‹ Histoire des sciences mathématiques et physiques (volume 2)Chapitre 41 sur 74 · RAYMOND LULLE · texte numérisé non relu

RAYMOND LULLE

N\- à Palina ( ilc Je Majorque) en 1235, mort à Bougie en l3l5.]

Son père, originaire de Belgique, avait aidé en 1 23 1, Jacques I", roi d'Aragon, à enlever aux Sarrazins les îles de Majorque et de Minorque, et y avait obtenu, après la victoire, des seigneuries importantes.

Raymond LuUe fut d'abord page, puis grand sénéchal du roi d'Aragon. Il se maria très jeune et fut bientôt père de trois enfants ; mais il abandonna presque aussitôt sa jeune femme et ses enfants, pour se lancer dans une vie d'aventures presque fabuleuses, à la suite d'un chagrin amoureux, déjà fort bizarre.

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Il laisse la moitié de son bien à sa femme, donne le reste aux pauvres et va vivre dans la montagne en ermite. Là il apprend les langues anciennes, et surtout l'arabe, dévore tous les livres de science qu'il peut se procurer; puis, un beau jour, descend de sa montagne pour prêcher une nouvelle philosophie et pour convertir les infidèles.

Il ne rév0 pas une nouvelle croisade à main armée, mais il veut que pape et princes se liguent pour répandre et propager l'enseignement de Tarabe et des Sciences arabes, afin de pouvoir adresser aux infidèles une foule imposante de docteurs capables de leur montrer leur erreur et de les gagner à la foi.

Il fait dans cette vue cinquante voyages à Paris, à Rome, à Londres, et,éconduit à peu près partout, il s'en va seul prêcher les infidèles et disputer avec leurs docteurs; on l'insulte, on le bat, on l'emprisonne, on le chasse; il revient à Rome ou à Paris raconter les avantages qu'il a obtenus, retourne en Afrique, se fait de nouveau condamner, s'évade, etc. Enfin il parvint à quatre-vingts ans à se faire lapider à Bougie, et encore pas tout à fait, car des marchands génois ayant reconnu son cadavre, l'emportèrent sur leur vaisseau oti il revint d'abord à lui, pour mourir, il est vrai, deux jours après, avant d'atteindre Majorque, où son tombeau existe encore et où il est regardé comme un saint.

Ses innombrables voyages le mirent deux fois en présence d'Arnauld de Villeneuve, à Montpellier d'abord, puis à Naples. II se lia avec notre chimiste, en suivit les leçons avec l'enthousiasme qu'il apportait à toutes choses et voulut devenir maître en cette Science.

« D'après l'exposé de ses aventures, on croirait impossible, dit M. Dumas, que Raymond Lulle ait pu laisser, sur la Chimie

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surtout, des ouvrages dignes de quelque attention. Comment imaginer, en effet, qu'une vie si agitée lui ait permis de méditer des idées profondes et de se livrer à des travaux importants.

« Mais tout en voyageant sans cesse, il trouvait le moyen d'écrire dans presque tous les pays sur la Chimie^ la Physique, la Médecine et la Théologie.

« Dégagez de ses ouvrages l'élément alchimique, et vous serez surpris d'y observer une méthode et des détails qui maintenant nous étonnent.

« Parmi les alchimistes, Raymond Lulle a fait école, et Ton peut dire qu'il a donné une direction utile. En effet, c'est lui qui, cherchant la pierre philosophale par la voie humide, et qui, employant la distillation comme moyen, a fixé l'attention sur les produits volatiles de la décomposition des corps. »

Sa recette pour la pierre philosophale paraît consister dans la préparation de l'acide nitrique, qu'il obtenait en distillant un mélange de nitre et de sulfate de mercure.

Cet acide dissolvait l'argent, et, additionné d'un mercure végétal (qu'on croit être de l'esprit pyro-acétique), il dissolvait l'or: il pouvait donc engendrerces métaux précieux. Nous supposons du moins que c'était l'idée de Raymond, car, naturellement, la conclusion manque, c'est-à-dire l'or.

DON PROPHIAT DOURAN.

(Né en 1245, mort en i3 12.)

Mathématicien Israélite qui a joui d'une certaine célébrité parmi ses coreligionnaires. Il enseignait les Mathématiques en Italie.

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Outre quelques ouvrages théologiques et des commentaires sur les Traités d'Aben-Ezra, il a laissé des observations astronomiques assez nombreuses, des notes sur le résumé de VAlmagesîe par AverroèSjUne dissertation sur la durée du jour astronomique et un grand nombre de traductions d'ouvrages arabes relatifs à TAstronomie.

Il serait à souhaiter que les mathématiciens israélites qui connaissent l'hébreu compulsassent les traductions laissées par les juifs du moyen âge. On y retrouverait probablement des versions d'ouvrages arabes et même italiens , aujourd'hui perdus.

IBN AL-BANNA.

(Né au Maroc en I253 ou 1257.)

Architecte, puis professeur de Mathématiques. Il avait composé sur cette Science un grand ouvrage que les biographes de su nation vantent beaucoup, mais qui ne nous est pas parvenu. Nous n'en avons qu'un abrégé qui a été analysé par M. Wœpcke et dont M. Aristide Marre a donné une traduction française dans les collections du prince Boncompagni.

Il formulait les équations à résoudre au moyen de quelques signes : la lettre appelée lam servait à indiquer l'égalité; pour noter un certain nombre de fois une puissance de l'inconnue, il faisait surmonter la formule de ce nombre de l'initiale de la puissance, comme si, pour noter 3 a*-, nous écrivions 3', enfin il indiquait une extraction de racine carrée par l'initiale du mot racine, jedhr, comme ont fait depuis les Occidentaux.

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VITELLON, VITELLIO OU VITELLO.

(Mathématicien polonais du xill* siècle. )

Il appartenait à la famille noble des Ciolek. Il a laissé un curieux traité d'Optique, publié longtemps après sa mort, sous le titre : Vitellionisperspectivœ lib?-i dece7n (Nuremberg, i5 33), qui a été réédité deux fois depuis, la première en i55i et la seconde en 1572.

Cet ouvrage est le premier parmi les modernes où il soit question de la réfraction.

Il est probable queVitellio ne connaissait ni le Traité d'Optique de Ptolémée, qui contient, pour les passages delà lumière de Tair dans Teau ou dans le verre, les tables de réfraction sous les incidences de 10 en 10 degrés; ni le Thésaurus Opticœ d'Alhasen, qui a été joint à ses dix livres dans l'édition de 1572.

Quoi qu'il en soit, les tables de Vitellio sont beaucoup plus exactes que celles de Ptolémée; elles se rapportent, du reste, aux mêmes milieux/

Quant à la* réfraction astronomique, que Ptolémée et Alhasen avaient signalée comme une cause d'erreur dans l'observation des positions des astres, Vitellio n'en parle pas.

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