DÉCADENCE OE LA CIVILISATION NATIONALE DANS
PRINCIPAUTÉS AU XVIII* SIÈCLE. — Malgré ces preuves éclatantes d'une nouvelle conscience nationale, ce n'était ni le prince, ni les boîars qui pouvaient continuer et développer la civilisation roumaine, alors en pleine décadence dans les deux Principautés. Le premier, toujours en mal d'argent et toujours menacé par des intrigues, n'avait ni les moyens, ni le loisir nécessaire pour élever des monastères ou des palais d'un nouveau style, dans lequel seraient entrés des éléments empruntés aux courants d'art de l'Occident; on n'eut que deux seules fondations princières de quelque importance: Pantelimon, près de Bucarest, et Frumoasa* au bas de la colline de Cetatuia, à Jassy, toutes deux dues à la piété libérale de Grégoire Ghica II. Si Nicolas Maurocordato confia la mission d'écrire la chronique de son règne à Nicolas Costin, fils de Miron, puis au secrétaire Axintie, s'il fit rédiger une chroni(|ue valaque correspondante par le Vomie Radu Popcscu, déjà auteur de Mémoires personnels, s'il ordonna de rassembler en uu corps de récits toute la tradition historique de ces pays, dont il avait appris la langue pour mieux connaître — ainsi qu'il le déclare luimême — leur passé, ce prince, qui écri\it des traités de morale en grec, ne put pas donner une impulsion durable à ce genre, qui devait se perdre bientôt dans l'aridité croissante d'une vie politique nulle, dont les
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passions avaient disparu. Nicolas Costin, qui essaya aussi de donner un large exposé des temps anciens de sa race, n'était qu'un pédant lourd et incapable de faire une uruvre originale avec les connaissances que lui avaient infiltrées les Jésuites polonais de Jassy. Quant à ses continuateurs, membres de la classe des boiars. on ne reconnaîtrait guère dans leur maigre exposition historique cet esprit de progrès politiii nous venons de constater.
La jue se mourait, et aucun autre genre de
littérature nationale ne venait la remplacer. II y eut bi ' '"nx de tr;i ' : ' -nprimées dans les
[\ , lopales . laines; elles pros-
Ix'raK-nt. mais ne concernaient que la théologie et ('taiont destinées surtout à la lecture des moines, et nit'ino des membres du clergé séculier, encore très peu cultive. Toute une école de traducteurs se forma dans le grand couvent de Neamt, sous l'influence d'un étranger, d'un Russe, revenu du Mont Athos, Païsius. Mais on ne trouve que rarement, dans quelques préfaces lourdes, confuses et naïves, l'expression des idées qui devaient renouveler la société roumaine. Un noble, qui connaissait, non seulement les langues orientales, mais aussi le français, l'italien, auquel U emprunta des néologismes qu'il mêle aux néologismes tiirrs, .Jean (Jenachita) Vacarescu, auteur d' "' s-
loirc des empereurs ottomans imitée de it,
s'avisa d'écrire une Grammaire de la langue roumaine el donna «Irs viTs. moins jMUir faire on •'•tique qui- pour monliti 1 api»inatinii des rèf; la prosodie. Mais pour rendre la vie à TAme roumaine, il eùl fallu des écrits animés d'une inspiration nouvelle.
On ne pouvait même pas penser à une littérature I). — 'a classe moyenne étant composée en
^. d'étrangers, surtout de nouveaux arri-
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vants. Grecs. Serbes, Bulgares, envoyés par rOrient. Ces artisans, ces marchands enrichis ont Inscrit leurs
lis «leulrmcnt sur ' ' ' ' ! ' i s égll-
l>;'klies par eux. ' ^ boïars
sortis de ce milieu chantaient dans des vers prosaïques l'épopée, plulAt bu ' ' -, du ■• Grand conquérant » Maurogéni ou <i< iil, comme l'Anonyme qui signe « Le Roumain zélé » (Zilot Homànul), les mulheurs du temps.
Quant aux paysans, on venait à peine de leur rendre cette liberté que leur refusaient certains de leurs propriétaires, les confondant avec les troupeaux de leurs Tziganes esclaves. En 1746. on promit, en Valachie. la liberté aux serfs fugitifs qui auraient regagné leurs foyers: ils ne devraient désormais que la dtme et six jours de travail par an. Bientôt, un acte solennel arraché par le même prince Constantin Mai; ito
aux boïars reconnaissait que ces paysans a.... ... cté
<• asservis par une mauvaise coutume » ; en payant dix piastres ils pouvaient se racheter. Enfin une troisième mesure, prise par le jeune Maurocordato en .Moldavie décréta que la terre appartenait de fait aux paysans qui en ont hérité, tout en rc int que la défense
de quitter la glèbe faisait pa:.^ i droit usuel. Il fut désormais interdit d'employer, pour les désigner, un autre terme que celui de villageois; des r nts
fixèrent à vingt -t|ualre et même à douze jou , an la ({uotité du travail dû par ce villageois, astreint à la (lînie, dont rî " ' " "de
li'gumes et II . , . ^oa-
ter que c'était une mesure fiscale, destinée à arracher au boîar son paysan pour le rattacher de nouveau directement à l'Etat.
La poésie populaire chantait bien l'héroïsme du haïdoue, du paysan en rupture de ban envers le boîar aussi bien qu'envers le fisc, qui faisait œuvre u démo-