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DES

SOMMAIRE. — Considérations générales sur le xvst siècle, — Comparaison des idées anciennes et des idées modernes sur la marche du sang. — Précurseurs de Harvey (Érasistrate , Galien, Vésale, Fabrice d’Acquapendente, Servet, Colombo, Césalpin, etc.). — Découverte de la circulation du sang, — Exposition de cette découverte d’après l'ouvrage de Harvey.— Attaques dirigées contre la circulation (Primerose, Aem. Parisanus, C. Hoffmann, C. Folius, J. Riolan, Guy-Patin, Joannes à Turre, Magnassius, Homobonus Piso, etc.) — Prompt et éclatant triomphe de Harvey.

MESSIEURS

Nous venons d'achever l'étude des sept premières périodes de l’histoire de la médecine ; nous entrons aujourd’hui dans la huitième et dernière, celle où s’accomplissent les destinées de notre science. Avant d'aborder les détails recueillons-nous un instant, et retraçons à grands traits les caractères du xvn° siècle qui

- inaugure si brillamment cette période.

Si l’on jette un coup d'œil sur la littérature médicale du

xvi1° siècle, on trouve qu’elle peut être partagée en trois gran-

des séries parallèles : les ouvrages où la tradition domine, les DAREMBERG, IT. = 37

écrits émanant des novateurs (Van Helmont, Sylvius de le Boe et la chimiatrie, dont nous avons déjà parlé ; Borelli et Piatromécanisme) ou inspirés par eux; enfin, la multitude des recueils d'Observations qui succèdent aux Consilia, et où la narration des faits laisse moins de place à l'intervention des théories. Le temps des Sommes est passé ; les monographies et les Disputationes sur les sujets les plus divers abondent, particulièrement sur les maladies épidémiques ; les ouvrages en langue vulgaire se multiplient; le latin a perdu une partie de ses droits, parce que l'Église et la scholastique ont perdu une partie de leur empire ; les nationalités se distinguent et s’isolent ; il n’y a plus un seul centre et un seul code. Au xvr siècle nous avions remarqué la littérature épistolaire ; mais, au XVI, les Lettres sont un : peu mises de côté par les communications publiques faites aux }, 1 académies, au sociétés savantes, aux journaux. — Les commen- ! taires sur Hippocrate sont encore assez fréquents, tandis qu’on : trouve Galien trop prolixe pour l’allonger encore par des gloses ; à quant aux ouvrages des Arabes, ils restent le texte favori de quel- ». 3 ques professeurs, particulièrement en Italie (1); mais on n'im- | prime guère ces leçons. — Enfin, on a les Thèses du doctorat, et } tous les pamphlets des écoles ou des divers ordres de praticiens | en lutte les uns contre les autres (2).

Le xvir siècle est le nœud de l’histoire de la médecine ; la con-. sommation des temps anciens va s’accomplir, l'ère nouvelle est à son aurore. De tous côtés, en matière de science, l'observation de la nature tend à se substituer au principe d'autorité ; la méthode expérimentale gagne chaque jour du terrain sur la méthode h logique, ou dialectique, on à priori ; déjà, depuis plus d’un demi- Lo siècle, on méprise les Arabes ; c'est par exception que l'on croit im encore aveuglément aux Grecs. L'œuvre de destruction mar-

le (1) Voyez l'ouvrage de M. Renan, Averrhoes et l'uverrhoïsme. Paris, 4852. ; (2) Je n’ai traité qu’en passant de ce dernier point de l'histoire extrinsèque de la! 3 médecine, parce que je sais que M. Chéreau, qui passe une partie de sa vie aux Archives et dans nos bibliothèques, prépare un volume Sur l’histoire de la méde-\ À cine à Paris, où ces disputes seront longuement exposées. Sans trop sortir de son \

cadre, M. Ghéreau se permettra, sans doute, quelques excursions en province; de sorte que le sujet sera définitivement épuisé.

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che à pas précipités ; l'œuvre de reconstitution commence; elle commence par la physiologie, elle se poursuit par l’anatomie. Mais autant le mouvement est vif et dégagé pour la physiologie et pour l'anatomie, autant il est lent et entravé pour la patholo- … cie. Cherchons ensemble les motifs de cette dissemblance si profonde et si remarquable ; ils sont multiples et de diverse nature, La découverte de la circulation du sang renverse, il est vrai, du

moins en principe, la médecine ancienne ; mais elle ne suffit pas encore à créer une médecine nouvelle, quoique Harvey lui-même Wait pas négligé d'indiquer les relations de sa découverte avec “une réforme de la pathologie, et que ses partisans les aient égalementi entrevues. On ne pouvait désormais, cela est incontestable, faireaucun progrès sérieux en pathologie et en thérapeutique t générales sans cette découvertes mais il ne s’ensuit pas rigoureu- À sement qu'on se trouvât immédiatement en mesure d’en tirer À toutes les conséquences qu’elle comporte. Il ÿ a même deux raisons, peuis -être trois, pour qu’il n’en füt pas ainsi : la première ‘est qu'après l’année 1628, et pendant un temps malheureusement assez long, tous les efforts des médecins furent consacrés, les uns, à attaquer, par les auiTes, à défendre l'invention P'Harvey; la seconde raison, c’est qu’un siècle a toujours à solder l'héritage d’un autre siècle; or, tandis que, pour l’anatomie, le xvn° siècle relève de l’école positive des Vésale, des Fallope, “des Fabrice et de tant d'autres, le xvir siècle médical est le fils ês-légitime du xvr° , qui était le siècle de l'alchimie, ou, si l’on bréfère, de la chimie, mot moins compromis, mais alors non moins mpromeltant. Les doctrines chimiques sont, de toutes façons, op séduisantes, et en même temps trop prêtes à tout explir pour qu’elles ne se soient pas très-fortement emparées es esprits. Les folles idées de Paracelse, rendues, pour ainsi arler, plus saines par Van Helmont et par Sylvius de le Boe, aient toutes les issues de la médecine avant que la circulation pu porter ses fruits. D'un autre côté, les attaques violentes de Paracelse, les discussions plus calmes et vraiment scientifiques de Vésale et d’autres contre la médecine hippocraiico-ganique laissent debout et furieuse une meute de médecins décidés à accepter tout plutôt qu'une nouveauté. Il est peu glorieux

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pour nous d’être obligés d’ajouter que cette meute hurlait principalement dans nos écoles françaises.

Au moment où parurent les Exercitationes de motu cordis et sanquinis cireulatione, Îe domaine de la pathologie se trouvait donc partagé entre les progressistes, je veux dire les chimiatres, qui, ayant rompu avec Galien, acceptaient la circulation, mais sans en user convenablement, et les réactionnaires, qui ne voulaient pas plus de la chimie que de la cireulation, parce que ni la chimie ni la circulation ne se trouvaient dans Galien. Quelle que soit la fausseté des théories des novateurs, il n’en est pas moins vrai que ces novateurs ont la prétention de prendre Ver périence pour base de leurs théories. Van Helmont et Sylvius se croient des observateurs, autant que Sydenham pouvait le penser de lui-même. En tout cas, Ces thébries sont, en bien des points, tellement différentes des théories anciennes, qu’elles ont contribué, non pas autant peut-être que la circulation, à édifier la nouvelle médecine, mais autant que cette découverte à creuser l’abîme où s’est effondré le valénisme.

La dernière raison qu’il faille probablement ajouter aux précédentes, c’est que la doctrine de la circulation devait, pour exercer une influence décisive, être fortifiée et complétée par la + découverte du cours du chyle et de la lymphe, par les recherches sur la structure intime des glandes, par la poursuite et la mise en évidence sous le microscope ou par les injections des ramuscules vasculaires et des moyens de connexion des deux ordres de vaisseaux, finalement par une meilleure théorie de la respiration.

LL est bien avéré que, si l’on ne peut rien sans la bonne physiologie, la-bonne physiologie à son tour ne peut rien contre des idées préconçues et qu’on ne veut pas vérifier. Jl faut qu’un autre élément intervienne et lui prête secours; Ce nouvel élément, c’est la clinique désintéressée, qui fait évanouir les systèmes et laisse le champ libre aux déductions qu’on peut légitimement tirer de la physiologie; mais il n'y à eu au xvil° siècle qu’un grand clinicien (4), Sydenham (2). A lui seulilne pouvait

(4) Baglivi, le disciple et l'émule de Sydenham, son rival, Morton, appartiennent à peine au xvn® siècle par la date de leurs ouvrages.

(2) Je sais tout ce que renferment de précieux les Recueils d'observations (ana

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mirarrèter le torrent des hypothèses {il s’y laisse même parfois entrainer), ni mettre à profit la nouvelle physiologie pour une nouvelle pathologie. D'ailleurs Sydenham était heureusement loppeu instruit dans des théories contemporaines; il avait en même temps trop de bon sens pour se livrer sans frein aux aventunes Quand il s’égare, c’est plutôt avec les anciens, surtout avec Hippocrate, qu'avec les modernes.

Ebuvoyez, Messieurs, combien la vérité est lente à se faire jours les premières conséquences qu’on a tirées de la circulationmetde la connaissance des vaisseaux lymphatiques ont été déplorables et désastreuses. Rien de plus faux, au xvir° siècle, queles.explications physiologiques et pathologiques tirées par Wharton ou Glisson, par Sténon et par bien d’autres, du mouvement de Ja lÿmphe et des prétendus esprits animaux; rien aussi de-plus fatal à la pratique que l'erreur de lieu de Bocrhaave, fondée sur la circulation capillaire. De même nous verrons l’anatomie de texture des muscles et du système fibreux, ainsi que les recherches sur les nerfs et les centres nerveux, enfanier, en dehors.de la méthode expérimentale et avant de fournir la notion

des forces inhérentes à la matière organisée, les plus étranges théories (surtout les théories solidistes par réaction contre les théories humorales) avant de produire leurs effets légitimes.

Si le solidisme donne la clef des mouvements vilaux, c’est surtout Phumorisme, c'est-à-dire la circulation du sang et ses dépendances, qui explique les actes intimes de la vie plastique à Métatssain ou à l’état pathologique, et sinon l’action ultime, au Mons es actions intermédiaires des médicaments. Mais ce sont léédes conceptions trop élevées et des opérations trop délicates pourqueles premiers anatomistes ou les premiers physiologistes enaienteu pleine conscience et les aient imposées aux médecinsLevice des théories du xvrr° siècle (le xvin° n’échappe pas nonplus à ce reproche), c’est d’être successivement ou simultané-

logues/ mais supérieurs aux Cozsitin du moyen âge et de la Renaissance), publiésaumxvi siècle, je fais même connaître plus Join les plus importants; mais dans ces faits, rassemblés un peu au hasard, et dont beaucoup frappent surtout par leurrareté où leur singularité, il n’y a pas de lien, et l’on n’y surprend pas un souffle puissant et fécondant.

ment, mais exclusivement, chimiques, vitalistes, physiques, mécaniques, jamais biologiques, et toujours extra-expérimentales.

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