AVANT- PROPOS
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ZN^otre premier volume comprend deux périodes : la période de l'établissement de la Réforme en Daiiphiné et la période des guerres de religion.
T'our la première , dont on voudrait connaître les 77ioindres détails , car c'est à l'oî'igine des révolutions qu'on saisit le mieux leurs vrais caractères , les documents manuscrits sont rares. Aussi considérons-nous comme une bonne fortune d' avoir retrouvé, à la bibliothèque de Genève, un asse^ grand nombre de letti^es originales , écrites par diverses églises du Dauphiné pour demander des pasteurs. Ces pièces nous ont apporté un contingent précieux de faits inédits sur les débuts de la Réforme dans la province. Nous en dirons autant des actes de plusieurs assemblées synodales ou autres tenues en Dauphiné au XVP siècle, qui étaient restés enfouis à la bibliothèque de Grenoble. Nous y avons recueilli des détails fort intéressants sur les premières tentatives d'organisation des églises de la province. Ces actes , que nous avons publiés à part , vu leur importance , sont du reste les monuments synodaux de France les plus anciens qu'on ait
retrouvés jusqu'à ce jour. Au dernier moment nous avons eu également connaissance de la généalogie de la famille du réformateur Farel. Dressé d'après des documents authentiques, ce travail, que nous reproduisons aux Pièces justificatives , fixe désormais d'une façon certaine l'extraction noble et le lieu de naissance de Farel, et la charge remplie par son père et son aïeul.
'Pour la période des giterres de religion, nous avons également utilisé des documents inédits, comme les histoires ou mémoires du Jésuite Marcellin Former, du notaire Eustache Piedmont , du Cordelier Sertie, de la maison des Gay, du curé Robin, du notaire Candy, etc. Ces écrits , les anciens du moins , empreints de l'esprit du temps, renferment des faits en grand nombre , que l'historien impartial enregistre avec soin , en élaguant les commentaires passionnés qui les accompagnent.
Les guerres de religion, qui ont trouvé dans les écrivains catholiques des censeurs impitoyables , sont certainement une faute pour la Réforme française ; mais ce serait juger ces luttes ardentes d'un point de vue bien inférieur que d'y voir seulement de basses compétitions de la part des chefs , la satisfaction d'une soif inextinguible de sang, de charges et d'argent. Les des Adrets , les Lesdiguiéres , les Gouvernet , les du Po'ét , les Blacons, les Saint -Auban , les Cugie , etc., et autres capitaines huguenots du Dauphiné étaient assurément des hommes fort peu désintéressés et encore moins religieux; mais ils représentaient des principes qui dépassaient de cent coudées leur stature morale, et ils étaient les instruments d'une révolution dont leur esprit ne pouvait à cette heure calculer toute la portée. Aussi souscrivons-nous de tout cœur à ces paroles éloquentes, écrites par M. Gui^ot sur la fin de sa carrière et qui sont comme son testament historique sur le sujet qui nous occupe : « La Réforme reh-
gieuse, qui a été la Révolution du XVP siècle, a jeté de grands troubles dans les âmes et les destinées humaines; elle a suscité de grandes erreurs et de grands crimes ; elle s'est développée à travers des guerres cruelles , des désordres et des souffrances déplorables . Provenus les uns de ses partisans, les autres de ses adversaires , ces faits ne sont pas contestables ; c'est le compte à la charge de l'événement de l'histoiî^e. Mais, après plus de trois siècles d'épreuves, la Réforme du XVP siècle peut montrer, comme Cornélie montrait à Rome ses fils , les peuples au sein desquels elle a prévalu et qui se sont formés sous son influence : l'Angleterre , la Hollande, les États Scandinaves, les États-Unis d'Amérique. Elle livre à l'observation leur état moral et social , leur rôle en fait de respect du droit et de sagesse , leur part en fait de bien-être et de succès dans le monde. »
'Désireux d'être complet , au risque de devenir monotone, nous avons dû raconter, l'une après l'autre, les huit guerres de religion qui ensanglantèî^ent le Dauphiné. Ceux qui voudront bien nous lire reconnaîtront que ces luttes funestes , bien qu'accomplies sur un théâtre restreint, ne furent pas sans gloire. Les exploits du baron des Adrets et la retraite de Senas en 1 562 , les deux passages du Rhône par Mouvans et par Montbrun en 1 568 et 1570, le double siège de Livron en 1574, la défaite des Suisses catholiques à Molières , la bataille du pont de Blacons , la capture et la condatnnation à mort de Montbrun en 1575, les sièges de La Mure et de Charges en 1 58o e/ 1 586, la défaite des Suisses protestants à Jarrie, la prise et reprise de Montélimar en 1587, et d'autres faits de ce genre, que nous enregist?^ons avec soin, peuvent être rangés au nombre des événements militaires les plus glorieux, sinon les plus ijnportants, des guerres de religion; aussi nourrissons-nous l'espoir de ne pas être blâmé pour les avoir racontés en détail.