Corps
Cette église était adjointe à Saint- Bonnet (colloque du Gapençais) à la fin du XV P siècle \ mais, vu son importance, elle forma en i6o5 une église particulière. Le synode national de Privas la secourut en 16 12. Le conseil du roi prononça le 25 juin i685 sa suppression et la démolition de son temple.
Elle avait pour annexes Croix-de-la-Pigne (28 familles), Agni^res-en-Dévolny et Aspres-lès-Corps. Il y avait aussi des protestants à Pellafol (8/amil.) et à La Postelle (i famil.). Elle possédait à la révocation de Pédit de Nantes un temple, un cimetière, de la valeur de 60 livres, une maison, qui se vendit 80 livres , et une cloche , qui fut donnée à Téglise catholique. Le chiffre des cotisations pour Pentretien du pasteur de Péglise s'élevait à la somme de 38o livres.
Les commissaires de Pédit de 1664 se partagèrent sur le maintien de Pexercice à Croix-dè-la-Pigne et le condamnèrent à Agnières-en-Dévoluy.
Il y eut une dispute à Aspres-lès-Corps en i63i5 entre Eustache, pasteur à La Mure, et le Jésuite Fichet ^
(i) Voy. notre Notice sur les controu, religieutuen DauphM^ p. 45.
Pasteurs : Jean Logier fin du XVI* siècle, Jacques d^Étienne 1602-1604, Jean-Antoine Javel i6o5-i6i6, André d'Hélis 161 7, Daniel Bouvier 161 7- 161 8, André d'Hélis (de nouveau) 1620, David Eustache 1622, Daniel Bouvier (de nouveau) i626-i63o, David Gonthier 1637, Galland
i5. — La Grave (en Oisans).
Tout ce que nous savons sur cette église , c'est qu'elle fut supprimée par un arrêt du conseil du roi du i3 mars 1684.
Pasteurs : Jean d'Espagne i6i2-i6i3, Jean Rudelle 1616, Michel Janvier 1616-1618, Jean Vial i6i8, David Sarret 1619, Abraham Jordan 1637, Jean Nicolas 1660, Daniel de La Place 1682.
ni. - COLLOQUE DU VALENTINOIS.
Ce colloque avait 19 églises, 21 annexes autorisées et 17 non autorisées.
çMontélimar .
Cette église, une des plus importantes de la province, était desservie par deux pasteurs et reçut une illustration particulière du ministère du grand Cbamier.
Dès 1 565 il fut question d^y construire un temple. Mais le conseil communal ne voulut contribuer en rien à son éneaion , parce qu^il avait refusé un subside pour la réparation de réglise de Sainte-Croix, en partie détruite pendant la première guerre de religion. Le temple fut néanmoins bâti, et le consistoire reçut des legs dans ce but les 1 3 et 22 octobre i566 et le 6 juin 1567. Il donnait dans les rues
Saint-Jacques et du Temple et fut démoli pendant les guerres de religion qui suivirent. Le 23 avril iSyy on bâtit des boucheries sur ses ruines.
Les commissaires exécuteurs de Tédit de Nantes de 1 599 firent divers règlements à Montélimar.
Le 1 2 novembre ils stipulèrent que les protestants videraient régiise des Cordeliers, où ils faisaient leur exercice depuis la prise de Montélimar par Lesdiguières en 1587, et bâtiraient un temple dans les quatre mois en un lieu convenable, qui leur fut assigné le jour niême; que la cloche de rhorloge ne servirait qu^aux usages ordinaires (convocation du conseil de ville et du bureau des pauvres, avertissement du jEeu, etc.); que les catholiques et les protestants auraient un mois pour s^en procurer une autre, et que jusque-là ils pourraient se servir de celle de l'horloge aux heures de leur culte, pourvu que celles-ci fussent différentes; que le règlement de révêque de Valence du 12 juillet 1677 touchant les fêtes aurait seul force de loi ; qu'il serait défendu « d'établir la chair en public le vendredi et samedi, Quatre-Temps , Vigiles, Carêmes et autres jours prohibés » ; que les tavernes et cabarets ne pourraient s'ouvrir pendant les services religieux du matin et du soir des deux religions , non plus qu'il ne serait permis de jouer à ces mêmes heures ; qukin cimetière serait aifecté aux protestants ; que sur 5 consuls il y en aurait 2 protestants, et sur 9 conseillers communaux 6; que les péréquateurs des tailles , les receveurs et procureurs de l'hôpital seraient choisis indifféremment dans les deux religions ; que les protestants entretiendraient à leurs frais leurs ministres et leurs régents , tout comme les catholiques leurs prêcheurs et leurs pédagogues ; enfin que l'abbaye de Maugouvert, les charivaris, les masques, les ballets et les duels seraient interdits.
Le 1 3 les commissaires lurent solennellement l'édit de Nantes dans la salle de l'hôpital, devant Louis de Viliette,
visénéchal, et un grand nombre de gentilshommes, manants et habitants tant de Tune que de Fautre religion, et en firent jurer à tous l'observation.
Le 14 ils permirent aux protestants de faire leurs exercices dans réglise des G>rdeliers pendant 8 jours encore et dans la salle de Thôpital pendant le reste des 4 mois qui leur avaient été accordés pour bâtir leur temple; faute de quoi ils paieraient une amende de 100,000 écus.
Le i5, revenant sur une décision déjà prise, ils ordonnèrent que, conformément à un règlement antérieur de Lçsdiguières du 1 5 février 1 59g, les protestants comme les catholiques pourraient prendre 200 écus chacuns sur les deniers communs de la ville, les premiers pour payer leurs pasteurs , les seconds pour réédifier leurs églises.
Le 1 6 enfin , pour que les catholiques et les protestants ne se rencontrassent point sur le même chemin au moment de leurs exercices respectifs , ce qui aurait pu amener des collisions, ils décidèrent que les premiers feraient leurs divers services à la chapelle de Thôpital de 4 heures à 7 heures le matin et de 10 heures à i heure le soir, « laissant le surplus du jour auxdits de la religion pour leurs prêches , prières et autres exercices )>. Ils ordonnèrent aussi que le cimetière concédé aux protestants serait acheté aux dépens communs des habitants dans les 1 5 jours, et qu^en attendant ceux de la religion enterreraient leurs morts <c à la place communément appelée du temple ».
Les protestants avaient déjà pris les devants pour la construction de leur temple , car Pacte de bail à « prix fait pour le bâtir » fut passé par -devant M'* Barthélémy Sablon, notaire, le 27 septembre iSgg. La construction était terminée le 16 juin 1604. En 1609 on acheta une cloche, mais le clocher ne fut commencé qu'en i638, et on l'exhaussa en 1647, parce que le jeu de la cloche ébranlait les murailles du temple. I^s galeries furent âiites en i665, et le 4 mai
i666 on acheta une maison pour loger le second pasteur de réglise « dans Penclos du temple, comme aussi Tautre y est logé ». Enfin en 1669 on construisit le « cabinet des archives de réglise réformée entre le temple et les maisons des pasteurs ».
Lesdiguières avait signé le i*' décembre 1608 une promesse de 20,000 livres pour aider à Tachèvement du temple, mais la somme ne fut versée que le i'*' octobre 1612. L'église jouit sans trouble de cette donation jusqu'en 1623, alors que les catholiques , la revendiquant pour eux-mêmes, obtinrent 9,000 livres. Alléchés par ce succès , ils demapdèrent quelques années après les iz, 000 livres restantes, qui leur furent attribuées par des ordonnances du roi et de la cour des aides du 8 juillet 1642 et du 10 septembre 1648.
Les armes de Lesdiguières avaient été sculptées au-dessus de la porte d'entrée du temple , avec une inscription portant la date de l'année 161 3 et mentionnant la donation des 20,000 livres'. Sur les vitraux des fenêtres étaient peintes les armes du roi , de la province et de la ville. Ce temple « était très- vaste *, dit l'Anglais John Quick ^, et très-bien bâti. La voûte était soutenue par un artifice admirable, sans aucune cheville ni aucun clou... Les poutres engrenées et entrelacées soutenaient le toit sans le secours d'aucun autre engin... C'était un édifice magnifique, duquel dépendaient plusieurs maisons, habitées par les ministres et leurs familles,
<i) iEternœ memoriœ Francise! Bonnœ Lesdiguerii Campi aurei duds celber. provinciœ prœsidis et pro régis meritiss. gallorum mîlitum tribuni dlgniss. qui XX. librarum T. A. miUibus in annos reditus constitutis ecclesiam acusionem pia liberalitate donavit anno... (le reste manque).
(2) i5 cannes 4 pans 3/4 de long, xo cannes 2 pans 1/4 de large, avec 3 portes d^entrée en arcades au levant, au nord et au midi, et la fenêtres de 12 pansMe hauteur et de 5 pans 1/2 de largeur. Chaque porte donnait sur une cour spacieuse , qu'il Malt traverser pour entrer dans le temple.
(3) Dans Ch. Rbad, Daniel Ckamier, p. 11 3, 114.
et ces maisons contenaient toutes les commodités nécessaires àla vie' ».
En 1614 des moines récollets ayant voulu sMtablir dans la ville de Montélimar, les députés du Dauphiné au synode national de Tonneins assemblé la même année s^en plaignirent comme d^une infraciion à Tédit de Nantes, car Moatélimar était une ville d^otage. Ce synode inséra sa plainte dans le mémoire destiné aux députés généraux en cour, mais nous n^en connaissons pas les suites.
Le 14 août 1637 le parlement de Grenoble défendit aux protestants de Montélimar de chanter les Psaumes de David dans leurs maisons, dans les rues et dans les boutiques, défense qui leur fut renouvelée par le visénéchal de Montélimar en 1664 et le 8 janvier 1659, et par un nouvel arrêt du parlement du 12 février 1659. Josserand, syndic des habitants réformés de Montélimar^ ayant eu connaissance de cet arrêt, en appela à. la chambre de Tédit, tandis que de son côté Gondrand , syndic de ceux de la religion réformée en Dauphiné, et le consistoire de Grenoble se rendaient auprès de Gréqui, gouverneur de la province, et de Le Goux, premier président au parlement, pour les prévenir que, si Tarrct de la cour était maintenu, ils ne pouvait répondre de la tranquillité publique à Montélimar. L'afbire fut vivement débattue au sein de la chambre dé Tédit, le 24 mars 1659. Quatre juges opinèrent pour que les protestants de Montélimar fussent maintenus « en Texercice public et particulier de ladite religion, notamment n la liberté de pouvoir chanter les Psaumes en français dans leurs maisons et boutiques sans abus, et en sorte que le service des églises, processions, enterrements et autres exercices de la R. G. A. et
(r) Pou^ plus de détails sur le temple de Montélimar, voy. Ch. Read, Daniel Charnier, pages 410-421.
R. n'en soit empêché , ni troublé » ; mais les quatre autres juges ayant opiné dans un sens opposé, le conseil du roi évoqua TafiEgiire le 6 mai lôSg et cita le syndic de ceux de la religion de Dauphiné de comparaître devant lui dans six semaines \ Nous n'avons pu découvrir Tarrêt du conseil, mais par ce qui fut décidé ailleurs nous pouvons supposer qu'il fut prohibitif.
Les conmiissaires de Tédit de 1664 maintinrent l'exercice de la religion réformée à Montélimar. Mais ce ne fut qu'un sursis. Le 16 décembre 1671 une lettre de cachet du roi interdisait aux habitants de Montélimar de recevoir aucun protestant dans le consulat, et aux ofSciers de justice de la religion de se faire précéder d'un massier. Elle ordonnait de plus que le banc du temple recouvert d'un tapis parsemé de fleurs de lis , destiné aux consuls et officiers de justice réformés , serait enlevé *,
Un arrêt du parlement de Grenoble rendu en 1680 fit « défense à Jacques du Marché , pasteur à Montélimar, de prêcher et d'exercer aucune fonction de ministre dans tout le royaume, à peine de punition exemplaire ». Enfin, le 11 juillet 1684, un arrêt du parlement supprima l'église ellemême et condamna son temple à être démoli sous le plus vain prétexte. Voyez plus haut, page i3i. Un second arrêt du 7 septembre ordonna que le premier serait exécuté dans le délai de 1 5 jours et que si à cette époque les protestants
(i) LHmprimé des requét. sulv. qui ont obUgé Tinsigne chapitre de dauphin Louys de l'église de Sainte-Croix de la ville de Montélimar en Dauphiné et les habitants catholiques d'icelle d'obtenir des défenses contre les religion, de ladite ville de ne chanter publiquement leurs Psaumes, etc. 1660, in-4''.
(2) Lettre de cachet porunt défense aux habitants de Montélimar d'admettre aux consul, aucun de ceux qui font profess. de la R. P. R.; 16 déc, 1671, in-4».
n^avaient pas enlevé tous les matériaux du temple, le syndic du clergé du diocèse de Valence pourrait les faire ôter à leurs frais. Les protestants ayant obtempéré à cet ordre douloureux , un dernier arrêt du parlement , rendu deux ans après (1686), contraignit Tavocat Alexandre Menuret, syndic des habitants réformés de Montélimar, de rendre compte dans le mois du prix de vente des matériaux démolis par ordre du roi. Telle fut la fin de ce temple célèbre, qu'illustrèrent trois générations de Chamier et devant lequel un arrière-petit-fils du plus célèbre d'entre eux périt sur la roue. Voyez p. i23.
Un auteur contemporain ', qui passe en revue les églises importantes de la province quelques années avant la révocation de redit de Nantes, écrit ceci sur Montélimar : c( Je connais un peu le Montélimard, dit Acante, qui, si nous avions quelque primauté, serait la deuxième de nos églises... On y aurait peu de peine à faire quitter aux dames leurs beaux atours, — Il est vrai, dit Paulin, que j'ai toujours ouï parier de Montélimar comme d'une ville où ceux de notre religion sont dociles. On les fait même passer pour dévots, et on en loue quelques-uns qui quittent sans peine leurs jeux pour aller au temple aux heures que la prière les y appelle. J'ai toujours vu dans leur lieu de dévotion Monsieur leur magistrat , et j'ai su , quand je m'en suis informé, qu'il manque peu de prières publiques et qu'il vit très-exemplairement... — J'ai encwe, dit Paulin, ouï parler avec beaucoup d'élc^e de la noblesse que nous en avons en cette ville... Mon ami... m'a dit en général que toutes les personnes de condition y vivaient d'une façon fort régulière. »
Montélimar avait pour annexe Saint-Gervais , où l'exercice de la religion réformée fut condamné par forclusion par les commissaires exécuteurs de 1 664. ^
(i) Entretwts de Paulin et d^Acante, p. 295.
Pasteurç : François Tempesta i56o-i56i, François de Saint-Paul i56o-i56i, Toussaint Pichot i56o-i56i, Fuigon 1 562 , Louis Duvergier 1 562 , Vincent Matthyer 1 562 , Claude de Chabannas i566, Louis Bergeac 1567, Julien Picot 1567, Trophimy de l'Aube i568, François Guérîn i568, Damien Baussan i568, Eynard Raphanel 1576, Honoré de Colomba 1 576, Charles de Mallet i582.
L — Guillaume de Saint-Ferréol du Mas 1 586- 1592, Daniel Chamier I 1 593- 161 2, Jean Martinet (par intérim) i6o5, Jean Moze (par intérim) 161 1, Jules Fevot 1612- 1617, Josué Rossel 1617-1622, Jean Vulson de La Colombière 1622- 1626, Badie Coulon 1626, Pierre Bachelet 1627, Antoine Crégut 1637- i65i, Jacques Dumarché 1 658- 1680, Pierre Chion 1679- 1684.
IL — Pierre de Vinay 1 586- 1589, Adrien Chamier I 1587 (?), André Caille i593, Adrien Chamier I (derechef) 1595, Christophe de La Rue 1598, Jean- Antoine Cante 1602-1608, Adrien Chamier II 1617-1671, Daniel Chamier II 1671-1676.