AU PRINCE NAPOLEON
GRAND CROIX DE LA LÉGION D'HONNEUR MEMBRE DE L'iNSTITUT DE FRANCE
Monseigneur,
Je ne suis pas de ceux qui oublient, et j'aime à rappeler ici en plein jour, la tendre et respectueuse affection que mon père a constamment ressentie pour votre personne.
Permettez-moi d'inscrire votre nom sur la première page de ce livre, qui vous revient de droit et de fait, car héritier direct du Grand Empereur, vous avez comme lui encouragé les Sciences. Imitant son exemple, vous vous êtes entouré des plus nobles esprits de votre époque, et comme il l'a été, vous êtes membre de cet illustre Institut de France
qui demeure la plus vivante synthèse intellectuelle de l'Univers.
Votre gloire dans l'histoire sera d'être resté un cœur libre et ouvert, d'avoir été calomnié, peu écouté, car semblable à la prophétique Cassandre, vous présagiez souvent aux incrédules les dangers des événements qui se préparaient. -
C'est un républicain de vieille date qui vous présente un salut de regret, de sympathie, de gratitude. Je vous l'adresse de la France que vous avez agrandie, en contribuant à lui donner la Savoie, sol natal de mon aïeul paternel, le lieutenant Barrai, compagnon d'armes de Junot. Je vous l'envoie avec ferveur, car je sais aussi qu'en 1870, vous avez combattu contre le parti de la guerre ; qu'en 1S71 , vous avez lutté contre la confiscation de Metz, la ville livrée, mais non vaincue (yirgo invicta, sed violata), qui a bercé l'enfance de mon père et que mon père adorait.
Vous avez pieusement servi la patrie, et c'est avec une conscience calme et fière, que vous avez pu proclamer n'avoir jamais conspiré contre son repos, son indépendance, l'intégrité de son territoire-
Cet hommage du citoyen au Prince proscrit, ira vous trouver sur la terre d'exil. Il vous répétera que les Français ne savent pas encore employer, vite et bien, cette forme idéale de Gouvernement — la République — àl'exercice de la vraie liberté, à l'application sainte de la trop irresponsable justice, à la grandeur morale et matérielle du pays, — à donner, à pardonner. Sans maître supérieur, nous sommes tous maîtres et despotes, tyrans les uns des autres, esclaves et victimes des ambitions individuelles.
Vous savez par expérience que le sentiment du devoir accompli et le travail persévérant, sont les suprêmes consolateurs. Il n'y a rien au delà dans ce monde fugitif. Et s'il est possible de trouver un apaisement aux tristesses contemporaines et aux persécutions des hommes, on peut le faire en racontant les grandeurs des temps écoulés.
J'ai cherché cette consolation en exposant l'admirable mouvement scientifique qui est né avec Bonaparte, et qui, sous son influence personnelle et immédiate, a pris un développement si extraordinaire pendant le Consulat et le premier Empire. Jamais dans le passé,