‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'Orange (volume 3)Chapitre 12 sur 65 · EXPLOITS DE CRUSSOL DANS LE COMTAT · texte numérisé non relu

EXPLOITS DE CRUSSOL DANS LE COMTAT

Vers le milieu du mois de mars , six mille fantassins et mille chevaux, commandés par Crussol, attaquèrent de nouveau Sérignan. Serbelloni, l'apprenant, fit partir d'Avignon deux cents chevaux et trois cents fantassins (17 mars) pour tenter une diversion et permettre à la garnison de se retirer ; mais Crussol , comprenant la tactique , fait charger ces cinq cents hommes par sa cavalerie et les tue presque tous. Son frère, Charles de Crussol , seigneur de Feuillans , et le baron d'Aigremont, ayant poussé trop loin la poursuite, furent malheureusement faits prisonniers et conduits à Orange (16 mars). Le premier, blessé grièvement, fut maltraité sur son lit de mort par ses geôliers , .qui lui donnaient des coups de couteaux sur le nez en disant : « Voilà de ton sang, vilain huguenot! » Son cadavre, d'abord enterré dans le cimetière des Cordeliers , fut déterré sur les plaintes d'un carme qui prêchait le Carême , puis traîné dans les rues par des vauriens, qui criaient : « Qui veut voir l'âne mort ; » mais , sur le conseil de gens

sensés , qui redoutaient des représailles , le cadavre fut de nouveau enseveli.

Crussol , qui venait de recevoir des canons , fit en une heure une brèche aux murailles de Sérignan et y entra. Tous les habitants rencontrés dans les rues furent tués, et la garnison, forte de trois cents hommes et réfugiée au château , s'étant rendue à discrétion , fut tout entière passée au fil de Tépée et le château brûlé (22 mars).

Après ce fait d'armes, Crussol se saisit successivement de Piolenc, Orange, oij les maisons appartenant à des catholiques furent brûlées, Caderousse, Courthezon , Châteauneuf-du-Pape, Bédarrides et Pont-de- Sorgues. On trouva, dans l'avant-dernière de ces places, beaucoup de sel, qui fut vendu en Dauphiné. Le général huguenot occupa toutes ces places sans coup férir, car la plupart de leurs habitants, saisis d'effroi, s'étaient réfugiés à Carpentras et à Avignon. Crussol marcha ensuite avec ses canons contre Les Piles, enclave du Dauphiné. Montbrun l'accompagnait. La place se rendit et le château fut incendié (27 mars). Le seigneur du lieu, Alexandre Gondolin , âgé de cent ans, supplia les vainqueurs de l'épargner et ne fut point mis à mort (i).

DEMANDE d'uN PASTEUR A GENÈVE PAR l'ÉGLISE DE CAMARET (1 563).

La conquête d'une partie du comtat Venaissin par le bar le baron Des Adrets et par Crussol donna une forte impulsion au mouvement de Réforme dans le pays , et

(i) Pérussis, dans d'Aubais, p. 54-44; Lapise, p. 508-510; Justin, p. 167- 181 ; Lambert, t. I, p. 190-191.

entraîna la ruine de plusieurs églises catholiques , la destruction d'un grand nombre d'images et statues, et la fondation de quelques communautés protestantes. L'une d'elles , qui était établie à Camaret , demanda , le 27 mars 1563, un pasteur à la vénérable compagnie des pasteurs de Genève. Nous reproduisons sa lettre , la seul de cette nature que nous ayons retrouvée pour le Comtat.

« A nos frères très redoutés les ministres de Genève.

» Remontrent, frères très chers, ceux de l'Eglise réformée de Camaret au comté de Venisse, qu'ilya environ trois mois que les temples dudit lieu sont été ruinés, les idoles cassées , toute superstition et idolâtrie externe abattue et presque de tous les habitants abandonnée , demeurant puis lesdits temps sans pratique d'aucune religion bonne ou mauvaise , fors que les prières qu'on a pratiquées et exercées incessamment les jours qu'on y a pu vaquer, combien qu'ils eussent ordinairement leur ennemi en tête ; et lesquels habitants désireraient fort de profiter et s'avancer en la doctrine de salut : ce qu'ils ne peuvent faire sans être pourvus de ministre à ce capable , duquel toutefois ils ne peuvent être secourus ni assistés si ce n'est par votre moyen. Pourtant s'il était de votre bon plaisir les pourvoir d'un , duquel la doctrine et vie fut dûment par vous éprouvée, ce leur serait un grandissime soulagement et causerait que le troupeau accroîtrait de plus en plus pour la docilité, de laquelle * sont doués lesdits habitants, là 011 par le contraire, s'ils ne sont pourvus, il est en danger que ce peu qu'ils ont profité ne soit par eux rejeté, et conséquemment devenus pires qu'auparavant. Ils ont , frères redoutés , ayant en premier lieu à ces fins invoqué notre Dieu , député et élu pour la conduite de celui qu'il vous plaira leur dépêcher, notre frère Bernard Garsin , natif dudit lieu ,

homme craignant Dieu et de bonne conscience, lequel ils ont dépêché et est porteur des présentes, lui donnant charge à ce requise et nécessaire d'un commun accord. Sera donc votre bon plaisir, au nom de Dieu, leur faire tant de bien de leur dépêcher fidèle ministre de la Parole de Dieu , et vous seront redevables toute leur vie et prieront Dieu que vous fasse prospérer en ses grâces , se recommandant à vos bonnes prières et oraisons et désirant l'avancement du règne de Christ. Amen. Ainsi ce XXVII« mars MVCLXII (1563).

» Pierre Couliez diacre , Nicolas Ranous diacre , Guigne Ugo ancien , Jehan Martin ancien , Esperit Lambert ancien , Estienne Lagier surveillant.

» Pour ceux qui ne savent écrire : Sabastien Lagier ancien. Jaques Febrié, Pierre Troulet, Pierre Bouchet surveillant, Jeannie Jolian, Loïs Bouche, Matieu Laugier, Perrin Pasquet secrétaire (i). »

Nous ignorons la suite de la démarche de l'église de Camaret ; mais , à supposer qu'elle ait été couronnée de succès, son pasteur ne dut pas demeurer longtemps en Comtat à cause des troubles qui survinrent bientôt.

ÉDiT d'amboise (19 mars 1563). continuation des

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