Profeclio Aug., Eckh., VII
mère ou, comme dit Hérodien, « la femme avare et Tenfant pusillanime * » ; certains récits le font mourir lâchement (19 mars 235).
Alexandre avait régné treize ans, mais n'en avait vécu que vingt-six ^ Il est le dernier des princes syriens. Si parmi eux Ton compte Sévère, à cause de Tinfluence exercée sur lui par Julia Domna, cette dynastie avait tenu l'empire plus de quarante années : court espace de temps qui fut marqué par de grands événements et de sanglantes tragédies, mais durant lequel acheva de disparaître ce qui restait de sang et d'esprit romains. N'étaient les jurisconsultes, qui conservaient la science romaine par excellence, on se croirait, par les mœurs et par les croyances, dans une monarchie asiatique. L'empire penche à l'Orient, et bientôt il s'y perdra.
Le respect d'Alexandre pour Abraham et Jésus, les anciennes relations de sa mère avec Origène, l'avaient rendu favorable aux juifs et aux chrétiens^ Ceux-ci jouir rent sous son règne d'une paix profonde et d'une sorte d'existence légale. Dans une contestation que l'Église de Rome eut avec des cabareliers au sujet d'un terrain public, il prononça en faveur des chrétiens : « Mieux vaut, dit-il, que cet endroit devienne un lieu de prières qu'un lieu de débauches* ». La manière dont l'Église procédait à ses élections sacerdotales l'avait frappé, et il songea
1. Julien, dans les Césars j répète ce jugement. •— 2. Ou vingt-neuf ans
et quelques mois, suivant Lampride. Voyez p. 223, n. 3, et p. 235, n. 1. Il y
a des doutes sur la date précise de sa mort. Eckhel (VH, 282) penche
pour le commencement de juillet. Au règne d'Alexandre se rapporte une
inscription des frères Arvales relatant un curieux sacrifice expiatoire,
parce que la foudre avait brisé quelques arbres du bois sacré do la déesse
Dia. Entre autres victimes immolées ante Caesareurn genio d. n. Severi
Alexandri Aug.^ se trouvait un taurus auratus; item divis num. XX
ververices XX. Ces divi sont, d'après une autre inscription de l'année 183 :
Auguste, Julie (Livie), Claude, Poppée, Vespasien, Titus, Nerva, Trajan,
Plotine, Hadrien, Sabine, Antonin, Faustine l'aînée, L. Verus, Marc-Aurèle,
Faustine la jeune, et, depuis Commode, Commode lui-môme, Pertinax,
Sévère et Caracalla. (Orelli, 961, d'après Marini, Alti de' fratelli Avvali^
lav. 43, p. 167.) — 3. I^mpr., Alex., 22. — 4. Ibid., 49. C'était le mol
même de l'Évangile : domus mea^ domus orationis,
un moment à Fimiter pour les fonctions d'État K De cette pensée il ne resta, comme on Ta vu', que rinvitatîon faite au peuple de dénoncer les fautes des candidats proposés pour les emplois. Lampride prétend qu'Alexandre voulait bâtir un temple au Christ, le mettre au rang des dieux, et que les prêtres l'en détournèrent en déclarant, sur la foi des livres sacrés, que, s'il exécutait ce projet, les autres temples seraient abandonnés*. Cela pouvait être dit à Constantin, mais n'a pu l'être au fils de Mammée : les chrétiens n'étant pas alors assez nombreux pour inspirer cette crainte. Toutefois ils profitèrent de la tolérance d'Alexandre pour bâtir leurs premières églises, qui sont, peu de temps après, mentionnées par Origène*.
De Mammée on a fait aussi une chrétienne ; singulière chrétienne que cette impératrice appelée sur ses médailles la Junon bienfaisante, à qui le sénat décerna l'apothéose, et pour qui l'on institua une fête que les païens célébraient encore au quatrième siècle^ ! Comme son fils, elle avait voulu connaître la foi nouvelle % et beaucoup avaient cette curiosité. Eusèbe raconte qu'un gouverneur de la province d'Arabie fit demandera l'évêque d'Alexandrie et au préfet d'Egypte de lui envoyer Origène, afin de conférer avec lui sur la nouvelle doctrine ^
Le règne de ce jeune et malheureux prince, à qui, malgré sa faiblesse, nous devons accorder une estime particulière, fut donc le moment où le passé et l'avenir, les deux grandes forces sociales, auraient pu se rapprocher sans se confondre et vivre en paix jusqu'à ce que la transforniation s'opérât*. Une conciliation de fait n'était pas impossible entre l'empire devenu dédaigneux de ses vieilles divinités et un christianisme qui eût été respec-
1. Lampr., Alex.^ 45. — 2. Voy. p. 243. — 3. Lampr., ibid*, 42. — 4. M Matth. hom.j XXVIIÏ, Origène dit qu'elles furent brûlées, probablement durant le règne de Maximin. — 5. Lampr., ibid.j 26. Toutes ses médaiUes sont païennes. — 6. Eus., Hist. eccL, VI, 21. — 7. Id., Hist. eccl., VI, 19. — 8. Zonare (XH, 16) prétend qu'il y avait beaucoup de chrétiens à la cour d'Alexandre...* noXXot xttTà Tov 'ÂX. olxov Y]9av Tàv XpiaTèv lireYVttxércc Oeovi
tueux de l'ordre établi. L'un acceptant, comme règle de gouvernement, la tolérance religieuse ; l'autre, satisfait de la liberté qui lui était laissée, continuant à gagner paisiblement les âmes, mais ne gagnant pas violemment le pouvoir, faisant la conquête du monde à titre de vérité morale et non pas en parti victorieux qui s'établit de force dans les positions d'où il précipite ses adversaires. Malheureusement les révolutions de ce monde ne s'accomplissent pas avec cette sagesse! L'esprit de Tertullien a remplacé dans l'Église celui de saint Clément, et dans l'État les violents vont aussi succéder aux pacifiques. Des deux côtés, on emploiera la force : Dioclétien au nom des dieux; Constantin au nom. du Christ, et l'empire chancellera sur sa base.