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L'heureuse tranquillité dont jouissaient les protestants d'Orange fut malheureusement troublée par la guerre de la succession d^Espagne. Dès que l'Angleterre et la Hollande se furent déclarées contre les prétentions de Lours XIV, qui voulait placer son petit-fils Philippe , duc d'Anjou , sur le trône espagnol. De Lubières, gouverneur de la Principauté, demanda et obtint de son souverain la permission de quitter Orange, oij il n'était pas en sûreté avec une garnison de cinquante hommes. Il se retira à Genève avec un certain nombre d'Orangeois de marque , qui se dirigèrent sur le Wurtemberg, et paraissent avoir formé le convoi de cent personnes, traversant Lausanne, le 30 juillet 1701 , à destination de Canstadt par Schaffouse , dont parle l'historien Mœrikofer. La mort de Guillaume III, survenue le 19 mars 1702, acheva de remplir d'alarmes les protestants d'Orange.
Guillaume III , monté sur le trône d'Angleterre depuis 1688, sous le nom de Charles II , était le dernier
(i) E. de Budé, Vie de Benédlct Piciet ; Lausanne, 1874, p. 52-58; — Ms. français, 197^^, portef. 12 de la bibliothèque publ. de Genève; — Ms. Court, n° 17, C, Idem.
rejeton mâle de la famille de Nassau. Etant mort sans enfant , la souveraineté d'Orange revenait de droit à Frédéric I^"", ancien électeur de Brandebourg, et roi de Prusse depuis Tan 1700, en tant que fils unique de l'électrice Louise-Henriette de Nassau, soeur de Guillaume II. Frédéric-Henri de Nassau, père de ce dernier, avait en effet institué pour héritier son fils Guillaume II et ses descendants, et, à leur défaut, sa sœur Louise-Henrietteet ses descendants. Mais Guillaume III, contre la teneur de ce testament, ayant légué ses biens à un de ses parents éloignés de la branche de Nassau- Dietz , François- Louis de Bourbon, prince de Conti , de la branche cadette de la maison de Condé, et héritier du duc de Longueville (i) , de la famille duquel il était issu par sa mère , revendiqua aussi l'héritage de Guillaume III. Muni de l'autorisation de Louis XIV (arrêt du Conseil du 28 mars 1702), il envoya le sieur de La Valette se saisir de la principauté d'Orange deux jours après qu'on eut reçu la nouvelle de la mort du roi d'Angleterre, et y établit le sieur de Morangiès comme gouverneur. Il promit directement par des lettres signées de sa propre main, et indirectement par ses agents, qu'il ne changerait rien à l'ordre de choses établi; qu'il laisserait aux protestants toute la liberté dont ils jouissaient, et qu'il paierait les ministres de ses propres deniers.
Le roi avait conseillé et approuvé cette politique, qui contrastait avec les persécutions sanglantes dont souffraient les protestants de ses Etats, pour ne pas porter de préjudice aux droits que le prince de Conti comptait faire valoir sur le comté protestant de Neuchatel et de
(i) Sur les droits de la maison de Longueville à la possession de la priilcipauté d'Orange, voy. plus haul, p. 284.
DE LA PRINCIPAUTÉ d'oRANGE. 357
Valangin à la mort de Marie d'Orléans-Longueville , veuve du duc Henri de Nemours. Le conseil communal d'Orange accepta sans opposition la souveraineté du prince de Conti, qu'il savait animé des meilleures intentions, et sa décision fut ratifiée par l'assemblée générale de la Principauté. Les ministres et les anciens du consistoire, touchés de leur côté des assurances du prince, lui témoignèrent par écrit leur reconnaissance. La lettre qu'ils reçurent en réponse les confirma dans leurs espérances. « J'ai appris avec joie, » leur mandait le prince, <( la manière dont vous vous êtes comportés envers les porteurs de ma procuration pour prise de possession de la Principauté. Je suis aussi sensible qu'on le peut être aux assurances que votre corps me donne, par sa lettre, de son zèle pour ce que mes gens d'affaire vous ont dit de ma part. Je veux bien vous assurer moi-même, par la présente, de l'envie que j'ai de trouver des occasions de vous faire plaisir et de vous témoigner que je suis véritablement. Messieurs les ministres et anciens de l'église protestante de la ville d'Orange , votre affectionné ami. »
Cependant la cour et le clergé de France ne voyaient pas sans dépit fleurir à Orange une liberté qui était proscrite dans le royaume, et ils cherchèrent à détruire l'effet des promesses du prince de Conti. On feignit de trouver, dans la liaison des protestants du Midi avec ceux d'Orange et dans la guerre des Camisards , un motif plausible pour amener ce résultat. Bâville y travailla avec beaucoup d'ardeur. Il écrivit à la cour lettres sur lettres contre les ministres et les protestants d'Orange, et ses accusations furent appuyées psr celles de plusieurs intendants des provinces voisines et par des évêques, notamment par celui d'Orange, qui se rendit à l'assemblée générale du clergé de France pour
reproduire ces accusations , et qui fit écrire par elle au pape pour l'engager à demander au roi l'extirpation de l'hérésie dans la Principauté.
Pour mettre à l'aise Louis XIV et à couvert le prince de Conti , le Conseil du roi imagina de proposer à ce dernier, qui y consentit après des hésitations, de céder Orange à son maître en échange d'autres terres du domaine royal. Pour opérer la substitution , des commissaires exécuteurs furent nommés par lettres patentes du 25 novembre 1702, dans lesquelles Louis XIV déclarait, en substance, qu'ayant considéré les désordres que l'exercice de la religion réformée qu'on professait dans la principauté d'Orange avait causés dans les provinces voisines, et en particulier dans le Languedoc, il avait résolu d'y abolir l'hérésie et de donner, de l'avis de son Conseil et du consentement de son cousin le prince de Conti , en échange à ce dernier, <( des terres du domaine de Sa Majesté de qualité et dignité convenable, » pour « en faire et disposer comme son vrai et loyal acquêt. » L'arrêt de possession fut signé à Versailles le 10 février 170^ et enregistré parle Parlement d'Aix le 24 mars suivant, tandis que le comte de Grignan recevait, de son côté, l'ordre de se rendre à Orange pour y faire reconnaître l'autorité du roi et exécuter ses ordres (i).