‹ Histoire des sciences médicales v. 2 (volume 2)Chapitre 98 sur 102 · J. L. PETIT · texte numérisé non relu

J. L. PETIT

excellent et des plus judicieux sur les cas qui exigent l'amputation, notons que J. L. Petit a inventé (171 8), pour suspendre la. circulation, un tourniquet beaucoup plus simple et plus commode que l'ancien tourniquet ou garrot auquel on tenait tant , et soulignons, ce précepte : c Dans les amputations on doit couper des chairs le moins qu'il est possible^ et des os le plus qu'on peut^ car plus on conserve de chairs, plus tôt Pos se recouvre , souvent même sans s exfolier, et plus promptes sont laréunion et la cicatrisation, > Âpres avoir rappelé les différents moyens employés ju$qu*à lui pour obtenir ce résultat tant désiré, J. L. Petit rapporte, avec une admirable simplicité, le procédé qu'il a imaginé pour remplir plus sûrement cette indication. C'est ce qu'il a appelé lui-même la section des chairs en deux temps, c Je commence, dit-il, l'incision circulaire un pouce plus bas que l'endroit où j'ai dessein de scier les os ; je ne coupe, par cette première incision, que la peau et la graisse, jusqu'à la membrane qui couvre les muscles ; je fais tirer vers le haut ces téguments, en sorte que les chairs se trouvent découvertes de plus d'un pouce (une légère dissection rend plus efficacement ce sei*vice). Alors je coupe les muscles circulairement, au niveau de la peau ; je les relève encore avec la compresse fendue, et lorsque j'ai scié l'os, je le trouve enfoncé, ce qui fait qu'en peu de temps le centre est rempli et cicatrisé entièrement. En suivant cette méthode les chairs du moignon et l'os sont au niveau l'un de l'autre lorsque le malade est guéri ; quelquefois même la cicatrice est plus enfoncée au centre qu'à la circonférence du moignon, ce qui est avantageux pour l'application d'un membre artificiel. »

Petit, loin de rejeter l'amputation à lambeaux, y trouve plusieurs avantages, suivant les cas et les régions ; mais il n'en dit que quelques mots. Comme avec la méthode de Petit il arrive encore assez souvent que les os (particulièrement le fémur) sont dénudés par suite de la rétraction des muscles, Louis a cherché un perfectionnement à cette méthode ; il fixait d'abord les chairs avec une ligature, coupait d'un seul trait la peau et les muscles jusqu'à l'os, ôtait ensuite la bande qui fixait les chairs, pour donner aux muscles qui ne sont pas adhérents à l'os la liberté de se f étraçter ; après quoi il coupait itvec un bistouri les adhérences,

1286 CHIRURGIE PRATIQUE AU ILYni* SIÈCLE.

i*elevait toutes les chairs avec la compresse fendue, et sciait Tes à trois travers de doigt plus haut qu'on ne raurail fait si on Teùt scié au niveau des chairs affermies par la ligatura. Les deux méthodes combinées (car le principe demeure intact) sont defe* nues la base des procédés opératoires actuels pour l'ampaU* lion circulaire (1).

M. Malgaigne était bien inspiré quand il appelait J. L. hiic le génie, le réformateur de la chirurgie moderne. Mais Desanll, venu après Petit, est illustre aussi, non pas seulement parce qu'il est venu après ce chirurgien, mais par ses propres travaui, mar« qués au coin de la plus savante observation.

Desault (17&M796), comme Dupuytren, avec lequel il atsnt de rapports, a très-peu écrit; même, à en croire Bichat, son élève favori, élève devenu lui-même, en son genre, plus illustre qoe son maitre (2) à en croire Bichat (S), Desault n'avait jamais ré' digé qu'un seul Mémoire^ qu'il a communiqué à rAcadéroie de chiinirgie, mais dont on ignore mémeletitre.C'est dans les cahiers publics par ses élèves, dans le Journal dec/nrurffie{l79\^9i){h),

(1) Petit a remis eu usà^ la Honde en x décrite par les nucienu ; il a triompha par un taxis perséférant et bien dirigé, des hernies qui semblaient les plus rebelles.

(2) Buisson, Roux, ont été aussi les élèves de Desault. On sait que Desault Irmporta, en 1788, sur PeUetau pour la place de chirurgien en chef de rHùt«*l- Dieu; mais PeUetau fut unanimement désig^né pour son successeur ; ce n'él.iit q»»* justice rendue à une de nos célébrités chirurgicales.

(8) Éiogp fie Detauit, en léte des Œuvres chirurgicales , iSOI. Après plD«eu^ autres panégyristes, M. le docteur Labrune a publié, en 1807, une Ètud*' êvr M vie et les travaux fie Desault, travail qui a obtenu le prix d'éloquence pro|>ost' par r Académie de Besançon (Desault était Franc-Comtois). Cette élude ma parutn rffet surtout digne d*un prix de rhétorique; sauf quelques renseignements sur li* relations de Desault arec Louis XVI et avec sa famille, il n'y a absolument rien df iioufoau dans ce travail qui semble rédigé plutôt d'après V Eloge de Birhat et d'autres biographies que d'après la lecture des ouvrages composés sous l'iuspiration liu grand chirurgien. — La notice tie M. Descuret dans la Biographie médirnlr esi plu'^ instructive et fort bien écrite.

(4) Sans qu'on puisse affirmer avec Bichat, dans son Introduction, € que le Journal peut tenir lieu de tous les ouvrages, et qu'il peut les remplacer», il est certain <tt'on y trouve un très-grand nombre d'observations et de remarques d'un frrind ^trii p«r leur originalité et Idurs conséquences pratiques. Quoi qu'en dise encmv

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rédigé sous sa direction et d'apràs sa propre pratique, enfin dans les Œuvres chirurgicales' que Bichat ou Chopart ont recueillies, qu'il faut chercher la doctrine de Desault. Cette doctrine elle* même, Desault l'a prise moins dans les livres(bien qu'on ne puisse pas dire qu'il s'en soit passé, malgré son peu d'érudition), que dans l'observation attentive et continue des malades; nous savons même qu'une fois h la tête d'un service chirurgical, soit à la Charité, soit à l'HAtel-Dieu, et quoiqu'il fût marié, il ne quittait l'hôpital que pour la pratique particulière. C'est ce qui a fait dire à Bichat que la perpétuelle concentration de l'esprit sur un même sujet a jeté plus d'éclat sur la carrière de Desault, que ne Taurait fait réparpillement des recherches de divers côlés; c'est le mot paraphrasé : Timeo hominem unius libri. Bichat ajoute qu'il faut au chirurgien, comme au médecin, outre le génie, l'expérience, et que l'expérience ne s'acquiert que sur un grand théâtre : ce théAtre, qui justement manqua à J. L. Petit pour qu'il égalât, et peut-être même surpassât Desault, fut la Charité et l'Hôtel- Dieu (1). Avant Dupuytren jamais chirurgien n'avait régné comme Desault sur ses malades et sur ses élèves, et depuis Dupuytren personne n'a pu ressaisir cette autorité vraiment royale,

Desault comprit de très-bonne heure, comme l'ont fait tous nos grands chirurgiens, que la première école à fréquenter était celle del'anatomie; non-seulement il s'appliqua pour lui-mémeà cette science, mais, malgré l'opposition des confrères jaloux, il ouvrit bientôt des cours publics qui servirent de modèle à tous ses successeurs, et où affluaient les élèves. L'anatomie n*était pas pour lui une simple spéculation d'histoire naturelle, il la

Bichat, les journaux, mùm<' ceux de chirurgie, vieillissiMil comme les autres livres, parce quG la science cala pratique qu'ils représentent fieillissent elles-mêmes. Seulement on peut regarder celui de Desault comme un des plus rivants, attendu que rfipéricnce y est celle d'un gr^^nd maître aidé par de savanU élèies. Un pareil ri'cueil se consulte sans cesse, mais ne s*analyse pas.

(1) Dans un excès d'enthousiasme que l'histoire même excuse, ^Bichat semble croire que Desault s'est fait en quelque sorte tout seul ; mais si le champ de la chirurgie n'avait pas déjà été profondément et savamment labouré par Petit et par tant d'autres, le chirurgien de l'HAtel-Dieu n'aurait pas réussi à y faire germer tant de brillantes inventions.

1)88 OHIRCtOIE PRATIQUE AU XVIII' SIËCLE.

voulait toujours unie à la physiologie, appliquée, soit au diagoostic des maladiesy soit au manuel opératoire; il voulait qu'elle servit, par la comparaison de l'état normal avec les changemenis pathologiques, à éclairer le chirurgien sur la nature des affections qui se présentent à son observation, et sur le rapport qui existe entre ces changements et les indications thérapeutiques. C/est ainsi qu'il devint le créateur de cette anatomie chimrgicaJe que Dupuytren a mise en si grand honneur, et que les diirargiens du monde civilisé ont cultivée avec une éroulalionqoe l'anatomic microscopique a fortifiée loin de l'amoindrir.

Desault fut assez longtemps à perfectionner ses connaissances positives avant de se signaler par quelque notable inTeotion; mais le premier pas qu'il ait fait dans la voie des déeoaverles a été dirigé par l'anatomie et par la physiologie (1) . C'est en ellel en réfléchissant sur la forme de la clavicule, sur Tenseaible des muscles auxquels cet os est soumis, et en calculant ensuite la force des puissances musculaires dans le déplacement des fragments de cet os fracturé, qu*il est arrivé à inventer un bandage qui opp(^ à ces puissances un degré égal de résistance (2). L'application de cet appareil a été couronné de succès, et depuis, son emploi a pris rang, avec quelques modifications, dans la chirurgie classique. Les diiïérentes espèces de fractures, les signes qui les font reconnaître, la diversité des chevauchements, les complications, le mode de réduction, sont étudiés avec un grand soin. Desault a aussi remarque que dans certaines fractures (notamment celles qui ont lieu à Textrémité humérale ou à l'extrémité sternale), les fragments s'écartent à peine de la position naturelle (8). — Ses recherches sur les fractures de l'extrémité supérieure de Thumérus, du col du fémur et du grand trochanter n^ofiTrenl f^

(1) Son étuilc de rarticulation scapulo- humérale et de l*ArticulatioD du coude, t^a vue des luxations qui s*y produisent, prouve aussi combien c'est surtout parl^n^ tomie qu'il est supérieur ù ses devanciers dans ses remarques sur les fracturr^^ les luxations.

(2) Il est également Tinventeur du bandage ù extension continue pour la luutù>n de la clavicule à ses extrémités sternale ou humérale.

(3) Voy, aussi le Mémoire sur la fracture fie la rotule. Le moyen de reduclii-n que Dcsnult y propose est ingénieux et, en général, suffisant. Pour la rupture du tendon d Achille, il a très-heMreusemeflt modifié Tappareit de Petit.

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