Tac, -ànn., XI
sitôt de marier l'empereur une quatrième fois. Chacun soutint des prétentions rivales. Narcisse protégeait Pétina, que Claude avait répudiée; Calliste, la riche et belle LoUia Paulina, divorcée de Caius; Pallas, une fille de Germanicus, Agrippine. Celle-ci, à qui sa mère avait légué son esprit impérieux et son ambition, était veuve de Domitius iEnobarbus, qui lui avait laissé un fils alors âgé de onze ans*. Elle était nièce de Claude, et les lois romaines défendaient le mariage entre parents à ce degré. Un sénatusconsulte leva cet obstacle, et un chevalier fournit un exemple. Dès qu' Agrippine fut entrée dans la couche impériale, elle voulut commander. Claude , qui savait maintenir la paix dans Tempire, ne sut jamais la faire régner autour de lui, parce qu'il était capable d'avoir des idées justes, mais absolument impropre à dominer des hommes. Les affranchis et l'impératrice se disputèrent le vieillard; il resta à celle-ci qui, après avoir obtenu ce qu'elle voulait, l'adoption de son fils, l'empoisonna.
Les affranchis étaient en mauvaise position pour lutter contre elle. La crainte que les enfants de Messaline, Octavie et Britannicus,ne fussent un jour en état de venger leur mère sur ceux qui l'avaient perdue, les enchaînait à la fortune de la nouvelle impératrice. Aussi eut-elle tout aussitôt rinfluence et le pouvoir, qu'elle saisit d'une main ferme et qu'elle sut garder. Les allures du gouvernement changèrent, dit Tacite, et Rome eut dans Agrippine un maître qui ne se jouait point des affaires avec la légèreté de Messaline. L'autorité fut grave, presque virile. En public, de la sévérité , plus souvent de la hauteur; dans le palais, point de désordres, à moins qu'ils ne fussent utiles au pouvoir; mais une insatiable avidité, qui se couvrait du prétexte d'augmenter les ressources de l'État ^ Fille, sœur, épouse d'imperators, elle se disait appelée au partage d'un empire que les siens avaient fondé ou affermi, et elle voulait recevoir
1. Suétone {Nér., 6) l'accuse d'avoir empoisonné son second mari Crispus Passiénus pour en hériter plus vite. Néron était né le I5déc. 37 — 2. Tac, ; Ann., XÏI, 7.
548 L'fiMPIRE ROMAIN DE TIBÈRE A NERVÀ (14-96).
les mêmes honneurs que Claude, les respects du sénat, les actions de grâces des ambassadeurs, les prières des captifs, et, spectacle nouveau, assister aux revues des troupes, présider en habit militaire aux enseignes romaines *. Le sénat lui avait décerné le privilège de monter au Capitole dans la litière où l'on portait les choses saintes, et le droit qu'avait eu Livie de mettre sur la monnaie son image à côté de celle du prince. Elle fut la première femme et la seule qui ait osé fonder une colonie avec les rites consacrés, et cette colonie subsiste encore , Cologne ; elle était moins l'épouse que le collègue de l'empereur.
Son premier acte fut de casser les fiançailles d'Octavie avec Silanus, qui, regardant cette rupture comme un arrêt de mort, se tua le jour même des noces de l'empereur, et tout aussitôt elle fiança Octavie avec son fils Domitius (49). Pour lui gagner un peu de la popularité dont jouissait un écrivain célèbre par ses talents et ses disgrâces, elle plaça près de lui comme précepteur Sénèque, qu'elle fit rappeler d'exil ^ et nommer préteur. L'année suivante (50), Pallas ar • racha à Claude, en lui citant l'exemple d'Auguste et de Tibère, l'adoption de Domitius , bien que celui-ci n'eût que deux années de plus que Britannicus, le fils de l'empereur. Le nouveau prince impérial prit depuis ce jour un nom qu'il a rendu fameux, celui de Néron; il fut bientôt entouré des honneurs qui montraient en lui l'héritier de l'empire. Oa lui décerna le consulat pour le jour où il aurait vingt ans ; en attendant, il fut consul désigné, prince de la jeunesse et eut hors de Rome le pouvoir proconsulaire. On distribua en son nom un donativum aux soldats, un congiarium au peuple, et sa mère, qui ne perdait aucune occasion de le produire en public , de le présenter comme le successeur naturel de Claude, lui fit célébrer des jeux magnifiques, et
1. Tac, Afin., Xll, 37, feminam signù rominis praesidere : ipsa semet parti a majorihus suis imper ii sociam fer ébat. — Nos vidimus,... indutam paludamento. PI., XXXUI, 19; Dion, LX, 32. —2. Tac, Ann.j XII, 8. Le mariage de Domitius avec Octavie n'eut iieu qu'après Tadoption de Domitius par Claude; alors, pour quMl n'épousât pas sa sœur, on fît passer Octavie dans une maison étrangère. Dion, LX, 33.
Claude (41-54). L49
donner, quand il eut la préture, un combat de gladiateurs. Elle en fit encore Tavoeat des provinces; en Tan 52, il harangua en grec, dans le sénat, pour solliciter des grâces en faveur dllion, de Rhodes et d'Apamée ; en latin, pour faire envoyer un secours d'argent à Bologne*. Claude, oubliant son propre sang, laissait tout faire, et la révolution du palais s'accomplit comme tant d'autres se sont faites sur les rives du Bosphore. Aux jeux du cirque, où Néron parut avec la robe triomphale, Britannicus n'eut que la prétexte'; peu à peu ses partisans furent éloignés, et après une parole où Agrippine voulut voir une insulte pour son fils, onchassases affranchis, ses esclaves; on mit à mort ses gouverneurs. Les deux préfets du prétoire passaient pour lui être dévoués, ils furent remplacés par Burrus, brave soldat et ministre dévoué au bien de l'État, mais qui, en acceptant cette charge des mains d'Agrippine, prenait l'engagement de servir les intérêts de son fils aux dépens de ceux de Britannicus, isolé maintenant et comme prisonnier dans le palais de son père.
Une vengeance de femme, la mort de Lollia Paulina, qui avait osé disputer à Agrippine la main de Claude et l'exil de Calpurnie, dont l'empereur avait un jour loué la beauté, causa peu d'étonnement, malgré un hideux détail conservé par Dion : Agrippine avait commandé qu'on lui apportât la tète de Lollia ; ne reconnaissant pas ces restes défigurés par la mort, elle ouvrit la bouche pour s'assurer à certain signe des dents que c'était bien la tête de sa victime. Une accusation intentée au proconsul d'Afrique StatiliusTaurus, sous prétexte de concussions, fit plus de bruit et rendit au sénat un instant de courage. Statilius avait d'immenses richesses, c'était là son crime. Comme tant d'autres, il se tua avant le jugement. Malgré les instances d'Agrippine, le sénat déclara l'accusation calomnieuse et chassa de son sein le délateur*. Un autre sénateur venait d'être banni pour une délation contre Vitellius.
1. Tac, XII, 58. — 2. Suét., Ner.^ 6. — 3. Tac, Ànn,j XII, 59.
Cependant Britannicus grandissait. Un retour de tendresse dans le cœur du vieil empereur était à craindre. Quelques menaces lui étaient échappées dans l'ivresse ^ et Narcisse ne cachait plus qu'il croyait une nouvelle catastrophe nécessaire ; il flattait Britannicus; il priait les dieux d'abréger son adolescence pour qu'il pût chasser les ennemis de son père. Malheureusement il tomba malade, et pour se rétablir, il fut contraint d'aller prendre les eaux de Sinuessa. Sa vigilante fidélité ne protégeant plus la vie de l'empereur, Agrippine se résolut à mettre un terme à ses anxiétés. Elle s'était récemment préparée à ce dernier crime en faisant périr sa belle-sœur, Domitia Lépida, tante de Néron, et qui lui disputait le cœur de son fils. Elle s'adressa à une empoisonneuse de profession. Locuste, qu'on venait de condamner pour un de ces crimes où elle était si habile, et, ajoute Tacite, que l'on ménagea longtemps comme un instrument nécessaire de la politique impériale ^ Locuste fut chargée de préparer un mets favori de Claude ; l'estomac trop chargé n'ayant pu garder le poison, un médecin, sous prétexte de faciliter les vomissements , introduisit dans la gorge du prince une plume imprégnée d'un venin subtil (13 oct. 54). Mais l'assassinat avait été consommé avant l'heure fixée par les astrologues comme la plus favorable au nouveau prince ; on ferma donc toutes les issues et l'on répandit le bruit que Claude allait mieux. Il était déjà mort que le sénat, les consuls et les pontifes faisaient encore des vœux pour lui dans les temples, et qu'on appelait des comédiens pour le distraire.
Cependant, dans le palais, tout se préparait pour assurer l'empire à Néron. Agrippine, feignant une douleur profonde, tenait Britannicus embrassé, l'appelait la vivante image de son père, et, par de perfides ca-
t. Tac, Ann,j XII, 57. — 2 Diu inter instrumenta regni habita
{Ann.j XII, 66 >. Je dois dire que Josèphe, qui n'avait pas de raison pour épargner Néron et Agrippine, est beaucoup moins affirmât! f : xac >6yoç ^v «apà Tivwv d>ç (itïo xfj; Y^vaixo; 'AYpiTCHivyi; çap|xàxoi; àv:jî&rjTo. A. /., XX, 8.
resses, Tarrêtait près d'elle avec ses sœurs Antonia et Octavie. Enfin, à midi, les portes du palais s'ouvrirent tout à coup, et Burrus présenta Néron à la cohorte de garde. Cette troupe, sur un signe de son préfet, le reçut avec acclamation. Quelques soldats demandèrent bien à plusieurs reprises où était Britannicus, mais, leurs paroles ne trouvant pas d'écho, ils suivirent le mouvement. Néron se rendit au camp des prétoriens; il les harangua, leur promit la même gratification que Claude leur avait donnée, et les soldats, ratifiant le marché, le proclamèrent empereur. Le sénat ne vint qu'après ; il confirma la décision des soldats, et les provinces l'acceptèrent sans balancer. Personne, en face de l'impérieuse impératrice, à qui tout obéissait, et le palais, et le sénat, et l'armée, n'osait prononcer le nom du malheureux prince que son père lui - même semblait avoir déshérité. Narcisse, son seul défenseur, reçut l'ordre de se tuer. Un autre personnage , Silanus , descendant des Césars, et qui pouvait aussi devenir un rival , fut empoisonné. Agrippine avait elle-même commandé ces exécutions, pour que son fils ne trouvât même pas un obstacle sur la route qu'elle lui avait ouverte par un parricide.
On avait tué Claude ; ce n'était pas une raison de n'en point faire un dieu. On lui décerna donc les honneurs divins. En réalité, ce décret du sénat n'était autre chose que l'engagement officiellement pris de n'inquiéter personne au sujet du dernier règne, puisqu'on déclarait ainsi que tous les actes du prince mort étaient ratifiés et que son nom serait maintenu sur la liste des empereurs. Cependant Sénèque vengea la conscience publique par un pamphlet très-injurieux pour le dieu nouveau et pour ses collègues en divinité*. C'est un curieux témoignage des sentiments véritables qui se cachaient sous l'hypocrisie de la religion et de la politique officielles ; en voici le résumé.
« Ce qui se fit au ciel avant le troisième jour des ides
1. VApnkolokyntosis. Le texte, du reste fort incomplet, de cette satire ne renferme pas la métamorphose que le titre annonce.
d'octobre, je veux l'apprendre à nos neveux. Si vous êtes curieux de connaître de qui je tiens cette véridique histoire, demandez-le à celui qui vit Drusilla monter au ciel. Il est inspecteur de la voie Appienne , par où l'on sait que le divin Auguste et Tibère César sont allés chez les dieux. 11 vous dira qu'il a vu Claude prendre le même chemin d'un pas inégal.
« On était au milieu du jour; Claude commençait à pousser son âme au dehors sans qu'elle pût trouver une issue à travers ce corps contrefait. Mercure, qui s'était toujours amusé de cette facétieuse créature, prit à part une des Parques et lui dit : « Comment une femme a-t-elle assez de cruauté pour voir un misérable en de pareils tourments ? Voilà bientôt soixante-quatre ans qu'il est en querelle avec son âme, et il ne sait pas encore s'il a jamais vécu. Qu'attends-tu donc pour faire ta charge? » La Parque consent à couper le fil enroulé sur un vil fuseau; Claude vomit son esprit et cesse enfin, non de vivre, mais de paraître vivant.
« Vous n'avez pas oublié ce qui se passa alors sur la terre et quelle fut l'allégresse publique. Au ciel, on fait savoir à Jupiter qu'il vient d'arriver un quidam d'une taille honnête : tête blanche, chef branlant, pied boiteux, et sur les lèvres je ne sais quelles menaces. Interrogé sur son pays, il répond d'une voix inarticulée; ce n'est ni un Grec, ni un Romain. Le dieu , peu au courant des choses de ce bas monde, ne reconnaît pas le nouveau venu, et même ne peut découvrir à quelle nation il appartient. Pour se tirer d'embarras, Jupiter appelle Hercule qui. ayant couru toute la terre, doit en connaître tous les peuples. Mais quand le héros vit cette face étrange, cette démarche de travers, quand il entendit cette voix qui n'était celle d'aucun animal de la terre, lui qui n'avait pas tremblé devant les monstres de Junon, il se troubla et crut qu'il lui tombait sur les bras un treizième travail. Cependant, en regardant mieux, il reconnaît une façon d'homme et lui demande en grec d'où il vient. Claude est tout joyeux de rencontrer un philologue et de trouver une occasion de placer ses histoires. Hercule,
qui ne saisit pas bien ce que l'autre lui conte, a peur que le fou ne lui fasse un mauvais parti. Il finit pourtant par se rassurer, et comme , au demeurant, c'est un assez bonhomme de dieu , il se serait laissé duper, sans la Fièvre qui, seule de toutes les divinités de Rome , avait fait cortège à Claude. « Toi, lui dit-elle, qui as visité plus de pays que le plus infatigable muletier, tu sais qu'il y a des Lyonnais. Ëh bien I cet homme est du municipe de Plancus, c*est un Gaulois, un franc Gaulois. » Là-dessus, Claude furieux ordonne que Ton conduise la Fièvre au supplice. Mais , à voir comme tous les assistants s'inquiétaient peu de lui, vous auriez dit qu'ils étaient ses alfranchis.
Cependant le sénat olympien s'assemble. L'ouvrage, mutilé en cet endroit, ne nous permet d'assister qu'à la fin de la séance, au moment où « le père Janus, jovial habitué du forum, prend la parole. Il représente qu'autrefois c'était une grande affaire de devenir dieu , mais qu'on donne aujourd'hui cet honneur à tout le monde et que ce n'est plus rien ; aussi il vote pour qu'on n'en fasse pas davantage, et propose que le premier qui, fabriqué dieu sur la terre, en peinture ou en bronze, arrivera à l'Olympe, soit battu de verges. Jupiter est d'un autre avis : « Il importe , dit-il , à notre république, que Romulus ne soit pas seul à dévorer des raves bouillantes; je vote donc pour que le divin Claude ait sa divinité, et que cette merveille soit ajoutée aux Métamorphoses d'Ovide. » Les opinions étaient très -divisées ; Hercule, gagné à la cause de Claude, courait ici, courait là, comme s'il eût été en plein sénat de Rome, disant, pour lui trouver des partisans : « Ne me faites pas tort, j'ai fait de ceci mon affaire. Une autre fois, si vous voulez quelque chose de moi, je vous rendrai la pareille. »
« Mais le divin Auguste se lève, et, pour la première fois depuis qu'il est au ciel , fait entendre sa noble faconde. 11 raconte les meurtres de Claude, ordonnés sans que les accusés eussent été entendus. « Cela, dit-il, ne se fait pas au ciel. Voici Jupiter : il a bien brisé la cuisse à Vulcain en le jetant du haut de l'Olympe, et suspendu sa femme par
les pieds, un jour qu'il était en colère; mais il n'a jamais tué personne, quoiqu'il règne depuis si longtemps. En vérité, si vous faites des dieux pareils, personne ne vous reconnaîtra plus pour des dieux. » Cet avis l'emporte; Mercure saisit Claude par la nuque et l'entraîne aux enfers. Pendant la route, ils rencontrent sur la Voie sacrée une belle cérémonie de funérailles , et comme on n'avait pas épargné la dépense, il était clair qu'on enterrait un dieu; ce fut là que Claude comprit enfin qu'il était mort. Narcisse s'empressa au-devant de lui, et le précédant comme un héraut, s'écria: «Claude César arrive!» Aussitôt la foule de ses victimes accourt, battant des mains et chantant l'hymne des prêtres d'Apis : « Nous Tavons trouvé, nous l'avons trouvé, réjouissez-vous ! » Lui, s'étonne et leur demande par quel hasard tous ses parents, amis et connaissances sont réunis là. « C'est toi, assassin de tes amis et de tes proches, qui nous as envoyés ici, » lui répond Pompée, à qui Claude avait rendu son nom de Magnus, mais à qui il avait pris sa tête. On le traîne devant Éaque, qui le condamne sans l'entendre, en lui disant : * Souffre ce que tu as fait souffrir aux autres, » et Claude trouve ce procédé injuste, mais il ne le trouve pas nouveau, l'ayant appliqué souvent. Lorsqu'il s'agit de déterminer la peine, les uns proposent qu'il prenne la place de Tantale , d'autres celle de Sisyphe ou d'Ixion. Éaque répond qu'en donnant leur congé à ces vétérans de l'enfer, on laisserait à Claude Tespérance de l'obtenir et il condamne le vieillard imbécile etavide à poursuivre un gain qui fuira toujours: il jouera éternellement aux dés avec un cornet sans fond. Déjà le nouveau fils de Danaùs cherchait à saisir de ses mains crispées les dés fugitifs; mais Caligula arrive ; il le réclame comme son esclave, en produisant des témoins qui l'ont vu déchirant Claude à coups d*étrivières; il l'obtient et l'abandonne à un de ses affranchis qui oblige le César procédurier à traîner perpétuellement des sacs de procès. »
Ce pamphlet mythologique parut au peuple manquer de conclusion et de hardiesse. Il en mit une à sa façon, en
remplaçant le supplice de l'empereur contrefait par sa métamorphose en citrouille.
Claude méritait peut-être cette oraison funèbre qui livre à la moquerie les maîtres du ciel aussi bien que ceux de la terre; mais ce n'était pas au flatteur de Claude à récrire *. Cependant je ne suis pas certain qu'Horace et Auguste luimême n'eussent pas ri en secret de cette impertinente réponse au Carmen seculare de Tan i 7 av. J. C. *. A soixante-trois ans de distance, c'était bien la même société, mais le philosophe satirique lui ôtait le masque que le premier empereur et son poète lauréat avaient essayé de lui mettre.
1. Cons. adPolyb.f 26, 31, 32. Le Ludus de morte Claudii, vulgo Apokolokyntosis est une satire Ménippée, mélaDge de prose et de vers-; ces anapestes sont élégants et vifs, et, chose singulière, rappellent par leur coupe certaines hymnes de Tégiise. — 2. Voy. ci-dessus, p. 216.
Chargé, en 1861, d'une mission littéraire en Asie Mineure, M. G. Perrot a rapporté de ce voyage bon nombre d'inscriptions rectifiées ou nouvelles qu'il a savamment discutées dans son livre intitulé : Exploration archéologique de la Galatiej de la Bithynie, etc. Mais sa meilleure conquête a été celle de la copie la plus complète que nous possédions h présent de l'inscription d'Ancyre : Index rerum gestarum Divi Augusti, Ce document, auquel j'ai fait naturellement beaucoup d'emprunts, est trop important pour qu'il ne soit pas utile de le mettre en entier à la fin de ce volume, où l'histoire d'Auguste tient iant de place. J'emprunte à M. G. Perrot la traduction qu'il en a donnée.
Actions par lesquelles le divin Auguste a soumi'i l'univers à Vampire du peuple romain, et dépenses quHl a faites pour la république et pour le peuple romain^ copie de Vacte authentique qui est gravé à Rome sur deux tables d*airain.
Agé de dix-neuf ans, j'ai levé, sans autre conseil que moi même et à mes propres frais, une armée avec laquelle j'ai rendu la liberté à la république opprimée sous la tyrannie d'une faction. En récompense, le sénat, par des décrets honorifiques, m'admit dans son sein sous le consulat de C. Pansa et d'A. Hirtius, en me donnant rang de Consulaire : il me décerna en même temps Vimperium, et, pour qu'il n'arrivât point de malheur, il me chargea de veiller au salut de l'État, avec les consuls Hirtius et Pansa. Les deux consuls ayant succombé à la guerre, le peuple, la même année, me créa Consul, et, pour cinq ans, Triumvir chargé d'organiser la république.
Ceux qui avaient tué mon père, je les ai envoyés en exil, punissant leur crime par des jugements réguliers; comme ils faisaient la guerre à la république, je les ai vaincus deux fois en bataille rangée.
J'ai porté mes armes sur terre et sur mer, soutenant des guerres civiles et étrangères par tout Punivers; victorieux, j'ai pardonné à tous les citoyens qui avaient survécu au combat. Quant aux nations étrangères, quand j'ai pu les épargner sans danger, j'ai mieux aimé les conserver que les détruire. Environ cinq cent mille (?) Romains m'ont prêté le serment militaire, et, sur ce nombre, un peu plus de trois cent mille, libérés du service, ont été établis par moi dans des colonies ou renvoyés dans leurs municipes ; à tous je leur ai assigné des terres ou donné, pour qu'ils en achetassent, une somme d'argent prise sur mon épargne. J'ai pris six cents navires, sans compter tous ceux qui étaient moins grands que des trirèmes.
Deux fois j'ai reçu les honneurs de l'Ovation, et trois fois ceux du grand Triomphe. Vingt et une fois j'ai été proclamé imperator.
Le sénat m'ayant, dans la suite, décerné beaucoup d'autres triomphes, je me suis abstenu de les célébrer, et me suis contenté de déposer les lauriers au Capitole, accompfissant- du reste les vœux formés par moi, au nom de la république, dans chaque guerre. A l'occasion des succès obtenus sur terre qu sur mer sous mon commandement ou par mes lieutenants sous mes auspices, le sénat décréta cinquante-cinq fois que des sacrifices d'actions de grâces seraient offerts aux dieux immortels. Huit cent quatre-vingt-dix journées ont été prises par ces sacrifices, dont un sénatus-consulte avait réglé la durée. Dans mes triomphes ont été conduits devant mon char neuf rois ou enfants de rois. J'avais été treize fois Consul lorsque j'écrivis ceci, et j'étais dans la trente-septième année de ma puissance Tribunitienne.
-^ Dictature, que le sénat et le peuple m'offrirent en mon ab- ^, puis pendant que j'étais présent à Rome, sous le consulat
de M. Marcellus et de L. Arruntius, je n'ai pas voulu Taccepter. La ville souffrant cruellement de la disette, je n'ai pas refusé de me charger du soin d'approvisionner le marché, et, grâce à mon activité et aux dépenses que j'ai faites, en peu de jours j'ai écarté le dangenet délivré le peuple de toute crainte, et comme il m'offrait le consulat et pour cette année et pour toute ma vie, je ne l'ai point accepté.
Sous le consulat de M. Vinucius et de Q. Lucretius, puis sous celui de P. Lentulus, enfin, pour la troisième fois, sous celui de Paulus Fabius Maximus et de Q. Tubero, par l'accord du peuple et du sénat romain, j'ai reçu, avec les pouvoirs les plus étendus, la surveillance des lois et des mœurs. Quand plus tard on a voulu me confier de nouveau des pouvoirs analogues, je ne les ai pas acceptés ; lorsque ensuite le sénat m'a chargé de régler d'autres affaires, je les ai terminées en vertu de la Puissance Tribunitienne dont j'étais revêtu. Dans cette puissance, je me suis associé cinq fois un collègue, avec l'assentiment du sénat.
J'ai été, pendant dix ans de suite. Triumvir chargé d'organiser la république. J'ai occupé le rang de Prince du Sénat jusqu'au jour où j'ai écrit ceci, c'est-à-dire pendant quarante ans. J'ai été Grand Pontife, Augure, membre du collège des Quindécemvirs et de celui des Septemvirs, du collège des Frères Arvales, de celui des prêtres Titiens, et de celui des Féciaux.
Dans mon cinquième consulat, par l'ordre du peuple et du sénat, j'ai augmenté le nombre des patriciens. Trois fois j'ai dressé la liste des sénateurs. Dans mon sixième consulat, j'ai célébré la cérémonie du cens, ayant pour 'collègue M. Agrippa; il y avait quarantedeux ans qu'il n'avait été procédé au recensement du peuple romain. Ûans ce dénombrement, le nombre des citoyens romains s'est élevé à quatre millions soixante-trois mille. J'ai exécuté la môme opération une seconde fois seul, avec le pouvoir consulaire, sous le consulat de G. Gensorinus et de G. Asinius ; dans ce dénombrement j'ai compté quatre millions deux cent trente-trois mille citoyens romains. J'ai fait un troisième recensement avec le même pouvoir, ayant pour collègue mon fils Tib. Gaesar, sous le consulat de Sex. Pompée et de Sex. ApuUeius, et le nombre des citoyens recensés
a été cette fois de quatre mUlions neuf cent trente-sept mille. Par la promulgation de nouvelles lois, j'ai fait revivre les exemples de nos ancêtres, que notre cité commençait à oublier, et j'ai donné moi-même à la postérité plus d'un exemple qu'elle devra chercher à imiter.
Le sénat décréta qu'au terme de chaque période de cinq ans, par la bouche des consuls et des prêtres, des vœux solennels seraient offerts aux dieux pour mon salut, et, à l'occasion de ces vœux, eurent lieu souvent des spectacles, offerts tantôt par un des quatre grands collèges sacerdotaux, tantôt par les consuls. Les particuliers comme les villes, tous les citoyens de l'empire, ne cessèrent de sacrifier aux dieux pour ma santé, dans tous les lieux consacrés.
Mon nom, en vertu d'un sénatus-consulte, a été inséré dans le chant des Saliens, et une loi a décidé que je serais sacro-saint et que j'aurais à vie la Puissance Tribunitienne. Le peuple m'offrait le Souverain Pontificat que mon père avait exercé avant moi ; mais je n'ai pas voulu prendre la place de quelqu'un qui vivait encore. Quelques années après, ce sacerdoce étant devenu libre par la mort de celui qui s'en était emparé dans nos dissensions civiles, j'en ai été mis en possession : pour prendre part aux comices qui m'en ont revêtu, de toute l'Italie était accourue à Rome une foule telle qu'on ne se rappelait pas en avoir jamais vu dans cette cité une pareille; c'était sous le consulat de P. Valgius et de C. Valgius.
En mémoire de mon retour, le sénat consacra, devant la porte Capène, auprès du temple de l'Honneur et de la Vertu, un autel à la Fortune du Retour, et il ordonna que sur cet autel les Pontifes et les Vierges Vestales fissent un sacrifice anniversaire, le jour où, sous le consulat de Q. Lucretius et de M. Vinucius, j'étais revenu de Syrie à Rome, et ce jour, de mon nom, s'appela Augustalia.
Par un décret du sénat , ceux qui avaient occupé les premières charges de l'État, ainsi qu'une partie des préteurs et des tribuns, avec le consul Q. Lucretius, furent envoyés à ma rencontre, jusqu'en Campanie, honneur qui n'avait été accordé à personne avant moi. Lors-
que, après avoir heureusement terminé les affaires d'Espagne et de Gaule, je revins de ces provinces à Rome sous le consulat de Tib. Néron et de P. Quintiïius, le sénat, à propos de mon retour, décréta qu'il serait érigé dans le Champ de Mars un autel à la Paix- Auguste, sur lequel les magistrats, les prêtres et les Vierges Vestales offriraient chaque année un sacrifice.
La porte du temple de Janus Quirinus , qui, comme Font voulu nos pères, ne se ferme que lorsque la paix règne sur toutes les terres et sur toutes les mers soumises aux Romains, n'avait jamais été, pendant tant de siècles qui se sont écoulés depuis la fondation de Rome, fermée que deux fois, comme l'attestent nos annales; sous mon principat, trois fois le sénat a proclamé qu'il y avait lieu de la fermer.
Mes deux fils, Caius et Lucius Caesar, que la fortune m'a ravis tout jeunes encore, le sénat et le peuple, voulant me faire honneur, les avait désignés consuls , bien qu'ils ne fussent encore que dans leur quinzième année, pour entrer en fonctions cinq ans plus tard. Le sénat décréta aussi que, du jour où ils auraient été conduits sur le forum, ils assisteraient à ses délibérations sur les affaires publiques; quant aux chevaliers romains, d'une voix unanime, ils les ont proclamés l'un et l'autre Princes de la Jeunesse, après avoir fait don à chacun d'eux d'un bouclier et d'une lance d'argent.
J'ai compté à la plèbe romaine trois cents sesterces par tête, en exécution du testament de mon père, et, en mon propre nom, dans mon cinquième consulat, quatre cents provenant du butin fait dans lés guerres. Une autre fois, dans mon dixième consulat, sur ma fortune particulière, je lui en ai compté quatre cents par personne à titre de cougiaire. Dans mon onzième consulat, je lui ai fait répartir, en douze distributions, du blé que j'avais acheté à mes frais. Dans la douzième année de ma puissance tribunitienne, j'ai, pour la troisième fois, donné quatre cents sesterces par tête. Ces différentes libéralités ne se sont jamais adressées à moins de deux cent cinquante mille hommes . Dans la dix-huitième année de ma puissance tribunitienne, qui fut celle de mon douzième consulat, j'ai donné à trois cent vingt mille hommes de la plèbe urbaine soixante deniers par tête. Dans les colonies formées de mes soldats j'ai, con-
sul pour la cinquième fois , fait distribuer , sur le produit des dépouilles, mille sesterces par tête, et le nombre de ceux qui ont pris part à cette libéralité triomphale dans les colonies a été d'environ cent vingt mille hommes. Dans mon treizième consulat, j^ai donné à ceux des plébéiens qui étaient alors inscrits pour les distributions publiques de blé soixante deniers par tête, et le nombre de ceux qui participèrent à ce don fut d'un peu plus de deux cent mille.
Pour les terres qui , dans mon quatrième consulat, et plus tard sous le consulat de M. Crassus et dé Cn. Lentulus Augur ont été assignées par moi aux soldats, j^ai payé aux municipes une indemnité. Pour les terres que les municipes d^Italie avaient mises à ma disposition, la somme a été d'environ six cents millions de sesterces, et pour les terres fournies par les provinces, d'environ deux cent soixante millions de la même monnaie. Cela , j'ai été le premier et le seul à le faire de tous ceux qui , jusqu'à mon temps, ont établi des colonies en Italie et dans les provinces. Plus tard, sous les consulats de Tib. Néron et de Gn. Pison, de C. Antistius et de D. Laelius, de C. Calvisius et de L. Pasienus, de C. Lentulus et de M. Messda, deL. Caninius et de Q. Fabricius,j'ai accordé une gratification aux vétérans que je renvoyais dans leurs municipes, et j'ai dépensé à cet effet.... millions de sesterces.
Quatre fois j^ai aidé de mon propre argent le trésor public, et j'ai mis à la disposition des intendants du trésor cent cinquante millions de sesterces. Sous le consulat de IrfTLepidus et de L. Ammtius, j'ai versé, au nom de Tib. Gaesar et au mien, cent soixante-dix millions dans le trésor militaire, fondé d'après mon conseil, pour le payement des gratifications à payer aux soldats qui auraient servi vingt ans et plus.
L'année du consulat de Gn. et P. Lentulus, les greniers publics étant vides,... j'ai acheté à mes frais du blé et j'en ai donné à cent mille hommes....
La Gurie et le temple de Minerve Ghalcidienne, contigu à la Curie, le temple d'Apollon sur le Palatin avec ses portiques, le temple
du divin Jules, le Lupercal, le portique voisin du cirque de Flaminius, portique auquel j*ai permis de laisser le nom de cet Octavius qui en avait bâti un précédemment sur le même sol, le Pulvinar voisin du cirque Maxime, le temple de Jupiter Férétrien et celui de Jupiter Tonnant au G apitoie, le temple de Quirinus, ceux de Minerve, de Junon Reine et de Jupiter Libertas sur TAventin, celui des Lares au sommet de la Voie sacrée, celui des Dieux Pénates dans la Vélie, celui de la Jeunesse, celui de la Grande-Mère sur le Palatin, ont été bâtis par moi.
Le Capitole et le théâtre de Pompée ont été l'un et l'autre restaurés par moi à grands frais, et je n'ai inscrit mon nom sur aucun de ces deux monuments. J'ai réparé les aqueducs qui, de vétusté, tombaient en ruine sur plusieurs points, et j'ai doublé le volume de l'eau appelée Marcia en dérivant une nouvelle source dans le conduit qui l'apporte à Rome. Le forum Julien et la basilique située entre le temple de Castor et celui de Saturne, commencés et presque achevés par mon père, ont été terminés par moi, et quand un incendie eut détruit cette basilique, j'ai augmenté l'espace qu'elle occupait et j'en ai fait recommencer la reconstruction ; elle portera le nom de mes fils, et j'ai prescrit à mes héritiers de l'achever, dans le cas où je n'aurais pu le faire moi-même. Étant pour la sixième fois consul, j'ai réparé dans la ville, sur un décret du sénat, quatrevingt-deux temples, sans oublier aucun de ceux qui avaient alors besoin de réparations. Dans mon septième consulat, j'ai réparé depuis Rome jusqu'à Ariminum la voie Flaminienne, et refait tous les ponts sur lesquels elle passe, à l'exception du pont Minucius.
Sur un terrain qui m'appartenait à titre privé j'ai construit, avec l'argent provenant des dépouilles de l'ennemi, le temple de Mars Vengeur et le forum Auguste. Le théâtre qui se trouve près du temple d'Apollon a été élevé par moi sur un terrain que j'avais acheté, en grande partie, à des particuliers, et j'ai voulu qu'il portât le nom de M. Marcellus, mon gendre. Des dons provenant du butin fait sur l'ennemi ont été consacrés par moi au Capitole dans le sanctuaire du divin Jules, dans celui d'Apollon, dans celui de Vesta, et dans le temple de Mars Vengeur. Ces dons m'ont coûté environ cent millions de sesterces. Dans mon cinquième consulat, j'ai fait remise aux municipes et aux colonies de l'Italie de l'Or Coronaire du poids de trente-cinq mille livres qu'elles m'offraient pour mes triomphes, et dans la suite, toutes les fois que j'ai été proclamé
imperator, j'ai refusé TOr Coronaire que les municipes et les colonies de ritalie me décernaient avec autant d'empressement qu'elles l'avaient fait dans les précédentes occasions.
J'ai donné un combat de gladiateurs en mon nom et j'en ai donné cinq fois au nom de mon fils et de mes petits-fils ; dans ces différentes fêtes, environ dix mille hommes ont combattu. Deux fois en mon nom, et une troisième fois au nom de mon petit-fils, j'ai donné le spectacle d'un combat entre des athlètes appelés par moi de tous côtés. J'ai célébré des jeux quatre fois en mon nom, et vingt-trois fois au nom d'autres magistrats. Étant maître du collège des Quindécemvirs et ayant pour collègue M. Agrippa, j'ai célébré au nom de ce collège, sous le consulat de G. Furnius et de G. Silanus, les Jeux Séculaires. Dans mon treizième consulat, j'ai célébré, en l'honneur de Mars Vengeur, des jeux auxquels depuis lors ont présidé les consuls Vingt-six combats de bêtes fauves amenées d'Afrique ont été donnés par moi au peuple en mon nom et au nom de mes fils et de mes petits-fils, dans le cirque, dans le forum, ou dans des amphithéâtres, et environ trois mille cinq cents bêtes y ont été tuées.
J'ai donné au peuple le spectacle d'un combat naval , de l'autre côté du Tibre, là où se trouve aujourd'hui le Bois des Gésars , et pour cela j'ai fait creuser le sol dans une longueur de dix-huit cents pieds sur une largeur de douze cents. Trente trirèmes ou birèmes, garnies de leur éperon, et un plus grand nombre de bâtiments moins grands ont combattu en cette rencontre.
Dans les temples de toutes les villes de l'Asie, j'ai rétabli, après ma victoire, les ornements dont les avait dépouillés, pour en jouir comme d'une propriété privée, celui auquel j'avais fait la guerre. Le nombre de mes statues d'argent , en pied, équestres ou dans des quadriges, s'élevait à Rome à quatre-vingts environ. Je les ai fait disparaître et fondre : les sommes qu'elles ont produites ont servi pour les offrandes en or que j'ai consacrées dans le temple d'Apollon, en mon nom et au nom de ceux qui avaient voulu m'honoreren m'élevant ces statues.
J'ai rétabli la paix sur la mer en la délivrant des pirates qui Tin- Testaient, et, à la suite de cette guerre, j'ai remis à leurs maîtres, pour qu'ils leur fissent subir le supplice mérité, environ trente mille esclaves qui s'étaient enfuis de chez ceux auxquels ils appartenaient, et qui avaient porté les armes contre la république. Toute l'Italie, d'un mouvement spontané , m'a prêté serment et m'a demandé pour chef dans cette guerre que j'ai terminée par la victoire d'Actium. Le même serment m'a été prêté par les provinces de Gaule, d'Espagne, d'Afrique, de Sicile et de Sardaigne. Cette même formule de serment a été répétée alors par plus de sept cents sénateurs; sur ce nombre.... jusqu'à ce jour, sont devenus consuls et cent soixante-dix environ sont arrivés à la préture.
Toutes les provinces du peuple romain qui touchaient à des nations non encore soumises à notre empire ont vu reculer par moi leurs limites. Les provinces de Gaule et d'Espagne, du côté où les baigne l'Océan, je les ai pacifiées, de Gadès jusqu'à l'embouchure de l'Elbe. Les Alpes, depuis le territoire voisin de TAdriatique jusqu'à la mer Tyrrhénienne, ont été ajoutées par moi à l'empire, sans que j'aie jamais fait injustement la guerre à aucun peuple. Par mon ordre, le commandant de la flotte , partant de l'embouchure du Rhin, a navigué vers l'Orient jusqu'à.... dans une région où aucun Romain n'était parvenu ni par terre ni par mer. Les Cimbres, les Charydes, les Semnons, et d'autres peuplades germaniques de cette même contrée ont, par des ambassadeurs , sollicité mon amitié et celle du peuple romain. Par mon ordre et sous mes auspices, deux armées ont été conduites à peu près en même temps en Ethiopie et dans l'Arabie qu'on appelle Heureuse. Les deux peuples que nous attaquions ont éprouvé des pertes cruelles sur le champ de bataille, et nous leur avons fait un grand nombre de prisonniers. En Ethiopie les armes romaines furent portées jusqu'à la ville de Nabata, qui est toute proche de Méroë. En Arabie, l'armée pénétra jusqu'aux frontières des Sabéens, jusqu'à la ville de Mariba.
J'ai ajouté l'Egypte à l'empire du peuple romain. La Grande Arménie, après la mort de son roi Artaxias, je pouvais en faire une province; j'ai préféré, suivant l'exemple de nos ancêtres, transférer ce royaume à Tigrane, fils d'Artavardès, petit-fils du roi Tigrane,
et j'ai chargé de ce soinTib. Néro, qui n'était encore que mon beaufiis. Quand ensuite cette même nation s'agita et se révolta, elle fut domptée par mon fils Caius et remise, par mon ordre, aux mains du roi Ariobarzane, fils du roi des Mèdes Artabaze, et, après sa mort, à son fils Artavasdès. Ce dernier ayant été tué, j'ai envoyé dans ce royaume Tigrane, issu du sang des rois arméniens. Toutes les provinces situées au delà de la mer Adriatique du côté de l'Orient, ainsi que la Cyrénaïque, avaient été en grande partie abandonnées à des rois étrangers; je les ai reprises, comme j'avais fait auparavant la Sicile et la Sardaigne, qu'une guerre servile avait détachées de l'empire.
J'ai établi en Afrique, en Sicile, en Macédoine, dans les deux Espagnes, en Achaïe, en Asie, en Syrie, dans la Gaule Narbonaise, en Pisidie, des colonies militaires. Quant à l'Italie, elle possède vingthuit colonies de même nature fondées par moi, et qui, de mon vivant, ont été très-peuplées et très-florissantes.
Un grand nombre d'enseignes romaines perdues par d'autres généraux, je les ai reprises sur les Espagnols, les Gaulois et les Dalmates, après avoir vaincu les ennemis qui s'en étaient emparés. J'ai forcé les Parthes à rendre les dépouilles et les drapeaux de trois armées romaines, et à demander, en suppliants, l'amilié du peuple romain. Toutes ces enseignes, je les ai déposées dans le temple de Mars vengeur.
Les nations pannoniennes, chez lesquelles, avant mon principat, aucune armée romaine n'avait pénétré, ont été vaincues par Tib. Néron, qui était alors mon beau-fîls et mon légat; je les ai soumises à l'empire romain, et j'ai reculé les bornes de la province d'IUyrie jusqu'au Danube. Une armée de Daces, qui avait franchi cette limite, a été, sous mes auspices, battue et taillée en pièces ; plus tard mon armée, conduite au delà de ce fleuve, a contraint les peuples de la Dacie à se soumettre aux ordres du peuple romain.
Des ambassades m'ont été souvent envoyées de l'Inde par les rois de ce pays: jamais jusqu'alors on n'en avait vu auprès d'aucun
chef des Romains. Par la voix de leurs députés, les Bastarnes, les Scythes et les rois des Sarmates qui habitent en deçà du Tanaïs, comme de ceux qui habitent au delà, les rois des Albanes, des Hibères et des Mèdes, m'ont demandé l'amitié du peuple romain.
Sont venus se réfugier auprès de moi, en suppliants, les rois des Parthes, Tiridate, et ensuite Phraate, fils du roi Phraate, le roi des Mèdes Artavasdès, le roi des Albanes, Artaxatrès; les rois des Bretons Dumnobellaunus etTim .., des Sugambres, Maelo, des Marcomans et des Suèves, plusieurs autres chefs. Le roi des Parthes, Phraate, fils d'Orodès, a envoyé près de moi, en Italie, tous ses fils et petits-fils, non pas à la suite d'une défaite, mais afin d'obtenir notre amitié au moyen de ces gages pris dans sa propre famille. Sous mon principat, beaucoup d'autres nations qui n'avaient jamais eu avec le peuple romain aucune relation diplomatique, aucun commerce d'amitié, ont fait l'épreuve de notre loyauté.
C'est à moi que se sont adressés les Parthes et les Mèdes, par la bouche des principaux personnages de leur nation, envoyés vers moi comme ambassadeurs, afin d'obtenir pour rois, les Parthes Vononès, fils du roi Phraate, petit-fils du roi Orodès, et les Mèdes Ariobarzane, fils du roi Artavasdès, petit-fils du roi Ariobarzane, et ils les ont reçus de mes mains.
Ayant mis fin aux guerres civiles, pendant lesquelles du consentement général j'avais réuni entre mes mains tous les pouvoirs, j'ai, dans mon sixième et mon septième consulat, remis au sénat et au peuple romain la direction des affaires publiques. Pour honorer cette conduite, on m'a, par un se natus- consulte, appelé Auguste ; il a été décrété que le chambranle des portes de ma demeure serait décoré de lauriers et qu'au-dessus de l'entrée serait placée une Couronne Civique, et que dans la Curia Julia serait placé un bouclier d'or, dont l'inscription attesterait qu'il m'était donné par le sénat et le peuple romain en souvenir de mon courage, de ma clémence, de ma justice et de ma piété. Depuis ce moment je l'ai emporté sur tous en considération, mais je n'ai jamais eu plus de pouvoir, dans une magistrature quelconque, que le collègue qui l'exerçait avec moi.
Pendant que je gérais mon treizième consulat, le sénat, Tordre équestre et tout le peuple romain me donnèrent le titre de Père de la Patrie et décidèrent que ce titre serait inscrit dans le vestibule de ma demeure, dans la Curie et le Forum-Auguste, sous le quadrige qui a été érigé en mon honneur, d'après un sénatus-con suite. J'étais, lorsque j'ai écrit ceci, dans ma soixante-seizième année.
Le montant des sommes qu'il a données, soit pour le trésor, soi au peuple, soit aux soldats congédiés, s'est élevé à six cents mil-' lions de deniers.
Il a bâti les temples de Mars, de Jupiter-Tonnant et de Jupiter- Férétrien, d'Apollon, du Divin-Jules, de Quirinus, de Minerve, de Junon-Reine, de Jupiter Liberté, des Lares, des Dieux Pénates, de la Jeunesse, de la Mère des Dieux, le Lupercal, le Pulvinar voisin du Cirque, la Curie avec la Chalcidique, le Forum-Auguste, la Basilique Julienne, le théâtre de Marcellus, le Bois des Césars au delà du Tibre, le portique sur le Palatin, le portique du cirque Flaminien.
Il a restauré le Capitole et quatre-vingt-deux monuments sacrés, le théâtre de Pompée, les aqueducs, la voie Flaminienne.
Les dépenses qu'il a faites pour les jeux, les combats de gladiateurs et d'athlètes, le combat naval et les chasses de bêtes fauves, il est impossible de les évaluer, non plus que les dons qu'il a fait9 aux villes et aux colonies de l'Italie, aux villes de provinces détruites par des tremblements de terre ou par les incendies, ou bien en core à ses amis et aux sénateurs dont il a complété le cens.