‹ Histoire des sciences mathématiques et physiques (volume 3)Chapitre 32 sur 40 · WENZEL ( CHARLES-FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

WENZEL ( CHARLES-FRÉDÉRIC

(Né à Dresde en 1740, mort à Freyborg en 1793.)

Fils d'un pauvre relieur de Dresde, il quitta sa famille à l'âge de quinze ans pour aller étudier en Hollande. Il entra comme élève chez un pharmacien d'Amsterdam, où il étudia la Médecine en même temps que la Pharmacie. Il fut admis comme chirurgien dans la marine hollandaise et y resta jusqu'en 1776. Il se fixa alors momentanément à Dresde, où il exerça la Médecine, en même temps qu il/aisait des cours de Chimie. L'électeur de Saxe l'appela à sa cour en 1780^ en qualité de premier médecin, d'abord, et ensuite de directeur des mines de Freyberg.

C'est Wenzel qui a établi définitivement la loi des proportions définies, qui porte son nom à juste titre. L'ouvrage où il démontre cette loi est intitulé : Leçons sur V affinité des corjps (Dresde, 1777).

M. Marie. — Histoire des Sciences, IX. 17

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On sait que lorsqu'on mélange deux sels solubles tels que, par l'échange de leurs bases ou de leurs acides, ils puissent former deux autres sels, dont l'un soit insoluble, la réaction se fait immédiatement. Or Wenzel démontre que les éléments des deux sels primitifs se retrouvent en entier dans les deux sels qui résultent de la double décomposition. Pour expliquer le fait, il fit des expériences directes, celle-ci entre autres : i23 parties de chaux ou 222 parties de potasse saturent ou neutralisent 246 parties d'acide nitrique; mais si l'on cherche la quantité d'acide sulfurique qui sature les 123 parties de chaux, on trouve qu'elle est la même que celle qui sature les 222 parties de potasse. Inversement les quantités d'acide sulfurique et d'acide nitrique qui saturent une même quantité d'une base quelconque satureront aussi des quantités égales de toute autre base.

Nous avons dit que Geoffroy, Homberg et Bergmann avaient déjà antérieurement pressenti ces lois : Richter, professeur à Berlin, compléta la théorie de Wenzel et l'étendit considérablement. Il donna la première table d'équivalents.

« Les observations de Wenzel et de Richter, dit M. Dumas, sur la constance des rapports suivant lesquels se remplacent les bases dans leurs combinaisons avec les acides, et les acides dans leurs combinaisons avec les bases, et sur la constance des rapports suivant lesquels les métaux se substituent les uns aux autres, étaient du plus haut intérêt. On pourrait donc croire que ces résultats frappèrent immédiatement tous les chimistes; il n'en fut cependant rien, n

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DE SAUSSURE (hORACE-BÉNÉDICT).

(Né à Genève en 1740, mort dans la même ville en 1799.)

La chaire de Philosophie à rAcadémie de Genève étant devenue vacante en 1762, Saussure l'obtint^ quoiqu'il n'eût encore que vingt-deux ans. Il l'occupa avec distinction pendant vingtquatre années. Cependant, son attention se porta particulièrement sur la Physique, la Météorologie^ la Botanique et la Géologie. En 1768, Saussure vint à Paris et y suivit les cours de Jussieu. Il visita ensuite la Belgique, la Hollande et l'Angleterre. En 1772^ il partit pour l'Itahe, visita la Toscane, s'arrêta quelque temps aux mines de fer de l'île d'Elbe et se rendit ensuite à Naples, oii Hamilton monta avec lui sur le Vésuve. A Catane, la vue majestueuse de FEtna lui inspira le désir d'atteindre sa plus haute cime, dont il fixa la hauteur, au moyen du baromètre, à 3,338 mètres. Dans toutes ces courses, ainsi que dans toutes celles qu'il fit ensuite dans les Alpes, on le voyait, le marteau à la main, à la recherche de quelque observation intéressante concernant la Minéralogie ou la Botanique. Cette dernière Science, surtout, eut pour lui un attrait particulier, ce Au milieu de ses voyages dans les Alpes, dit Cuvier, sur les cimes les plus escarpées, parmi ces méditations profondes, qui embrassaient tout ce que la nature nous présente de plus imposant sur le globe, il recueillait avec soin la moindre fleur et la notait dans son livre avec complaisance. Il semblait trouver quelque douceur à la vue de ces derniers êtres vivants, dans le voisinage des immenses ruines de la nature. C'est par la Botanique qu'il a terminé ses écrits, comme elle les avait commencés. 7>

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Saussure traversa quatorze fois les Alpes par huit passages différents, et fit plus de seize autres excursions jusqu'au centre le cette chaîne, dont il poursuivait ensuite les ramifications lans toutes les directions. Mais, il n'avait pu encore gravir ce mont Blanc qu'il voyait chaque jour de sa fenêtre à Genève. Dix fois, il l'avait en quelque sorte attaqué par toutes les vallées qui y aboutissent; il en avait fait le tour, il l'avait examiné du sommet des montagnes voisines et l'avait toujours trouvé inaccessible. Enfin, il apprit, le i8 août 1787, que deux habitants de Ghamounix, en suivant le chemin le plus direct, celui que divers préjugés avaient fait éviter, venaient de s'élever la veille à cette cime qu'aucun homme n'avait encore atteinte.

Le 21 juillet 1788, Saussure opéra l'ascension de cette montagne et arriva à la cime vers le milieu de la troisième journée. Il se livra alors avec un grand sang-froid aux expériences qu'il avait projetées, bien que, à cette hauteur de 4810 mètres, la rareté de l'air lui accélérât le pouls comme dans une fièvre ardente, qu'une soif cruelle l'étreignît à la gorge et que la neige l'éblouit en répercutant la lumière. Il confirma, sur la cime du mont Blanc, ce qu'il avait déjà observé, dès 1774, en montant le premier au sommet du Gramont, que tous les sommets pyramidaux des monts voisins penchent et s'inclinent vers le mont Blanc.

Quelques jours après avoir escaladé le mont Blanc, il parvint avec son fils aîné sur le col du Géant, élevé de 3426 mètres, et y campa au milieu de la neige pendant dix-sept jours, pour y faire des observations météorologiques qu'il consigna dans ses Voyages dans les Alpes. Il parvint aussi, en 1789, sur la cime la plus élevée du mont Rose.

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Saussure se démit, en 1786, de sa chaire de Philosophie à Genève. Frappé d'une attaque de paralysie en 1794, il ne lui fut plus possible de parler en public. Il était président de la Société des Arts, de Genève, qui s'était formée dans sa maison vers 1772; membre des Académies de Naples, de Stockholm, de Lyon, de la Société médicale de Paris, etc.

Saussure a rendu de grands services à la Science, non seulement par ses travaux, mais encore par les divers instruments utiles et ingénieux qu'il améliora ou dont il fut l'inventeur, l'anémomètre, l'électromètre, l'hygromètre, etc.

« Des expériences de Saussure, on vit sortir, dit Cuvier, une science presque nouvelle et la Météorologie commença à entrevoir des principes raisonnables. )>

Il observa le premier la singulière propriété des infusoires de se multiplier par segmentation. Mais c'est surtout par ses recherches géologiques qu'il a acquis de la célébrité.

'( C'était à lui, dit Cuvier, qu'il était réservé de porter le premier un œil vraiment observateur sur ces ceintures hérissées qui entourent le globe, et où les substances qui composent le noyau de notre planète se montrent au physicien; de faire connaître avec détail la nature de ces substances, leur ordre, ou plutôt le désordre qu'y ont mis les catastrophes qui les ont ainsi entassées; de jeter enfin quelque lumière sur les événements qui ont précédé l'état actuel du monde, et sur lesquels on n'avait presque avant lui que les idées les plus vagues ou les systèmes les plus hasardés... Pour mieux saisir l'importance de ce qu'a fait Saussure en ce genre, il faut se rappeler l'état oti se trouvait la théorie de la Terre. On peut dire qu'avant lui on se doutait à peine qu'il y eût quelque constance dans la disposition mutuelle des sub-

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stances minérales, et que Ton n'avait sur les causes de leur arrangement que des hypothèses gratuites. Buffon même, dans ses premiers volumes (les seuls qui eussent paru alors), confondait encore les divers ordres de montagnes et semblait croire toutes leurs couches horizontales. Deluc, Pallas et quelques minéralogistes suédois et allemands ne faisaient que commencer des observations plus suivies et n'avaient jusque-là tiré aucun résultat général de ce qu'ils avaient vu... La connaissance des pierres ou la Lithologie était encore confuse et fausse; Saussure entreprit de lui donner de la rigueur, et il le fit avec un succès que Romé-Delille et Werner ont eu peine à surpasser. On lui doit la connaissance de plus de quinze espèces de minéraux... Il a constaté que le granit est la roche primitive par excellence, celle qui sert de base à toutes les autres ; il a démontré qu'elle s'est formée par couches, par cristallisations dans un hquide, et que si ces couches sont aujourd'hui presque toutes redressées, c'est à une révolution postérieure qu'elles doivent leur position. Il a montré que les couches des montagnes latérales sont toujours inclinées vers la chaîne centrale, vers la chaîne de granit; qu'elles lui présentent leurs escarpements comme si leurs couches se fussent brisées sur elle... Il a fait voir qu'entre les montagnes de différents ordres il y a toujours des amas de fragments, de pierres roulées, et tous les indices de mouvements violents. Enfin, il a développé Tordre admirable qui entretient et renouvelle dans les glaces des hautes montagnes les réservoirs nécessaires à la production des grands fleuves. S'il eût donné un peu plus d'attention aux pétrifications et à leurs gisements, on peut dire qu'on lui devrait presque toutes les bases qu'a obtenues jusqu'ici la Géologie... Il faut avoir bien du courage pour résister à

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la tentation de faire un système : de Saussure eut ce courage, et nous en ferons le dernier trait et le trait principal de son éloge. »

Voici la liste de ses ouvrages :

Dissertatio physica de igné (lySg, in-4); Recherches sur Vécorce des feuilles et des pétales (1762, in- 12); De prœcipuis errorum nostrarum causis (1762, in-4); Dissertatio physica de electricitate (1766, in-8); Exposition abrégée de l'utilité des conducteurs électriques [i^^i^ 'i^-4)*? ^^ aqua (1771^ in-8) ; Projet de réforme pour le collège de Genève (1774, in-8); Description des effets électriques observés à Naples^ dans la maison de milord Tilney (in-4); Voyages dans les Alpes ( ^779" 17965 4 '^^^' ^i^"4) figures), dont le premier volume parut en 1779, le second en 1786 et les deux derniers en 1796. C'est le plus grand et le plus important ouvrage de l'auteur. Citons encore : Eloge de Seigneux (1787, in-8) ; Eloge historique de Ch. Bonnet ( 1787, in-8); Eloge du roi de Prusse (1787, in-8); Essai sur l'hygrométrie (1783, ïn-^.)-^ Relation abrégée d'un voyage à la cime du mont Blanc (1787, in-8); Défense de l'hygromètre à cheveu (1788, in-8). Saussure a publié, en outre, dans les journaux et les mémoires des sociétés savantes dont il était membre, dans le Journal de physique, dans le Journal de Paris, le Journal des mines, la Bibliothèque britannique, etc., une foule d'écrits dont plusieurs sont des traités complets. On distingue, entre autres, ceux qui roulent sur la Constitution physique de l'Italie, sur VHistoire physique du ballon lancé à Lyon le ig janvier 1784, sur V Usage du chalumeau en minéralogie, etc.

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