‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'Orange (volume 3)Chapitre 20 sur 65 · GRANDE CONSPIRATION DANS AVIGNON. TRAITÉ DE · texte numérisé non relu

GRANDE CONSPIRATION DANS AVIGNON. TRAITÉ DE

NÎMES (l 578).

Pendant ce même mois de juillet, on découvrit à Avignon une vaste conspiration tramée par le maréchal de Bellegarde, établi pour lors à Villeneuve-lès-Avignon , sur la rive opposée du Rhône. Ses confidents étaient son secrétaire Mathurin Chartier , le capitaine Pierre Anselme, conseiller communal d'Avignon, et Pierre de Beaudeau, seigneur de Parabère, gouverneur de Beau-

Caire. Son but était de faire une place d'armes de la capitale du comtat Venaissin. Quatre cents habitants, appartenant à toutes les classes de la société, devaient lui livrer la ville le jour de sainte Madeleine (22 juillet 1578). D'abord réservés et se reconnaissant à une petite marque qu'ils portaient à leurs chapeaux ou à leurs bras, ils finirent par se déclarer et se répandirent dans les rues pour soulever le peuple ; mais Mattheucci fit aussitôt fermer les portes de la ville et se saisit d'un grand nombre d'entre eux. Cent furent pendus, d'autres envoyés aux galères ou exilés, et d'autres, qui appartenaient à des familles puissantes , simplement retenus en prison. Parmi ces derniers étaient le capitaine Claude de Cambis, seigneur d'Awaro et coseigneur de Caderousse, Etienne de La Salle, Claude de Sobeirar, Georges Siroque, Baptiste de Fontaine- Rousse et Pierre Lombard , tous membres du conseil communal d'Avignon. Un autre conjuré, Pierre Anselme, chez qui s'étaient tenus tous les conciliabules, put prendre la fuite à temps. Le procès de ces divers personnages ne se termina qu'en 1 581 . Nous y reviendrons plus loin.

La découverte de ce complot fit redoubler de vigilance les autorités du Comtat, et il « fut défendu, » dit Justin, « de laisser entrer dans aucun lieu du Comtat plus de deux étrangers à la fois, encore fallait-il qu'ils fussent sans armes. »

Autrement , le haut Comtat continuait d'être le théâtre de continuels engagements entre les huguenots du bas Dauphiné et les troupes papales. Ainsi , Gouvernet battit, entre Mirabel et Nyons, un gros détachement de ces dernières , formé des garnisons de Bollène , Valréas et Visan.

Dans l'automne de cette même année 1578, les négociations pour la reddition de Ménerbes et des Piles

furent reprises. Les députés du Comtat se rendirent à Die auprès de Lesdiguières et autres chefs huguenots , et les trouvèrent plus exigeants que jamais. Ceux de Nîmes étaient plus traitables. François de Coligny , sieur de Châtillon , fils de l'Amiral et gouverneur de Montpellier, chargé par le roi de Navarre de conclure la paix, fit, en compagnie de quelques autres personnages, une visite à D'Armagnac, qui, sur ses instances, envoya des commissaires comtadins à Nîmes, où se rendirent aussi des députés huguenots des Piles, de Ménerbes, du Comtat, du Dauphiné , d'Orange et du Languedoc, et des représentants des rois de France et de Navarre. Les députés huguenots présentèrent un projet de traité en quarante-deux articles , dont la plupart furent adoptés (i). On convint que les protestants établis dans le Comtat ne seraient pas poursuivis à raison de leur changement de religion ; qu'on leur restituerait leurs biens, revenus et offices, confisqués depuis 1560; que les sujets du roi qui possédaient des terres dans le Comtat et auxquels on ne les rendrait point seraient mis en possession, au moyen de lettres de marque ou de représailles , des biens que les catholiques comtadins possédaient dans le royaume , et que l'on compterait aux protestants de Cabrières, Oppède et Bonnieux 2,500 écus, à titre de dédommagement, pour les pertes qu'ils avaient éprouvées depuis 1 540.

(i) Signataires : du Comtat: Guillaume de Patris abbé de la Grasse, François de Sobirats , Thomas d'Astouaud seigneur de Velleron , Laurent d'Agard, Sébastien de Seguins ; de Ménerbes : Bernard de Bonnieux; des Piles : Colombaud, seigneur de Puyméras ; du Dauphiné: Jacques Pape seigneur de Saint-Auban, d'Archimbaud ; d'Orange : Esprit Beaussanc ; du Languedoc : François de Coligny seigneur de Châtillon, de Malras le Jeune sieur d'Yolet, Guillaume de Montmorency seigneur de Thoré, Guillaume Roque sieur de Clausonne, Jean Guy d'Airebaudouze seigneur de Ciairan ; du roi de France : Claude du Blanc, Chambaud (voy. p. loo, note i) ; du roi de Navarre : Louis du Vache sieur d'Estables.

Il fut encore stipulé que les jugements rendus contre les protestants établis dans le Comtat seraient annulés ; qu'on élargirait les prisonniers de guerre sans rançon ; que les fugitifs qui possédaient des offices dans le Comtat pourraient les vendre; que chacun, du reste, aurait la faculté de se défaire de ses biens, et que les procès civils et criminels des protestants du Comtat seraient portés en première instance devant la sénéchaussée de Nîmes, et, en appel, devant la Chambre mi-partie du Languedoc.

Telles furent les clauses principales de l'important traité de Nîmes qui restitua au pape Ménerbes et Les Piles. Il fut signé le 7 novembre 1578. Le 18, le roi, par lettres patentes datées d'Olinville , ratifia le traité , qu'il fit suivre de cette clause importante : « Nous avons pris et mis, prenons et mettons... en notre protection et sauvegarde spéciale tous ceux de la R. P. R. des Archevêchés d'Avignon et Comté de Venisse comme nos propres sujets , et iceux, comme tels, voulons être maintenus et conservés en toute sûreté. » Dans une seconde ratification de même date, Henri III ordonne que ceux de la R. P. R. ne seront pas troublés et empêchés dans la jouissance de leurs biens , et qu'en cas d'injustice de la part des officiers du pape , il leur octroie des lettres de marque et de représailles , comme les articles secrets de l'édit de Poitiers de 1 577 l'avaient déjà stipulé (Voy. plus haut, p. 96).

Une trêve provisoire fut publiée le 12 novembre à Avignon , au camp catholique devant Ménerbes , et à Ménerbes même. Saint-Auban, vers la fin du mois, retourna dans la place , oij ses partisans commençaient à murmurer contre lui, car il s'était fait adjuger, pour sa seule part, 13,000 livres d'indemnité. Un exprès apporta ensuite de Paris les lettres patentes du roi qui ratifiaient le traité, et la paix fut définitivement signée le

7 décembre et publiée le 15. Les Etats de la province avaient accepté le traité le 30 novembre à Carpentras, et le pape l'approuva le 7 février 1 579. De plus , Jean de Verot, Jean de Seguins et Charles de Patris eurent commission de D'Armagnac, le 15 décembre, de faire restituer aux calvinistes les biens qui leur avaient été confisqués. Les Ménerbiens demandèrent, il est vrai, comme surcroît de garantie, que les lettres royales fussent enregistrées par les Parlements de Grenoble et d'Aix, et que les noms et surnoms de tous les habitants de la place fussent mentionnés dans l'acte : savoir, cent vingt hommes et cent dix femmes , filles ou enfants ; mais, sur les représentations qui leur furent faites, ils se contentèrent des visa et pareafis du Parlement d'Aix.

« Voilà, » dit De Thou, « tout ce que le public sut de ce traité. Il y avait encore un article dont le duc de Damville s'était rendu garant, et qui fut tenu secret afin qu'il ne parût pas qu'on forçât le pape à passer des conditions trop déraisonnables. Il portait qu'en réparation des dommages que ceux d''Orange avaient reçus dans cette guerre, et pour les soulager en partie de l'entretien de la garnison qu'ils étaient obligés d'avoir dans leur ville, les bourgeois d'Avignon leur paieraient, tous les ans, 6,000 écus d'or : ce qui s'exécuta assez longtemps fort exactement. » Ce traité aurait pu se conclure certainement plus tôt, et, comme dit encore de Thou, « on ne pouvait en attribuer la faute qu'aux lenteurs des ministres du pape. Us auraient cru se déshonorer en accordant aux protestants quelque chose qui pût être favorable à leur religion, et, plutôt que d'y consentir, ils laissèrent pendant longtemps ces provinces exposées à toutes sortes de malheurs. »

Pour justifier la remarque de De Thou, il suffira de faire remarquer que, quoique le traité de Nîmes eût été

signé le 7 novembre, Jean de Verot et Charles de Patris , chargés, comme on l'a vu, par le colégat et la recteur Grimaldi, de restituer aux protestants du Comtat les biens qu'on leur avait confisqués, n'avaient pas commencé leurs opérations le 3 mars suivant et ne les terminèrent pas de sitôt (i).

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