LE LIVRE DES ÊTRES : ÊTRE DU POISON
rigsons des autres animaux et des fruits, par conséquent de poison. Ils ne sont pour eux-mêmes ni aliments ni poisons, mais, comme créatures, ils partagent avec nous en eux-mêmes la perfection ; ils sont du poison pour nous, en tant que nous en faisons notre nourriture ; €’est pour cela que ce qui est poison pour nous, ne l'est pas pour eux-mêmes. » (I, 1.)
Puis accordez ce qui suit comme vous pourrez :
« Sachez que le Créateur n’enlève rien aux créatures, mais qu’il laisse chacune dans sa perfection; et, quoique tel aliment, dont on est forcé de se servir, soit un poison pour lel homme, le Créateur ne doit pas en être responsable ni blâmé. » (Chap. 8.)
«Le paon dévore le serpent, le lézard et le stellion. Ces animaux sont en eux-mêmes parfaits et ne sont pas nuisibles, mais, relativement aux autres animaux, ils sont un véritable poison, si l’on excepte le paon. Cette différence tient à ce que l’alchimiste (4) du paon est tellement subtil, que l’alchimiste d’aucun autre animal ne concorde avec lui, cet alchimiste séparant avec tant de soin le poison de ce qui est bon, que le paon peut se nourrir impunément de ces animaux (2). Sous un autre point de vue, il est également vrai qu'un aliment particulier a été assigné à chaque animal pour sa conservation, et, de plus, un alchimiste spécial qui est chargé de séparer le bon du mauvais. L’alchimiste donné à l’autruche sait isoler le fer, c’est-à-dire l’excrément du fer, de ce qui convient à l’atimentation, ce que nul autre ne pourrait faire. Le feu est la nourriture de la salamandre, et un alchimiste lui a été donné pour cela. Le cochon se nourrit d’excréments, quoique ce soit du poison, et que, par cette raison, ils soient exclus du corps de l’homme par l’alchimistée de la nature. C’est cependant l’aliment du cochon, attendu que Valchimiste du cochon, étant beaucoup plus subtil que celui de l’homme, sépare dans les excréments ce que celui de l'homme n’a pu en extraire. Aussi, aucun animal ne se nourrit des excréments du cochon.» (Chap. 4.)
& Maintenant que nous avons discouru sur l’alchimiste, il me reste à vous dire que c’est Dieu seul qui l'a créé, afin qu'il sépare dans notre corps le bon de ce qui lui est contraire, lorsque, selon la disposition divine, ce corps prend de la nourriture pour soutenir sa vie. » (Chap. 5.)
Voilà beaucoup de paroles pour dire que chaque être a en lui un principe propre de conservation. Encore Paracelse gâte-t-il
(4) Cest un succédané ou un adjoint de l'Archée, c'est-à-dire un nouvel étre très-mal limité et dont la fonction se rapporte à peu près uniquement à la digestion ou à la nutrition. Il est tantôt un suppléant, .un aide, et tantôt un rival de la nature.
(2) C’est à peu près le mot de Molière: L’opium fait dormir parce qu’il a une Yéltu dormitive.
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tout cela enaccordant une intelligence à son alchimiste, intelligence qui est à chaque instant mise complétement en défaut. Pour la doctrine où l’on ne voit que les mouvements de la nature, il n°y a ni bien ni mal dans le corps, mais seulement des résultats naturels. Du moment qu’un Archée préside, il n’y a plus que contradiction entre l'inspiration directe de V'Archée ou de l’alchimiste, et les résultats de leur intervention trop souvent désastreuse; de plus il ne reste aucun moyen d’expliquer un acte physiologique quelconque.
« Toute maladie engendrée dans l’homme par l'être du poison découle d’une digestion putréfiée, lorsqu'elle devait rester tempérée (1), afin que l’alchimiste ne sentit aucune flèche du Parthe. La digestion étant interrompue, l'alchimiste n’est plus parfait dans son instrument (ne peut exercer convenablement son office). La corruption, qui est la mère de‘toutes les maladies, devra donc s’en suivre. L'eau, qui est claire et transparente, peut recevoir la coloration par tous les côtés. Le corps est comme l'eau ; la corruption est une ‘coloration, et toute couleur vient d’un poison, car elle en est le signe et la marque. » (Chap. 8.)
Dans notre auteur, la chimie et la physique ne valent pas mieux que la médecine.
« La corruption se fait de deux manières: localement et émonctorialement (emunctorialiter), de la façon suivante. Localement : si, comme nous l’avons dit, la corruption est dans la digestion, et que l’alchimiste, dans l’opération de la séparation, succombe par le vice de cette digestion, alors la pourriture, qui estun poison, se produit à la place d’un bon produit. En eflet toute pourriture est un poison pour le lieu où elle naît, et mère d'un poison certainement mortel. » (Chap. 9.) $
Pourquoi l’alchimiste laisse-t-il la digestion se vicier ? il n’est donc pas à son poste et fidèle à sa consigne ? Parce que les astres, plus malins que lui, l’affaiblissent, le rendent comme mort, et ne lui permettent plus de remplir son office !
« Ce qui se fait émonctorialement est produit de la manière suivante, par une aberration de la force expulsive : quand l’alchimiste expulse chaque
(4)-Ce mot est charmant ! Pourquoi donc n'est-elle pas restée tempérée, ef pour: quoi le fameux alchimiste et l’Archée se voient-ils réduits à l'impuissance? L’aniinisme, même le vitalisme, sous certaines formes, donnent lieu aux mêmes réflexions que l’archéisme.
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poison par l'émonctoire qui lui est propre, le soufre blanc par les narines, Varsenic par les oreilles, l’excrément par l’anus, et les autres poisons de même par leur émonctoire ; si, dis-je, un de ces poisons, soit par la fai. blesse de la nature, soit qu'il trouve un obstacle en lui-même ou dans d’autres choses, n’est pas expulsé, il produit toutes les maladies qui sont sous sa dépendance. » (Chap. 9.)
« Parlons maïntenant des diverses espèces de poisons. Tout ce qui transsude substantiellement par les pores de la peau est une dissolution de mercure; un soufre blanc sort par les narines; un arsenic par les oreilles; un soufre dissous dans une eau, par les yeux; un soufre dissous, par la bouche; un sel dissous, par la vessie ; un soufre putréfié, par l'anus. Et, quoiqu'il vous importe de savoir la forme et l’apparence de chacun de ces poisons, ce n’est pas ici le lieu de vous en instruire; maïs vous trouverez dans le livre Sur la construction humaine (1) les fondements de la philosophie qu'il est nécessaire à un médecin de connaître; vous y trouverez aussi les remèdes convenables dans plusieurs cas, et beaucoup de détails sur les putréfactions. Vous apprendrez aussi comment le poison se cache dans ce qui est bon (les aliments). » (Chap. 12.)
Ici quelques réflexions à peu près justes sur l’indépendance primordiale de chaque créature :
« Le bœuf a été créé avec la forme que nous lui voyons, pour lui d’abord essentiellement, puis pour servir de nourriture à l’homme. Mais remarquez que le bœuf est pour l’homme un demi-poison. S'il avait été créé à cause de l’homme seulement, et non aussi à cause de lui-même, il n'aurait pas alors besoin de cornes, d'os ni de sabots, car il n’y a pas d'aliments à en tirer, et leur usage ne serait pas indispensable (2). Vous voyez donc que le bœuf a été créé sagement pour lui-même, et qu’il n'ya rien de trop en lui, ou dont il puisse se passer. » (Chap. 43.)
Bientôt les rêveries recommencent :
« Si l’homme fait servir le bœuf à sa nourriture, il mange en mème temps ce qui lui est contraire et empoisonné, mais qui ne l’est aucunement pour le bœuf (3). Ce poison doit être séparé de la nature de
(4) Ge livre est peut-être le même que le De natura rerum dont on trouvera ci-après (p. 412 et suiv.) des extraits relatifs à quelques-unes des questions que Paracelse indique ici.
(2) Sans os, le malheureux bœuf ne serait plus qu’une monstrueuse limace.
(3) C’est comme si Paracelse disait: La chair qui constitue le bœuf n’est pas un poison pour le bœuf; ou, si le bœuf mangeait sa chair, il ne serait pas empoisonné ! Il dit aussi quelque part (Defensio 3), que tout, même la nourriture, est poison ;-que rien n’est sans poison (voyez le début de l’Ens veneni, p. 398). Il n' a que la dose qui fasse que le poison ne soit pas poison.
l’homme, c’est l'office de l’alchimiste. Chaque poison est envoyé par Fal; chimiste dans ses émonctoires, et ceux-ci en sont remplis. Si, parmi les hommes, un alchimiste peut faire ce qu'exécute l’alchimiste dans le corps, celui-là est arrivé à la perfection de l’art. » (Chap. 18.)
Voilà tout le secret de la thérapeutique de Paracelse; être un
bon alchimiste, c’est-à-dire savoir isoler.et neutraliser les poisons morbides, et par conséquent conjurer toutes les maladies, puisque toutes viennent du poison.
Ji, De ente naturali (De l'étre naturel). — « L’astronomie apprend à connaître les influences, le firmament et tous les astres, les étoiles, les planètes et le-génie du ciel (1). Ceci nous conduit à dire que cette constellation, ce firmament et le reste que vous étudiez dans le ciel, se retrouvent dans l’homme. Vous appelez l’homme microcosme, et nous ne rejetterons pas cette dénomination : elle est juste, mais vous ne la comprenez pas bien; votre interprétation est obscure et pleine de ténèbres. Écoutez la nôtre: Comme le ciel, avec son firmament, ses constellations et le reste, est en lui et par lui-même, ainsi l’homme sera constellé puissamment en lui-même et pour lui-même. De même que le firmament, dans le ciel, est pour lui et n’est régi par aucune créature, ainsi le firmament qui est dans l’homme n’obéit pas à d’autres créatures, mais il est par lui-même un puissant et libre firmament ; d’où vous induirez qu'il y a deux espèces de créatures: d'un côté le ciel et la terre, de lautre l'homme. » (IL, 1.)
. Il y a ici ou une énigme ou une contradiction : l'indépendance des deux firmaments, celui du macrocosme ou du monde et celui du microcosme ou de homme, n’est pas absolue dans la pensée de Paracelse, du moins en rapprochant de celui-ci tous les autres passages où il est question des astres. Cette indépendance est admise. par l’auteur pour l'astrologie judiciaire, mais non pour l'astrologie médicale; les astres ne président ni à la formation ni aux qualités de l’homme, mais ils sont en correspondance incessante et irrésistible quant à la production des maladies et même à la manifestation de leurs symptômes ou au succès de leur traitement. S Ailleurs (2) il dit qu’on ne doit pas plus s'occuper des sym-
(4) «On ne peut pas être bon médecin si Von n’a pas appris l'astronomie. » (EM, 2.) : (2) Chir. magna, pars I, tract. 1, cap. 8; Liber respons., defensio 2 ; — Chi. magna, pars LL; lib. VIL du traité De uceribus (De fist.).