ARRIVÉE DES PREMIERS MÉDECINS GRECS
pas des sauvages, et il est difficile d'admettre qu’il n°y ait pas eu de vrais médecins, attirés des pays étrangers, ou formés sur le sol italien ; les écoles médicales de la grande Grèce étaient aux portes de Rome; il semble même, par les propres témoignages de Pline, que tout ce qu’il dit de la médecine se rapporte encore plus aux étrangers qu'aux indigènes.
Je ne puis cependant discuter historiquement avec Pline que de quelques années. Antérieurement à l'an 535 de Rome (219 av. J. C.), je ne trouve nulle mention, ni d’un médecin romain, ni d’un médecin grec ayant exercé réguliérement à Rome. Denys d’Halicarnasse dit, il est vrai, à propos d’une peste qui ravagea Rome en 301, que les médecins ne suffisaient pas au nombre des malades; mais il y a peut-être dans cette mention plus de rhétorique que de vérité. Cassius Hémina, « auteur des plus anciens», et dont le témoignage est par conséquent d’un grand poids, rapporte, au dire de Pline lui-même « que le premier médecin qui s'établit à Rome fut Archagathus du Péloponèse, fils de Lysanias, en l’an 535. On lui accorda le droit de cité, et on lui acheta des deniers publics une boutique dans le carrefour Acilien. Ii fut appelé vu/nerarius (médecin des plaies), à cause de sa spécialité. Sa venue fut d’abord merveilleusement agréable, puis sa cruauté à couper et à brûler lui fit donner le nom de bourreau (carnifezx), et dégoûta de la médecine aussi bien que des médecins. »
La proscription ne peut avoir été ni aussi rigoureuse ni aussi radicale que Pline le veut bien dire. Cet exil dont les médecins auraient été frappés longtemps encore après Caton, au rapport du même auteur, me paraît fort problématique. Rome fut vaincue par la Grèce qu'elle venait de subjuguer; elle dut, malgré elle.et maleré Caton, recevoir les sciences, les lettres et les arts, € ces dons corrupteurs ».
Les médecins furent certainement des premiers à envahir et à Occuper de vive force une ville riche, populeuse et déjà livrée au luxe, à la débauche, à tous ces vices enfin que P. Syrus a appelés les nourriciers de la médecine.
Dés le temps de Sylla, c’est-à-dire avant l’époque fixée par Pline, nous voyons que la médecine grecque à pris définitive-
ment possession de Rome ; on se crut même obligé d’en régler DAREMBERG. 12
l'exercice et de porter une loi sévère contre la négligence où l'impéritie des médecins, dont plusieurs commençaient à déshonorer la profession et à compromettre gravement la vie des malades. À peu près à la même époque, comme l'a remarqué Daniel Le Clerc, Asclépiade pratiquait à Rome; il préféra le séjour de cette ville aux offres brillantes de Mithridate, se lia d’amitié avec l’orateur Crassus, devint le médecin, le familier de Cicéron, qui nomme aussi plusieurs autres médecins. Asclépiade tint si bien un serment passablement téméraire, qu'il ne fut jamais malade ei qu’il mourut d’une chute dans un âge fort avancé. Nous savons encore par Suétone et par Plutarque que César avait un médecin (esclave ou de condition libre, peu importe) qui l'accompagnait dans ses expéditions; même pour attirer et fixer à Rome les médecins et tous ceux qui enseignaient les arts libéraux, le dictateur leur donna le droit de cité. Gette mesure prouve que depuis longtemps on était en commerce régulier avec la médecine et avec les médecins. S'il est vrai qu’Archagathus fut le premier médecin grec qui vint tenter la fortune à Rome, il paraît également certain que la brèche qu’il avait ouverte, ne se referma plus derrière lui; et dès cette époque Pline aurait déjà pu dire : « Nous n'avons que ce que nous méritons. Personne ne veut plus savoir ce qui est nécessaire à son propre salut. Nous nous promenons par les jambes d’autrui…, nous ne vivons que par autrui. Les biens précieux de la nature et les instruments de la vie sont perdus pour nous; nous ne gardons comme à nous que nos délices. Nous périssons sous la multitxde des médecins. » Quoi qu'il en soit, les médecins, une fois établis à Rome, ne quittèrent plus la place, qui devint bientôt des plus lucratives; ils payërent du reste leur dette de reconnaissance à la ville éternelle, par la juste renommée dont plusieurs d’entre eux furent entourés.
Une circonstance particulière ne contribua pas peu, dans celte seconde migration de la médecine, à lui donner une vigoureuse impulsion : je veux parler de la naissance du méthodisme, qui suscita des luttes violentes et tint les esprits en éveil. J'ai beaucoup insisté sur le caractère et sur l’histoire de cette secte, non
que je la croie, pour le temps où elle s’est produite, préférable à celle d’ Hippocrate ou de Galien, mais pour plusieurs autres raisons que je rappelle brièvement : les origines du méthodisme sont assez mal connues: on n’a pas donné une exposition complète et raisonnée de cette doctrine; — non-seulement le temps a épargné quelques-uns des ouvrages rédigés par le plus savant et le plus sensé des médeeins méthodiques, Soranus, mais les manuscrits grecs ou latins nous ont conservé de précieux débris anonymes de la littérature méthodique; — dans les ouvrages de Soranus, nous rencontrons des renseignements historiques de grande valeur et des esquisses de maladies d’une vérité saisissante; — la traduction, par Cælius Aurelianus, du traité Des maladies aiquës et de celui Des maladies chroniques, corrigée, restaurée, confrontée avec tout ce qui reste du méthodisme, s’est, j’ose le dire, transformée dans nos entretiens ; — grâce à des recherches d’un ordre différent, le traité Des maladies des femmes a repris, en grande partie, sa physionomie primitive, qu'il avait perdue sous la main des copistes et des compilateurs (1) ; — un opuscule nouveau (2) est venu grossir encore le bagage littéraire du même Soranus ; — enfin, les écrits des méthodiques ont beaucoup servi,
par l'intermédiaire des traductions latines, à l'éducation médicale de la premiére période du moyen âge, de sorte que l'influence du méthodisme s'est fait sentir plus longtemps que ne le soupçon-
(1) En 1844, j'ai trouvé à Bruxelles, et depuis à Florence et à Oxford, une traduction abrégée du texte de Soranus Sur les maladies des femmes. La seule inspection de cette traduction me prouva bien vite que le traité de Soranus, publié par Dietz pour la première fois en 1838, ne pouvait pas représenter le texte original; puis, en comparant ce traité avec le XVIS livre d’Aétius sur le même sujet, je n’eus- pas de peine à reconnaître d’abord (la préface le démontre du reste) que lordre primitif de Soranus avait été changé, en second lieu que son texte avait été, danse dessein de donner un ouvrage complet sur les maladies des femmes, interpolé à L'aide de ce XVI livre d’Aétius : il a été plus long que difficile de démêler le texte au milieu de ces interpolations, la plupart manifestes, De son côté, en 4864, mon ami M. Ermerins, professeur à l’université de Groningue, arrivait par uue autre voie à des résultats à peu près identiques.
(2) Abrégé du traité Des médicaments que j'ai découvert en traduction latine dans un très-vieux manuscrit de Bamberg. De plus j'ai recueilli et imprimé tous les fragments déjà connus ou inédits de l’ouvrage de Soranus intitulé : Étymologies du nom des parties du corps humain.
nent les historiens. J'ai mis sous vos yeux les preuves de toutes ces assertions, et vous avez pu juger par vous-mêmes si mes découvertes à cet égard sont des illusions de mon esprit ou des témoignages authentiques fournis par les textes imprimés et manuscrits. De même qu'Hérophile, par son aversion pour les explications et son goût pour les médicaments, avait préparé les voies à l’empirisme, de même Asclépiade, qui se rattache indirectement à Érasistrate (2), par la théorie de l’enclavement (2), semble avoir mis Thémison, son disciple, sur la voie du méthodisme par cette même théorie et par quelques-unes de ses médications alérantes et perturbatrices (3) que les méthodiques ont cependant appliquées plutôt aux affections chroniques qu'aux maladies aiguës.
(4) Voyez plus haut, page 153, sur l'erreur de lieu d'Érasistrate.
(2) La stase de quelque corpuscule que ce soit, où qu'elle se fasse, et de quelque facon qu’elle se manifeste dans les parties, trouble tout le corps et produit des maladies, la fièvre en particulier : les gros corpuscules causent la fièvre quotidienne; les petits, la tierce; les plus petits, la quarte., La diarrhée tient au concours des atomes. Les autres maladies étaient également expliquées par la stase des corpuscules ou par la disproportion des pores. Asclépiade parle aussi du trouble des liquides et de l'esprit (d'après Cælius Aurelianus), mais ce trouble n’agissait que secondairement. — Galien, en divers endroits (Méthode thér., T, 6 ; IV, 4), a marqué les différences qui séparent la doctrine d’Asclépiade, surtout en ce qui touche la thérapeutique (on sait que les méthodiques faisaient un fréquent usage des sangsues), de celle de Thémison. I1 ressort aussi du second des deux passages indiqués que Thémison avait surtout changé la théorie, et Thessalus modifié la pratique; c’est Thémison qui a inventé le diacode : c'est très-probablement Thessalns qui a imaginé ces deux cycles thérapeutiques si fameux : le résomptif, pour préparer et neltoyer le corps (et non pour le restaurer), et le métasyncritique ou récorporatif, pour reconstituer les pores (métaporopoiesis). Daniel Le Clerc a fait connaître assez exactement ces deux cycles.
(3) Iles avait surtout tirées des pratiques de la gymnastique (fictions, gestation, etc.), ou empruntées au régime, usant peu de médicaments internes, proscrivant les vomitifs et les purgatifs, se laissant en cela guider moins par les bons principes de la clinique que par réaction contre l'abus qu'on en faisait, ou pour exercer son esprit frondeur. — Cependant il n’a pas imité Érasistrate jusqu’au point de proscrire la saignée, et il a eu la hardiesse de donner le vin dans les fièvres pseudo-continues ou intermittentes, IL voulait qu’on guérit strement, rapidement, agréablement, précepte plus facile à donner qu’à suivre, et auquel Asclépiade luimême ne s’est guère conformé dans la pratique, au moins pour les deux derniers points. Il faut un peu se garder de Pline et ne pas se borner à Celse pour juger Asclépiade ; on doit surtout chercher sa méthode thérapeutique dans Cælius Aurelianus, je veux dire dans Soranus,
Si les antécédents du méthodisme se trouvent dans Asclépiade (1), et par Asclépiade dans Érasistrate, ni la formule, ni le nom de la secte ne se lisent encore dans les écrits du médecin de Cicéron, c’est Thémison qui, dans sa vieillesse, imagina la et imposa le nom. — Le méthodisme comme l’asclépiadéisme sont, ne l’oubliez pas, Messieurs, des branches du dogmatisme ; car si les méthodiques ne veulent pas rechercher les causes cachées, ni rien de ce qu'il y a d’inceriain, cependant ils raisonnent sur la pathologie générale, puisqu’ils admettent diverses classes d'états pathologiques, le genre relâché, le genre resserré, le genre mixte. Qu'est-ce que le resserrement et le relâchement ? qu'est-ce surtout que le mixte, et comment l'expliquer? Peut-être entendait-on l'inflammation avec flux. Certes il n’y a rien de plus conjectural, de plus caché, de plus incertain. C’est bien là un système médical, tandis que Pempirisme est la négation de tout système; et c’est bien de lempirisme qu’on peut dire, au contraire, que c’est seulement une méthode, une voie pour arriver à la cure des maladies (2
Peu de doctrines ont eu des phases et des fortunes plus diverses(3), il en est peu aussi que les circonstances purement extérieures aient aussi bien servies pour en perpétuer le règne, alors que tout semblait devoir la faire oublier.
Les trois principales sources pour l’histoire du méthodisme sont Celse, Galien et Soranus : Gelse, qui tient exactement la balance entre les parties, et qui, dans son appréciation, montre
(L)MOu, “comme dit un auteur ancien, celui de l’Introduction ou le Médecin, 4 : Mhémison trouva dans les doctrines de son maître Asclépiade des provisions pour constituerle méthodisme. Soranus (dans Cælius Aurelianus, Malad. chron., 1,1, p. 287) réprochemême à Thémison d'être encore engagé dans les erreurs d’Asclépiade,
(@)Miya cela de commun entre l'empirisme et le méthodisme, que, dans les deux Camps, on repousse la recherche des causes cachées, l'anatomie, même le diagnostic local, .et qu'on se laisse guider par le concours des symptômes; les em- Piriques.ne-dénomment pas ce concours, et n’admettent pas de raisonnement entre lé concours etle-traitement ; les méthodiques l’appellent séricéum ou laxum et cherchent unerelation entre l’un ou l’autre de ces états et les indications.
(3) Aurapport.de Galien ( Des différences du pouls, TL, 4), Magnus, disciple d’Athénée, avait écrit un livre Sur les choses découvertes en médecine depuis Thémison : Mais onignore s'il s’agit uniquement des innovations d’Athénée lui-même, ou, en même temps, des transformations du méthodisme,
un jugement aussi ferme que droit; Galien (4), accusateur publie, qui ajoute beaucoup d’injures et des discussions dialectiques interminables au peu de renseignements nouveaux qu'il donne après Celse; enfin, Soranus, qui appartient à la secte dont il fait la gloire, mais qui juge avec indépendance et équité les adeptes ou les dissidents. C’est à lui surtout qu’on doit les détails techniques et les applications du système à la pathologie. Celse nous fait connaître le méthodisme à son origine, à son éclosion, au moment où il se dégage du système d’Asclépiade; l’auteur de l’Introduction ou le Médecin, peut-être Galien, résume les diverses modifications que le méthodisme a subies au sortir des mains de Thémison en arrivant entre celles de Thessalus (2), qui l'a perfectionné, ainsi que dit le texte, et qui a multiplié les
communautés dans les maladies, communautés imaginées par Thémison (3). £
(4) Voyez surtout Contre Julien, Méthode thérapeutique, Des sectes, De la meilleure secte. J'ai donné ces deux derniers ouvrages dans ma traduction des Œuvres choisies de Galien.
(2) Galien a de véritables emportements contre Thessalus ; il lui inflige les épithètes les plus blessantes, entre autres celle d'âne (Méth. thér., 1, 3). Voici ces aménités : « On déteste, dit-il, les tyrans et même on s’en défait, parce qu'ils imposent leurs volontés ; on respecte les législateurs qui dictent des lois; Thessalus
. n’est qu'un tyran (voy. Méth. thér., I, 3), qu’il faut dénoncer au mépris et à la haine (Méth. thér., IL, 4, 4, 5); Thessalus s'élève un théâtre etse couronne dans ses livres ridicules (Contre Julien, 6).» Il paraît, dureste, à peu près certain, par Pline, par Soranus aussi bien que par Galien et par la propre dédicace de Thessalus à Néron, que le réformateur du méthodisme était fort présomptueux, passablement charlatan, et qu'il se vantait d’être le vainqueur des médecins passés et présents. Ce médecin gaucher ruinait tous lesfondements de l’art; il osait (avec Asclépiade) nier qu’il y ait des médicaments hépatiques, néphréliques, pleurétiques (Médie:, simples, V, 13), et qu'il existe des phlegmagogues et des cholagogues qui expulsent le phlegme ow la bile préexistants et qui ne créent pas ces humeurs (Contre Jul., 8)! Presque tout le traité De la méthode thérapeutique est dirigé contre le méthodisme dont Thémison a fait pousser la détestable racine; doctrine absurde où la maladie n'est même pas définie (Méth. thér., 1, 7, 8; voy. Contre Jul., 4). Dans sa haine aveugle, Galien ne craint pas de faire quelques avances aux empiriques (voy. par exemple Méth. thér., X, A), pour mieux marquer le mépris qu’il professe pour les sectateurs de Thessalus, ce prince de la folie, qui, retournant l’aphorisme d'Hippocrate : « La vie est courte, l’art est long », se vantait d'enseigner la médecine en six mois, lui qui, cependant, a écrit une multitude de livres.
(3) Contre Julien, 5.
Comme je ne puis nine veux reproduire ici tous les développements dans lesquels je suis entré pour vous faire bien comprendre les nuances parfois fugitives et les nombreuses contradictions du méthodisme, je reproduirai la traduction du passage de Celse (1) et de celui de l'Introduction ou le Médecin, qui concernent cette doctrine, et j’y ajouterai quelques éclaircissements ou compléments tirés de Soranus et de Galien.
Maintenant je donne la parole à Gelse : « Des médecins de nos jours, jaloux de metire en avant l'autorité de Thémison, soutiennent qu'il n’y a pas une seule cause dont la connaissance importe à la pratique (2), et qu'il suffit de saisir ce que les maladies ont de commun, c’est-à-dire /es communautés des maladies (3). Ces conditions sont de trois genres : la première consiste dans le resserrement, la seconde dans Île relächement, et la troisième est mixte. En effet, tantôt les malades n’évacuent pas assez, et tantôt ils évacuent trop, ou bien leurs évacuations, insuffisantes dans telle partie, seront exagérées dans telle autre (4). Les maladies ainsi divisées peuvent être aiguës ou chroniques, devenir plus graves, rester stationnaires, ou décliner. Il faut donc, lorsqu'on a reconnu l’un de ces étais , tenir le corps relâché s’il y à resserrement; s'il y a relâchement, amener l'effet contraire ; et si l'affection est du genre mixte, pourvoir au mal le plus pressant. Il faut aussi varier Je traitement, suivant que les maladies sont aiguës ou chroni-
(L) J'ai suivi la traduction de M. des Etangs.
(2) En principe, les méthodiques s’abstenaient de rechercher, non-seulement les causes, mais aussi le siége du mal; cependant Soranus lui-même tient bien compte des parties malades qu’il met la mélancolie dans l'estomac, et la folie dans la tête; ce qui ne l'empêche pas de reprocher à Thessalus de rechercher le siége du mal dans l'iléus.
(3) La Méthode est définie (Galien, Des sectes, 6) : la connaissance des commu nautés apparentes, conséquentes.avec le but de la médecine et s’accordant avec lui ; ou plus simplement, comme Thessalus : connaissance des communautés qui touchent à la santé et lui sont nécessaires.
(4) { s’agit, comme on voit, non pas seulement des évacuations alvines, mais de foute espèce de fiux. Suivant Galien (Des sectes, 9), parmi les méthodiques, les uns considèrent les flux, en excès ou en défaut; les autres, l'état même des pores relâchés ou resserrés.
ques, qu’elles sont dans leur période d’accroissement, demeurent stationnaires ou touchent à leur déclin. Pour eux, la médecine réside dans l’observation de ces préceptes, car elle n’est, d’après leur définition, qu’une certaine maniére de procéder que les . Grecs nomment méthode et dont le but est d'observer les rapports des maladies entre elles. Ces méthodistes ne veulent être confondus ni avec les dogmatiques, ni avec les empiriques; ils se distinguent des premiers en ce qu'ils n’admettent pas que les conjectures sur les causes occultes puissent servir de base à la médecine, et se séparent des seconds parce qu’ils estiment que l'art ne doit pas être réduit à la seule expérimentation. |
» Pour les disciples de Thémison, s’ils sont fidèles à leurs principes, ils méritent plus que personne le titre de dogmatiques, et quoiqu’ils n’admettent pas toutes les opinions de ces derniers, il n’est pas nécessaire de leur donner une autre dénomination, puisqu'ils sont d'accord avec eux sur ce point essentiel, que la mémoire seule est insuffisante et que le raisonnement doit intervenir. Si, au contraire, comme cela parait être, la médecine ne reconnaîl pas pour ainsi dire de préceptes immuables, les méthodistes alors se confondent avec les empiriques, d’autant plus facilement que l’homme le moins éclairé est comme eux en état de juger si la maladie dépend du resserrement ou du relâchement. Est-ce le raisonnement qui leur a fait connaître ce qui peut relàcher le corps ou le resserrer (1)? Ils sont dogmatiques. N’ont-ils pris que l'expérience pour guide? I faudra bien qu’ils se rangent parmi les empiriques qui répudient le raisonnement. Ainsi, d’après eux, la connaissance des maladies est en dehors de l’art, et la médecine est renfermée dans la pratique : encore sont-ils inférieurs aux empiriques, car ceux-ci embrassent beaucoup de choses dans leur examen, tandis que les métho-
(1) Galien (Méth. thér., V, 15) reproche aux sectateurs de Thessalus de saigner à tort et à travers. Ainsi, lorsqu'ils saignent pour le crachement de sang, et avec raison, ils sont en contradiction avec eux-mêmes, car l’hémoptysie est un lazum et la saignée est aussi un /axwm ; ils agissent donc comme les empiriques qui saignent parce qu'ils ont vu que cela est bon! C’est surtout à propos des indications
thérapeutiques que Galien a gain de cause dans sa discussion contre les méthodiques.
diques se bornent à l'observation la plus facile et la plus vulgaire. Ils agissent comme les vétérinaires qui, ne pouvant apprendre d'animaux muets ce qui est relatif à chacun d’eux, insistent seulement sur les caractères généraux. C’est ce que font aussi les nations étrangères, qui, dans leur ignorance de toute médecine rationnelle, ne vont pas au delà de quelques données générales. Ainsi font encore les infirmiers qui, ne pouvant prescrire à chaque malade un régime convenable, les soumettent tous au régime commun. À coup sûr les anciens médecins ne négligeaient pas l’étude des communautés, mais ils allaient plus loin; et Hippocrate nous dit que pour traiter les maladies, il faut connaître les symptômes qui les rapprochent et ceux qui les séparent. Les méthodistes eux-mêmes ne sauraient maintenir leurs principes ; car lors même que les maladies dépendent duresserrement ou du relàchement, elles offrent certainement des différences entre elles, et ces différences sont encore plus faciles à saisir dans les maladies par relâchement. Autre chose, en effet, est de vomir du sang ou de la bile, ou de rejeter ses aliménts ; d’être tourmenté par des évacuations abondantes ou par des tranchées; d’être épuisé par des sueurs ou miné par la consomption. Les humeurs peuvent aussi se jeter sur certains organes, comme les yeux et les oreilles, ou sur toute autre partie du corps sans exception. Or, le même traitement n’est pas applicable à ces affections diverses. De sorte que le principe général du relâchement se réduit en pratique à la considération d’une maladie spéciale, à laquelle il faut souvent trouver un remède particulier; car, même dans les cas semblables, les mêmes moyens n’ont pas un effet constant. Et bien qu'on ait en général des ressources assurées contre le resserrement ou le relâchement du ventre, il y a cependant des personnes sur lesquelles ces remèdes agiront d’une manière différente. Ici donc on n’a que faire d'examiner l’état général, et l'appréciation des signes particuliers est seule importante.
» Souvent aussi il suffira de connaître la cause du mal pour le guérir. C’est ce que nous avons vu faire depuis peu à Cassius (1),
(1) Cet auteur, qu’il faut distinguer de Cassius Félix et de Cassius l'éatrosophiste, est souvent cité par Galien et par Scribonius Largus à propos de compositions médicamenteuses.
un des plus habiles médecins de notre temps. Appelé chez un malade aux prises avec la fièvre et très-altéré, et reconnaissant que la maladie n’était venue qu’à la suite d’un état d'ivresse, il lui fit boire aussitôt de l’eau froide; or, dès que cette eau, par son mélange avec le vin, en eut tempéré la force, il.se manifesta du sommeil et de la sueur qui emportèrent la fièvre. En agissant avec tant d'opportunité, ce médecin ne s’occupait pas de savoir si le corps était resserré ou relâché, mais il se réglait sur la cause qui avait précédé l'invasion du mal. Les méthodistes d’ailleurs conviennent qu’il faut tenir compte des saisons et des climats, et dans leurs discussions relatives à la manière dont les personnes en santé doivent se conduire, ils prescrivent, dans les localités et les saisons malsaines, d'éviter plus soigneusement le froid, la chaleur, l’intempérance, le travail et l’abus des plaisirs; si l'on ressent quelque malaise, ils conseillent le repos et ne veulent pas qu’on provoque ni vomissements ni selles. Il y a certainement de la vérité dans ces préceptes, mais ici encore leurs principes généraux fléchissent devant les considérations particulières; à moins qu’ils n’entreprennent de nous persuader que les remarques sur l’état du ciel et les époques de l’année, utiles aux hommes bien portants, sont de nulle valeur pour les malades, tandis que l'observation des règles est d’autant plus nécessaire à ces derniers que leur faiblesse les prédispose davantage aux influences morbides. Ne voit-on pas ensuite les maladies affecter chez les mêmes personnes des caractères différents, et tel qu'on traitait vainement par des moyens convenables, être guéri souvent par des remèdes contraires ? Que de distinctions à établir aussi dans le régime alimentaire! Je n’en veux signaler qu'un exemple. On supporte mieux la faim dans la jeunesse que dans l’enfance, quand l'air est épais que lorsqu'il est léger; on la supporte mieux l'hiver que l'été, lorsqu'on ne fait habituellement qu'un repas que lorsqu'on en fait deux, et quand on garde le repos que lorsqu'on prend de l'exercice. Enfin, il est souvent nécessaire d’accorder de bonne heure des aliments à ceux qui tolèrent plus difficilement l’abstinence. D'après ces considérations, je conclus que si l'on ne peut tenir compte des circonstances particulières, il faut se borner aux vues générales; mais que si l’on peut ap-
précier chacune d’elles, il faut s’y arrêter avec soin, sans oublier toutefois les caractères communs; et c’est pour cela qu’à mérite égal il vaut mieux avoir un ami qu’un étranger pour médecin. Je reviens à mon sujet, et je pense que la médecine doit être rationnelle, en ne puisant cependant ses indications que dans les causes évidentes; la recherche des causes occultes pouvant exercer l’esprit du médecin, mais devant être bannie de la pratique de l’art. Je pense aussi qu’il est à la fois inutile et cruel d’ouvrir des corps vivants, mais qu'il est nécessaire à ceux qui cullivent la science de se livrer à la dissection des cadavres, ear ils doivent connaître le siége et la disposition des organes. Quant aux choses qui ne se révèlent que pendant la vie, l'expérience nous en instruira dans le pansement des blessures d’une manière plus lente, il est vrai, mais plus conforme à l'humanité. »
Gomplétons maintenant l’exposé de Gelse par quelques renseignements tirés de l’Introduction ou le Médecin.
Les méthodiques s’attachent aux communautés ou à la contemplation du semblable; tous les états morbides particuliers sont ramenés à deux (1) : le resserré (s#rictum, avepvév) et le relâché (laxum, toùde). Ce sont là leurs communautés qu'ils nomment évidentes (2); ils les reconnaissent aux caractères manifestes
(4) Galien (Méfh. thér., L, 3) compare la méthode dichotomique des méthodistes à celle qui consisterait à marquer la différence des animaux par l'opposition de deux caractères, qu’on pourrait multiplier à l'infini, et qui toujours ne donneraient qu'un des côtés des différences et des analogies. Il n’y aurait en tout que deux antmaux, mais il n’y aurait pas la multitude des animaux, différenciés parleurs caractères propres. Dire qu'il y a des animaux doux et féroces, cornus et non cornus, ce n’est pas marquer la différence de tous les animaux; dire qu'il y a des voyelles et des consonnes, ce n’est pas indiquer tous les éléments de la voix; de même, dire qu’il y à des maladies lâches et d’autres serrées, des maladies aiguës et d’autres chroniques, ce n’est pas faire connaître la différence des maladies, ce n'est que marquer les différences premières et les plus générales; mais il faut pousser la division jusqu’à une espèce indivisible, opération très-difficile et qui a souvent arrêté les plus grands philosophes ou naturalistes. — C’est là une réfutation excellente parce qu'elle est directe et logique.
(2) Gelles aussi qu’on a appelées primitivement communautés eu égard au régime, ce qui était le fondement de la thérapeutique, au moins dans les maladies aiguës (voy. Méth. thér., UT, 4, et I, 3). D'où l’on voit que Thémison n'avait d'abord eu égard qu'aux maladies qui se guérissent par le régime. — Voyez plus loin, ce que je dis de la division de la médecine, d’après une phrase de Celse.
qui se remarquent dans le corps sans avoir besoin de sémiologie : ainsi, ils diagnostiquent le séricéum à ce que toutes les sécrétions sont suspendues et empêchées ; le /azwm aux phénomênes contraires. En conséquence, ils admettent deux modes de traitement : reldcher, resserrer ; ou s'il y a complication, courir au plus pressant. Les communautés passives se rapportent à la maladie, les communautés actives au traitement; il y en a encore de temporaires relatives au début, à l’accroissement, à l’état, au déclin (1). — Les communautés chirurgicales consistent en trois choses : 4° ôter ce qui est étranger; or il y a deux: sortes d’étranger : ce qui est hors du corps, épine, trait et autres choses; cela est simple, et n’exige que l’avulsion; — ou ce qui est dans le corps : déplacement, épanchement, luxation, fracture; cela indique le rétablissement dans le lieu naturel; — 2° excès en volume, comme les tumeurs qu’il faut ouvrir ou enlever; — 3° défaut : pertes de substance congénitales ou accidentelles, ulcères, fistules; il faut donc réparer en ramenant les parties à leur état naturel, en remplissant le vide et en suppléant à ce qui manque (2). — Outre ces communautés chirurgicales, il y en a une qu'on appelle prophylactique; elle regarde les poisons et les venins; celle-là n’a rien à faire avec la communauté du laxum ou du strictum, ni avec celle du traitement qui y convient, car elle se rapporte à des affections dont on ne sait pas ce qu'elles sont. Il faut s’en préserver, et les guérir par des spécifiques lorsqu'on en est atteint.
Les méthodiques s’attachent à la similitude, mais dans les choses évidentes et non dans les choses cachées, comme le font les dogmatiques : voilà la différence essentielle ; la seconde différence, c’est qu’ils réduisent toutes les particularités au général : les affections, les remèdes et les opportunités. Plus haut il est cependant question des communautés temporaires! Toutefois
(4) Il est probable, d'après Galien (Méth. thér., V, 4 ; cf. IV, À) que Thessalus est l'inventeur des communautés secondaires rapportées par l’auteur de l’Jrtroduction ou le Médecin, et particulièrement des communautés chirurgicales. Il y avait encore
des communautés pharmaceutiques pour les maladies qui se traitent par les médicaments.
(2) Cest là une partie des communautés admises spécialement par Thessalus pour les ulcères,
les méthodiques n’observent pas les choses évidentes comme les empiriques, qui isolent tous les cas loin de les généraliser; enfin les méthodiques tirent des communautés les indications thérapeutiques, mais ils ne tiennent pas compte des causes comme les dogmatiques, et ils ne se contentent pas, comme les empiriques, de l’observation sur le concours de symptômes qui cadrent avec l'expérience (1).
En étudiant les divers systèmes que nous avons vus se produire, soit à Alexandrie, soit à Rome, j'ai eu soin de vous prémunir contre les assimilations trop rigoureuses que les historiens ont voulu établir entre les systèmes anciens et les systèmes modernes. Sans doute on peut trouver certaines analogies apparentes entre les théories d’Érasistrate, ou d’Asclépiade, ou de Thémison, et celles de Boerhaave, de Brown ou de Broussais; mais comme ni l'anatomie, ni surtout la physiologie ne sont plus les mêmes, les détails sont fort dissemblables, et l'idée première repose sur des conceptions toutes différentes; autant vaudrait comparer la pneumalose de quelques médecins du xvur sié. cle avec le pneumatisme d’Athénée, que de rapprocher lerreur de lieu d'Érasistrate, l’enclavement d’Asclépiade ou le strictum et le laxum de Thémison, de l’irrétation de Broussais. La médecine a longtemps tourné dans le même cercle, en ce sens qu’elle a cherché à expliquer les maladies tantôt par les liquides, tantôt par les solides et tantôt par les esprits ; mais à cela se bornent
les analogies des systèmes, tout le reste diffère d’une époque à l'autre.
De même que la splendeur de Cos et de Cnide efface, au siècle de Périclès, toutes les autres renommées, et que plus tard l'éclat jeté par l’école médicale d'Alexandrie fait oublier tous les médecins qui en même temps pratiquaient en Grèce, de même, après la venue d’Asclépiade (2), il semble qu’on ne trouve plus de méde-
(1) Ces dernières remarques ont une analogie frappante, même pour la rédaction, avec celles de Celse. Peut-être le médecin romain et l’auteur de l’Introduction ont puisé à la même source.
(2) « Asclepiades mulfarum rerum, quas ipsi quoque secuti sumus, auctor bonus.» (Celse, IV, 9.) — « Asclepiades maximus auctor medicinae. » (Scrib. Largus, Epist, ad Callistum.) — «Asclepiades, inter præcipuos medicorum, si unum Hippo-
cine qu’à Rome ; c’est là, du moins, que se donnent rendez-vous les médecins les plus savants ou les plus ambitieux; c’est là que s’accomplissent les destinées de notre science.
Les plus grands noms de la médecine, après ceux d’'Hippocrate, d'Hérophile et d'Érasistrate, se trouvent à Rome : Asclépiade, Thémison, Celse, Soranus (?); Athénée, le chef des pneumatistes; Archigène, Rufus (2); Galien, Oribase, peut-être avant lui Antyllus. J'y voudrais joindre encore Arétée, mais il ya trop d’incertitudes sur la vie de ce médecin. Cest aussi à Rome qu’a pris naissance le méthodisme, c’est-à-dire la doctrine la plus puissante après le dogmatisme, et qui a tenu en échec la renommée d’Hippocrate, plus tard même celle de Galien; c’est à Rome, enfin, que la médecine ancienne arrive à son plus haut degré de perfection et qu’elle reçoit sa forme définitive; jusqu'aux premiers réformateurs, elle ne gagne presque plus rien, et j'ose ajouter qu'elle ne fait pas non plus de très-grandes perles, tant les anneaux de la chaîne sont restés solidement unis au milieu des temps qui passent pour les plus troublés, les plus barbares et les moins conservateurs.
cratem excipias, ceteris princeps. » (Apul., Forid., IV, 49.) Pline, tout én l’admirant (VII, 37,124), reconnaît (XXVI, 3, 16) que les circonstances, que cerfaines mauvaises pratiques de ses confrères, à quoi on peut ajouter beaucoup d’audace, une rare faconde (XXVI, 3, 42), et la grande quantité de ses volumineux ouvrages, lui ont beaucoup servi. — Quant à Galien, il ne manque pas une occasion de marquer sa mauvaise humeur où d’user d’épithètes blessantes envers Asclépiade ; il ne saurait lui/pardonner ses irrévérences à l'égard d’'Hippocrate ou des autres anciens, et son mépris pour les jours critiques. — Nous pouvons tirer un double enseignement de la polémique d'Asclépiade et du jugement qu’on a porté de ce médecin avant la venue de Galien. Il est évident qu’en attaquant surtout Hippocrate et ses doctrines, Asclépiade nous apprend quelle était l’autorité du chef de l’école de Cos, et en même temps les témoignages flatteurs qu’il à néanmoins recueillis prouvent que cette autorité n'avait pas encore passé à l’état de fétichisme.
(2) Mes recherches dans les bibliothèques m'ont permis, soit d'améliorer les traités déjà connus de Rufus, soit d’en augmenter le nombre. — Crateuas, Dioscoride, Métrodore, Soranus, Aclius Promotus, Galien, et quelques-uns des plus anciens médecins alexandrins, sont les auteurs pour lesquels les manuscrits grecs m'onl fourni le plus de textes inconnus où négligés,
Sommaire : De Celse et du rôle qu'il a joué dans l’histoire de la médecine. — Caractère de son ouvrage. — Il résume toute la période ancienne. — Comment il faut interpréter un passage de ce traité sur la division de la médecine, — Distinction à établir entre la pharmaceutique, la pharmacopolie et la rhizotomie., — Que Pline l’ancien doit être considéré comme un des plus précieux historiens de
la médecine populaire grecque et romaine, et comme un important auxiliaire pour l’histoire de la médecine scientifique.
MEessreurs,
Dans l’histoire de la médecine à Rome, on a beaucoup vanté Celse pour des mérites qu’il n'a pas, et l’on n’a pas reconnu ceux qui rendent l'étude de son traité si profitable pour nous. Je ne partage ni l'avis des historiens qui soutiennent que Celse était un médecin dans la véritable acception du mot, ni celui des personnes qui lui refasent absolument le titre de médecin. J’adopte une opinion intermédiaire et que je crois la seule admissible (1). — Celse était un de ces philiatres dont Galien fait mention, et qui, soit à Alexandrie, soit à Rome, soit même plus tard en Italie ou dans les Gaules, avaient étudié la médecine plus dans les livres qu'auprès des malades, mais avec assez de soin pour en parler pertinemment, et pour traiter eux, leur famille et leurs amis, absolument comme le faisait le vieux Caton, à la différence près d’une instruction plus solide et d’un esprit tout à fait éloigné de la superstition. Le Traité de médecine n’est pas l’œuvre d’un pra-
(4) L'opinion que M. des Étangs a exprimée dans l’Introduction qu’il a mise en tête de son excellente traduction de Celse me paraît être celle qui se rapproche le plus de la mienne; il admet, en effet, que Celse n’est pas seulement un compilateur, il le surprend même (pour me servir de son expression) en flagrant délit de pratique; en même {emps il est porté à croire que notre auteur n’a pas exercé la médecine, en vue du profit qu’on en retire.
ticien fort occupé ni d’un simple amateur; l’inexpérience se trahit surtout dans les chapitres consacrés à la chirurgie; on entrevoit que Gelse n’est pas un opérateur consommé et qu’il n’a pas toujours bien compris ce qu’il traduit ; dans les livres qui regardent la médecine, l’auteur ne donne guère son avis sur des questions compliquées, il expose bien plus qu’il ne décide(1); c’est à propos de l'hygiène, où tout homme instruit comme l'était Celse, pouvait avoir une opinion, qu’il parle avec le plus d'autorité.
J'ai de plus établi, soit par la confrontation des textes, toutes les fois qu’elle a été possible et elle l’est beaucoup plus souvent qu’on ne le croit généralement (2), soit par une induction légitime, quand manquaient les passages paralléles, que le Traité de médecine n'a presque rien d'original, et que c’est à peu prés, d'un bout à l’autre, une traduction libre du grec, entremêlée de quelques réflexions propres au traducteur. Donc ce qui recommande surtout cel ouvrage, c’est qu'il est un résumé de la médecine et de la chirurgie des hippocratistes et des Alexandrins, résumé très-bien fait, d’un style excellent et venu fort à point, c’est-à-dire au moment où les derniers efforts de la période créatrice venaient d’êlre tentés par l’insurrection des méthodiques. En l’absence du Traité de médecine, une partie de l’histoire de l'école d'Alexandrie, surtout en ce qui regarde la chirurgie, nous échapperait (3).
(4) Voyez-en les preuves dans Kissel, Cornelius Celsus. Giessen, 1844, p. 194-
(2) Ainsi j'ai poursuivi cette confrontation, non pas seulement avec les ouvrages d’Hippocrate, maïs avec tous les fragments de médecins alexandrins qui nous ont été conservés, par Soranus, par Galien, Oribase, Aétius, où par des manuscrits encore inédits, de sorte que j'ai pu reconnaitre très-souvent les sources auxquelles Celse a puisé. Quand tous ces emprunts ont été constatés, il ne reste pas grand’ chose à l'écrivain romain, si ce n’est le cadre, le style et l’admirable sûreté de jugement. Pour ma part, je n'oserais jamais dire, pas plus de Celse que de Paul d'Égine, ou de tant d’autres compilateurs plus ou moins habiles : {7 a trouvé; il a inventé ; il est le premier qui ait imaginé.
(3) Voyez, dans le Journal général de l'instruction publique, année 1847, et dans la Gazette médicale de la même année, mes études sur Celse, et en particulier celles qui concernent la chirurgie (instruments, taille, autoplastie, luxations, etc.).
Gelse semble avoir un faible pour l’empirisme ; cependant ses sources principales sont les auteurs orthodoxes. Celse et Galien sont pour nous la clef de voûte de l’histoire de la médecine. Celse rassemble en un solide abrégé les faits et les systèmes anciens avec impartialité, mais non pas avec indifférence ; il a le calme et la dignité du juge. Galien au contraire est un doctrinaire qui veut fondre en une seule, et à son profit, toutes les théories de l'antiquité ; aussi il expose et discute avec cette passion, souvent même avec cette injustice que donnent l'intérêt personnel et l’ardeur de la lutte.
Celse a élé peulu et peu cité jusqu’au xv° siècle ; ce n’est pas lui, mais Cælius Aurelianus, c’est-à-dire le traducteur de Soranus, que Cassiodore recommande à ceux qui veulent s’instruire dans la médecine (1). Cependant, Gelse n’a pas été aussi oublié qu'on le croit généralement. J’ai retrouvé d’assez longs extraits de son ouvrage dans les plus anciens manuscrits de la première période du moyen âge, notamment dans une trés-vieille traduction du Synopsis d'Oribase (2). Si les Grecs n’ont fait presque aucune mention de Celse, c’est, non par mépris pour les Latins, qu’ils citent quelquefois, mais probablement parce qu'ils n’ont jamais pris l’encyclopédiste romain pour un médecin, et que d’ailleurs ils possédaient les originaux où lui-même avait puisé.
Je ne voudrais pas, Messieurs, abandonner Gelse, un de nos guides les plus précieux avec Galien et Soranus, sans dire un mot d'une question importante touchant la division de la médecine dans l'antiquité, et soulevée par un passage du Traité de médecine. Cette question se rattache trop intimement à l'histoire générale de la médecine, la bonne ou la mauvaise solution qu’on en donne éclaire ou obscurcit trop manifestement cette histoire, pour que nous la néglisions.
(1) Je m'en suis assuré en collationnant le manuscrit prototype du traité De Tastit. div. litt. de Cassiodore, qui se trouve à la bibliothèque royale de Bambexg. (2) L'édition d’Oribase, publiée à Bäle en 1529, et qui contient une partie du Synopsis et du livre Ad Eunapium, contient aussi quelques additions tirées de Celse, mais qu'on n'avait pas remarquées, DAREMRERG. 45
Après avoir parlé d'Hérophile et d'Érasistrate, l'écrivain romain ajoute : « lisdemque temporibus in tres partes medicina « diducta (À) est, ut una esset guæ viciu, altera queæ medica- « mentis, tertia quæ manu mederetur. Primam dearrnru, SCCUN- « dam vapeur, Lertiam yeouytxir Græci nominarunt. » — La médecine fut, vers cette époque, divisée en trois parties : « l’une traitant par le régime, la seconde par les médicaments, « la troisième avec le secours de la main. Les Grecs appelérent « la première diététique, la seconde pharmaceutique, la troi- « sième chirurgique. »
Suivant Daniel Le Clerc (2), il s'agit d’une division matérielle de la médecine en trois branches, qui firent l'occupation detrois catégories de praticiens ; en d’autres termes, il y eut, sinon trois ordres, trois degrés de médecins, au moins trois espèces de gens traitant les malades. Les uns s’oceupaient des affections qui réclamaient le régime dans toute l’étendue ancienne de ce mot; les autres se réservaient les maladies dont le traitement consistait principalement dans l'application des moyens externes; enfin, les opérations étaient du domaine d’une troisième classe.
Cette opinion, qui ne s'appuie même pas sur le texte de Gelse rigoureusement traduit, est également partagée, au moins en partie, par Sprengel (3), par Choulant (4) et par presque tous les historiens de la médecine.
Hecker (5) professe une opinion mixte. La médecine, dit-il, fut, il est vrai, comme cela arrive dans toutes les sciences qui ont
(4) Kuehn (De loco Celsiin praef. male intellecto, dans Opuscula, 1. 11, p. 227 et suiv.) a établi que le mot diducere ne pouvait se prendre que dans le sens de diviser, séparer, distinguer, et non dans celui d'augmenter, d'amplifier (CF. aussi Facciolati, sub voce), comme quelques auteurs, entre autres Schulze et Weber (voy. p. 203), l'ont prétendu. — Dans les Programmes où Kuehn examine le texte de Celse, il marque un sentiment très-voisin du mien; seulement la critique des opinions de ses devanciers tient dans le travail du célèbre professeur de Leipzig plus de place que les arguments à l’aide desquels il veut appuyer son propre sentiment.
(2) Le Clerc, Hist. de la méd, p. 334.
(3) Sprengel, Versuch einer pragm. Geschichte der Arzneik,, éd. Rosenbaum, tome I, p. 540.
(&) Choulant, Tafeln zur Gesch. der Med., p. 2.
(5) Hecker, Gesch. d. Heilkunde, À. T, p. 314.
prisun grand développement, divisée en trois parties, la didéétique, la pharmacie (voy. plus bas) et la chirurgie; mais chacune de ces branches ne devint pas le domaine de trois classes d'hommes, seulement il résulta de ce partage que chacun, suivant la tendance de son esprit, s’attacha à l’une de ces branches plus particuliérement qu'aux autres, et contribua ainsi à leur perfectionnèment.
Comme les développements dans lesquels je suis obligé d'entrer pour réfuter l’opinion tranchée de Le Clerc, serviront en même temps à démontrer l’inexactitude de la seconde proposition de Hecker, il convient de s’attaquer d’abord l'historien de Genève; mais, avant d’opposer le témoignage de l’histoire à cette interprétation du passage de Celse, il est nécessaire de se faire une idée nette des matières comprises dans chacune des trois branches de la médecine. Cette seule exposition contribuera déjà à montrer l'impossibilité pratique de la division matérielle admise par Le Clerc. Pour savoir à quoi nous en tenir sur ce point, nous n'avons pas besoin d’aller bien loin : le livre même de Celse, dans lequel se trouve cette phrase, objet de tant de controverses, nous fournit les renseignements désirables sur la première question, puisque toute l’économie de ce livre repose précisément sur cette division de la médecine en trois sections inégales, Indiquer le plan général du Traité de médecine, c’est donc résoudre en partie la difficulté.
La première section, composée de quatre livres, comprend presque toutes les maladies dites internes, lesquelles, suivant les anciens, ne réclamaient guère que l'emploi du régime. Dans la seconde (livres v et v1) sont rangées les maladies pour la plupart externes et qui exigent les topiques. Enfin la troisième (livres vrr et VIN) renferme ce que nous appelons la médecine opératoire, et, de plus, tout ce qui regarde le traitement des fractures et des luxations. De même que la diététique comprend l'étude des objets mêmes du régime, de même la pharmaceutique renferme, dans de certaines limites, l’étude des médicaments eux-mêmes, de leurs vertus et de leur préparation; le livre de Celse le témoigne. Ainsi, dans les deux premières parties, il traite de la matière de l'hygiène et de la matière médicale, avant d’aborder l'histoire
des maladies ; et pour la pharmaceutique, il ne se contente pas d'indiquer la composition et l’action des topiques, il décrit aussi les préparations destinées à être prises à l’intérieur, soit contre les maladies internes, soit contre les maladies externes; et même en tête de la pharmaceutique, il a soin de nous dire, comme sil voulait éviter toute fausse interprétation : «Ge qu'ilimporte avant « tout de savoir, c’est que toutes les parties de la médecine sont « tellement liéesentreelles, qu’ilest impossible deles séparer com- « plétement, et le nom qui lesdistmgue indique seulement la pré- « dominance des méthodes ; celle, par exemple, qui est fondée « sur le régime, s'adresse aussi quelquefois aux médicaments, « et celle qui s’applique principalement à combattre les maladies « par l’action de ces agents thérapeutiques, est obligée d’y join- « dre l'observation du régime dont lutilité se fait si vivement « sentir dans toutes les affections du corps (1). »
Ces réflexions de Celse n’établissent-elles pas clairement qu’il s’agit pour lui d’une division des maladies purement scientifique et nosologique fondée sur la thérapeutique, division imaginée
(4) Livre v, Préamb., trad. de M. des Étangs. Cf. aussi le Préamb. du livre vit. — Scribonius Largus (Composit. med., chap. 68, comp. 200, éd. de Rhodius, p. 409), qui a pu ètre contemporain des dernières années de Gelse, exprime Ja même opinion à peu près dans les mêmes termes. Son texte prouve de plus que cette division théorique de la médecine en trois branches était une des plus répandues; mais on ne voit pas dans ce passage que les trois branches répondissent pour lui, pas plus que pour Celse, à trois classes de médecins. — Voici ce texte important: « Implicitas medicinae partes inter se et ita connexas esse consiat ut nullo » modo diduci sine totius professionis detrimento possint. Ex eo intelligitur quod » neque chirurgia sine diuetetica, neque haec chirurgia (id est sine ea parte quae » medicamentorum utilium usum habet) perfici possunt : sed aliae ab aliüis adju- » vantur et quasi consummantur. » — Le même auteur (Ad. Callist. epist.) remarque que de son temps beaucoup de médecins, par ignorance, encore plus que par système, ou pour imiter Asclépiade, répudiaient l'emploi des médicaments, el se bornaient au régime diététique; puis il ajoute, ce qui confirme encore mon sentiment sur le passage de Gelse : «Nam primum cibis ratione aptoque tempore datis, » tentat [medicina] prodesse languentibus ; deinde, si ad hos non responderit cu- » ratio, ad medicamentorum decurrit vim... post ubi ne ad haec quidem cedunt » difficultates adversae valetudinis, tum coacla, ad sectionem vel ultimo ad ustionem » devenit.» — Je n’ai pas besoin de rappeler que le recueil dé recettes de Scribonius renferme de curieux documents pour l'histoire de la médecine populaire ou domestique.
pour soulager la mémoire et pour permettre une. classification plus ou moins régulière des objets d'étude d’après leur manière d’être la plus générale, en tenant compte des empiétements réciproques ?
Mais oublions pour un instant le propre commentaire de Celse, el considérons les choses en elles-mêmes : ne vous semble-t-il pas comme à moi, Messieurs, qu’il serait déjà très-difficile de concevoir, au point de vue de ja pratique, une division de la médecine telle que Le Clerc veut l’établir, surtout en ce quitouche la délimitation des deux premières parties qui se pénètrent .incessamment l'une l’autre, ainsi que Celse lui-même le déclare ? Toutefois, comme les modernes eux-mêmes ont partagé la science en médecine et en chirurgie d’après des règles arbitraires, il est vrai, mais que ces deux divisions correspondent assez bien, la première à la diététique de Gelse, et la seconde à la pharmaceutique et à la chirurgie, abstraction faite de la partie purement pharmacologique sur laquelle je reviendrai tout à l'heure, rien n’empêcherait d’une manière absolue d'admettre que la division de Celse était toute matérielle; les réflexions du médecin romain sur les empiétements réciproques des diverses parties, et particulièrementdes deux premières, ne feraientmême pas obstacle à cette opinion, car nous voyons tous les jours les chirurgiens recourir tant bien que mal à la médecine proprement dite, et les médecins, à leur tour, entrer à main armée sur le terrain des chirurgiens, si le cas l’exige, lors même que les uns et les autres n’embrassent pas ordinairement la science dans toute son étendue.
Mais en présence de l’histoire, une pareille question n’a que faire de raisonnements, de suppositions et de comparaisons. Interrogeons donc l’histoire, et voyons si, dans l’antiquité, il y a eu en réalité trois classes de médecins correspondant aux trois grandes divisions, appelées vulgairement diététique, 5harmaceutique et chirurgie. Eh bien ! pas un texte ne vient, à ma connaissance, répondre par l’affirmative; tous, au contraire, permettent de conclure dans le sens opposé. D'abord il n’y à aucun témoignage direct sur lequel on puisse s’appuver, et Celse lui-même n’eût pas manqué de remarquer cette particularité si elle eût existé, En second lieu nous voyons, par les citations, par les
fragments qui nous font connaître les médecins de cette longue période comprise entre Érasistrate et Celse, que tous, les plus obscurs comme les plus illustres, aussi bien parmi Îles dogmatiques que parmi les empiriques, ont pratiqué en même temps les trois branches de l’art de guérir. Pour vous en convaincre, vous n’avez qu’à ouvrir les Pibliothèques médicales, chirurgicales et botaniques de Haller, vous trouverez précisément la confirmation de monassertion, et cependant, chose étonnante, Haller lui-même partage l'opinion de Le Clerc, de sorte qu’il détruit d'une main ce qu’il cherche à édifier de l'autre; car vous trouvez dans l’une et l'autre bibliothèque, Mantias, Andreas de Caryste, Hicésius, Zénon, Glaucias, Apollonius, Sérapion, Héraclide, et tant d’autres qu’il serait trop long d’énumérer (1).
Dire avec Hecker que, par suite du parlage purement scientifique de la médecine en trois branches, il est arrivé que chacun, suivant son goût particulier, s'est plus spécialement attaché à l'une ou à l’autre de ces branches, c’est dire trop ou ne rien dire du tout. Dans le premier cas, c’est revenir au sentiment de Le Clerc par une voie détournée, d'une manière moins explicite et dans un sens moins absolu; mais cette simple prédilection ne ressort même pas de l'histoire, et l'on ne voit pas qu'il y ait eu, du moins d’une façon générale, des médecins qui se soient plus occupés de la seconde que de la première partie. On voit, au contraire, qu'ils étudiaient avec un soin égal tout ce qui concernait l'art de guérir. — Prétendre que quelques individus se sont plus particulièrement attachés à une partie qu'à une autre, c’est, je le répète, ne rien dire du tout, car cela ne constitue pas une division pratique et consacrée de la médecine ; il n’y a là qu'une tendance individuelle sans influence sur l’ensemble de la pratique.
Je tomberais moi-même dans une grave erreur si je n’admettais aucune division dans l'exercice de l’art de guérir ; mais cette division ne répond pas du tout à celle de Le Clerc, de Haller ou de ceux qui ont partagé leur sentiment. Celse lui-même dit, dans le préambule du livre vis, qu'après Hippocrate, la chirurgie, dis-
(1) On trouvera une nouvelle confirmation de cette universalité des médecins
alexandrins, en consultant, pages 464 et 163, la dernière colonne du Tableau chronologiaue de ces médecius,
tinguée des autres branches de l'art de guérir, à cause de la grande extension qu’elle avait prise, fut enseignée dans des livres spéciaux (kabere professores su0s cæpit). L'histoire nous à conservé quelques renseignements Sur plusieurs de ces praticiens appelés chirurgiens (4); mais entre le fait de la séparation de la chirurgie (et surtout de la chirurgie opératoire où mécanique) au profit de quelques individus, tandis que l’art de guérir était étudié et pratiqué dans toutes ses parties par la majorité des médecins, et un partage réel de la médecine en trois branches exercées par trois classes de praticiens, il y à une distance 1immense sur laquelle il n’est pas besoin de s'arrêter davantage. Ces chirurgiens sont précisément les gens qui ont été poussés par un goût particulier ou par la nécessité vers une partie de l’art de guérir plutôt que vers une autre. D'ailleurs nous voyons que ces praticiens peuvent être le plus souvent rangés dans la classe des spécialistes proprement dits, je devrais presque dire des rebouteurs ou des mécaniciens, classe qui n'était pas moins nombreuse dans l'antiquité que dans les temps modernes, ainsi qu’on le voit par Galien (2). Si Galien est forcé d'admettre les spécialités, il s'élève contre les spécialistes, en tant que ces demies ou ces quarts de médecins, ainsi qu’il le dit, voulaient considérer leurs spécialités comme des parties distinctes de la médecine, qui est une, quelles qu’en soient les divisions (3).
On voit, d’après ce que nous raconte le médecin de Pergame, qu'il y avait des oculistes, des opérateurs de la cataracte, des dentistes, des chirurgiens herniaires, des gens qui pratiquaient uniquement la paracentèse, la lithotomie (4), l'opération du cathété-
(4) Au rapport de Celse, dans le même passage, c’est à Philoxène (d’après le manuscrit du Vatican) que sont dus les grands développements de la chirurgie opératoire. (Voyez plus haut, p. 460 et suiv., le Tableau chronologique.)
(2) L'hygiène est-elle une partie de la médecine ou de la gymnastique? chap. 24, t. V, p. 846, suiv. — Cf. Des parties de la médecine, chap. 2, t. IV (in Spuriis libris), { 16, éd. des Juntes.
(3) Mius Téyvns pôpua. — On voit bien par tout ce passage que, pour Galien comme pour Celse, la division de la médecine en trois parties est une division scientifique et non matérielle, fondée sur la diversité des moyens thérapeutiques.
(4) Voy. p. 97 et 200, note 4.
risme, qui s’occupaient des oreilles, des maladies de l'anus. I y avait encore des médecins appelés diététiques, pharmaceutiques et même bofanistes, parce qu'ils se servaient plus particulièrement de la diète, des médicaments composés ou des herbes pour toutes espèces de maladies. Ceci se rapporte au temps de Galien, et il s’agit bien ici d’un système thérapeutique ; il y a même des gens qui s’appelaient donneurs de vin ou d'ellébore (4). Ces spécialités, comme le remarque l’auteur Des parties de La médecine, ne pouvaient s'exercer que sur de grands théâtres ; autrement le métier n'aurait pas suffi pour faire vivre ceux qui s’y livraient. La spécialité avait revêtu toutes les formes, et l'antiquité, sous ce rapport, n’a rien à nous envier. J] y avait même des spécialistes de plus bas étage; on trouve des médecins qui s’exercent à bien donner des clystères, à saigner les veines ou les artères (2).
Je dois faire remarquer en outre que les chirurgiens, du moins quelques-uns, ne se restreignaient pas seulement à la branche appelée chirurgie par Celse; car on voit qu’ils s’occupaient aussi des maladies externes qu’on traitait à l’aide des médicaments (pharmaceutique). Philoxène lui-même en est un exemple, puisque Galien le cite souvent pour diverses formules de topiques. Ainsi cette séparation même de la chirurgie et l’extension qu'on donnait à ce mot prouvent péremptoirement que la division en trois branches était purement scientifique et n’avait pas de représentation exacte dans la pratique.
Affirmons donc, pour clore la première partie de ces remarques, que les plus grands praticiens de la période comprise entre la fondation de l’école d'Alexandrie et Celse, furent à la fois médecins ct chirurgiens. La séparation de la chirurgie proprement dite et considérée dans son ensemble ne fut certainement pas aussi
(4) Je n'ai pas besoin de rappeler qu'au dire d’'Hérodote, la médecine était aussi exercée en Égypte par des spécialistes de toute nature, ou plutôt que la médecine paraît avoir été divisée dans ce pays en de très-nombreuses spécialités, de telle sorte qu'il n’y avait pas de médecins proprement dits. A Alexandrie, c’est la médecine populaire ou de bas étage, et non la médecine scientifique, qui s’est formée sur ce modèle.
(2) Gal., L'hygiène est-elle une partie de la méd,,t. NV, p. 850.
généralement acceptée dans l'antiquité que de nos jours; je n'ai pas besoin d’ajouter que cette séparation, consacrée dans l’en-
seignement des écoles, ne repose sur aucune donnée scientifique.
Quelqueshistoriens, entre autres Sprengel (1), tout en suivant d’une manière générale le sentiment de Le Clerc, s’en sont écartés sur un point important et ont introduit une erreur de plus dans la discussion. Nous avons vu que l'historien de Genève savait parfaitement quelles parties de la médecine comprenaient les divisions admises par Celse ; son seul tort, c’est d’avoir cru que chacune de ces divisions correspondait à une classe spéciale de praticiens. Mais le professeur de Halle commet à la fois une double faute, lune qui lui est commune avec Le Clerc, l’autre qui lui est propre et qui consiste à croire que par pharmaceutique Gelse entendait la rhizofomie ou apothicairerie. En regardant la »hizotomie où apothicairerie comme répondant à ce aue Celse appelle pharmaceutique, Sprengel commet pour ainsi dire plus d’erreurs qu'il n’écrit de mots. D'abord Celse déclare positivement dans la préface du livre v, que la pharmaceutique est la partie de la médecine qui combat les maladies, principalement par les médicaments. Les livres v et vrtout entiers ne sont qu’un développement de cette définition ; seulement, ainsi que je l’ai déjà fait remarquer, l’histoire des médicaments composés est jointe à la nosographie et à la thérapeutique proprement dite, comme dans la première partie la matière de l'hygiène est comprise sous le nom de diététique.
Comment a-t-il pu venir dans l’esprit de Sprengel que Celse ait considéré comme une partie de la médecine la pharmacopolie telle qu’elle était exercée dans l'antiquité? C'était un véritable métier de charlatans et de sophistiqueurs.
Sprengel aurait eu au moins une ombre de raison en regardant comme identiques la pharmacopolie et la rhizotomie, quoiqu'au fond cette identité n’existe pas, ainsi que je le démontrerai plus bas. En tout cas, la pharmacopolie, et la rhizotomie à plus
(1) Sprengel, Geschichte der Arzn., p. 541.
forte raison, ne sont pas comparables à notre apothicairerie où pharmacie. Ni une ni l’autre profession n'ont jamais été regardées par les anciens comme faisant partie de la médecine, pas plus que les herboristes d'aujourd'hui ne sont tenus pour des médecins: c’est là une invention des historiens modernes. Ge qu’il ne faut pas oublier, c’est que l’art de confectionner les remèdes n’était point dans l'antiquité séparé de la médecine, et que les médecins, du moins au temps de Celse, comme à celui d'Hippocrate, ne s’en rapportaient qu'à eux-mêmes pour la préparation et la vente des médicaments. Les matières premières leur étaient fournies en grande partie par les rhizotomes et par les pharmacopoles. L'officine du médecin servait tout à la fois aux opérations et à la pharmacie ; tous les médecins se livraient aux manipulations ; elles n’étaient le domaine exclusif d'aucun en particulier. Plus tard les rhizotomes et les pharmacopoles empiétérent sur les droits des médecins, que ces derniers le permissent ou non. Encore si les pharmacopoles préparaient les médica= menls, ces médicaments passaient-ils par les mains des médecins pour arriver aux malades. En un mot, les médecins ne formulaient pas une ordonnance que le pharmacopole remplissait; ils ne faisaient que s’approvisionner auprès du pharmacopole pour l'usage de leur clientèle. Quand les pharmacopoles où même les rhizotomes délivraient immédiatement des médicaments aux malades, ils agissaient comme nos droguistes ou herboristes qui font de la médecine populeire. Les médecins mêmes qui ont écrit ex professo sur les médicaments s’occupaient également des autres parties de la médecine, ainsi que je l'ai établi plus haut.
Les matières premières étaient donc fournies aux médecins par deux classes d'individus qui n'ont jamais fait partie du corps médical, mais qui ont trop souvent, je le répète, empiété sur les droits des médecins : c’étaientles rhizotomes et les pharmacopoles. Les rhizotomes, encore plus éloignés des pharmaciens que les pharmacopoles, avaient pour office de recueillir les plantes, comme leur nom l'indique ; ils les vendaient sur le marché, soit aux médecins, soit au publie, soit enfin aux pharmacopoles eux-mêmes, qui avaient un établissement fixe et auprès desquels les médecins se fournissaient, attendu qu’ils tenaient
toute espèce de drogues premières. Ils réunissaient quelquefois les fonctions de droguistes, d’herboristes, de parfumeurs et de magiciens; ce ne fut que tardivement et avec le relâchement des mæurs que les médecins leur abandonnèrent en grande partie le soin de préparer les médicaments. Plus tard même il y eut des pharmaceutes en titre, chargés de l'application des remèdes externes ; c’étaient des espèces d’infirmiers ou d’aides, comme étaient les aides des Asclépiades ; encore ces derniers étaient-ils pour la plupart des é/èves qui à leur tour pouvaient devenir des maîtres : de lont temps les médecins ont eu des aides libres ou esclaves, comme on le voit par les ouvrages de Platon et d’'Hippocrate.
Ainsi ni la rkizotomie ni la pharmacopolie ne furent jamais une division de la médécine ; autant vaudrait diré que la chirurgie ne comprenait que l’étude des instruments, et que la diététique n'embrassait que celle de la matière de l’hygiène.
D'ailleurs, avant les Alexandrins, du temps d’Aristophane, de Théophraste et certainement longtemps avant eux, il y avait des pharmacopoles, et jamais on n’a regardé leur art comme une division de la médecine.
Je n’en finirais pas si je voulais rapporter et surtout examiner en détail toutes les opinions plus invraisemblables les unes que les autres, émises sur cette phrase de Gelse par les historiens. Je ne discuterai donc ni celle de Schulze (1) partagée par Weber (2); suivant ces deux auteurs, il s’agit du libre développement, dans toutes ses branches, de la médecine longtemps comprimée et resserrée par les Asclépiades et par les philosophes (3); — ni celle de Jacobson (4), qui prétend que Gelse a entendu parler de l’enseignement et non de la pratique; idée ingénieuse, mais sans fondement; — ni celle de M, Rosenbaum : si j'ai bien compris sa pensée, il interprète le passage de Celse qui nous occupe
(1) Schulze, Hist. med , p. 119 suiv., pars 1, Cap 5.
(2) Weber, Spec. nov. Celsi edit., p. 12.
(3) « La médecine, dit Weber, est une fleur dont les pétales, d’abord resserrés dans le calice, rompent cette enveloppe et s’épanouissent au soleil. »
(4) Jacobson, De antig. med. Halmst., 1766, in-A°, p. 9,
d’une façon tout à fait inadmissible dans les notes ajoutées à la nouvelle édition de Sprengel. Il suppose que Celse à entendu non point deux parties de la médecine par les mots diététique et pharmaceutique, mais deux systèmes médicaux d’après lesquels toutes les maladies étaient traitées par le régime ou par les médicaments. Il allégue en preuve les Hérophiléens et les Érasistratéens ; mais il est évident, et parle texte du médecin romain, et par les explications que lui-même donne en divers endroits des mots dététique et pharmaceutique, enfin par tout son livre, qu’il s’agit bien certainement de parties et non de systèmes. D'ailleurs, avec une pareille manière de voir, que faire de la chirurgie? Pour admettre l'opinion de M. Rosenbaum, il faut donner au membre de phrase où il est question de la chirurgie un tout autre sens qu'aux deux précédents; mais tous se liennent par des liens étroits et l’ordre d'idées ne change certainement pas; il faut, de plus, admettre que, pour la chirurgie, Celse à entendu qu’il s'agissait d’une séparation d’avec le reste de la médecine, en un mot d’une partie distincte. Mais qui ne voit où conduit une pareille interprétation dont le critérium est dans l'imagination et non dans les textes ?
En résumé, la division rapportée par Celse aux origines de l'école d'Alexandrie, mais plus ancienne, puisqu'elle se retrouve déjà dans Platon (1), et à quelques différences près dans le traité hippocratique De la bienséance, est toute scientifique (2);
(1) Voy. Galien, Ufrum medic. an gymm. sit hyg., t. V, p. 847. Voyez aussi, sur l'union, eu égard à la pratique, de la médecine et de la chirurgie au temps d’'Hippocrate, M. Littré, 4rgum. du Serment, t. IV, p. 616-647.
(2) Le passage suivant, tiré d’un livre très-curieux attribué à Galien (De partibus artis medicae, 4, p.16 (inter libros spurios, éd. des Juntes), me parait venir en confirmation de cette opinion; il y à d’ailleurs, dans une partie de ce passage, une analogie singulière et tout à fait curieuse, même pour la forme, avec la phrase de Celse : « Sunt enim quidam, ques possis audire, secantes totam artem in phar- « maceuticen, et chirurgicen et diactelicen, id est, in cam quae medicamentis, et « eam quae manuum opera, et eam quae victus ratione medetur... Nonnulli vero in « therapeuticen, id est in curatricem, ef eam quae hygiene, id est salubris appel- « latur; ali et prophylacticen... inter bas in prima statim partitione introducunt; « sicut quidam et analepticen, etc. »
c’est une classification didactique fondée sur la thérapeutique, comme d’autres ont été établies plus tard d’après des points de vue différents. Cette division n’a point de correspondance dans la distinction de divers ordres de praticiens; elle s’explique très-bien par le développement de la science, par le besoin naturel à l’homme de classer les objets de ses connaissances et de ses recherches, afin de trouver un fil conducteur et de conserver dans sa mémoire ce que l’étude lui a appris; ajoutons enfin que c’est une grave erreur de regarder la pharmaceutique comme identique, soit avec la pharmacie, soit avec la pharmacopolie et encore moins avec la rhizotomie.
Quand on écrit sur l’histoire générale de la médecine, iln’est pas possible d'oublier Pline, ni de lui refuser une place, si petite qu’elle soit, et certes elle n’est pas tout à fait petite. S'il est vrai que Celse en son beau langage résume toute la médecine ancienne, Pline, en son style énergique et concis, nous révèle presque tous les secrets de la médecine populaire et superstitieuse ; il à aussi donné le ton et fourni la matière à tant d'ouvrages du moyen âge, qu’il ne faut presque jamais le perdre de vue, pas plus que Galien ou Avicenne ; enfin, la plupart des recettes actuelles que les bonnes femmes ou les charlatans mettent effrontément en circulation sous leurs noms, dérivent de Pline ou de quelquesuns de ses émules du 1v°, du v° ou du vi‘ siècle.
Mais là ne se borne pas encore le rôle de Pline; ilen a un autre plus élevé et non moins important (car je tiens pour trèsimportante l’histoire de la médecine populaire). L'auteur de l'Histoire naturelle nous a conservé, au milieu des innombrables extraits qu’il a faits dans une multitude infinie d'ouvrages, une foule de textes empruntés à de trés-anciens médecins, et nous a fait connaître leurs pratiques médicales, ou du moins l’emploi qu’ils faisaient des substances tirées des trois rêgnes de la nature.
Dans les trop fréquents passages anonymes, on distingue assez aisément l’origine médicale et l’origine populaire des recettes ou des prescriptions, quand des invesligations altentives au milieu des débris de notre littérature ne nous font pas retrouver ces passages chez les auteurs conservés, chez Dioscoride, par exemple,
chez Hippocrate, et aussi parmi les fragments des Alexandrins ou de leurs prédécesseurs immédiats. — Enlevez à Pline comme aux autres compilateurs tout ce qu'ils ont emprunté, il ne leur restera rien en propre; mais, en revanche, de quels trésors l'histoire ne se trouvera-t-elle pas enrichie aux dépens de leur érudition, et combien d'auteurs ne reprendront-ils pas ce qui leur appartient légitimement !
C’est là, Messieurs, une des premières règles et des plus essentielles de la critique historique. Avant de croire À ceux qui vous vantent l'originalité des compilateurs, des abréviateurs ou des encyclopédisies, originalité à laquelle souvent eux-mêmes n'ont pas prétendu, vérifiez les assertions, écoutez les échos de la tradition médicale, interrogez tous les lextes conservés, et vous verrez les illusions d’un esprit prévenu ou mal informé s’évanouir à la lumière de ces recherches rétrospectives sur Îles sources originales des travaux de seconde main.
SouxammE : Galien, son caractère, — Ses œuvres. — Son influence. — Ce qu’il représente dans la médecine ancienne. — Comment on doit envisager son anatomie descriptive et son anatomie philosophique. — Théorie des causes finales.
MESSIEURS
L’œnvre de Galien (né à Pergame l'an 131 de J. G.) est le point culminant de la médecine grecque. Avant Galien, tout monte et tout converge vers un état qu’on pourrait croire définitif; après lui, tout commence à descendre et tout semble un moment se dissocier pour une ruine inévitable. Je ne saurais ni mieux résumer ma pensée sur Galien, ni la présenter sous un jour plus vrai, qu’en disant de ce grand médecin qu'il est à la fois le représentant du dogmatisme le plus exagéré et le chef de l’école expérimentale la plus avancée. — Ses raisonnements sont aussi déraisonnables que ses observations sont précises et sûres, quand il veut bien regarder la nature au lieu de faire des actes de foi, parfois un peu hypocrites, envers HHippocrate ou Aristote. Ainsi, Messieurs, s’il nous a fallu sacrifier sans miséricorde une bonne partie de la physiologie et presque toute la pathologie et la thérapeutique générales de Galien; si les excès de son imagination ou les éclats de sa vanité ont souvent attiré le sourire sur nos lèvres, nous avons, en mille occasions, admiré ses belles descriplions anatomiques, ses vues si élevées et si justes sur le diagnostic local, sa perspicacité dans le traitement de celles des maladies qu’il avait nettement déterminées.
Les écrits de Galien (1) démontreraient à eux seuls combien sont tantôt bienfaisantes, tantôt funestes, mais toujours impérieuses, les influences de la physiologie sur la pathologie, puisque tout ce qu’il y a de bon et tout ce qu'il y a de mauvais dans ces volumineux écrits provient de la bonne ou de la mauvaise physiologie. Galien aurait pu, en certaines circonstances, mieux user des instruments qu'il avait entre les mains et montrer un esprit plus indépendant ; toutefois, si nous voulons apprécier ses doctrines et mesurer ses efforts avec équité, n’oublions pas qu’il était difficile, pour ne pas dire impossible, d'aller beaucoup plus loin que lui dans le milieu scientifique où il se trouvait.
Galien, malgré son peu de courage civil ou médical, qui ne lui permettait ni de suivre l'empereur à l’armée, ni de rester à Rome durant la peste; malgré les emportements et les injustices de sa polémique, malgré sa puérile jactance et sa fausse humilité, malgré un flux de paroles inutiles, une obstination fatigante de raisonnements qui l'ont trop souvent égaré hors de la boane voie que lui-même avait cependant si largement ouverte par l'anatomie, la physiologie expérimentale et même par la clinique, Galien possédait presque toutes les qualités de lesprit qui font l’homme supérieur, mais il n'avait rien de ce qui constitue Fhomme de génie. D'ailleurs le ciel lui eût-il donné en partage celte flamme divine qui animait Hippocrate ou Platon, il n’eût sans doute ni découvert la circulation du sang, ni changé la théorie de la respiration, ni créé l'anatomie générale : au second siècle après Jésus-Christ, il ne pouvait être ni Harvey, ni Lavoisier, ni Bichat; le temps n’était pas venu, la préparation
(4) En laissant de côté les nombreux livres ou détruits par l'incendie du temps même de Galien ou perdus depuis lui, ou faussement mis sous son nom, of compte aujourd’hui près de 406 traités qu'on regarde comme authentiques. Peu d'écrivains, à l'exception des Pères ou des Docteurs de l'Église, ont été aussi féconds. L'ampleur du bagage littéraire et une certaine enflure d’un styie diffus, ont pas peu contribué à faire le succès de Galien auprès des Arabes; or, it ne faut pas oublier que c'est des Arabes, bien plus que des premières écoles barbares (qui cependant connaissaient plusieurs de ses ouvrages), que vient l'autocratie de Galien en Occident, en même temps que celle d’Aristote et par la même voie.