COLLOQUE DU DI01S
Die : Jean de Lusi 1 568 , M.tro Chabrand 1 5y5, Ennemond Lacombe 1 578- 1 58 1 , Denis i58o, Laurent Vital i582, Louis Barbier 1587, Guillaume Vallier 1 593-1609.
Pontaix : Davit i5ç)0.
COLLOQUE DU GAPENÇA1S.
Gap : Pierre L'Hostellier 1567, Michel de Mercure 1577, Etienne Noll 1578- 1579, Jean Nicolet 1579, Ennemond Falques et Jacques Abrard 1 579-1580, Jean-Paul Perrin 1 596-1 599.
Serres : Jean-Antoine Cante 1596- 1602.
Orpierre : François de Jarry 1 5g6.
Veynes (avec La Bréole et Barcelonnette en Provence) : Michel de Mercure, dit Salave, 1 593, Jacques Barbier 1 5g6.
COLLOQUE DE l'eMBRUNAIS.
Château- Que/ras , Arvieux et Molines : Meyer 1 593, Bernardin Guérin 1 596.
1 567-1598. COLLOQUE DE PRAGELA ET VALCLUSON.
Roure : Garnier 1 583.
Cette liste est loin d'être complète, car un recensement général de toutes les églises réformées de France, ordonné par Louis XI V, à la veille de la révocation de l'édit de Nantes, assigna 70 églises au Dauphiné, c'est-à-dire 70 églises principales, ayant des pasteurs en résidence et étant les chefslieux d'un nombre considérable d'annexés.
Les synodes provinciaux, qui, d'après la discipline ecclésiastique, devaient s'assembler tous les ans, furent fréquemment empêchés de se réunir par suite de l'état presque permanent de guerre où se trouvait le Dauphiné. Nous n'avons rencontré les traces que de quelques-uns d'eux ; encore les décisions qu'ils prirent ne nous sont -elles pas connues.
Pour ce qui est des rapports des églises du Dauphiné avec les synodes nationaux , il est difficile de dire à quelle époque ils ont commencé, car le recueil d'Aymon 1 ne donne que tard les noms des députés des provinces. Il paraît cependant que le Dauphiné ne se montra pas empressé de se faire représenter, car le synode de Montauban de 1594 le censura pour sa négligence à cet égard. Durant la période des guerres de religion et jusqu'à l'édit de Nantes il se tint en France treize synodes nationaux, et nous trouvons seulement aux actes du synode de Saumur de 1 596 des noms de députés dauphinois, savoir : Daniel Charnier, pasteur à Montélimar ; Jean de Serre, pasteur à Orange, et Pierre Vulson, ancien de Grenoble. Cet isolement dut beaucoup
(1) Tous les syn. nation, des égl. réform.de France, etc., La Haye, 1710 2 vol. in-40.
nuire au développement spirituel des églises dauphinoises, 1 567-1598. car les députés qui se rendaient aux synodes nationaux s'exhortaient et se fortifiaient les uns les autres, et remportaient dans leurs provinces des lumières et des dispositions infiniment propres à éclairer et stimuler le zèle des églises.
Les affaires concernant le Dauphiné traitées dans les synodes nationaux pendant la période qui nous occupe, furent du reste peu nombreuses. Elles se réduisent à trois. La première est relative à une demande de pasteur faite par Téglise de Die. « Parce que l'église de Die en Dauphiné, lit-on dans les actes du synode de Lyon de 1 563, a demandé qu'on lui envoyât Monsieur Figon, en cas qu'il fût en liberté-, à quoi nos frères les sieurs Tempeste et Moranges ont consenti ; l'assemblée remet cette affaire au consistoire de Lyon, qui en agira comme il le jugera à propos. » La seconde affaire concerne le mariage des prêtres. « Sur le fait proposé par les frères du Dauphiné, disent les actes du synode de Vitré de 1 567 , touchant quelques prêtres et moines qui, ayant fait profession de notre religion, après s'être mariés avec toutes les formalités de notre discipline, se sont ensuite révoltés contre nous en rentrant dans leurs monastères et y chantant la messe publiquement; on demande si leur mariage doit être tenu pour légitime et avoir encore sa vigueur ? La compagnie remet à en décider à la prochaine conférence du synode général , afin que chacun se trouve prêt sur cette matière. Cependant elle conseille à leurs femmes de s'absenter de leur compagnie, attendu que dans l'état où les choses sont aujourd'hui en ce royaume, elles ne pourraient pas habiter avec eux avec tout l'honneur du mariage, ni comme une femme doit être avec son mari. » La troisième affaire a trait au rétablissement d'un pasteur. « Sur la proposition faite par les pasteurs du Dauphiné, disent les actes du synode de Saumur de 1576, requérant que le synode provincial tenu à Die soit confirmé en ce qu'il
1 56-- 1598. a établi dans le saint ministère Monsieur Mercure, dit Salave,
après avoir reconnu sa repentance et le. fruit qu'il peut faire, comme on le voit maintenant dans l'église de Valence ; la compagnie a ratifié ledit jugement, à condition qu'il ne sera point tiré à conséquence. »
Les guerres de religion durent porter un rude coup à la vie religieuse des églises du Dauphiné. Les préoccupations militaires , le contact de soldats souvent grossiers et indisciplinés, l'ambition des chefs, plus soucieux de l'avancement de leur fortune que des progrès du royaume de Dieu, et surtout les conséquences désastreuses de ce principe, condamné par Calvin et les autres réformateurs , qu'on peut défendre ses convictions religieuses par les armes, ne purent que réagir d'une manière fâcheuse sur la piété des églises, qui se laissèrent absorber par le bruit des événements militaires, attendirent trop de la victoire la reconnaissance de leurs droits, et négligèrent la confiance en Dieu, la prière et l'amour, vertus difficiles à pratiquer au sein d'un état permanent de guerre. Les travaux sans cesse interrompus des pasteurs contribuèrent aussi beaucoup à l'affaiblissement spirituel des églises. Obligés à chaque instant de quitter le lieu de leur résidence, sous peine de perdre la liberté ou la vie, ils laissaient leurs troupeaux sans direction, et ceux-ci, comme des brebis sans berger, tombaient facilement dans l'égarement.
Les protestants dauphinois se préoccupèrent particulièrement de la question de l'enseignement. Chaque église avait son régent ou maître d'école, et dans les églises importantes il y avait en sus un maître de latin. Die et Montélimar pos-
sédaient de petits collèges, où Ton enseignait les rudiments 1567-1598. des langues grecque et latine. Dès 1693, les protestants du Dauphiné obtinrent des lettres patentes d'Henri IV autorisant rétablissement d'une « université aux arts » dans la seconde de ces villes; mais elle ne put être érigée, à cause de l'opposition du parlement de Grenoble. Les jeunes gens des familles aisées qui voulaient compléter leur instruction pour entrer dans des carrières libérales , .allaient à l'université de Valence, qui jouissait d'une réputation de science méritée, ou bien aux académies de Nîmes et de Genève. Ceux qui se destinaient au saint ministère étudiaient la théologie dans l'une ou l'autre de ces académies. Nous donnons aux Pièces justificatives, N.° IX, la liste des jeunes gens dauphinois dont nous avons retrouvé les noms dans le livre du recteur de l'académie de Genève pendant la période qui nous occupe.
L'entretien des pasteurs resta pendant longtemps à la charge exclusive des églises, bien que les protestants, en vertu des édits, dussent continuer à payer la dîme au clergé catholique. Il est juste, toutefois, d'ajouter que partout où ils étaient les plus forts cette dîme ne fut pas payée. Dans plusieurs localités ils se servirent des revenus des biens ecclésiastiques pour l'entretien des pasteurs-, mais, le plus souvent, ces biens retournèrent au trésor royal, ou, ce qui fut le cas du Dauphiné, ils devinrent la proie des gentilshommes catholiques et huguenots, qui, pour la plupart, ne s'étaient engagés dans la lutte que dans le but d'avancer leur fortune. Lesdiguières se distingua entre tous par sa cupidité et laissa à sa mort une fortune exorbitante. Dans d'autres localités les pasteurs étaient entretenus aux frais du budget communal.
Les assemblées politiques furent quelquefois tentées d'ordonner purement et simplement la confiscation des biens ecclésiastiques détenus par les réformés pour subvenir à
1 567-1 598. l'entretien des ministres; mais elles se laissèrent toujours arrêter par la considération que cette subvention « ne pouvait être fondée sur tels biens, qui semblaient entièrement maudits de Dieu ». Henri III cependant, dans la crainte que le besoin ne les poussât à cette extrémité, promit, dans son accord de Plessis-lès-Tours avec le roi de Navarre (3o avril 1589), de fournir lui-même une partie des gages des pasteurs de la Guienne, du Languedoc et du Dauphiné. A son avènement au trône, Henri IV prit le même engagement , et nous donnons aux Pièces justificatives , N.° X, la commission par laquelle il chargea , en 1 593 , Marc Vulson de payer les gages, pensions et entretien des pasteurs et des étudiants en théologie de la province du Dauphiné. Malheureusement, le mauvais vouloir des trésoriers généraux paralysa l'effet des bonnes intentions d'Henri IV, et les églises ne touchèrent aucun denier de l'Etat avant l'édit de Nantes, qui leur assura, comme on Ta dit plus haut, 45,000 écus pour l'entretien de leurs ministres.
Ceux-ci recevaient alors en Dauphiné des gages annuels qui variaient entre 3 et 400 livres. S'ils mouraient dans l'exercice de leurs fonctions , leurs femmes ou enfants touchaient les gages de l'année courante, et si ces derniers étaient dépourvus de ressources , les synodes provinciaux , sur la recommandation des colloques du ressort, leur allouaient des secours annuels. Les quatre écoliers en théologie dauphinois entretenus à cette époque par les églises de la province recevaient en bloc un subside annuel de 200 écus, et les élèves d'humanités qui se destinaient au saint ministère touchaient 5o écus.