‹ Histoire des protestants du Dauphiné aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles (volume 4)Chapitre 23 sur 40 · INTERVALLE ENTRE LA QUATRIÈME ET LA CINQUIÈME · texte numérisé non relu

INTERVALLE ENTRE LA QUATRIÈME ET LA CINQUIÈME

GUERRE DE RELIGION

(juillet 1S73 — septembre i5j4.)

Simple trêve en Dauphiné, du 18 juillet

au 2 S août i5j3.

Pendant !e siège de Manas, on apprit au camp de Gordes 1573. la nouvelle de la paix de la Rochelle, suivie de l'édit de Boulogne de juillet 1573, qui n'accordait le droit d'exercice de la religion réformée que dans les villes de Nîmes , Montaubah et La Rochelle, et aux gentilshommes hauts justiciers. Le lieutenant général en informa aussitôt Montbrun, qui conclut avec lui , le jour même de la capitulation de Manas (18 juillet), une trêve qui devait durer jusqu'au 25 août. Les catholiques en furent très-mécontents et auraient voulu que Gordes, nonobstant la paix, attaquât le chef huguenot.

Montbrun se retira dans son château et logea ses troupes à Nyons, Condorcet et Orange. Nyons toutefois ne les reçut qu'à la condition qu'elles pourvoiraient elles-mêmes à leur entretien et aux dépens des catholiques des environs, ce qui les entraîna à commettre beaucoup d'actes de brigandage.

L'édit de Boulogne , comme on devait le prévoir, mécontenta au plus haut point les réformés de France, et ils ne considérèrent la paix de La Rochelle que comme une trêve. C'était le sentiment particulier de Montbrun , qui craignait que , lorsqu'il aurait déposé les armes et congédié ses troupes, « son intérêt, comme dit Guy Allard, ne serait pas assez puissant pour être compris dans le général ». Il se montrait donc très-peu disposé à accepter l'édit de paix , et

1573. Gordes, comme on Ta vu , n'avait pu obtenir de lui qu'une trêve d'environ un mois.

Pendant ce temps, divers pourparlers eurent lieu entre les deux partis. Montbrun , qui était pour lors chez Comps, son ami , à Dieulefit , envoya Lesdiguières et Roisses , ses lieutenants, auprès de Gordes à Montélimar, et Chaste-Gessans et Jean de Pracomtal, lieutenants de Gordes, vinrent à leur tour auprès de Montbrun à Dieulefit. Mais on ne put s'entendre1.

D'un autre côté , des délégués de la noblesse et du commun état des églises réformées de Languedoc , Provence et Dauphiné, assemblés à Nîmes. le 22 août 1 573 , supplièrent le maréchal Damville, pour gagner du temps, de licencier ses troupes et de permettre aux protestants d'envoyer des députés au roi, pour le prier de proroger jusqu'au ier octobre la trêve que Montbrun avait conclue avec Gordes. Damville, qui favorisait secrètement le parti réformé, accéda à leur vœu ; mais la négociation n'aboutit point.

T^eprise des hostilités. Faits d'armes divers de Montbrun et de Lesdiguières. Nouvelle trêve de six semaines jusqu'au jcr février.

Dès la fin de la trêve (25 août), Montbrun se remit en campagne. Au commencement de septembre, il s'empara de Rosans et de Verclause, châteaux situés à proximité l'un de l'autre, et vint de là à Nyons pour dissimuler une entreprise sur Die, qu'il dirigea en personne dans les premiers jours d'octobre, mais qui échoua. A la même date, renforcé par quelques troupes du Languedoc , qui avaient passé le

(1) Robin, H ut. de Dieulefit (Mns.).

Rhône au Pouzin, il essaya d'attaquer dans un défilé, près 1573, du bois du bourg de la Berre, 4,000 Suisses qui allaient au secours du maréchal Damville; mais il n'eut pas plus de succès. En novembre, après s'être concerté avec Glandage le fils, un de ses lieutenants, il se dirigea avec lui du côté de Nyons. Ce dernier, toutefois , s'étant arrêté à Vehterol , le capitaine Favier, de Valréas, le fit attaquer par 100 hommes, qui lui enlevèrent 80 chevaux et faillirent le tuer. Ils auraient même pu se saisir de sa personne, car ils l'avaient blessé d'un coup de hallebarde; mais, au lieu de le poursuivre, ils se mirent à piller la place, et Glandage eut le temps de rejoindre Montbrun à Nyons, qui venait de donner des ordres pour la fonte de 2 canons de 8 livres à Serres.

De son côté , Lesdiguières ne restait pas inactif. A la fin d'octobre, il s'empara de La Mure, place importante qui était la clef du Trièves et commandait la route de Grenoble. Il la fortifia avec soin et y laissa une forte garnison, qui soutint bientôt un siège célèbre. De là il s'avança sur la route de Grenoble et accomplit un beau fait d'armes (8 nov.). Le capitaine italien Julio Centurione, qui commandait à 100 lances , tenait garnison à Grenoble et ne cessait de se livrer à des bravades, qui méritaient d'être châtiées. Lesdiguières l'attira habilement dans une embuscade au pont de Claix , à une lieue de Grenoble , et le maltraita tellement « qu'il ne s'en sauva que trpis ou quatre , dit Videl , entre lesquels le capitaine , laissant tout le reste mort ou prisonnier, avec de belles armes et de bons chevaux, qui accommodèrent les victorieux , auparavant assez mal montés , la plupart sur des juments de louage ou d'emprunt , dont même quelques-uns n'avaient pas de selle l ». On fut tellement effrayé à Grenoble

(1) Chorier (p. 63g, 640) place ce fait en 1570 et Videl vers le milieu

i$73. que, dans une assemblée générale, on décida de suspendre le cours de tous les tribunaux et de négocier une nouvelle trêve avec Montbrun. Le capitaine huguenot y consentit, mais Gordes fut obligé de lui accorder des garanties personnelles , que Thistoire ne nous a pas fait connaître. La trêve fut signée quelques jours avant la Noël (le 20 ou le 2 1 décembre), et devait durer six semaines en tout, jusqu'au 1" février. On la publia à Grenoble le 29 décembre. Les Suisses qui formaient la garnison de Grenoble , s'étant signalés par leur violence, furent congédiés, et Gordes ordonna la démolition des fortifications que les protestants avaient élevées à Loriol et à Livron -, mais ses ordres ne furent exécutés qu'en partie.

Bien que la trêve eût été publiée dans toute la province et que Montbrun l'observât rigoureusement , il y eut cependant quelques actes d'hostilités commis contre les catholiques par des coureurs n'appartenant à aucun parti. Ainsi, un certain nombre d'entre eux, s'étant approchés de Crest, défirent le capitaine Gaubert , sorti de cette ville pour les combattre , et faillirent s'emparer du château de Mirabel.

Voyant que Montbrun se bornait à conclure des trêves avec Gordes et ne voulait pas accepter le dernier édit, Charles IX lui envoya un gentilhomme de sa maison pour l'engager à déposer les armes et lui ôter de l'esprit l'idée que la paix entraînerait plus de danger pour lui que la guerre. Mais depuis la Saint-Barthélémy, qui avait révélé l'intention de la cour de se défaire d'eux par tous les moyens, les réformés ne croyaient plus à la parole du roi et ils ne comptaient que sur eux-mêmes. Aussi les vit-on se donner, le 16 décembre 1573, à Millau une organisation

de Tannée 1573. Eustache Piedmont, que nous suivons, donne la vraie date.

— *§7 — politique et militaire qui constituait un véritable Etat dans ^73. l'État.

Il se formait, d'un autre côté, à la cour, parmi les seigneurs catholiques , un parti puissant , qu'on appela le parti des politiques , qui, mécontent des violences exercées contre les protestants et de l'espèce de captivité où l'on tenait le jeune roi de Navarre et le prince Henri de Condé , conçut le dessein de s'emparer de Charles IX , de proclamer le duc d'Alençon, son frère, héritier du trône, dans le cas où le roi mourrait sans enfant mâle, et de faciliter au roi de Navarre et au prince de Condé les moyens de se mettre à la tête du parti huguenot. Ce complot, qui avait à sa tête les deux Montmorency, François et Henri (ce dernier dit Damville), tous les deux maréchaux de France, est connu dans l'histoire sous le nom de conspiration des fours gras. Il avorta -, mais le prince de Condé put s'échapper de la cour.

Seconde prise d'armes de Montbrun. Ses succès et ceux des autres chefs huguenots. Le dauphin d'Auvergne en Dauphiné.

Mort de Charles IX.

Dès la fin de la seconde trêve qu'il avait conclue avec Gordes, c'est-à-dire au commencement de février, Montbrun se mit en campagne et se trouva bientôt à la tête de i,5oo arquebusiers et 400 chevaux, sous les ordres de Lesdiguières, Mirabel, Roisses, Glandage le jeune et d'autres capitaines. Il prit le château de Ruinât, dans les Baronnies, Le Poè't- Laval, Bourdeaux, Le Poët-Célard, Le Puy- Saint-Martin, Pontaix, Loriol, Livron, AÏlex, Aouste, La Vache, Montelier, etc., en tout vingt places-, mais il échoua sur Chabeuil et sur Valence , qu'il essaya de prendre par

1573. escalade. Il occupa toutes ces places presque sans coup férir. A Montelier, toutefois, il y eut un léger engagement, et la prise d' Allex donna lieu à des excès condamnables de la part des soldats protestants. « Les huguenots, lit-on dans un mémoire contemporain, entrèrent par escalade dans le lieu d' Allex, du côté de la bise, par-dessus la maison de noble sieur d'Urre, écuyer dudit lieu; et après être entrés dans ledit lieu, qui était la compagnie de M. de M ira bel, près d'Aoste , les soudards s'embusquèrent dans ladite maison du sieur d'Urre et avaient délibéré de tuer tous ceux qui se trouveraient à la messe du matin pour prendre des cendres, et ce fut une femme, nommée Rossignole, qui les découvrit. Et mirent à mort Messire Pierre Vions, curé-, Messire Claude Lamier, Chorier, Pons Viron, Bocquet, Guillaume Janoyer, et gardèrent un prêtre six à sept jours avec eux , et puis le menèrent hors la ville , au-devant de la porte du bout de l'église , où trois des soudards huguenots le saignèrent comme un mouton. Et après avoir le seigneur de Mirabel demeuré dans ce lieu d' Allex, s'en alla demeurer à Livron, qui était démantelé et fit accroître les brèches; et ce fut là où il mourut, en sautant et tombant d'un bastion. Auparavant il frappa une femme de Livron , appelée Joubernonne, qui lui dit qu'il se pourrait bien repentir de ravoir frappée, et incontinent il tomba dudit bastion. Lequel seigneur de Mirabel la fit attraper aux soudards et la fit mettre au feu. Ne se pouvant brûler, ce que voyant, alors il lui fit tirer des coups de pistolet contre; et personne ne lui pouvant rien faire , il la fit tuer avec des pierres et un cep de vigne, et mourut. Et laissa Jean d'Urre, bâtard du sieur d'Urre, audit lieu d' Allex, avec cent ou six- vingts soudards, et demeurèrent là depuis le carame-entrant , fin du dix-septième jour du mois de juin ^ » Mirabel , qui était un vaillant

(i) Prime et réprime du lieu d'Allés en Van 1574, dans VAIbm du Dauphiné, t. ix, p. 18.

et habile homme de guerre, fut vivement regretté de l'armée 1574. protestante * .

Après ces faits d'armes, Montbrun marcha sur Grenoble, à la tête de toutes ses forces, au commencement de mars, et fit dire par des trompettes aux conseillers et aux avocats du parlement que s'ils ne lui envoyaient pas un tribut de guerre dans trois jours, il incendierait leurs maisons de campagne, situées à l'entour de la ville; ajoutant qu'il respecterait les biens des pauvres et n'en voulait qu'aux ministres du tyran et de la tyrannie. Effrayés de ces menaces, plusieurs conseillers prirent la fuite; mais la plupart demeurèrent à leur poste , ne voyant qu'une bravade impuissante dans les paroles de Montbrun.

Au même mois de mars , des soldats protestants du Vivarais passèrent le Rhône, dans le but sans doute de seconder le mouvement de Montbrun, et se saisirent de Sablon, dans le voisinage de Roussillon. Informé de ce coup hardi , Gordes ordonne une levée générale et immédiate des gentilshommes du Viennois et oblige les envahisseurs à repasser le Rhône sur les mêmes barques qui les avaient amenés.

Le 1 o avril , les protestants qui occupaient le Royannais, sous les ordres de Cugie, feignirent d'abandonner la contrée pour porter les catholiques à se relâcher de leur vigilance , puis, revenant à l'improviste, sous la conduite d'un vaillant soldat du Pont-en-Royans qui portait le même nom que le célèbre Montbrun, ils emportèrent d'assaut le château de Saint-André. Gordes donna à Laurent Alleman d'AUières l'ordre de reprendre la place; mais le capitaine Bouvier l'aîné, de Romans, vole au secours de la garnison à la tête de 400 hommes et met en fuite les 3oo paysans commandés

(2) Pérussis, dansd'Aubais (t. 1, p. i63), le fait mourir à Bourdeaux par erreur.

*574-par d'Allières. Ce fait d'armes mit tout le Royannaisaux mains des protestants. Ils se saisirent ensuite du château d'Izeron, qui commandait la vallée de l'Isère, et augmentèrent ses fortifications.

Un mois après environ , les soldats protestants qui tenaient le bas Dauphiné, sous la conduite sans doute de Saint- Auban , se saisirent de Mérindolet , place assez forte , et, un peu plus tard, de La Roche-sur-le-Buis (19 mai), qui était défendue pourtant par une garnison nombreuse.

La cour, apprenant que Montbrun avait repris une seconde fois les hostilités depuis redit de Boulogne , lui envoya deux gentilshommes, Villeroy et Saint-Sulpice, pour l'engager à déposer les armes*. Ils arrivèrent au camp de Gordes le 10 avril, et, dès le lendemain, jour de Pâques, Montbrun , comme pour leur souhaiter la bienvenue , s'empara par escalade de Grane, propriété personnelle de Gordes; ce qui donna à comprendre aux deux députés de la cour combien ils avaient peu à compter sur les dispositions du capitaine huguenot. Aussi ne purent-ils traiter avec lui.

La cour se décida, en conséquence, à envoyer une armée contre Montbrun. Elle fut confiée au commandement de François de Bourbon, duc de Montpensier, dauphin d'Auvergne, qui venait remplacer le maréchal Damville en qualité de commandant des troupes du roi dans le Dauphiné, la Provence et le Languedoc. Le dauphin entra dans la province au mois de mai, à la tête de 7,000 fantassins, dont 800 Suisses, 1,200 chevaux et 8 canons. Vingt-deux compagnies, qu'il logea à La Sône-sur-PIsère, se saisirent sans résistance de Pont-en-Royans , et, après l'avoir pillé et démantelé, se retirèrent en y laissant une garnison de cinq compagnies de fantassins, qui maltraitèrent beaucoup les protestants , en majorité dans le bourg.

Montbrun, apprenant la prise du Pont, réunit i,5oo hommes tant de pied que de cheval , force la place le jour

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de l'Ascension (20 mai) * et tue 400 soldats ennemis. C'est 1574. à peine s'il en réchappa 120 ou 140.

Le dauphin d'Auvergne s'apprêtait à venger la défaite de ses troupes, lorsqu'il apprit la mort de Charles IX, survenue le 3o mai; ce qui lui fit suspendre momentanément ses opérations.

zMonthrun échoue sur Die. Le dauphin d'A uvergne échoue sur Livron . Marguerite, duchesse de Savoie , exhorte Montbrun à

la paix.

Après son beau fait d'armes, Montbrun quitta le Royans, laissant Bouvier le jeune à Izeron et son vaillant homonyme à Saint- André, avec une faible garnison dans l'une et l'autre place , car il voulait tourner toutes ses forces contre Die , qu'il espérait emporter facilement d'assaut ou par composition ; car la garnison de la place était fatiguée des courses incessantes qu'elle avait faites, et il croyait qu'elle comptait dans son sein peu de soldats expérimentés. Cette ville, du reste, gênait. beaucoup les mouvements des protestants, qui occupaient la plupart des places de la contrée. Enorgueilli de sa récente victoire, Montbrun se présente devant la place avec confiance. Mais il manquait de canons , et la ville avait une forte assiette. Fortifiée avec soin par ses habitants, elle pouvait même résister longtemps au canon. Montbrun ravage ses alentours pour l'effrayer et tente de l'enlever de nuit par escalade. Mais Glandage le père , qui y commandait, a compris son dessein. En capitaine expérimenté, il attend que les soldats huguenots aient dressé leurs échelles , appa-

(1) Pérussis, dans d'Aubais (t. 1, p. 168), dit à tort le 6 juin.

i574-raît ensuite à l'improviste sur les murailles, renverse les engins et lâche sur ses ennemis une telle bordée de coups de canon, que non - seulement il les oblige à fuir, mais encore leur tue 3o hommes et en blesse plusieurs autres, notamment l'un des deux Blacons ' . On attribua la cause de l'insuccès de Montbrun à la trahison de Glandage le fils , jeune homme perdu de mœurs et sans convictions, qui servait dans Tannée protestante et qui, à dater de ce moment, quitta le parti huguenot. Montbrun, sans oser l'accuser ouvertement de félonie, lui reprocha vivement de ne pas avoir poussé Pattaque avec assez d'impétuosité, et leva sur Theure le siège (9 juin) \ Une particularité digne de remarque , c'est que le brave capitaine huguenot passa , dans toute l'Allemagne et ailleurs, pour avoir été tué à Die ; et ce bruit se répandit non pas comme une conjecture, mais comme un fait certain, qui parut dans des documents imprimés. Lorsqu'on» sut plus tard la vérité, on considéra cette méprise comme d'un mauvais augure pour l'avenir.

De Die , Montbrun conduisit la plus grosse partie de ses forces à Livron et à Loriol , parce qu'il venait d'apprendre que le dauphin d'Auvergne allait reprendre l'offensive et faire le siège des places du Valentinois occupées par les protestants. Ce dernier ne tarda pas en effet à reparaître. Il fit reprendre par 4 compagnies, sur Bouvier le jeune, le château d'Izeron, qui commandait le cours de l'Isère, et se présenta devant Allex le 17 juin. « Vint au lieu d'AUex, dit

(x) Ainsi s'exprime Pérussis, dans d'Aubais (t. 1, p. i63). Ces a deux Blacons » ne peuvent désigner que Hector de Forest-Blacons , fils de Matthieu, mort en 1570 en Saintonge, au dire de Montluc, et Arnaud de Forest-Blacons, frère de ce dernier. Il s'agirait donc ici de l'oncle et du neveu. Que si Matthieu n'était pas encore mort, la phrase de Pérussis désignerait le père et le fils.

(2) Selon d'autres, le 1 1 juin.

le mémoire contemporain cité plus haut x, Monsieur le prince 1574. dauphin, nommé Monsieur de Montpensier, avec son armée et grandes pièces d'artillerie et nombre de gens de pied et de cheval, dix mille hommes. Et firent brèche du côté de la bise de la maison André Bruzac; entrèrent de là dans la ville par assaut, tirèrent au moins six-vingts coups de canon ; ce que voyant, les susdits huguenots se rendirent aux papistes, qui prirent lesdits soudards et amenèrent Jean d'Urre avec les autres soudards par-devant ledit seigneur le prince, au camp, qui était à la grange dudit sieur d'Urre, et de là furent retournés en ladite tour et furent massacrés.

» Et partit du lieu d' Allex ledit prince avec son armée , et, partant d' Allex, s'en allèrent à Crest pour battre la ville d'Aoste; mais ils trouvèrent que les huguenots s'en étaient saisis, et de là ils allèrent battre Livron. » C'était une place, située sur un coteau , qui avait fait peu parler d'elle pendant les trois premières guerres de religion , et dont la population était restée plus ou moins neutre entre les deux partis. Gordes, toutefois, après la Saint- Barthélémy et dans la crainte que les protestants ne s'y fortifiassent, en avait fait détruire les portes. On a vu que Montbrun, après la seconde prise d'armes, ordonna à Mirabel d'en réparer les brèches. Son enceinte murée renfermait un grand espace vide et ses remparts, peu consistants et flanqués de tours à de grands intervalles, se reliaient à une citadelle qui appartenait à l'évêque de Valence. Montbrun préposa aux fortifications un ingénieur très-habile, nommé Julien, et mit dans la place une bonne garnison, qu'il confia au commandement de Roisses, gentilhomme plein de courage et d'intelligence, et se posta lui-même à Loriol, qu'il avait également fait fortifier.

(1) Prinse et réprime , etc., dans V Album du Dauphiné, t. n, p. 19.

i574- Le dauphin d'Auvergne attaqua la place le a 5 juin et battit ses murailles de 660 coups de canon de gros calibre , puis tenta un assaut du côté de la tour Manchenin au faubourg, par la brèche qu'il avait ouverte; mais il fut repoussé avec pertes. Montbrun, de son côté, ne cessait de le harceler et lui prenait ses convois et ses hommes, pendant que les assiégés faisaient de vigoureuses sorties. Dans Tune d'elles, ils lui enlevèrent une enseigne et enclouèrent un gros canon. A bout de sa provision de poudre, et apprenant que Montbrun venait de recevoir des renforts du Vivarais par Saint- Romain, le prince dauphin, qui n'avait fait aucun progrès du côté de la place, leva son camp le septième jour du siège et se retira à Etoile, après avoir envoyé son artillerie à Valence. Montbrun lui avait dressé une embûche à un détour de chemin, et, sans un furieux vent du nord, quiôtait à ses gens la respiration et la vue et renversait pêle-mêle hommes et chevaux, il l'aurait taillé en pièces, car il avait réuni toutes ses forces pour lui couper la retraite. Découragé de son insuccès , le prince parlait de quitter la province , quand la ville et 4e parlement de Grenoble lui envoyèrent une députation pour le supplier de prolonger son séjour. Il y consentit et fit peu après son entrée solennelle dans la capitale du Dauphiné.

L'abandon du siège de Livron par le prince dauphin procura quelques mois de tranquillité au Dauphiné, et Montbrun en profita pour publier une ordonnance (23 juillet) qui faisait défense à toute personne de troubler, molester et empêcher directement ou indirectement aucuns marchands et autres manants conduisant des marchandises dans la province , sous peine de la vie , attendu que le commerce était libre. Peu après, ses gens s'emparèrent de Saint-Paultrois-Châteaux (juillet) et de Sassenage (août), mais il perdit La Roche-sur-le-Buis, que le gouverneur livra aux catholiques moyennant 7 ou 800 écus.

Vers le même temps, les protestants du midi , qui n'avaient 1 574. pas encore pris les armes, élurent à Millau (10 juillet) le prince Henri de Condé comme chef et protecteur des églises réformées, et le mois suivant signèrent une étroite alliance avec le parti des Politiques, représenté dans le midi de la France par le maréchal Damville. Les confédérés s'engagèrent à se soutenir mutuellement, à ne jamais traiter séparément, et à ne déposer les armes que quand les États généraux du royaume , légalement convoqués , auraient pourvu à la réforme du gouvernement, à la punition des perturbateurs du repos public et au soulagement du peuple. Cette union fut de nouveau jurée dans l'assemblée de Nîmes, du 10 janvier 1575.

Sur ces entrefaites, Marguerite de France, fille de François I6r et femme d'Emmanuel- Philibert, duc de Savoie, qui passait pour favorable au parti huguenot, écrivit à Montbrun pour l'exhorter à faire la paix au commencement de ce nouveau règne. Elle lui représenta qu'Henri III, qui arrivait de Pologne pour monter sur le trône de France, à la place de Charles IX, son frère, et qui se trouvait pour lors à sa cour, était animé des meilleures intentions, n'avait rien tant à cœur que la pacification du royaume, et que ce serait dangereux pour ceux de la religion de l'aigrir, en continuant des hostilités qui entraîneraient nécessairement leur perte , une fois le cœur du roi irrité et son armée jetée en France ; ' d'autant plus que celle-ci , composée en grande partie d'étrangers, était la personnification vivante des passions du pape, de tous les princes italiens et des Espagnols.

On crut généralement à l'époque que cette lettre fut inspirée par Henri III lui-même. Quoi qu'il en soit, Montbrun répondit qu'il ne désirait certainement rien plus que la paix, et qu'il croyait en avoir donné des preuves; que s'il ne déposait pas les armes, c'était parce que le prince dauphin occupait à cette heure le Dauphiné avec une armée, et assié-

574- geait les places que ses coreligionnaires tenaient pour leur sûreté personnelle; que du reste il ne pouvait désarmer qu'avec le consentement des confédérés du reste de la France , car c'était la cause commune des églises réformées qui était en [jeu , et que si le roi faisait connaître ses bonnes intentions à celles-ci, en les convoquant dans une assemblée générale et en leur donnant des garanties, elles ne resteraient pas au-dessous de leurs devoirs x .

Autrement, l'échec du dauphin d'Auvergne sur Livron avait jeté le découragement dans le parti catholique de la province et la mort du roi Charles IX lui faisait désirer la paix. Nous croyons du moins en apercevoir un indice dans un arrêt du parlement de Grenoble rendu cette même année, et qui mettait « sous la protection et sauvegarde du roi et de la cour ceux de la nouvelle opinion de Molines et de la vallée du Queyras , avec inhibition et défense faites aux capitaines La Cazette et Féronne et à tous autres de les inquiéter et molester, sous peine de 1,000 livres, à condition qu'ils se tiendraient en leurs maisons sous l'obéissance du roi , et qu'ils rendraient aux catholiques l'église paroissiale de Molines, dont ils s'étaient emparés2 ».

On va voir qu'Henri III n'était pas disposé à traiter avec les huguenots.

(1) Mémoires de V Estât de France, t. m, p. 106, 282, 283; — Perussis, dans d'Aubais , t. 1, p. i5o, i5i, i55, i58, 160, 161, i63, i65, 168; — Franc, et Joan. Hotomanorum epistola?, p. 43 ; — Commentarii, mi' pars, p. 134, 137; v pars, 8-10, 26, 27; — Recueil des choses mémorables, p. 497, 5 12; —La Popeliniere, 1. 11, p. 193, 23o; — D'Aubigné, t. h, p. i34. — De Thou, t. vu, p. 85, 86 ; — • Chorier, p. 654-662 ; — Hist. des guer. excit. dans le Comtat-Venaissin , t. 11, p. 92.

(2) Arch. dép. de f Isère, B. 2o35 (Inventaire).

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