‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'Orange (volume 2)Chapitre 49 sur 69 · B HISTOIRE DES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

B HISTOIRE DES PROTESTANTS

extérieurement du moins, les armes du duc de Rohan dans le Vivarais. Ce dernier lui écrivait, à la date du 10 avril 1628 : « Je ne suis méconnaissant des obligations que je vous ai. » Du reste, toute la principauté d'Orange était acquise au parti du duc, qui écrivait à la même date à l'avocat Saint-Julien : « J'ai appris de M. de Saint- André de Montbrun les bonnes dispositions que vous avez pour moi, dont je vous ai beaucoup d'obligation. » Il existe d'autres lettres de Saint-André de la même époque à Valkembourg, au pasteur Chambrun le père , et au sieur de Raphélis , qui témoignent du même fait. Saint-André, lieutenant du duc et gouverneur de Baix , disait à ce dernier qu'il désirait (( conférer avec lui des moyens qu'il peut avoir de subsistance (i). »

Quoi qu'il en soit, Frédéric-Henri, désireux de faire cesser les divisions intérieures fomentées par Valkembourg, qui se prétendait calomnié et poursuivi depuis trois ans par la haine du sieur de Volberghen (2), un des conseillers du prince, envoya, en 1629, deux commissaires à Orange pour pacifier les esprits ; mais ils échouèrent dans leur mission. L'un d'eux mourut après un an de séjour, et Valkembourg obligea l'autre de partir.

L'année suivante , en mars ou avril , le prince d'Orange envoya un autre commissaire , nommé de Knuyt , avec la charge expresse de destituer le gouver-

(1) Ms. de Carpentras, XXXI, vol. II. — Voy aussi Eiat des provinces rebelles non. subjuguées, s. 1. n. d., 162 1, in-4°.

(2) Celui-ci était venu à Orange douze ans auparavant (Voy. p. 27J). Valkembourg, dès le 10 juin et le 30 aoiàt 1627, demandait au prince des officiers sur lesquels il pût compter. Il se plaignait, dans une lettre du 29 octobre 1628, que, depuis le 10 septembre 1627, toutes ses lettres étaient restées sans réponse, quoiqu'elles fussent importantes, et qu'on avait donné comme enseigne aux soldats de la garnison le sieur van Santcn, dont le père était son mortel ennemi.

neur infidèle. C'était un homme de cœur et de raison , actif et vigilant au possible, en môme temps que fort attaché à son souverain. Il lui fallut beaucoup de temps et de patience pour réduire Valkembourg, qui soutint un véritable siège dans le château d'Orange. Arrivé à la chambre où il s'était retranché, le sieur de Mimet , gentilhomme provençal, qui commandait les soldats de Knuyt, fit tirer un double coup de mousquet et de pistolet par une ouverture, pratiquée dans la porte à coups de massue, et l'on entendit Valkembourg s'écrier en tombant : « Je me rends, je suis mort. » La porte fut alors enfoncée, et Mimet, aidant le gouverneur à se relever, le fit porter sur son lit, en lui représentant qu'il était le seul artisan de son malheur.

Valkembourg , se sentant atteint mortellement , demanda un ministre et un chirurgien. Les deux frères Sylvius, qui remplissaient ces offices, accoururent auprès de lui et le pressèrent de rendre les clés du château"et de se repentir de ses fautes, mais il s'y refusa obtinément. Sa femme, qui se trouvait ailleurs, et qu'on manda en toute hâte, n'eut pas plus d'influence sur lui, bien qu'elle le suppliât à genoux de donner Tordre de la remise du château. 11 fallut que Knuyt vint lui-même lui donner lecture de la commission de son prince pour le décider; encore Tordre de reddition fut-il écrit de la main de sa femme et en son nom. Les deux Sylvius portèrent aussitôt Tordre au commandant du château , qui remit les clés. C'était minuit.

Le reste de la nuit se passa en exhortations chrétiennes et en prières. Pineton de Chambrun le père s'était joint à son collègue Sylvius, et les deux pasteurs eurent la satisfaction de voir Valkembourg revenir à de meilleurs sentiments. Il disposa de ses affaires en toute liberté et en confia la direction à sa femme. Ses trois

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filles à genoux reçurent sa bénédiction. Il leur recommanda d'obéir en toutes choses à leur mère, qu'il avait toujours tenue pour une sage et vertueuse épouse; se repentit de n'avoir pas suivi ses conseils et demanda pardon à Dieu de ses fautes, notamment d'avoir déserté son culte pour des raisons tout humaines; après quoi il expira à six heures du matin (i i juin 1630) (i).

GOUVERNEMENT DE CHRISTOPHE DE DOHNA ET DE SA FEMME. PROSPÉRITÉ DE l'ÉGLISE. AVÈNEMENT DE GUILLAUME II (163O-1649).

L'ambition et la félonie des derniers gouverneurs d'Orange , jointes aux nombreuses irrégularités financières et à la confusion administrative qui régnaient dans la Principauté, décidèrent Frédéric- Henri à mettre à la tête de son gouvernement un personnage intelligent , ferme et dévoué. Il choisit, dans ce but , le mari de la soeur de sa femme Amélie , le burgrave Christophe de Dohna, comte de l'Empire, diplomate loyal et expérimenté. Dès son arrivée à Orange (14 octobre 1630), Dohna rétablit la discipline militaire. Il s'occupa ensuite de la justice et réorganisa le Parlement dont les séances étaient interrompues depuis quelques années.

(i) Lettre du gouverneur d'Orange à Mflr le prince d"0range, du 29 octobre H 28, et « Récit véritable ce qui s'est passé en la ville et chasteau pour y rétablir le service de Ma»" le Prince contre ledit de Falkenbourg, etc., » dans le Recueil de pièces pour servir à lliistoirc d'Avignon, etc. (ms.) ; — Lapise, p. 821, 873, 887; Pithon-Curt, Hist. de la noblesse du comté Venaissin, d'Avignon et de la principauté d'Orange, t. I, p. 415 ; — Voy. aussi Ms. de Carpentras, n" LXXVIII. — Samuel Sorbière, ancien principal du collège d'Orange et auteur qui ne mérite aucune confiance, dit [Soberiana, Toulouse, 1691 , in-12) que Valkembourg fut assassiné dans la chambre de la femme de Thistorien Joseph de Lapise, avec laquelle il passait pour entretenir des relations coupables ; mais ce fait est contredit par le Récit véritable que nous avons suivi. Il est toutefois certain que le gouverneur d'Orange avait des mœurs dissolues.

DE LA PRINCIPAUTÉ d'ORANGE. 2o I

Il agrandit le collège, qui était bien déchu, et y appela un principal de renom , Samuel Corbière , en même temps qu'il faisait venir de Genève l'imprimeur et libraire Etienne Voisin. Il fit construire, en grande partie à ses frais, un magnifique temple, dont la première pierre fut posée le 13 mai 1633 et dont la dédicace eut lieu le 23 mars 1636. Quoique protestant et môme fort religieux (i), il sut maintenir une égale balance entre les deux religions et entretint des relations excellentes avec les autorités du comtat Venaissin et la couronne de France. La confiance qu'il inspirait était telle que , dans les affaires litigieuses, on préférait recourir à son arbitrage plutôt qu'aux jugements des tribunaux. Il fut même pris pour arbitre dans des différends étrangers à la Principauté.

Son administration ne dura malheureusement que sept années, mais elle laissa de si bons souvenirs, qu'après sa mort, survenue le i^"" juillet 1657 (2), le Parlement et les autres autorités d'Orange s'empressèrent de demander à Frédéric-Henri de ne confier le gouvernement de la Principauté qu'à sa veuve, Ursule de Solms-Braunfels , femme d'une grande distinction. Le prince y consentit et, pendant douze années que dura l'administration de la comtesse , la tranquillité la plus parfaite régna à Orange, si bien qu'on peut considérer cette période comme la plus prospère de l'histoire de la Principauté. Néanmoins, comme Ursule vécut beaucoup à la cour de Hollande , surtout dans les dernières années de son

(1) Il a composé l'ouvrage suivant, publié par sa veuve ; Sainctes mcditations et explications sur Le Cantique des Cantiques, composées en allemand... nouvellement traduites en françois, par A, K. M. D. S. E; Orange, 1638, in-40, 18) pag. (André Kreguclius, ministre du saint Evangile, aumônier particulier de l'auteur).

(2) Il fut enseveli dans le grand temple qu'il avait fait construire, et où un riche mausolée fut érigé à sa mémoire.

gouvernement, on peut croire que ses absences répétées ne furent pas étrangères au refroidissement du patriotisme de certains personnages d'Orange dont nous parlerons plus loin.

Christophe de Dohna et sa femme avaient été admirablement secondés dans leur œuvre de restauration et de paix par le pasteur Jacques Pineton de Chambrun le père, qui était doué d'une a rare vertu, » d'un « grand savoir, » et d'un a génie extraordinaire dans toutes sortes d'affaires. » Son fils, qui nous le représente sous ce jour élogieux, mais véridique, ajoute : « J'ose dire que sa prudence exquise avait beaucoup contribué à rendre l'Eglise d'Orange florissante. Il avait eu la consolation de la voir multiplier à merveille. Il y avait peu de jours qu'il ne passât des prosélytes par ses mains , de sorte que, dans moins de vingt ans, il vit augmenter son Eglise de la moitié. » Barthélémy Piélat , savant médecin d'Orange, dans une lettre adressée à Chambrun père, fait aussi ressortir la probité, l'équité, la prudence, la piété , la sagesse et la bienfaisance de ce digne pasteur (i).

Le prince Frédéric-Henri mourut vers ce temps (1647) pour successeur son fils, 'Guillaume II,

qui ne lui survécut que trois ans et demi (2).

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