temps avilie , en «'occupant des lésions qui intéressent l'organe de nos facultés les plus relevées , tandis que les médecins proprement dits , partisans , pour la plupart , de ta médecine stercoraire 1 , parais-

1 A cette époque, Chirac tenait à Paris le sceptre de la Médecine; Chirac, dont la maxime était de purger au moins de deux jours l'un dans toute maladie : Purgare saltem altemis die bus. Vainement Philippe Hecquet, si plaisamment ridiculisé par Lesage, sous le nom du docteur Sangrado, écrivit-il contre cette absurde pratique l'opuscule intitule' : De purgandd medicind à curarum sordibus , et voulut-il y substituer la saignée et la boisson fréquente.; la médecine évacuante conserva la vogue dont elle jouissait depuis Molière , jusqu'à ces temps où les purgatifs , dans leur emploi comme méthode générale du traitement des maladies , durent céder la place aux émétiques vantés par Stoll. Nous avons vu ceux-ci remplacés par les toniques tant prodigues par Brown et les médecins de son école , et les toniques exclus à leur

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saient plongés dans la dégoûtante contemplation des matières excrémentitielles. De tels motifs étant bien éloignés de nous , on se demande pourquoi l'opération du trépan , si souvent pratiquée jadis , est , pour ainsi dire , tombée en désuétude.

Il m'est qu'un très-petit nombre de cas dans lesquels cette opération se trouve positivement indiquée. Par suite de la configuration du crâne , et des lois qui président à la transmission des mouvemens, le plus grand nombre des fractures arrive à la base de la boîte osseuse , endroit où ses parois doivent , en vertu de leur épaisseur, offrir le plus de résistance , et que sa situation met à l'abri de l'atteinte; directe des corps vulnéràns, comme elle s'oppose à ce que nos instrumens puissent y être appliqués. Puis , lorsque la fracture existe dans un point du crâne qui leur est accessible, les signesde l'épanché ment étant bien déterminés , il reste sur son véritable siège une multitude de doutes et d'incertitudes. Il existe bien plus souvent dans la propre substance du cerveau qu'entre le crâne et la dure-mère : on ne voit guère d'où pourrait, dans ce dernier cas, provenir la matière de l'épanchement , à moins que f artère sphéno-épineuse ou méningée moyenne n'eût été déchirée ; alors même l'évacuation du liquide épanché pourrait avoir lieu dans l'intervalle des fragmens. 11 ne faut donc point s'étonner que l'opération du trépan soit rarement pratiquée , les chirurgiens de nos jours se bornant , dans le traitement des plaies de tête, à l'emploi des moyens généraux , tels que la saignée , les évacuans et les épispastiques. Enfin les lumières acquises par les travaux de plusieurs élèves de l'Ecole de Médecine de Paris (C) , touchant le mécanisme suivant lequel les épanchemens formés dans la substance du cerveau sont gra-

tour par les antiphlogistiques , dont la vogue se soutiendra aussi long temps que l'on regardera l'irritation comme la cause générale des maladies.

DE LA CHIRURGIE. u dueBement .tearbés, dosent rendre lotion du trépan , déjà si rare, encore moins fréquente. U résulte des recherches de MM. Riobé , Rochoux et Serres , que dans les déchiremerts traumatiques ou apoplectiques de l'encéphale , le sang qui s'épanche est bientôt entouré d'une couche de timpbfe organisable qui effectue la résorption du liquide. Lorsque ce kiste membraneux spontanément organisé autour de la masse de l'épanchement, en a opéré l'entière absorption , il se resserre sur lui-même , ses parois adhèrent l'une à l'autre , il se transforme en une cicatrice jaunâtre qui , peut>être à la longue , finit par disparaître sous l'influence du mouvement nutritif. Pour remédier à des lésions aussi graves qu'un épanchement dans la propre substance du cerveau, la nature possède donc une force médiatrice et des ressources ignorées de nos prédécesseurs.

Cependant il est eneore des occasions , peu nombreuses , il est vrai , dans lesquelles rien ne saurait suppléer à r opération du trépan; et nos collègues MM. Bécfcrd et P. Dubois, nous ont {ait connaître un de ces cas où le trépan est institué avec le plus d'avantage. Dans l'observation qu'ils nous ont communiquée , il y avait plaie sans fracture apparente dans la région temporale droite; la moitié gauche du corps était frappée de paralysie, tous les symptômes de répanchement existaient : trois couronnes de trépan furent appliquées à la partie supérieure de la fosse temporale formée par le pariétal , et par Ifeur moyen on reconnut à la fois la fracture et un épanchement considérable résultant de la lésion de l'artère sphéno^pmeuse ; un filet de sang vermeil s'échappait du vaisseau et coulait sur un caillot volumineux et noirâtre; on retira , par les ouvertures , huit onces environ de sang coagulé. Ce fait déjà si précieux par sa rareté et le plein succès dont l'opération a été suivie , nous offre un exemple de Papplication heureuse du trépan sur la région temporale , que les

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anciens, trop timides , prescrivaient de respecter. Il établit , en outre, qu'on n'a pas toujours besoin de signes sensibles pour se décider à l'opération du trépan ; car ici ces signes manquaient , et néanmoins l'application du trépan a confirmé

la justesse du diagnostic établi ayec une parfaite sagacité.

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