‹ Histoire des protestants du Dauphiné aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles (volume 3)Chapitre 28 sur 39 · PRÉLIMINAIRES DE UÉDIT DE NANTES · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRES DE UÉDIT DE NANTES

(lôgo — 12 aiTil lôgS)

Henri IV ménage les Ligueurs et oublie ses anciens coreligionnaires, qui, persé- ' eûtes par les cours de justice et la populace,

s'organisent politiquement.

1 390-1598. Il n'entre pas dans notre cadre de raconter les opérations militaires et le simulacre de conversion qui ouvrirent à Henri IV les portes de Paris, le 22 mars 1 594. Nous dirons seulement que le nouveau roi se crut obligé à tant de ménagements vis-à-vis des Ligueurs et généralement des catholiques, que les protestants, malgré les services inappréciables qu'ils lui avaient rendus et qui le firent ce qu'il était, n'obtinrent qu'en juillet iSgi, c'est-à-dire deux ans après la mort d'Henri III, la révocation du traité de Nemours (7 juillet i585) et de l'édit d'union (juillet i588), c'est-à-dire le rétablissement du régime de l'édit de Poitiers (lôyy). Encore le nouveau roi se mit-il peu en peine de faire exécuter son édit de révocation par les parlements, qui continuaient à exclure les réformés des charges publiques, et à leur refuser la protection à laquelle ils avaient droit.

Justement alarmés, ces derniers tinrent des assemblées politiques générales en divers lieux pour se concerter, notammentà Mantes ( i SgS), où ils jurèrent un serment d'union, par lequel ils s'engageaient à ne permettre qu'aucun lieu de culte leur fut ôté , et à ne rendre aucune des places fortes qu'ils occupaient, avant d'avoir obtenu un édit de paix qui

satisfît les églises réformées et reconnut leurs droits. Ces 1 590-1 598. décisions furent ratifiées par les assemblées politiques provinciales.

Lorsqu'Henri IV eut fait son abjuration (26 juillet lôgS), ou , comme il le dit lui-même, le saut périlleux, les craintes des protestants redoublèrent, surtout lorsqu'ils apprirent qu'à son sacre (27 fév. 1594) il avait juré d'extirper l'hérésie de ses États '. Ils éprouvèrent le besoin, malgré les déclarations rassurantes du roi ^, de s'unir plus étroitement, et, dans l'assemblée politique générale de Sainte-Foi (mai 1 694), ils divisèrent la France en dix provinces, dont chacune devait nommer un député à un conseil général directeur, renouvelable par moitié tous les six mois. Des conseils provinciaux furent établis en sous-ordre, qui eurent la charge d'administrer la caisse particulière de la province, de veiller sur les places de sûreté et de recueillir les plaintes des églises du ressort provincial. C'était la création d'un État dans l'État, comme l'avait été la Ligue-, à cela près que cette dernière fut agressive, révolutionnaire et tendait au renversement de la maison royale -, tandis que la ligue protestante était exclusivement protectrice et défensive. C'est pourquoi, sans l'approuver en aucune façon, on ne s'étonne point qu'elle se soit formée, en présence de la lenteur apportée par Henri IV à la publication de son édit de paix , des vexations de toutes sortes et même des massacres auxquels les protestants ne cessaient point d'être en butte comme aux mauvais jours des rois précédents. C'est ainsi qu'à La Chastaigneraie , sur les confins du Poitou et de la Bretagne,

(i) De terra mea et juridictione mihi subdita universos hœreticos ab ecclesia dénotâtes, pro viribus, bona fide, exterminare studebo. Hœc omnia supradicto firmo juramento.

(2) Voy. aux Pièces justificatives, N.° viii, la lettre qu'il adressa à du Poët, gouverneur de Montélimar.

— 47^ — 1590-1598. des Ligueurs, se jetant tout à coup sur des protestants en prière, en égorgèrent 200 de tout âge et de tout sexe. Ce fut comme un nouveau massacre de Vassy (i ôgô).

En présence de ces faits et d'un grand nombre d'autres, les protestants rédigèrent un long cahier de plaintes, qu'ils présentèrent au roi en 1597 ^ Dans le Dauphiné, dont la chambre tri -partie n'avait été rétablie que l'année précédente, sur les réclamations de l'assemblée politique de Loudun, les protestants étaient généralement respectés, à cause de l'autorité de Lesdiguières :, cependant le cahier des plaintes cité plus haut articule les griefs suivants relatifs à notre province.

« A Romans, il n'y a guère plus d'un an, on chassa deux maîtres d'école sans forme de justice.

)) La ville de Montélimar s'est aussi ressentie de la libéralité du roi, obtenant privilège d'ériger une université èsarts seulement. La cour de Grenoble répond simplement et en trois mots : « N'y a lieu ». Sur cela, on obtient une seconde jussion, laquelle on présente. Après plusieurs requêtes, qu'il fallut présenter l'une sur l'autre, on la rend à toute peine, avec une telle injustice qu'on n'a pas tant seulement daigné y répondre.

» Le seigneur de Taulignan en Dauphiné n'a jamais voulu consentir que le ministre y demeurât, quoique sans faire aucun exercice, qui n'est permis qu'à Salles, aux frontières de la Provence*, de sorte qu'il a fallu que cette église ait été destituée de son pasteur, pour ne pouvoir ailleurs le loger sûrement. »

(i) Plaintes des églises réformées sur les violences et injustices qui leur sont faites, etc., dans les Mémoires de la Ligue, t. vi, p. 428-486.

Craignant d'être abandonné des protestants, Henri IV signe enfin l'édit de Nantes. Sa teneur. Places de sûreté du Dauphiné.

Henri IV semblait insensible aux plaintes de ses sujets 1 590-1 598. réformés , et ne se serait point décidé de sitôt à leur octroyer un édit réparateur, tant il craignait d'irriter la cour de Rome et le clergé , si les gentilshommes de rassemblée politique de Ghâtellerault, qui n'entendait point se laisser leurrer de vaines promesses comme les assemblées précédentes, n'avaient posé leurs conditions avant de promettre de suivre Henri IV au siège d'Amiens. Craignant d'être abandonné de ses anciens amis, le roi, après de longs pourparlers, finit par signer l'édit de Nantes (12 avril lôgS), à la publication duquel les parlements résistèrent pendant une année.

« Cet édit, disent les frères Haag % que l'on a décoré du titre pompeux de charte des églises protestantes, n'était au fond que la reproduction des édits de Poitiers, de Nérac et de Fleix, dont il rappelle fréquemment les dispositions. L'exercice du culte réformé n'était autorisé qu'en certains lieux déterminés-, et dans ces lieux mêmes les protestants devaient se soumettre à la police de l'église romaine, chômer les jours de fête, payer les dîmes au clergé catholique, remplir tous les devoirs extérieurs des paroissiens. Ils étaient, d'ailleurs, déclarés admissibles à tous les emplois; leurs malades devaient être reçus dans les hospices, leurs enfants dans les collèges-, et, pour leur assurer une justice impartiale devant les tribunaux , l'édit établit dans plusieurs

(i) La France protestante, t. i, p. lxviii.

[ 590-1598. parlements une chambre mi-partie, composée d'un nombre égal de juges catholiques et protestants. Des articles particuliers, qui ne furent jamais enregistrés, malgré une promesse formelle , accordèrent aux ministres quelques-uns des privilèges dont les curés jouissaient depuis des siècles, autorisèrent les legs et donations pour l'entretien des pasteurs et des écoles, et permirent aux protestants de lever sur eux-mêmes une somme annuelle pour les frais du culte et des synodes. Enfin, des brevets secrets, qui ne furent relatés ni dans Tédit, ni dans les articles particuliers, promirent aux protestants une somme annuelle de 46,000 écus pour le traitement de leurs ministres, et leur laissèrent la garde pendant huit ans de toutes les places dont ils étaient alors les maîtres. »

Le brevet stipulant la cession de ces villes de sûreté ^, que Henri IV n'accorda qu'avec la plus grande peine aux protestants, portait que toutes « les places, villes et châteaux » qu'ils occupaient à la fin d'août 1697, et dans lesquels se trouvaient des garnisons, demeureraient « en leur garde, sous l'autorité et obéissance de Sadite Majesté, par l'espace de huit ans , à compter du jour de la publication dudit édit )).

Pour dresser l'état particulier des places du Dauphiné, Henri IV, d'après le texte de l'édit, devait prendre l'avis de Lesdiguières. Le capitaine huguenot fournit son mémoire, et l'état fut arrêté à Rennes, du 12 au 18 mai 1698. Il comprenait 12 places, dont les noms suivent :

Grenoble, avec une garnison de ici hommes. Fort-Barraux — 201 —

Die — 21 —

(i) Elles portaient encore les noms de places de garde, de mariage et d'otage.

Nyons — 20 — 1590- 1598.

Montélimar — 5i —

Livron — 9 —

Embrun — 5i —

Gap — 21 .—

Serres — i o

Puymore — 60 —

Exilles — 100 —

Tallard — —

L'entretien de ces diverses garnisons coûtait 3, 008 écus par mois.

Un autre état, rapporté dans le procès-verbal de l'assemblée politique de Sainte-Foi de 1601, donne les noms de BHançon et de Châteaii-Qiiejras , au lieu de ceux de Gap et de Serres. Le cahier des plaintes de l'assemblée politique de Grenoble , présenté au roi le 1 5 février 1 6 1 2 , demanda , outre les places de la liste ci-dessus, la cession de Alontbriin, Condorcet et Mollans. Le roi répondit à la marge : « Ne peut rien être ajouté à Pétat des places de sûreté, dans lequel telles places ne sont comprises. »

Quant à la chambre tri - partie instituée à Grenoble en vertu de Pédit de Poitiers (1577), elle fut convertie en chambre mi-partie par Tédit de Nantes. Nous avons dit plus haut que cette chambre tri -partie n'exista jamais que sur le papier et que ses officiers furent incorporés au parlement. Nous devons néanmoins faire connaître les mutations qui s'opérèrent parmi eux.

Calignon résigna gratuitement sa charge de conseiller en juillet i582, en faveur de son ami le docteur en droit Barthélémy Marquet, et Gentillet étant mort en 1690, le roi, le 3 mars de la même année, nomma Calignon à sa place président de la chambre de l'édit. Dès le 26 décembre , avec l'autorisation du roi, il cédait sa charge à du Vache, déjà

1 590-1 598. conseiller; mais cet échange n'eut pas de suites, car le 24 février lôgi le roi confirmait Calignon dans son poste de président.

*Du Vache, nommé le 28 février 1690, fut reçu par le parlement le 6 juillet lôgS, et Marcel le 10 décembre i58i. Ce dernier résigna sa charge en 1 696 en faveur de Jean de Barry, nommé par le roi le i o septembre de la même année et reçu par le parlement le 17 juillet de Tannée suivante.

Frize, qui était mort avant la prise de possession de son poste, fut remplacé par Etienne de Burle, le 27 octobre i58i. Le parlement le reçut le 16 mai i582. Il mourut en 1597 et n'eut pas de successeur immédiat \

(i) ViDEL, La vie de Souffrey de Calignon, dans les Documents inédits, p. 2g, 3 18-322; — Brun- Durand, Essai hist. sur la chambre de ledit de Grenoble, passim.

HISTOIRE INTÉRIEURE DES ÉGLISES DU DAU- PHINÉ PENDANT LES SEPT DERNIÈRES GUERRES DE RELIGION ET JUSQU'A L'ÉDIT

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