‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'Orange (volume 3)Chapitre 47 sur 65 · PARLEMENT · texte numérisé non relu

PARLEMENT

La révocation de l'édit de Nantes , survenue en octobre 1685, fournit à Louis XIV un nouveau prétexte pour envahir la Principauté. Plusieurs années déjà avant cette date néfaste, un grand nombre d'églises avaient été interdites en France. A la veille de la Révocation, pres-

(1) Chambrun, Les larmes, p. 62-96; — Benoit, t. Ill, p. 922-925; — Depping, Correspondance administrative, t, IV, p. 535 ; — Arch. municip. d'Orange, GG, 48.

que tous les exercices du Vivarais , du Dauphiné et de la Provence étaient supprimés , et ceux du Languedoc et des Cévennes avaient si fort diminué qu'il fallait distribuer la communion tous les dimanches dans les églises restées debout. Cette désolation , jointe aux dragonnades qui dévastaient le Dauphiné et le Languedoc, attira dans la Principauté huit cents personnes environ (i) de tout âge, sexe et condition. Les pasteurs d'Orange se multipliaient pour secourir temporairement et spirituellement tous ces fugitifs, et à la cène de septembre 1685 ils furent contraints de donner la communion dans les deux temples à trois tables différentes.

L'évêque d'Orange, irrité de cette affiluence d'étrangers , écrivit à la Cour de France qu'il y avait dans la ville plus de quatre mille huguenots français et plus de soixante ministres , qui prêchaient jusque sur les remparts. Les divers chefs militaires, qui commandaient les missions bottées du Dauphiné , savoir : le marquis de La Trousse , le comte de Tessé et Saint- Ruth, disaient tout haut de leur côté à Montélimar qu'ils iraient sous peu piller et saccager Orange , et ils écrivaient au roi qu'on parlait fort peu respectueusement de lui dans la Principauté et que c'est de là que devait partir la révolte des huguenots. Craignant d'être envahis par les dragons, les Orangeois firent démentir ces bruits calomnieux auprès des ministres du roi, qui déclarèrent qu'on ne toucherait pas à Orange, bien qu'il eût été -arrêté dans le conseil qu'on y enverrait des dragons pour s'emparer de tous les réfugiés et traiter la Principauté comme le reste du royaume.

Le Parlement , instruit secrètement de cette résolu-

(i) Selon d'autres, six mille, dix mille, douze mille. Nous suivons Gaultier de Saiiit-Blancard, qui devait être bien informé.

tion, se hâta de rendre un arrêt (septembre) enjoignant à tous les étrangers de sortir dans trois jours de la Principauté, et prit soin d'en faire tenir une copie par deux gentilshommes aux chefs militaires qui étaient à Montélimar. Ces derniers reçurent fort mal les députés du Parlement. La Trousse, en particulier, ne leur parla que de faire pendre les ministres et de mettre à l'interdit toute la Principauté. Il venait, en effet, de recevoir une lettre de François-Michel Letellier, marquis de Louvois (14 octobre), qui lui apprenait que le roi ne pouvait souffrir plus longtemps « l'insolence » des habitants d'Orange et voulait que Tessé entrât dans cette ville avec un régiment de dragons et un bataillon d'infanterie , et qu'il le fît à l'improviste afin que les ministres n'eussent pas le temps de s'échapper.

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