DOULEVAHD SAI NT- GERMA IN
1S7I Tous droits réserves
Au moment où ce troisième volume va paraître, je dois avertir qu'il éiait depuis longtemps à peu près terminé; que certaines parties en ont été publiées à diverses époques; qu'enfin si^ dans l'iutervalle^ les travaux de nos érudits m'ont servi pour l'améliorer^ les événements contemporains, qui sont un enseignement même pour les historiens dupasse, loin de m'en taire changer le caractère, m'ont conduit à l'affirmer davantaoe.
Deux points sont restés pour moi invariables : aujourd'hui, comme alors, je crois que le gouvernement oligarchique, qu'on appelait la république romaine, est justement tombé; mais je pense encore que l'empire, tel qu'Auguste crut l'organiser, était incapable de vivre, j'entends de la vie pleine et régulière que les circonstances lui promettaient, que le génie d'un
lioiniiie aurait pu lui donner, cl que les U'aitêilies du palais, les intrii^ues de la curie, les émeutes de caserne lui refusèrent.
Ces récits d'une bien vieille histoire sont peut-être moins inopportuns que leur titre ne semble l'indiquer, parce que le lecteur, frappé de la grandeur de l'empire romain et de la faiblesse de ses adversaires, se demandera nécessairement comment tant de force a pu être si facilement brisé.
En regardant de près l'existence presque toujours troublée et souvent honteuse de la Rome impériale, en voyant, au milieu de ces désordres, les esprits qui s'abaissent, la civilisation qui recule, les barbares qui avancent, on reconnaîtra aisément, si l'on sait échapper aux énervantes et commodes doctrines du fatalisme, que le mal vint des hommes, et que d'autres hommes plus hahiles ou plus sages auraient pu le prévenir.
A 1 inverse de la république, l'empire manqua de tout lien dans l'ordre moral, comme dans l'ordre politique. Il n'eut ni les institutions générales qui auraient rapproché et uni les citoyens, ni le patriotisme qui, en donnant une seule âme à tant de millions d hommes, les eût rendus invincibles.
Ces liens, la France les a-t-elle et sont-ils assez forts?
Nous venons d'être écrasés par une organisation militaire supérieure que servait une haine implacable habilement entretenue depuis soixante années. Pour que la France se relève de cette grande chute, une des premières conditions de salut est qu'elle sache bien
pourquoi elle est tombée. Elle l'apprendra de ses mallieurs; mais il ne lui serait pas inutile de fortifier cette expérience si douloureusement acquise^ en éîiidiant certaines causes dont les effets ne chan2;ent pas, et qui ont fait écrouler, il y a quinze siècles, le plus vaste em])ire de la terre.