‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'Orange (volume 3)Chapitre 41 sur 65 · NOUVEAUX POURPARLERS A AVIGNON · texte numérisé non relu

NOUVEAUX POURPARLERS A AVIGNON

Varick, s'étant rendu en hâte auprès de Charles IX à Avignon, se fît présenter à Catherine, qui le reçut très froidement et donna l'ordre à son secrétaire de suivre

(1) Voy. page 191,

tous ses mouvements. D'autre part. Montmorency l'obligea à désarmer les habitants et à restituer les canons que Saint-Auban avait laissés à Orange et que celui-ci tenait du comte de Crussol : ce dont le chancelier de France, la duchesse de Ferrare, et Crussol lui-même témoignèrent tout leur mécontentement. Les canons furent enlevés le 30 septembre.

La ville d'Avignon n'était pas un milieu favorable pour Varick, qui, outre Montmorency, eut contre lui les évêques d'Orléans et d'Auxerre, le maréchal Imbert de la Platière, seigneur de Bourdillon , La Garde, le conseiller au Parlement de Paris, Pierre de Villars , et le président Virago. Aussi , quand le conseil du roi se fut assemblé pour l'entendre contradictoirement avec Serbelloni , il vit la majorité de ses membres se déclarer contre lui. Le connétable, à qui la reine mère avait confié l'arrangement de cette affaire, disait que, pour cimenter une bonne paix entre les deux Etats, il était nécessaire que Sa Majesté établît un de ses gentilshommes dans le château d'Orange au choix du connétable, avec une bonne garnison aux dépens de Sa Majesté, pour prendre garde à tout ce qui se ferait dans la Principauté ; mais il ne demandait rien de semblable pour Avignon. Varick, indigné d'une proposition si humiliante qui portait atteinte à la souveraineté de son maître, refusa tout net d'y souscrire, et le conseil se sépara sans rien décider. Toutefois, comme il fallait en finir, l'accord se fit, dans une seconde séance, aux conditions suivantes :

Les sujets et habitants de la Principauté pourront aller et venir dans le Comtat, y commercer et y travailler leurs terres; les revenus de leurs biens de l'année courante leur seront restitués , sauf un quart qui demeurera acquis aux communes sur le territoire des-

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quelles se trouvent ces biens ; lesdits sujets et habitants ne pourront entrer dans le Comtat qu'au nombre de neuf à dix à la fois, et seulement avec leurs épées ; ils ne parleront de leur religion à personne et ne pourront la pratiquer ; les sujets et habitants catholiques de la Principauté retourneront dans leur pays, seront réintégrés dans leurs biens, auront le droit d'exercer leur religion, et les trois quarts de leurs revenus de l'année courante leur seront rendus ; les garnisons voisines de la Principauté seront licenciées.

Varick fut nommé gouverneur d'Orange par son prince, en récompense de ses loyaux services, et fit une visite à ce dernier, le i8 mars 1565, en compagnie de Bellujon , nommé procureur général et receveur général de la Principauté. Il administra celle-ci avec beaucoup de probité et de fermeté, et déploya un grand zèle pour les intérêts de son maître. Il fit rétablir la messe dans l'église des Carmes, le dimanche 12 août 1565. Elle n'y avait pas été dite depuis le sac de la ville, et quand les protestants, obligés de quitter l'église des Frères prêcheurs, la saccagèrent pour se venger, il fît emprisonner cinq ou six des plus mutins. Ce fut également à sa sollicitation que le prince d'Orange octroya à ses sujets l'édit de pacification de 1566, que le Parlement enregistra et publia le 10 mars 1567, mais que nous n'avons pu retrouver (i).

INCONDUITE DU PASTEUR DEVILLE. VIRÉT A ORANGE, ARRÊT RENDU CONTRE l'eVÊQUE (1564-1566).

L'année même où s'opérait l.i pacification d'Orange

(i) Perrai, p. 144-148, 151, 155, 164; — Pérussis, dans d'Aubais, t. H, p. 67, 74: — Lapise, p. 121-^1 1 ; — Livre contenant les édifs , lois, etc. ,ms. .

et du Comtat (1564), l'église réformée de cette ville eut à souffrir d'un scandale. Son jeune pasteur , Matthieu Deville, dont il a été parlé plus haut (i), accusé de paillardise , fut suspendu de ses fonctions par la classe (colloque) de Saint-Paul-Trois-Châteaux (6 juin), condamné à faire confession et réparation publique de sa faute , un dimanche , en présence de l'église assemblée, déposé de sa charge et privé des sacrements jusqu'à plus ample information. La classe exhortait en même temps les églises de Courthezon et de Jonquières, qui avaient des pasteurs, à desservir celle d'Orange en attendant qu'elle fût pourvue. Quatre jours après , Laville adressait une remontrance à son consistoire pour le prier de lui permettre d'aller continuer ses études. Il rappelait qu'il l'avait déjà averti , l'année précédente , qu'il n'était « suffisant ni idoine pour régir une telle église, » et ajoutait que u aucuns des plus fameux du Dauphiné , » — iVI. Lacombe , pasteur à Romans, M' E., M' le ministre de Largentiére et M. Baussanc, jadis avocat général de Son Excellence le prince d'Orange , — seraient heureux d'accepter sa proposition. Laville, se ravisant ensuite, déclara, dans une seconde remontrance au consistoire , qu'il se refusait à faire amende honorable ; que néanmoins il consentait à être suspendu provisoirement du ministère, mais non déposé , et qu'il en appelait au synode provincial du Dauphiné de la sentence rendue par la classe de Saint- Paul-Trois-Châteaux. Il avait pourtant déclaré, dans sa première remontrance au consistoire , et dans le sein même de la classe, qu'il ne ferait point appel. Indécise sur le parti qu'elle devait prendre, l'église d'Orange envoya le dossier de l'affaire à la compagnie des pas-

(0 Pages 181 et 197'.

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teurs de Genève, pour avoir son sentiment (i). Nous n'avons pu découvrir la suite qu'eut cette affaire (2).

Vers la fin de l'année suivante (1565), l'église d'Orange eut le privilège de posséder pendant quelques mois le célèbre réformateur Viret , qui avait dû quitter Genève, en mars 1563 , pour aller chercher en France un climat plus doux. Après avoir séjourné jusqu'en août 1^65 à Lyon, d'où il fut expulsé comme étranger, et passé plusieurs mois dans la Valloire en Viennois, contrée du Dauphiné, où, pour le même motif, le gouverneur Gordes chercha à l'emprisonner , Viret se réfugia à Orange, mais n'y séjourna pas longtemps, car Jeanne d'Albret, reine de Navarre, l'appela bientôt en Béarn pour lui confier l'enseignement de la théologie dans le collège qu'elle avait fondé à Orthez.

Cependant l'évêque Philippe de La Chambre suscitait de grandes difficultés aux autorités orangeoises. Non seulement il ne voulut pas se remettre à la tête de son diocèse, qu'il s'était borné à visiter en passant, le 21 décembre 1564, mais encore il laissait les chaires catholiques de la principauté d'Orange sans prédicateurs. De là l'arrêt du Parlement de cette ville du 12 juin 1 566, exhortant « ledit évêque de commettre et députer homme savant , de bonnes moeurs , vie et conversation et doctrine et de qualité requise pour prêcher et annoncer la Parole de Dieu aux jours nécessaires en l'église cathédrale de ladite ville d'Orange ; pourvoir aussi d'autres personnages de la qualité susdite pour prêcher et annoncer la Parole de Dieu aux autres prieurés et lieux de son diocèse dans la Principauté aux jours nécessaires, et ce dans le même délai

(i) Le secrétaire de la classe de Saint-Paul-Trois-Châteaux s'appelait Planchier, et celui du consistoire d'Orange, De Georgiis.

(2) Gaberel, Hist.de Genève, t. II (édit. de i8ç8); Pièces justificatives, p. 164.

2û8 HISTOIRE DES PROTESTANTS

de deux mois... ; à faute de ce faire, passé ledit délai, sesdits domaines , fruits et revenus seront saisis et réduits à la main de Monseigneur le Prince pour être employés à l'entretien des personnages de la qualité susdite et requise. » Cet arrêt ne fit pas changer de résolution à Tévêque, qui ne rentra plus à Orange (i).

GUERRE AVEC LE COMTAT. TRÊVE. CONFISCATION d'orange PAR CHARLES IX (\<^6j^ I568).

Le prince Louis de Condé ayant repris les armes {deuxième guerre de religion^ septembre 1567), en apprenant que Charles IX ordonnait des levées de troupes et faisait venir en France six mille lansquenets suisses, députa Moreau à Orange, dans le Comtat et en Provence, pour donner le signal de la prise d'armes aux huguenots de ces régions. La nuit du jour où il arriva à Orange, un parti de ces derniers s'empara de Mornas par escalade et fut aussitôt rejoint par un grand nombre de gens de guerre accourus des provinces environnantes. Varick, apprenant cette levée de boucliers, réunit le viguier, les consuls, les gentilshommes et les notables d'Oraage des deux religions, et les exhorta à demeurer étrangers aux troubles de leurs voisins ; et les consuls ayant convoqué le conseil général et le clergé sur son ordre , il leur fit les mêmes recommandations. Tous déclarèrent qu'ils ne prendraient pas part à la lutte et se porteraient mutuellement secours sous l'autorité de leur prince. Après cela , Varick envoya des députés au colégat d'Avignon, le cardinal Georges d'Armagnac, pour renouveler avec lui le dernier traité de paix ; mais ces députés , accablés de menaces et de

(1) Edits. loi.'s. ordonnances, etc. (ms.;.

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mépris par Suze, qui avait remplacé Serbelloni comme général des armes , furent obligés , après trois jours d'attente, de revenir à Orange sans avoir rien conclu. Varick , voyant cela , se mit en devoir de fortifier son château et ses murailles.

Nous avons raconté plus haut (i) les exploits de Suze, qui parvint à s'emparer de Courthezon , Gigondas et Jonquières. Après ces faits d'armes, le général comtadin somma Orange de se rendre ; mais Varick lui opposa un refus énergique, et Suze fut obligé de se retirer, car Jacques de Crussol, baron d'Acier, généralissime des troupes huguenotes du Languedoc , fit entrer dans la ville cinq compagnies de gens de pied, formant un effectif de huit cents hommes.

La paix ayant été conclue en France à Lonjumeau le 20 mars 1568, et suivie de Védii de pacification de Paris du 23 mars, Varick, comme on l'a vu plus haut (2), ne put obtenir qu'une trêve de la part de d'Armagnac. Il espérait néanmoins parvenir à conclure un traité de paix, quand Lagarde arriva à Caderousse porteur de lettres patentes de Charles IX , lui enjoignant d'occuper Orange, car le roi venait de déclarer rebelle Guillaume de Nassau et prononcer la confiscation de la Principauté (18 juin). Varick députa aussitôt à Lagarde Guillaume de Calvière , président du Parlement, l'avocat général Bellujon et les consuls ; mais le capitaine général des galères de Marseille leur montra sa commission, portant qu'il avait « pouvoir et mandement de se saisir de la ville et principauté d'Orange pour les tenir désormais en sa main et sous le nom de Sa Majesté... et, en cas de refus, y entrer par force. » Varick

(1) Pages 54 et jç.

(2) Page ,-7.

lui adressa alors des Renion/rances. où il disait qu'avant de rendre la place il avait besoin de consulter le roi lui-même et le prince d'Orange. Dans ce but, il députa à Charles IX Bellujon et le premier consul Jean de Langes; mais le roi ne fit que confirmer, par un arrêt de son conseil du 12 août 1568, la commission qu'il avait donnée à Lagarde, et le même jour il nomma Jacques de Boniface , seigneur de La Molle , gouverneur d'Orange. Ce dernier revint avec les deux députés de Varick , et , arrivé à Caderousse , traita de la capitulation de la ville. Il fut convenu que La Molle se ferait restituer les places de Courthezon , Jonquières et Gigondas , occupées pour lors par les troupes papales ; qu'il ne s'immiscerait en rien dans la justice et police du pays ; que les gens de sa suite paieraient toutes leurs dépenses ; que l'exercice des deux religions ne subirait aucune entrave ; que les habitants de la Principauté jouiraient de tous les droits, exemptions, privilèges , franchises et libertés octroyés par leurs princes ; que le commerce serait libre entre Orange, le Comtat et le royaume ; qu'aucun homme de guerre ne serait introduit dans la place ; enfin , que tous les protestants et les catholiques qui voudraient partir pourraient le faire, même avec leurs armes.

Le conseil général de la Principauté , assemblé le 8 septembre, ratifia la capitulation, et, le 10, il jura fidélité au roi entre les mains du nouveau gouverneur. Quant à Varick , il quitta immédiatement la ville avec cinq cents protestants , tant orangeois que dauphinois et provençaux, et, tous ensemble, sous les ordres de Mauvans , ils rejoignirent d'Acier, qui les mena plus tard en Guyenne , où la plupart d'entre eux périrent pendant la iroisicme guerre de religion , qui avait commencé le 2; août 1568. Varick, toutefois, ne les suivit

point à l'armée , et , après avoir conféré avec le comte Ludovic de Nassau, qui servait sous d'Acier, il regagna la Hollande. Guillaume , qui trouvait que Varick avait cédé trop facilement sa principauté , refusa de le recevoir, et le malheureux gouverneur en mourut peu après de chagrin. Il était digne assurément d'un meilleur sort, car c'était un homme d'un grand cœur, qui avait donné des preuves éclatantes de son dévouement à son prince ; mais la reconnaissance fut rarement la vertu des grands (i).

VIOLENCES DU GOUVERNEUR LA MOLLE ET SA DESTI- TUTION. RESTITUTION d'oRANGE A GUILLAUME DE NASSAU ( l 568-1 571 ).

La Molle ne respecta aucun des articles de la capitulation d'Orange. 11 défendit l'exercice de la religion réformée, s'empara du temple, brûla les Psaumes, les Bibles et les autres livres qui s'y trouvaient , y fit dire la messe , se saisit des divers meubles et des revenus de plusieurs protestants, et ordonna à tous les habitants d'aller à la messe dans les six jours sous peine de confiscation de corps et de biens. D'Armagnac se rendit d'Avignon à Orange pour consacrer par sa présence et son autorité toutes ces violences et se fit attribuer la juridiction souveraine de l'Etat au détriment des droits de Guillaume et de Ludovic de Nassau son frère , que le premier avait investi de la régence de la principauté au moment oili il quitta l'armée huguenote de France pour rentrer dans ses Etats.

La Molle n'occupa pas longtemps son poste. Ayant

(0 Pérussis, dans d'Aubais, t. Il, p. 97, 98; — Lapise, p. 350, 5J5, 557- ;6i ; — Bastet, p. 117, 1 13 : — Mémoires et autres pièces c.vu'ernant les affaires de Provence, etc. (ms.).

demandé au roi de taxer à deux cents soldats le chiffre de la garnison d'Orange et à 2,000 livres par mois, aux frais de la ville , celui de son entretien , cette dernière trouva la somme excessive et envoya des députés à Charles IX, qui consentit à la réduire à 677 livres. La Molle, pour se venger, fit assassiner un consul en plein jour. Le peuple, de son côté , s'étant soulevé, tua Chevrille, un des hommes du gouverneur, et assiégea ce dernier dans son château.

Ce fait , étranger à la religion , n'arrêta pas les violences dont les protestants d'Orange furent l'objet. Tous ceux d'entre eux que les consuls trouvaient priant Dieu ou recevant des lettres de leurs parents fugitifs étaient jetés en prison, condamnés à l'amende et quelquefois appliqués à la torture. Les familles de ces fugitifs furent même chassées en masse (1569).

Charles IX, informé de ces excès, remplaça La Molle par Laurent d'Arpajon, seigneur de Lers , gentilhomme bien né, plein de mérite et d'honneur; mais il resta peu de temps en charge. D'Armagnac, le trouvant trop modéré , lui fit donner pour successeur de Sainte-Jalle , une de ses créatures, à qui le roi octroya en outre la seigneurie de Nyons. Le nouveau gouverneur reçut l'ordre de faire démolir le château '.<. et d'y procéder par l'avis du cardinal d'Armagnac. » Or , comme il hésitait, ce dernier le pressa d'obéir, et tous les paysans des environs , principalement ceux de Caderousse , furent conviés à accomplir cette oeuvre de destruction ; mais les murailles du château étaient d'une telle solidité que ceux-ci retournèrent bientôt à leurs champs.

Cependant la troisième guerre de religion venait de se terminer en France par la paix de la Charité (8 août 1670), qui fut suivie de Védit de pacification de Sainl-

DE LA PRINCIPAUTÉ d'oRANGE. 21 ^

Germain du 15 août, dont l'article 30 stipula expressément la réintégration de Guillaume dans sa principauté. Or, comme de Sainte-Jalle , mécontent de perdre sa charge , s'opposait de toutes ses forces au retour des fugitifs dans leurs foyers , le capitaine Sébastien du Crest reçut une commission du roi pour remettre toutes choses en leur ancien état, pendant que le comte Ludovic de Nassau et les protestants les plus marquants d'Orange priaient de leur côté Damville de les aider de ses bons offices. Du Crest se rendit auprès de ce dernier ; mais le gouverneur du Languedoc , qui ne voulait pas de Du Crest parce qu'il était protestant, chargea Claude de La Quiche, seigneur de Saint-Géran , d'occuper le château d'Orange et de remettre les fugitifs en possession de leurs maisons. Saint-Géran remplit sa mission , chassa du château les soldats de' Sainte-Jalle et en confia la garde au capitaine Montméjean,

Damville vint lui-même à Orange le 14 décembre (i 570) et, dés le lendemain , réunit les protestants et les catholiques , les pressa fortement de vivre en paix les uns avec les autres, déclara Guillaume réintégré dans sa principauté, et remit en place ses officiers ; mais il écarta Du Crest, qu'il disait n'être point de qualité requise pour commander la ville , et nomma Montméjean gouverneur. Ce dernier était au contraire d'une extraction moins noble que le premier, qui n'avait que le tort d'être protestant. Du Crest se retira donc et alla à La Rochelle rendre compte des faits à Ludovic de Nassau.

Sous le gouvernement de Montméjean les catholiques d'Orange continuèrent à manifester les sentiments les plus hostiles contre leurs concitoyens protestants. Ces derniers, « pour montrer, » dit Crespin , « le désir qu'ils avaient de vivre en union avec eux, leur avaient proposé de se prendre en garde les uns les autres res-

pectivement , au cas qu'il advînt mal aux uns ou aux autres. Pour cet effet , ils se présentèrent au nombre de douze ou treize des principaux de la ville pourvu que les catholiques romains voulussent de leur côté promettre le semblable : ce qu^ils refusèrent en présence des conseillers du prince et des consuls de la ville, qui étaient sommés d'autoriser cela. Se voyant frustrés de leur offre, ils requirent leur être permis d'accompagner les consuls de la ville avec les catholiques romains . le tout en nombre égal et choisis par lesdits consuls. Les catholiques romains ne voulurent s'accorder à cette requête (i). »

SECOND MASSACRE DES PROTESTANTS d'oRANGE

Peu après , les catholiques d'Orange montrèrent clairement où ils voulaient en venir. Poussés par « les religieux mendiants, » ils s'assemblent, le 6 janvier 1571, dans l'église de Saint-Martin, où l'on célébrait la messe et où ils avaient porté un immense gâteau , pétri dans la maison de Louis Guiaud , dit le cadet Mignoni. Un morceau est donné à tous les assistants, et Jean Pons, proclamé roi de la troupe, reçoit le serment de fidélité de tous les conjurés , renie Dieu par trois fois selon l'abominable coutume des catholiques fanatiques de cette triste époque, et promet à tous un bon repas. Les protestants alarmés font assigner les consuls devant les magistrats, qui défendent « à toute personne, de quelque religion et qualité qu'elle soit, d'aller la nuit par la ville en armes et sans lumière , sinon en la compagnie des

(i) Pérussis, dans d'Aubais , t. I, p. 108, m. 116; — Crespin , fol. 776, 777; — Lapisc, p. ;6i, ;-6, ^77.

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consuls , » et de chanter des chansons diffamatoires (3 1 janvier). Le^s consuls, de leur côté, promettent qu'on ne se portera à aucune voie de fait contre personne ; mais, étant eux-mêmes de la conjuration, ils n'empêchent rien, de telle sorte que, nonobstant toutes les criées et les défenses qui sont faites , les catholiques se promènent en armes dans la ville , jettent des pierres aux fenêtres des protestants inoffensifs , introduisent de nuit dans Orange des étrangers, contrairement aux assurances les plus positives du premier consul de Condes , qui avait les clés de la ville, et les tiennent cachés jusqu'au 2 février (1571), jour de la fête de Notre-Dame, surnommée depuis la massacreuse.

La nuit de cette même fête , qui devait durer trois jours, ils se saisissent des portes, tours et murailles de la ville , se réunissent dans l'église de Saint-Martin , 011 ils renouvellent leur complot de tuer tous les protestants d'Orange, et décident que si quelque catholique parle de sauver l'un d'eux, il sera mis à mort le premier. Ils se distribuent ensuite les quartiers. Les catholiques de la ville étaient commandés par Jean Moutet , Mignoni nommé plus haut et Michel La Baume, et ceux du dehors, venus d'Avignon et autres lieux du Comtat et du royaume, par Bataillard, de Mornas , Guillaume^ Villeneuve et Morichon, de Piolenc.

« Tous ces mutins assemblés, » dit Crespin, 0 commencèrent à enfoncer portes et fenêtres et , entrant dans les maisons , massacrèrent furieusement plusieurs gens honorables... Plusieurs maris furent massacrés entre les bras de leurs femmes , les vieilles gens et les malades dagues dans leurs lits ; les jeunes gens, ayant reçu quelques coups d'arquebuses en leurs chambres , étaient jetés tout nus par les fenêtres en la rue. Ils en étouffèrent et enfumèrent quelques-uns. Les autres, ayant été

2l6 HISTOIRE DES PROTESTANTS

blessés à mort de quelques coups , furent achevés les deux jours suivants. Les maisons pillées , des papiers et enseignements dérobés, puis brûlés. Les habillements vendus publiquement à l'encan et, pour comble de cruauté , exposèrent publiquement pour viande aux chiens les corps des massacrés et ce en la place publique de la ville. Ils en prirent quelque nombre qu'ils rançonnèrent étrangement , leur faisant donner une partie de leurs héritages après avoir perdu leurs meubles, puis les contraignirent d'aller à la messe les jours suivants. »

Quinze protestants environ, pour échapper à la mort, avaient cherché un refuge dans la maison Prunier, oij demeurait Bellujon, avocat général de Guillaume et receveur général de la Principauté. C'étaient, outre celui-ci, Julien, conseiller au Parlement , et son fils Sébastien, le ministre; Pierre de Langes et son fils, Ollier, Chanuel, le Cadet de Trescléoux , Louis Corrège , Magnan, le capitaine Isnardi. Les autres étaient des domestiques. Moutet, étant venu de nuit, «. demanda, » dit Crespin, « ouverture de la maison afin d'avoir ceux qui étaient dedans. L'avocat général répondit que ce n'était pas là bien procédé de s'adresser aux officiers du prince à heure indue et en telle façon. Ces remontrances mutinèrent davantage Moutet qui, poussant les autres séditieux , fit apporter grande quantité de fagots contre la porte et mettre le feu dedans, accompagnant ce cruel effort de menaces étranges et blasphèmes horribles... Sur le matin les consuls vinrent parler aux officiers du prince... Lesdits officiers, ayant remontré aux consuls leur irréparable faute , les sommèrent de faire venir le capitaine Montméjean pour apaiser les troubles... Sur ce les consuls allèrent vers le château et députèrent l'un d'entre eux , nommé Poignety (ou Poignet) pour parler

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à ce capitaine Montméjean, lequel fit réponse qu'il ne voulait abandonner la place pour laquelle garder soigneusement il av-ait été commis par le maréchal [Damville]. »

Pendant que Poignety accomplissait sa mission, les autres consuls allèrent trouver les chefs des séditieux , qu'ils trouvèrent disposés à mettre bas les armes à condition que tous les étrangers faisant profession de la religion réformée quitteraient la ville dans deux jours , et qu'ils compteraient une somme d'argent aux Comtadins qui étaient venus leur prêter main-forte. Quand les officiers du prince connurent cette condition , ils firent observer que son accomplissement causerait un grand préjudice à la fois au prince, puisque tous ses officiers étaient étrangers, et à la ville, dont les meilleurs marchands et ouvriers étaient également étrangers. Cette observation ne put fléchir les séditieux, qui présentèrent la liste des personnes dont ils demandaient le bannissement. Les officiers du prince finirent par accéder à leurs vœux ; mais leurs hôtes ne furent pas épargnés pour cela. En sortant de la maison Prunier , Pierre de Lano^es et son fils étaient allés se cacher dans la mai- Arzelliers , au fond d'une étable , derrière la grande muraille du cirque. Les consuls les désignent aux massacreurs , qui, conduits par Bataiilard , se hâtent de leur courir sus. Ils trouvent le fils le premier et le pressent de faire connaître la retraite de son père. 11 s'y refuse et prie qu'on lui donne à boire. On lui répond qu'on lui fera boire du sang de son père. Celui-ci est enfin découvert et supplie qu'on sauve son fils , offrant sa propre vie en échange de la sienne , et une riche récompense que donnera la mère. Ils lui répondent qu'il le verra mourir le premier, et, au même instant, ils tirent deux coups de pistolet sur le malheureux jeune

homme . qui meurt foudroyé. Le père est poignardé à son tour et tombe sur le corps de son fils.

Ollier, Chanuel et le Cadet de Trescléoux avaient reçu de Moutet l'assurance qu'ils seraient épargnés. Ce dernier les avait même cachés dans sa maison ; mais il dévoila leur retraite à Bataillard. qui alla également les massacrer. Louis Corrège, qui avait tué un des gens de Moutet pendant le siège de la maison Prunier, Magnan et le capitaine Isnardi , parvinrent à s'échapper en descendant des remparts de la ville avec des cordes. Le conseiller au Parlement, Julien, son fils Sébastien le ministre et Bellujon furent reçus secrètement au château.

Le dimanche, 4 février, le troisième jour du massacre, vers dix heures du soir, une autre bande attaque la maison de l'ancien consul Jean de Langes, qui y était renfermé avec ses trois fils , ainsi que Pierre Arnaud , Guillaume Reynard, le capitaine André et Claude Durand ; mais comme ils se défendaient vaillamment , le premier consul de Condes et Poignety, accompagnés de Moutet, La Baume et Mignoni, leur proposent de sortir moyennant la vie sauve. A cette condition, ils ouvrent les portes. Quatre d'entre eux sont conduits dans la maison de Gaspard Allier et placés sous la sauvegarde de Bataillard. Les consuls emmènent eux-mêmes Jean de Langes et ses trois fils ; mais après avoir franchi la rue de l'horloge et être arrivés à la hauteur de la maison de Baithazar Allari , une bande de massacreurs apparaît. Guichard dit le Veyrier , qui les commande , tire un coup d'arquebuse sur le père et le blesse. Arnaud dit Tirin tue son second fils Antoine; puis Mignoni et ceux qui l'accompagnent se Jettent sur le père blessé et le percent de plus de deux cents coups d'épée. Le fils aîné, parvenant à s'échapper, va se cacher dans une

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étable , derrière la grande muraille du cirque ; mais découvert par une mégère qui crie : A Niugiicnotl à l'huguenot l il est mis à mort par les massacreurs. Quant au plus jeune fils Louis , qui avait également réussi à fuir, il se cacha d'abord dans les ruines de la grande église, puis chez un de ses parents qui demeurait proche de là. Chabrel , un des massacreurs , le reçut comme prisonnier et le confia au consul Poignety , qui le garda dix ou douze jours chez lui et le fit sortir d'Orange en sûreté. La maison de son père fut pillée de fond en comble et la famille rançonnée. Jean de Langes, qui, comme on l'a vu plus haut (i), avait été chargé d'importantes missions , était , dit Crespin , un « homme de marque pour beaucoup de vertus qui le rendaient aimable et redoutable , et qui avait dès longtemps manié les affaires de la ville au contentement de chacun ; au reste bien affectionné à la religion. »

Les quatre protestants réfugiés dans sa maison , savoir : Arnaud, Reynard, André et Durand, furent aussi mis à mort dans des circonstances particulièrement tragiques. Arnaud, seulement blessé par les massacreurs et revenu à lui après un long évanouissement , se rend chez un ami qui refuse de le recevoir, mais lui indique la maison d'une pauvre femme oùron lui donnera l'hospitalité. La porte était fermée ; mais Arnaud, doué d'une force herculéenne, dresse une échelle de charrette contre la maison et s'y introduit par la fenêtre. La femme l'accueille avec une apparente bonté et le couche dans son propre lit , où une bande de massacreurs vient le poignarder sur les indications de la mégère , qui , tout en disant qu'il n'est pas chez elle , le montre du doigt. Reynard est tué à petits coups entre les bras de Batail-

(I) Page 172.

lard, qui crie par dérision : Sauve le renard! André, à moitié mort, est conduit chez un cousin qui !e dénonce. Les massacreurs surviennent et le mènent à la place de La Boucherie, où ils l'achèvent. Quant à Durand, il fut tué sur le coup. Pour expliquer ces lâches dénonciations, il faut dire que les séditieux avaient fait publier par la ville, sous l'autorité des consuls, que toutes les personnes qui avaient chez elles des gens de la religion devaient les livrer sous peine de voir leurs maisons saccagées. Pour arrêter les fuyards , ils avaient également aposté des gardes aux ponts , ports et passages qui conduisaient dans le Comtat.

La bande de Morichon, de Piolenc, se présente à son tour devant la maison de Laurent de Chabert, appartenant à une des grandes familles d'Orange, et y pénètre par une fausse porte. La mère appelle aussitôt son mari, puis un nommé Julien, âgé de soixante et dix ans, et ses neveux Jean, âgé de quatorze ans, et Pierre, âgé de dix-huit. Ils sont tous massacrés les uns après les autres , puis la maison est pillée de fond en comble et 1,200 écus, trouvés dans un coffre, volés (i).

François Barry, docteur en droit , laissé pour mort , demeura deux jours en terre , revint à lui et put se racheter moyennant 40'' écus , grâce à l'intervention de Moutet. II vécut longtemps encore et m»ourut conseiller au Parlement d'Orange. Un nommé Thibaud tua l'as-

(i) Furent encore massacrés : Jean Coq, marchand; Cassefière, chirurgien, trahi par sa femme amante de Mignoni; Bardel , gradué d'Orpierre, de .passage à Orange ;■ Gardenqui, maître d'école; Croissant, chirurgren; Laurent Philippon, docteur en droit; — Matthieu Ayniard ; Jean Coste; Jean Martin; Pierre Isnard, coutelier ; Bâtisse; Pays; Ollier ; Deville ; Simoni ; Bernard Guérin ; Guillaume Corrège; Barboire; Le Gavet; Bonnet, tanneur; Pierre Chièze, âgé de soixante ans; Baculard, âgé de quatre-vingts ans ; Bauzille ; Sauvian jeune; Guillaume; Meyer, cordonnier; Du Fourt; Pierre Arnaud ; un cordonnier de Sisteron, arrivé le même jour à Orange; Jean Jaict ; Vitalis du Bessé. catholique, tué par vengeance.

sassin qui venait le poignarder chez lui, et, après s'être défendu longtemps , monta sur les remparts attenant à sa maison , sauta sur la neige dont la terre était recouverte et parvint à s'échapper.

Quant aux corps des victimes , au nombre de cent trente, ils furent tous dépouillés de leurs vêtements et traînés sur la place du Cirque , où on les enterra. Le massacre avait duré du 2 au 12 février 1 571 (i), et ne se serait probablement pas terminé avant l'entière extermination des protestants, si Montméjean, qui jusque-là était resté impassible dans le château, n'eût fini par intervenir avec ses soldats.

A Courthezon, les catholiques, voulant suivre l'exemple de ceux d'Orange, prirent soudain les armes et se saisirent des portes et des tours de la ville , en faisant courir le bruit que c'était une simple mesure de sûreté générale ; mais les' protestants de la ville , s'apercevant qu'on aiguisait des couteaux pour les égorger, se hâtèrent de fuir.

Pendant ou à la suite des massacres d'Orange, douze cents familles de la Principauté se réfugièrent sur les terres du roi de France , en Dauphiné. Elles y demeurèrent plusieurs mois , car le synode national , tenu à Nîmes le 8 mai 1 572, se fonda sur l'éloignement de ces familles de leur patrie pour exhorter toutes les églises de France à « assister de leurs charités les pauvres membres de la Comté et église d'Orange qui sont dans un extrême pauvreté (2). »

(i; « Le 2 février advint le cruel et exécrable massacre exécuté contre plusieurs notables citoyens d'Orange faisant profession de la religion ; lequel massacre dura onze jours .. (Registre des délibérations du conseil communal d'Orange).

(2) Mémoires de l' Estât de France, vol. II, p. 29-35 ; — De Serres, III. partis commentar., fol. 7 et 8; — La Popelinière, liv. XXIV, fol. 8; — Crespin , fol. 777 : — De Thou , t. IV. p. 48?-4"4 : ~ D'Aubigné, t. I , col. y2<, ; —

REQUÊTE DES PROTESTANTS ORANGEOIS A LUDOVIC DE NASSAU. MISSION DE CORDES. NOMINATION DE BARCHON COMME GOUVERNEUR (1571).

Les protestants d'Orange qui avaient échappé au fer des assassins rédigèrent un mémoire contenant la plupart des faits relatés ci dessus et l'adressèrent au comte Ludovic de Nassau, qui était pour lors à La Rochelle, en le priant de faire bonne justice des massacreurs et de charger, dans ce but, un commissaire de se livrer à une enquête pour établir les responsabilités. Ils offraient de se soumettre aux punitions les plus sévères, si on les trouvait répréhensibles en quoi que ce fût. Ils lui demandaient, en outre, de faire des instances auprès du roi pour qu'il châtiât exemplairement ceux de ses sujets qui avaient trempé dans le massacre.

Au reçu du mémoire , Ludovic dépêcha un gentilhomme auprès du roi pour l'informer de ce qui s'était passé et le prier d'autoriser son frère Guillaume à nommer à Orange un gouverneur dévoué à ses intérêts. Guillaume , de son côté , demanda à Charles IX de faire exécuter l'édit de pacification de Saint-Germain du 15 août 1570, qui le réintégrait dans sa principauté, et spécialement de donner l'ordre à Montméjean de quitter Orange. Les princes Henri de Condé et Henri de Navarre (devenu plus tard Henri IV) joignirent leurs instances aux siennes. Les catholiques trouvèrent aussi des avocats pour excuser leurs excès auprès du roi et

Lapise, p. 578-584; — Liprc contenant les édits, lois, etc. (ms.); — Aymoii , t. I, p. 124; — Pérussis, dans d'Aubais, t. I , p. 150, et Justin, p. 274, 27J, avec leur partialité ordinaire , prétendent que c'étaient les protestants qui avaient comploté le massacre des catholiques le 2 janvier 1Ï71, et l'expulsion de Montméjean du château.

en rejeter la faute sur les protestants ; mais , pour cette fois, ils ne furent pas écoutés.

Avant le massacre, Ludovic avait nommé gouverneur d'Orange Guillaume de Barchon , seigneur et baron de Mesmey, gentilhomme sage et « doué, » dit Lapise , « d'une singulière probité, » qui, parti de La Rochelle, apprit à Béziers ce qui se passait. Il pressa son voyage pour arrêter, si possible, l'effusion du sang, et, le dernier jour de l'exécution , arriva à Nîmes , oij il vit plusieurs réchappes du massacre qui se jetèrent dans ses bras en sanglotant. Poursuivant sa route , il s'arrêta à Grignan , d'où il fit offrir sans succès à Montméjean une somme d'argent pour qu'il évacuât le château.

Cependant le roi avait chargé Bertrand Raimbaud de Simiane , baron de Gordes , son lieutenant général en Dauphiné , de se rendre dans la Principauté avec Jean Béatrix Robert, conseiller au Parlement de Grenoble, et l'avocat général Félicien Boflfin (i), pour faire des informations sur les auteurs du massacre. Arrivé à Orange et escorté de quelques gens d'armes de sa compagnie et de cent arquebusiers^ commandés par L'Isle des Isnards , de Carpentras , Gordes fit aussitôt arrêter Montméjean et le remplaça par Jean d'Arces , seigneur de Domène, un des gentilshommes de sa suite. C'est ainsi qu'il exécuta l'édit de pacification de Saint- Germain et respecta les droits du prince d'Orange.

Barchon ne se laissa pas arrêter par cet acte arbitraire et se rendit à Courthezon, oij il se rit reconnaître comme gouverneur de la Principauté. Bientôt rejoint par une escorte de deux cents cavaliers huguenots venus de Lourmarin et autres lieux , il fit fortifier Cour-

(i) D'après Pérussis , Boffin aurait ité accompagné de Laporte , second président au Parlement de Grenoble, et du conseiller Boqueron.

thezon et dépêcha Pierre de Merles , gentilhomme de cette ville, à Gordes , pour lui montrer les lettres royales de réintégration de Guillaume, son maître. Le lieutenant général ne daigna pas seulement les lire et répondit ceci : «■ J'ai reçu une nouvelle commission de Sa Majesté et ne puis faire autre chose. » Néanmoins il quitta Orange, en laissant d'Arces dans le château. Il avait séjourné dans cette ville du 19 mars au 7 avril, mais n'avait ordonné l'arrestation d'aucun des auteurs du massacre.

Cependant Barchon envoyait dépêche sur dépêche au roi et à Ludovic de Nassau pour obtenir que d'Arces évacuât le château , et il n'y parvint que cinq mois après. D'Arces s'exécuta de mauvaise grâce , et il fallut lui compter i ,000 livres pour payer ses soldats. Barchon entra à Orange le 6 septembre 1571. Les auteurs du massacre n'osèrent pas rester dans la ville et s'enfuirent ; mais les bonnes paroles et la douceur persuasive du gouverneur leur fit croire à l'impunité , et ils rentrèrent en partie. Barchon , dit de Serres, « couvrait son zèle de la religion d'une feinte admirable , puisqu'il n'allait pas même aux saintes assemblées des religionnatres et favorisait en quelque manière les papistes (i). »

COMPLOT CONTRE ORANGE. ÉDIT DE PACIFICATION. CHATIMENT DES MASSACREURS (157I, I572).

Barchon , qui désirait que la Principauté vécût en paix avec le comtat Venaissin , envoya un député au cardinal d'Armagnac pour le persuader de conclure un

(i) Pérussis, dans d'Aubais, t. I, p. 150-152 ; Crespin, fol. 778; — De Serres, III. partis commentar., fol. 8; - La Popelinière, liv. XXIV, fol. 8;

— Mémoires de L' Estât de France, vol. II, p. 5?, 54;— Lapise, p. 584 et suiv.;

— Justin, p. 276.

DE LA PRINCIPAUTÉ d'ORANGE. 22";

traité d'alliance avec lui. Le vice-légat s'y refusa, en répondant qu'il « n'estimait point crime ce que ceux d'Orange avaient exécuté pour y avancer la religion catholique ! » Néanmoins il ne se livra ostensiblement à un acte d'hostilité contre Orange, car il complotait à ce moment même de s'en emparer par intelligence. Il gagna, moyennant 3,000 écus , un soldat de la garnison , nommé Mèges , homme sans moralité , qui avait été accusé de vol et de fabrication de fausse monnaie. D'Armagnac convint avec lui que des soldats comtadins escaladeraient les murailles de la ville, du côté de Saint- Martin, la nuit d'avant Noël. Cellérier, l'agent du cardinal , vint se cacher au jour dit dans une des cavernes du château , du côté de Tourres, avec cinquante affidés et quelque sicaires ; mais comme Barchon, qui se doutait de quelque surprise , faisait faire bonne garde , Cellérier attendit deux jours sans apercevoir de signal et se retira.

Mèges conçut alors un autre plan et s'en ouvrit à un Comtadin protestant, nommé Febrier, qui le dénonça. Le traître fut arrêté , avoua tout , et on l'écartela.

Au commencement de l'année suivante (i 572), Ludovic de Nassau vint visiter Orange et publia, le 6 janvier, un règlement destiné à pacifier les esprits. Le prince d'Orange le ratifia le i^'' mars suivant. En voici les principaux articles :

Libre exercice des deux religions ; égalité complète des protestants et des catholiques pour les charges municipales et autres ; nullité des emprunts et compositions imposés par un parti sur l'autre ; restitution de tous les biens meubles et charges à leurs anciens propriétaires ; annulation et défense de toute poursuite en justice et jugements pour le fait de la religion ; prohibition du II II

port d'armes et des injures , querelles , chansons et libelles diffamatoires relatifs aux troubles passés, et pareillement de toute prédication excitant à la haine et au mépris des citoyens les uns contre les autres ; dépôt dans les maisons consulaires de toutes les armes autres que l'épée et la dague; autorisation donnée aux protestants de lever parmi eux les deniers nécessaires à l'entretien de leurs ministres et régents; défense de travailler à boutique ouverte les jours de Noël, Toussaint, Saint- Florent, Fête-Dieu, Notre-Dame et fête des Apôtres, et de vendre de la viande les jours prohibés par l'Eglise romaine.

Ce règlement sage et modéré ne contenta pas les catholiques, qui rêvaient toujours l'extirpation complète de l'hérésie et des hérétiques dans la Principauté; car, peu après, ils tramèrent un nouveau complot contre la sûreté d'Orange. Dans ce but , ils s'adressèrent à Charles de La Roche , natif de Mantes-sur-Seine et domicilié à Orange, qui feignit de se prêter à leur dessein. Ils lui dirent qu'il s'agissait cette fois de tuer tous les protestants de la ville , de mettre le feu à ses quatre coins et de la réduire en un désert et un repaire de serpents. L'exécution du complot fut fixée au lendemain de Pâques, 7 avril (1572). Barchon , tenu au courant de tout, ordonne aux consuls de s'assembler à l'hôtel de ville pour délibérer sur quelques points de police municipale , et ordonne à tous les protestants de s'armer et de s'emparer sur-le-champ des postes les plus importants de la ville. Pendant ce temps, il bat tous les quartiers d'Orange, enveloppe l'hôtel de ville et l'église Saint-Martin au moment de la messe, et, en trois heures de temps, fait emprisonner quatre-vingts des massacreurs de l'année précédente. Le lendemain, le Parlement s'assembla et décida, en vertu d'une commission

DE LA PRINCIPAUTÉ d'oRANGE. 227

expresse du roi, de s'adjoindre les plus célèbres conseillers des sièges de Languedoc et de Dauphiné pour juger les coupables. Le président Calvière , de Nîmes, atteint de paralysie, se fit transporter à Orange. Les débats du procès furent solennels , et les sentences commencèrent de s'exécuter le 6 mai.

Le consul Poignety et trois de ses complices eurent la tête tranchée. Huit autres furent pendus, Arnaud dit Tirin et vingt de ses compagnons condamnés au bannissement à temps , au fouet ou aux galères ; trente-quatre contumaces au bannissement perpétuel. La maison de Mignoni fut rasée et convertie en une place, sur laquelle on érigea une colonne, qui existait encore en 1640 et qu'on remplaça plus tard par une fontaine.

Les contumaces dont les noms suivent furent condamnés : le juge La Baume et le premier consul de Condes à avoir la tête tranchée; Bataillard, Morichon, Mignoni, Michel La Baume, Moutet et dix-huit de leurs complices à être brûlés vifs ; trente autres à être pendus, parmi lesquels un carme , un jacobin et le notaire Reynier, qui avaient montré un acharnement exceptionnel dans le massacre. Ils furent tous exécutés en effigie. Un certain nombre d'autres contumaces eurent seulement leurs biens confisqués.

Plusieurs des chefs , qui avaient réussi à s'échapper, furent pris dans la suite et exécutés. Morichon fut roué vif à Orange, Moutet pendu à Uzès sur des procédures envoyées dans un baril d'anchois à double fond, et Bataillard tué à coups de dague dans le Vivarais pendant qu'on lui criait : Sauve Bataillard^ par allusion à son Sauve le Renard. Mignoni, fait prisonnier à la suite d'une rencontre armée, se laissa mettre à mort plutôt que d'être ramené à Orange.

Après ce jugement, Barchon ordonna une saisie-arrêt

sur les revenus des terres que les Comtadins possédaient dans la Principauté, par représailles contre pareille mesure ordonnée par le vice-légat sur les biens des Orangeois situés dans le Comtat (i).

BARCHON RECUEILLE LES FUGITIFS DE LA SAINT-BAR- THÉLEMY ET TRAITE AVEC LE VICE-LÉGAT {1572).

Barchon , en apprenant la nouvelle du massacre de la Saint-Barthélémy (24-28 août 1572), redoubla de vigilance et renforça les garnisons d'Orange et de Courthezon. Les riverains du Rhône, apercevant les nombreux cadavres charriés par le fleuve depuis Lyon, où la boucherie avait été épouvantable, furent glacés d'épouvante. Ils « étaient éperdus, » dit Crespin, « de voir tant de corps flottants sur l'eau si inhumainement mutilés , plusieurs attachés ensemble à de longues perches et d'autres qui , venant à bord, avaient les yeux crevés, le nez , les oreilles , les mains coupés , dagues et percés en infinis endroits, tellement que plusieurs n'avaient aucune forme humaine. »

Le gouverneur d'Orange recueillit un grand nombre de protestants du Dauphiné et de la Provence qui , à la première alerte , s'étaient enfuis , de crainte d'être enveloppés dans la proscription générale. Le roi (22 octobre), le cardinal de Bourbon, le premier président au Parlement de Dauphiné, Claude de Bellièvre, et quatre

(i) Mémoires de l' Estât de France, vol. Il, fol. 174, 175; — De Serres, III. partis commentar., fol. 20; — La Popelinière, llv. XXIV, fol. 8; — De Thou, t. IV, p. 484, — Pérussis, dans d'Aubais, t. I, p. 136; —Livre contenant les édits, lois, etc. (ms.); — Lapise, p. 384-388 ; — Justin, p. 276 et 277, explique ces condamnations d'une façon singulière. Il prétend que les Orangeois voulurent décharger leur fureur sur quelques prisonniers catholiques, parce qu'un complot, qu'ils avaient tramé contre Avignon pour les fêtes de Noël, échoua par la vigilance du vice-légat.

DE LA PRINCIPAUTÉ d'ORANGE. 229

autres grands personnages écrivirent à Barchon de les expulser; mais il n'en fit rien. Bellièvre allait jusqu'à lui faire un devoir de bannir les ministres , de faire cesser les prêches et généralement d'interdire l'exercice de la religion protestante dans la Principauté. Le roi lui écrivit une seconde lettre, le 14 décembre, pour qu'il permît aux bannis et aux fugitifs de 1 571 de rentrer à Orange. Sur tous ces points, Barchon déclara vouloir s'en référer au prince , son seul souverain légitime.

Le vice-légat, voyant sa fermeté, demanda à traiter avec lui la question des revenus possédés soit par les Comtadins dans la Principauté, soit par les Orangeois dans le Comtat. Les pourparlers eurent lieu à Beaucaire entre le lieutenant Mutonis, qui représentait Barchon, et Labeau , avocat fiscal du pape. Damville et le duc Guillaume de Joyeuse, selon le vœu de Charles IX, qui jouait le rôle de médiateur , assistaient également à la conférence. Il fut convenu que d'Armagnac « permettrait la jouissance des biens aux vrais et naturels sujets de la Principauté... et moyennant ce le S"" de Barchon ôterait la mainmise des fruits de ceux dudit Comté. » Labeau demanda en outre que l'évêque, qui était pour lors Jean de Tulles l'oncle, les chanoines, les moines et les catholiques , bannis ou fugitifs à la suite du massacre de 1571, pussent rentrer dans la ville , que leurs biens leur fussent rendus et qu'ils ne pussent être troublés dans l'exercice de leur religion. Barchon accorda ces divers points , sauf celui qui était relatif au retour des massacreurs de 1571 condamnés au bannissement. Les ecclésiastiques d'Orange, établis à Caderousse depuis plusieurs années , ne voulurent pas profiter de la liberté que leur laissait le traité de paix, de telle sorte que le culte catholique demeura suspendu à Orange pendant longtemps encore faute de prêtres pour le célébrer.

Le vice-légat , qui ne pouvait se contenir longtemps dans la voie de la modéralion et de la justice , défendit bientôt à tous les Orangeois , sous peine de mort , de mettre les pieds dans le Comtat et réciproquement aux Comtadins d'entrer dans la Principauté sous la même peine. Ce n'était pas là le moyen d'entretenir la paix entre les deux pays, et Barchon, par mesure de représailles, édicta une ordonnance semblable : ce qui décida d'Armagnac à revenir à des sentiments plus pacifiques et à consentir à ce que les habitants des deux pays pussent librement circuler de l'un à l'autre.

Vers ce même temps, les massacreurs d'Orange, condamnés par contumace à la confiscation de leurs biens, implorèrent la protection de Charles iX pour rentrer en possession de ceux-ci. Le roi se borna à prier Barchon de tenir la main à ce que les catholiques d'Orange « fussent dorénavant mieux et plus humainement traités et assurés en leurs biens et possessions qu'ils ne l'avaient été par le passé. » Se voyant déboutés de leur requête, les massacreurs recoururent à l'appui de Durand de Pontevès, seigneur de Flassans, frère de Jean de Pontevès, comte de Carcès , lieutenant général pour le roi en Provence. Ce cruel personnage avait trempé dans le premier massacre d'Orange de 1562 (i). Ils s'adressèrent aussi à La Bruyère, d'Avignon, qui écrivit en leur faveur au même Flassans ; mais la lettre fut adroitement interceptée à Sénas par le notaire Laigneau. Elle portait que les Comtadins projetaient de se saisir par ruse de Courthezon sans, perdre un seul des leurs et que , pour Orange , on pouvait la prendre avec deux cents hommes et devenir maître du château huit jours après. La Bruyère se plaignait du vice-légat et de Car-

. (i) Avec St;rbclli)ni, Sonimeiivc el Suze.

ces lui-même , qu'il trouvait trop modérés. Barchon communiqua un double de cette étrange lettre à d'Armagnac en lui laissant le soin de se défendre lui-même contre les attaques de ses administrés (i).

REFUS DE BARCHON DE PRENDRE PART A LA NOUVELLE GUERRE DE RELIGION. RÉTABLISSEMENT DE l'uNI- VERSITÉ d'orange {l')J2, ^^J}]-

Une quatrième guerre de religion s'étant déclarée en France (novembre 1572) à l'occasion de la Saint-Barthélémy, Montbrun , le vaillant chef des huguenots du Dauphiné , pressa beaucoup Barchon de se mêler à la lutte en lui représentant que jamais il n'aurait une meilleure occasion de prendre sa revanche des injures qu'il avait reçues du cardinal d'Armagnac. Le gouverneur d'Orange répondit qu'il attendait les ordres de son maître. Or, le comte Ludovic fut loin de se montrer favorable à la participation de la Principauté à la levée de boucliers du parti huguenot en France. Il enjoignit à Barchon de vivre en paix avec tous ses voisins, notamment avec les sujets du roi de France , et d'indemniser ceux de ces derniers qui avaient eu à souffrir des courses armées des Orangeois sur leur territoire , « attendu , » disait-il, « qu'il avait reçu des plaintes de la cour à ce sujet. » Barchon communiqua ses ordres à d'Armagnac et à Damville et convint avec eux que la Principauté et le Comtat vivraient en bonne intelligence et s'avertiraient réciproquement des complots tramés contre leur sûreté particulière 14 septembre 1573). Les parties contractantes furent d'autant plus disposées à s'entendre

(i) Crespin , fol. 795; — Lapise, p. 588-390; — Babtet , Essai historique, 224-227.

que la paix avait été conclue en France depuis deux mois [édit de Boulogne du ii juillet 1573).

Ludovic profita de la tranquillité dont jouissait la Principauté pour rétablir l'université d'Orange, fermée depuis 1562. Dans les lettres patentes de réorganisation du 28 août 1 573 , il déclare que son frère Guillaume avait désiré depuis longtemps le rétablissement de cette institution ; mais que la guerre s'y était toujours opposée. Agissant maintenant au nom de son prince souverain et après avoir pris l'avis de ses conseillers, il publie les présentes lettres patentes pour « l'élection et création d'un collège en la ville et principauté d'Orange. » Viennent ensuite les détails d'organisation , dont voici le résumé :

Le collège sera composé d'un principal, M""^ Antoine de Bessods, qui enseignait déjà à Orange depuis une année à ses dépens, et de quatre régents. Le principal « fera une leçon en quelque langue ou science pour l'avancement de ceux qui auront désiré plus d'intelligence. ') Ses émoluments seront de 250 livres par an, ceux du premier régent de 150, ceux du deuxième de 125 , ceux du troisième de 100 et ceux du quatrième de 60. Le portier, chargé du soin d'empêcher les enfants de sortir pendant les leçons, touchera 28 livres. Quatre élèves pauvres, principalement « instruits en théologie, » .seront entretenus aux frais du prince et toucheront 50 livres par an pendant quatre ans, à la condition qu'ils exerceront leur ministère dans la principauté. Le recteur sera élu de trois ans en trois ans par le gouverneur et les consuls réunis, le Parlement entendu. Il aura la mission de défendre les droits et privilèges de l'université devant le Parlement et sera le dépositaire du sceau. A l'université sera adjoint une imprimerie , qui comprendra un compositeur, un presseur aux gages de 50 livres par année, et un correcteur. Les honoraires

DE LA PRINCIPAUTÉ d'ORANGE. 2^3

du compositeur et du correcteur ne sont pas indiqués. L'université sera installée dans la maison de l'ancien premier consul de Condes , dont les biens avaient été confisqués, et 300 livres seront employées à la réparer après avoir pris l'avis du Parlement.

Par de secondes lettres patentes, datées du même jour, Ludovic rattache les pasteurs d'Orange à l'université. (( Annexons et incorporons, » dit-il, « à ladite université et collège d'Orange tous les ministres !de la Parole de Dieu par nous établis en ladite Principauté et leurs successeurs; à ce que, selon leurs charges, ils soient vigilants , considérateurs de la vie de la jeunesse, et l'avertissent souvent et soigneusement de son devoir : la réprimant en ce qu'ils la verront commettre contre l'honneur de Dieu et lui mettant devant les yeux toutes actions honnêtes pour la divertir de l'inclination naturelle qu'elle a au vice et l'attirer par gracieuses remontrances à l'amour de la vérité. »

Enfin , par de troisièmes lettres patentes , datées également du même jour , Ludovic de Nassau affecte les biens provenant des communautés catholiques à l'entretien du collège et des ministres protestants d'Orange.

En prévision de ce rétablissement de l'université d'Orange, le synode national de Nîmes de 1572 fut consulté sur la question de savoir si , dans ladite université, des docteurs en théologie pourraient être « créés et admis à leurs dignités et offices par les docteurs en droit assistés d'un ministre de la Parole de Dieu. » Le synode répondit que << les avocats et les médecins pouvaient être reçus de cette manière , mais non les théologiens, et que l'Eglise réformée avait expressément pourvu à de pareils abus (i). »

(i) Pérussis, dans d'Aubais, t. 1, p. H 3 ; — Lapise, p. 412, 415 ; — Aymon,

GLANDAGE s'eMPARE DU CHATEAU d'oRANGE ET EN EST DÉPOSSÉDÉ QUATRE MOIS APRÈS il^J], '574)-

Un lieutenant de Montbrun , le jeune Hugues de Laire de Glandage , gentilhomme dauphinois fort entreprenant, qui, quoique catholique, tenait le parti des huguenots, résolut de s'emparer d'Orange, sous prétexte que Barchon avait reçu de l'argent du cardinal d'Armagnac pour conclure un traité secret à l'avantage du Comtat et qu'il ne remplissait pas loyalement ses fonctions de gouverneur; mais en réalité parce qu'il n'avait pas voulu s'associer à la dernière prise d'armes des huguenots du royaume. Il se présenta de bon matin, le 5 novembre 1Ç73 , devant les portes d'Orangç avant qu'elles fussent ouvertes avec treize cavaliers et demanda à se rafraîchir. Barchon, sans défiance, lui ouvre les portes et le reçoit avec cordialité. Le lendemain, Glandage se saisit en un tour de main du château , où il avait été invité à dîner par le gouverneur, qui, fait prisonnier sur l'heure , essaya de résister et tira son épée ; mais Glandage la lui .Rt rendre en colorant son action du prétexte qu'il avait voulu prévenir les catholiques qui méditaient de surprendre le château d'Orange. Après cela , il fît faire de la fumée sur le Belvédère et aussitôt quatre-vingts cavaliers, qui étaient cachés dans la campagne de La Rays , à proximité de la ville, pénétrèrent dans la ville. Quant à Barchon, il parvint à s'échapper et alla s'enfermer dans Courthezon. De là il adressa ses plaintes à Damville, qui n'en tint aucun compte, non plus que les synodes de Nîmes et de Mi-

t. I, p. 121 ; — Justin, p. 289 ; — Lii're contenant les cdits, lois, etc. (ms.) ; Arch. municip. d'Orange, GG, 79.

DE LA PRINCIPAUTÉ d'oRANGE. 235

Ihau , qui ne le trouvaient pas assez zélé pour la cause.

Deux mois après (9 janvier 1574), Montbrun , étant venu visiter Glandage , se rendit à Courthezon pour engager Barchon à céder cette place; mais ce dernier ne voulut pas y consentir, et, le même jour, un de ses officiers , le capitaine Lacroix de Caderousse , qui était sorti avec trente-deux cavaliers pour faire une reconnaissance du côté d'Orange , fut chargé par la nouvelle garnison de cette ville, qui lui tua vingt-trois hommes et le blessa lui-même grièvement.

Quelques jours après, le cadet d'Alleins, gentilhomme d'Arles (i), qui servait sous Ludovic de Nassau, et que ce dernier avait dépêché à Montbrun et à Glandage, se présenta devant Orange, chargé par son maître de la mission d'occuper la ville et le château au nom de Guillaume et de rétablir Barchon dans son gouvernement ; mais les deux capitaines dauphinois n'accédèrent pas à son vœu. Glandage toutefois ne resta en possession d'Orange que quatre mois. Le notaire Jacques de La Pise (2) , l'ami particulier de Barchon, profita de l'absence de l'usurpateur pour prendre avec de la cire l'empreinte des clés du château et en fit fabriquer de nouvelles à Avignon avec l'agrément du vice-légat. Ce stratagème lui réussit. Quelques partisans du gouverneur s'introduisirent dans le château et lui-même y entra le lendemain avec un certain nombre de soldats, qu'il avait fait cacher pendant toute une nuit dans les cavernes situées du côté de Saint-Martin (fin février 1574). Ainsi fut dépossédé à son tour Glandage qui, depuis le suc-

(i) Peut-être le fils de Jacques Reynaud, seigneur d'Alleins, l'ami de l'humaniste Baduel et le protecteur des Vaudois (Voy. page 9, et t. I, p. 543).

(3) Gardien des archives et secrétaire du prince d'Orange, greffier du Parlement et le père de l'historien Joseph de La Pise, qui hérita de toutes ses charges et dignités.

ces de son entreprise, n'avait cessé de faire des courses armées dans le comtat Venaissin , de piller le pays et de voler les marchands (i), procédés qui lui avaient attiré la haine de tous les esprits modérés. C'était, du reste, un personnage assez étrange. Il répétait sans cesse qu'il n'approuvait en aucune façon la religion réformée et que le tranchant seul de son épée était religionnaire. C'est sous l'inspiration de cette politique qu'il n'avait pas craint de prendre les armes contre son propre père en Dauphiné. Plus tard, néanmoins, comme on l'a vu (2), il rentra dans les rangs du parti catholique (3).

HOSTILITÉ DES ORANGEOIS CONTRE BARCHON. SON EX- PULSION. MERLES, QUI LE SUPPLANTE, EXPULSÉ A SON TOUR PAR CHABERT, QUI CÈDE SA PLACE A BLACONS

La défiance que les habitants d'Orange avaient à l'endroit de leur gouverneur se manifesta l'année suivante (1575) d'une façon fort grave, car ils ne tentèrent rien moins que de se saisir du château par escalade. C'était pendant la cinquième guerre de religion (septembre 1 574), qui se termina par ïédii de pacification de BeaiUieu (mai 1576). La force resta à Barchon ; mais l'hostilité dont il était l'objet alla croissant. La mission pacificatrice dont furent chargés les deux commissaires du prince d'Orange, Jacques de Tayard et Gilbert Roy, jurisconsultes éminents , ne produisit qu'un résultat temporaire. Pendant la sixième guerre de religion (janvier^

(i) Voy. pages 70 et suiv.

(2) Voy. page 84.

(5) De Serres, III. partis commentar., fol. 120, 155 ; — De Thou , t. V, p 21, 5; ; — D'Aubigné, t. II, col. 684; — Pérussis, dans d'Aiibais, i. I. p. 1Ç7-IÏO; — Lapise, p. 415-41; ; — Justin, p. 29^'-297.

1577), suivie bientôt de Vedit de pacification de Poitiers (17 septembre 1577), les Orangeois firent même des courses armées malgré Barchon (17 juin), et après la rnort du régent de la principauté , Ludovic de Nassau , survenue en 1578, Antoine de Colla (i), sieur de la Magdeleine, président du Parlement d'Orange, se mit à la tête du parti hostile au gouverneur et y fît entrer le Parlement avec lui. C'était, au Jugement de Lapise , un « grand justicier, docte jurisconsulte et bon formaliste , » qui avait quitté le Parlement d'Aix pour cause de religion et que Ludovic avait rappelé de Genève, où il s'était réfugié. Les protestants trouvaient Barchon trop modéré, parce qu'il ne voulait pas se mêler des querelles de ses voisins et prendre les armes pour soutenir la cause des huguenots du royaume. Ils projetèrent donc de le chasser d'Orange et gagnèrent à leur cause Pierre de Merles , gentilhomme de Courthezon , dont il a été question plus haut (2) , et qui pour lors était le lieutenant du gouverneur. Le pasteur d'Orange, Sébastien de Julien, <( véritable antipape , » dit Lapise , contribua beaucoup à l'entraîner en lui représentant qu'il devait et pouvait contribuer à la chute de Barchon. Là-dessus les deux partis députent leurs avocats respectifs à Guillaume, qui envoie deux commissaires à Orange pour pacifier la Principauté. Ceux-ci se divisent à leur tour. L'un se range du parti du gouverneur, l'autre de celui du Parlement. Le prince d'Orange, ne sachant plus que faire , investit Damville de l'intendance

(i) 11 est appelé, ailleurs, Décolle (c'est, croyons-nous, le vrai nom), et fut proposé par le duc d'Alençon, frère de Henri III, pour être le président de la chambre tripartie du Dauphiné (i"' août 1576), qui n'exista que de nom. Voy. E. Arnaud, Hist. des prot. du Dauph., t. I , p. 348 et 549. La France protestante croit à tort, selon nous (t. IV, p. i et 2), à l'existence simultanée de deux Colla (Antoine et Jacques).

(2) 'Voy. page 224.

générale de la Principauté avec de pleins pouvoirs, et Damville se prononce contre le gouverneur. Barchon , averti de ce qui se passe par son ami Jacques de La Pise , qui revenait de chez Damville pour des affaires d'Etat, se rend au château et trouve « visage de bois, » comme on disait au seizième siècle. Merles s'était en effet saisi des portes du château, le 3 avril 1578, pendant que Barchon assistait au sermon au temple de la ville. Cruellement désappointé , le gouverneur quitta sur-le-champ Orange et se rendit auprès des chefs protestants du Dauphiné réunis à Nyons , où il essaya en vain de se former un parti. Sa femme fut chassée d'Orange et lui-même retourna en Hollande pour rendre compte de son administration à Guillaume . qui lui exprima ses regrets de la marche qu'avaient prise les événements. Lapise , qui avait pour lui une véritable amitié, mourut de chagrin de sa chute.

Merles fut nommé par Damville commandant du château avec 600 livres d'appointements et Moissac gouverneur de la Principauté avec 1,200 livres. Le premier reçut l'année suivante , de la part du roi Henri de Navarre, après la conférence de Nérac (28 février 1579), qui ratifia et compléta l'édit de Poitiers, la mission de faire exécuter ce dernier dans la Principauté : ce qui donnerait à entendre qu'il en avait à ce moment l'administration générale et que Moissac ne demeura pas longtemps à son poste. Quoi qu'il en soit. Merles, après une année de gouvernement, fut expulsé du château par de Chabert , gentilhomme d'Orange, qui lui portait envie et avait contre lui une haine de famille (i" juillet 1579). Au bout de peu de temps, Chabert céda sa place à Hector de Mirabel, sieur de Blacons , grand capitaine huguenot du Dauphiné , en échange de la main de sa sœur ; mais ce dernier lui laissa le corn-

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mandement de la ville. Blacons ne parvint pas toutefois à faire reconnaître son autorité par le prince d'Orange, quelque peine qu'il y prît ; mais il eut la gloire de défendre vaillamment la Principauté contre tous ses ennemis du dehors (i).

NOUVEL ÉDIT EN FAVEUR DE l'uNIVERSITÉ d'oRANGE. MORT DE GUILLAUME DE NASSAU. RÉGENCE DE SON FILS MAURICE (1580-I585).

Quand Guillaume eut connaissance de l'entreprise de Chabert et de Blacons , il envoya le sieur de Mimet {2) dans la Principauté pour en prendre le gouvernement ; mais les deux usurpateurs ne voulurent pas le recevoir, et Mimet fut obligé de se réfugier à Courthezon, oij le ministre du lieu introduisit secrètement Blacons, qui fit prisonnier l'envoyé de Guillaume et s'empara ensuite de la place (février 1 5B0). En août, la garnison d'Orange fut renforcée de cinq cents huguenots étrangers, à cause de l'entrée de Charles de Lorraine , duc de Mayenne , dans le Dauphiné , avec quinze mille hommes de troupes et onze canons. C'était pendant la septième guerre de religion^ qui commença en février 1 580 et se termina, le 26 novembre de la même année , par le traite' de Fleix.

Autrement l'usurpation de Blacons , qui vivait dans les meilleurs termes avec le Parlement, assura la tranquillité d'Orange pendant plusieurs années. Les habitants en profitèrent pour réorganiser leur collège. Théodore de Bèze , à la demande du Parlement , envoya de

(i) Pérussis, dans d'Aubais, t. I, p. 174, 201, 214, 225 ; — Lapise, p. 448- 4Ç0; — Justin, p. 390-410; — Bastet, Histoire de la ville, p. 119, et Essai historique, p. 228 et 229, 506 et 307; — La France protestante, t. 7, p. ^6j.

(2) Selon d'autres, Justin Meynet.

Genève le professeur Thomas Scheneur pour en être le principal. La lettre de remerciement du Parlement est du 28 avril 1 583. Quelques mois plus tard (3 novembre), le prince d'Orange, avec la collaboration du président De Colla , publia un édit remarquable « contenant règlement sur le fait de la justice , police , domaine , collège et université d'Orange. » Voici la substance des articles qui ont trait au collège et à la religion réformée, intimement unis depuis l'édit du 28 août 1573 :

Prélèvement , sur les revenus ecclésiastiques , d'une somme de 1,200 livres pour entretenir les trois pasteurs de la Principauté (deux à Orange et un à Courthezon) , soit 400 livres pour chacun, et d'une seconde somme de 1,200 livres pour l'entretien du collège; présence du président du Parlement ou d'un de ses conseillers aux séances du consistoire , conformément à l'arrêt de cette Cour de l'an 1574; réunion du bureau du collège le i^"" samedi de chaque mois sous la présidence du président du Parlement, avec l'adjonction des pasteurs, des ministres et des régents; réunion, tous les dimanches, du bureau des pauvres et de l'hôpital, composé du président du Parlement, ou d'un de ses conseillers, d'un pasteur, d'un consul, d'un des recteurs de l'hôpital et d'un diacre ; interdiction de la mendicité ; entretien des pauvres par les revenus de l'hôpital et , à leur défaut, par des collectes particulières.

Sept mois après , l'illustre Guillaume de Nassau n'était plus de cette terre. Il périssait de la main d'un émissaire du parti espagnol, le 10 juillet 1584. Il avait régné quarante ans et laissait ses Etats à son fils aîné Philippe-Guillaume, âgé de trente ans. Ce dernier avait été enlevé par Philippe II d'Espagne, le 10 septembre 1567, et ne fut délivré que dix ans après la mort de son père, en 1594, après une captivité de dix-huit

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ans , pendant laquelle il suça les principes du catholicisme. En son absence, la régence de la Principauté fut dévolue à son frère cadet, le fameux capitaine Maurice de Nassau. Le nouveau régent confirma dans leurs libertés et privilèges le Parlement , les officiers de la Principauté, les divers ordres de l'Etat et les communes. Seul Blacons ne fut pas reconnu comme gouverneur. Sa confirmation se fit attendre encore quatre ans ; mais il n'en demeura pas moins fidèle à la maison d'Orange et continua à administrer la Principauté à la satisfaction de tous (i).

GUERRE AVEC LE COMTAT. BLACONS SÈME LA DIVISION A ORANGE ET MEURT (1585-I596).

La naissance de la Ligue , qui inspira les plus vives alarmes aux protestants , surtout lorsqu'ils virent Henri III s'allier avec elle, décida Blacons à sortir de sa neutralité pendant la huitième guerre de religion (mars 1585), qui dura jusqu'à l'alliance des deux Henri (26 et 30 avril 1589), et à entrer dans le comtat Venaissin. Allié à ses coreligionnaires du Dauphiné , du Vivarais et du Languedoc, il se met en campagne (i 586), après avoir établi de bonnes garnisons dans les places de la Principauté, se saisit d'Aubignan et d'Entraigues, près d'Avignon, fait trembler cette dernière cité, pille et dévaste toutes les campagnes , pendant que quatre officiers des plus hardis de sa compagnie d'hommes d'armes, Vigouroux, Compan , Mazeran et Bringues, dont les noms devinrent redoutables dans le pays, poussent des pointes audacieuses jusqu'aux portes de Mar-

(1) Pérussis, dans d'Aubais, t. I, p. 252-25? ; Lapise, p. 450, 4c i ; — Justin, p. 410, 411-; — Liprc contenant les êdits, lois, etc. (ms.) ; — Gaberel, Hist. de l'église iie Genève, t. Il, pièces justiticat., p. ^4, ?>.

242 mSTOlRF. DKS PROTESTANTS

seille, passent et repassent à leur gré la Durance. Blacons garda assez longtemps les places qu'il avait prises, notamment Entraigues, que Dominique Grimaldi, devenu archevêque d'Avignon et vice-légat, ne put recouvrer qu'avec le concours et les contributions du Comtat.

Après cette campagne victorieuse , et comme enivré de ses succès , Blacons se départit de la mesure qu'il avait apportée jusque-là dans l'administration des affaires intérieures de la Principauté et, pour accroître son pouvoir , fomenta des divisions entre le Parlement et les consuls. Ces derniers accusaient le Parlement de rendre mal et chèrement la justice, de porter atteinte à leurs privilèges et le président de Colla d'être d'une sévérité excessive dans ses jugements. Blacons se rangea de leur parti et s'attira ainsi la haine du Parlement (i 587).

L'année suivante , il parvint à se faire reconnaître comme gouverneur d'Orange par Maurice de Nassau, à qui ses partisans firent observer que Blacons était un « brave et galant gentilhomme , » qu'il tiendrait tout ce qu'il promettrait et surtout qu'il n'était pas possible de lui ôter son gouvernement. Le régent se décida donc à lui confirmer ses pouvoirs et, pour éviter des conflits et des abus, accompagna sa nomination d'un nouveau règlement en forme d'édit sur l'administration de la justice, police et finances de la Principauté (14 octobre 1588).

A cette époque, les ligueurs du Dauphiné songeaient à se saisir d'Orange , qui interceptait leurs communications avec le comtat Venaissin. Pour éviter toute surprise , le célèbre François de Bonne, seigneur des Diguières , chef des huguenots du Dauphiné, introduisit sous divers prétextes , dans la ville , environ quatre cents de ses meilleurs soldats, sur l'ordre du roi de Navarre , qui avait pris sous sa protection la Principaulô.

DE LA PRINCIPAUTÉ d'oRANGE. 243

Une fois pourvu de son gouvernement par Maurice de Nassau, Blacons continua malheureusement à semer la division entre les consuls , dont il avait épousé le parti , et le Parlement , et , à cette occasion , répétait souvent à ses familiers cette maxime favorite des despotes : « Pour bien régner, il faut entretenir la division dans l'Etat. » La lutte fut surtout vive à partir de 1 589, et dura jusqu'en 1 594, époque où le président de Colla, « assez rude en ses moeurs , » dit Lapise , « et d'humeur rébarbative, pourvu néanmoins de suffisance, d'intégrité , de courage , ne voulut rien démettre de son autorité , » et , obligé de quitter Orange , se retira à Courthezon , où plusieurs conseillers ne tardèrent pas à le rejoindre. Maurice de Nassau , informé de leur retraite, donna gain de cause au Parlement et ordonna à Blacons d'en rappeler les conseillers et de les réintégrer dans leurs fonctions. Le célèbre capitaine ne survécut pas longtemps à cet événement et mourut deux ans après des suites de son incontinence (24 mai 1596).

BLACONS LE FILS USURPE LE GOUVERNEMENT d'oRANGE. GRANDES DISSENSIONS QUI EN SUIVIRENT ( I 596-

Blacons laissa par testament le gouvernement de la principauté d'Orange , comme si c'était une propriété de famille, à son fils, Alexandre de Mirabel-Blacons , sous la tutelle du seigneur d'Aramon. C'était porter une atteinte audacieuse aux droits du prince d'Orange. Aussi , le Parlement se hâta-t-il de casser le testament de Blacons et de destituer Chabert , qui avait conservé le commandement de la ville depuis 1579. Il chercha même à chasser d'Aramon du château ; mais ayant échoué dans son entreprise, il dut se retirer à Cour-

thezon , d'où il ne voulut pas sortir, malgré les sommations du nouvel usurpateur. Alexandre avait pour lui les consuls et l'église, dont les deux pasteurs, Sébastien de Julien et le célèbre pasteur Jean de Serres, se déclarèrent ses partisans. Ce dernier même composa un libelle a faux, » au dire de Làpise , sous le nom de la « Communauté de la ville d'Orange , » contre Philippe de Marnix, baron de Sainte-Aldegonde , que le prince d'Orange, Philippe-Guillaume, sorti de sa longue captivité , avait envoyé dans la Principauté pour pacifier les esprits. Le régent Maurice , frère de Philippe-Guillaume, fit poursuivre le libelle en Languedoc, où il avait été publié , et l'auteur, l'imprimeur et le libraire qui l'avait mis en vente furent condamnés à de fortes amendes, quoique l'assemblée politique du Dauphiné , siégeant à Gap, se fût prononcé contre Sainte-Aldegonde, et eue celle du bas Languedoc, réunie à Uzès, eût également donné tort à Broderode , qui avait remplacé Sainte-Aldegonde.

La mission successive des deux commissaires ayant échoué, Philippe-Guillaume chargea Lesdiguières de se rendre à Orange pour terminer les différends à l'amiable. Le célèbre capitaine , chargé pour lors de commander une expédition contre le duc de Savoie, délégua ses pouvoirs , à la demande des députés de la maison commune d'Orange, à son ami, Arthus Prunier de Saint- André, l'un des présidents du Parlement de Grenoble. « Les consuls d'Orange, » dit Chorier, « et Bellujon, leur principal député, l'en prièrent et, pour l'obtenir, ils avaient une raison à laquelle il lui aurait été mal avisé de résister : c'était la vénération que l'on y avait pour la mémoire de son père , qui y avait eu , durant plusieurs années , toute l'autorité d'un gouvernement souverain. Ce démêlé fut depuis décidé, comme le

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prince le désirait, pour l'honneur de son autorité, après que le roi l'eut appuyé de la sienne. Le prince, étant à Paris, en écrivit à Saint-André, qui persuada aux consuls de ménager leurs intérêts d'une manière qui ne les éloignât point de leur devoir (i). »

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