CHAPITRE PREMIER
BAPTISTES^ ANABAPTISTES , MENNONITES , GEVERAL-BAPTISTES, BAPTISTBS-INDÉPENDAWS OC UNIVERSELS; PARTICULAR-BAP- TISTES, BAPTÎSTES-CALVINISTES; SABBATABIENS, SABBATAIRES.
Dans l'histoire des premiers siècles chrétiens, saint Epiphane nous montre une secte issue du judaïsme , celle des Hémérobaptistes , ( voyez cet article ) , ainsi appelés , parce que tous les jours ils réitéraient le baptême comme indispensable pour arriver au salut ^ Marcîon enseignait que, pour effacer les péchés commis depuis le baptême , on pouvait en administrer un second et même un troisième ^. Les Éthiopiens sont rebaptisés annuellement le jour de TÉpiphanie. Cet acte n est point réputé sacrement , mais seulement une céré-
^ Saint Epiphane , -Si:pr^5. , 19.
2 Ibid, , Hœr9s, , 47»
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monie commémorative du baptême de Jésus^ Christ, dont on célèbre l'anniversaire ^.
Le seizième siècle , si fécond en hérésies , vit naître celle des Anabaptistes. On peut consulter les ouvrages dé Heresbach , Ottius, Grœsius , Mes^ bovins et Catrou ^ , pour connaître à quels excès se livrèrent les premiers sectateurs de cette dénomination.
La tyrannie des princes et des seigneurs allemands avait irrité les paysans , qui , au lieu de se borner à secouer le joug , commirent beaucoup de désordres. L'insurrection prit alors le caractère d'une révolte à laquelle on opposa la force des armes ; le sang coula à grands flots ; les opprimés furent punis par les oppresseurs , non moins coupables , qui restèrent impunis et triompbans. Les Anabaptistes prirent une part active , et la plus odieuse , à ces événemens ; ils proclamèrent que toute autorité civile était contraire à TÉvangile : c'était ériger l'anarchie en principe; leurs brigan-
^ Osorius , de rébus £ImmanueUs , lib. IX. — Kloptel , Institution, theolog,, pars a^. , lib. 11^ etc.i, notes, pag. 3 12.
^ Conradi^Heresbachii Historia anabaptisamm monasteriensium , i65o, Amsterdam.
Jo. Henr, Ottii annales anabaptistici, in-f^. , Basil. , 1692. — Arnold Mesho^ii historia anabaptistica, in-4**-» Colon. , 161^.
Histoire du fanatisme dans la religion protestante , par le père Catrou, 3 vol. in-12, Paris, 1733.
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dages, leurs cruautés, le saccage de Munster en furent la conséquence.
Une troupe de ces frénétiques, arrivés en Suisse, y porta le trouble et le scandale. Prêchant dans les forêts et au milieu des champs , ils annonçaient l'arrivée très- prochaine du Messie , qui abolirait toute autorité temporelle et spirituelle. A Saint-Gai , un Anabaptise , se disant inspiré, coupa la tête à son frère , comme victime expiatoire pour les péchés du monde'. Berne, Zurich, Bâle, Saint-Gai et Schaffhouse, décrétèrent contre les coupables des punitions sévères. Melanchton , Bèze et Calvin avaient décidé qu on pouvait mettre à mort les hérétiques , en se réiservant sans doute le droit d'appliquer cette qualification. Le sénat de Zurich, l'appliquant aux Anabaptistes, ordonna de les noyer , ce qu'on fit, ainsi qu'à Bâie et ailleurs.
Becold et Jean de Leyde , établirent la polygamie. Celui-ci eut dix-sept femmes , avec la qualité de reines , à l'une desquelles il coupa la tête , tandis que les autres dansaient. Ecartons le récit des obscénités dont les premiers Anabaptistes retracèrent toute la turpitude. Quelques-uns voulurent introduire la * communauté des femmes, « c'était la doctrine de David George, qui admet- » tait la promiscuité des conjonctions pour vaincre
^ Histoire de la nation suisse, par M. H. Zschokke, traduite par M. Monnard, in-8\» à Arau, 1823, p. 189.
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)> la chair y devenir spirituel et avoir une postérité » sainte ^ »
Presque tous les adhérens à la secte se dirent inspires. Une des prophétesses s'entoura de douze apôtres et se déclara le Messie. Ce titre lui était disputé par le même David George, auteur de deux ouvrages intitulés , l'un de la Perfection y Y autre des Sept merveilles^ pendant vingt ans il travailla sans relâche à propager ses blasphèmes. D'après une révélation qu'il avait eue en i536, c'était lui qui devait perfectionner l'Eglise ^.
Quelques dissentimens sur le règne du Christ , et sur la polygamie , s'élevèrent entre deux hommes fameux dans l'histoire de l'Anabaptisme , Abbo et Hofiman. Ce dernier projeta, dit -on, de réédifier Jérusalem. Mais lequel des Hofl&nan? Car plusieurs personnages de ce nom figurent dans l'histoire de l'Anabaptisme; le plus connu, ou plutôt le moins ignoré , fut Daniel HoSman , professeur à Helmstadt; selon lui, le baptême des en fans était une invention diabolique. Il attribuait sans doute la même origine à la philosophie, puisqu'il la rejetait en supposant qu'elle était opposée à la révélation : la secte des Hoffmanistes, qui était une branche de l'Anabaptisme, répandue en Frise, en Lusace, dans la
^ Historia Davidis Georg'd, etc., in- 12, Deventer» 1C42 , écrite par son gendre, Nicolas filesdikius.
^ Ilnd.^r et Meshovius, lib. II, pag. 45.
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Haute- Allemagne , fut peu nombreuse et s'éteignit promptement '.
Jean Mathis, auteur présumé de louvrage intitulé : Le Rétablissement , veut que Jésus-Christ exerce l'empire civil , et qu'on abolisse toute magistrature. Proscrivant les études comme pernicieuses , il fit brûler tous les livres trouvés à Munster, excepté la Bible, traduite en langue vulgaire; par-là fut détruite la bibliothèque de Rodolphe Langius, qui contenait des manuscrits précieux.
Les délires de l'Anabaptisme devinrent partiellement l'héritage d'une foule d'autres sectes actuellement éteintes* A une époque voisine de l'origine de la secte-mère , on en comptait déjà quarantequatre ^.
Les Baculaires, qui regardaient comme un crime de porter, les armes et même un bâton , ou qui, selon certains auteurs, substituaient à l'usage des armes celui du bâton.
Les AdamiteSy au nombre de plus de trois cents , ils se rendirent sur une montagne , espérant de là être enlevés au ciel.
^ J^oy, sur les Hdffmanistes , Ottius , Ross , dans sefe Religions du monde \ Baumgarten , édition de Semler , pag. i2i5 et suiif, ^ Hoornbeek , Summa controi^ers, , pag. 37 ou 871; SeckendorE, His t. , lib. III, J 75, n<». i5, et surtout Disputatio historica de sectd Hoffmanisia- Fum, praoside J. Gottlieb Hoffman, in-4°-. , Lipsiœ > 1700,
^ Meshovius, pag. 78.
Les Impeccables ; dans la récitation de ï Oraison Dominicale y ils omettaient ces mots : Pardon'nez-nous nos offenses^ parce qu'étant régénérés, ils étaient à l'abri de toute souillure*
Les Podoniptes , ainsi appelés parce que le lavement des pieds ou podonipsie, était à leurs yeux une espèce de sacrement, un acte obligatoire, leur cbef était Mathieu Servatiùs ^
Les Réjouis , les Pleureurs , les Taciturnes ^ les Clanculaires , les Mani/estaires , les Sanguin Jiaires , les Adiaphoristes , les Pneumatiques , les Nus-Pieds , les Effrontés , etc.
£n 1 536 , Mennon Simonis , ou, comme d'autres l'appellent Simon Menno, né dans le pays de Lewarden, prêtre catholique, avait reconnu et imprimé que le baptême des enfans était ea usage dès le temps des apôtres^. Ce Menno , qui, de son aveu , était extrêmement débauché , apostasia , forma un système de doctrine et de discipline qu'il opposa aux fureurs anarchiques des Anabaptistes. Leurs excès avaient révolté une foule de gens qui se rallièrent à lui. Sa vie , autrefois très-déréglée , étant devenue plus régulière , il accepta , sur leur demande , et remplit , jusqu'à sa mort, en i56i , le ministère de sa secte ; mais bientôt ils se divisèrent sur l'article de l'excom-
^ Summa contro^ersiarum , par Hoornbeek, p. 388.
' ^ GuilL fValli historia baptisnU infantium , in-4^.y Bremae, 1748, pag. xij de la préface.
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munication. Les uns la prodiguaient , et en étendaient très-loin les suites. D'autres , plus modérés , en restreignaient l'application et les effets ; ce qui fit distinguer les M ennonites en deux branches , les Grossiers ou Modérés , ou Waterlanders , parce qu'ils étaient plus nombreux dans le eantou nommé FFàterland. On les appela aussi Groningiens , parce qu'ils avaient des assemblées périodiques à Groningue ; les Fins , ou Raffinés , ou Subtils , ou Rigides , ou Flamands , subdivisés en Flamands , proprement dits Frisons et Ailemands. La qualification de Modérés indique chez ceux-là moins d'austérité. Jadis ils étaient divisés en deux branches , nommées Lammistes et Zonnistes. Ceux-ci , observateurs ponctuels de leur confession de foi; ceux-là, rejetant toute confession de foi.
Les Zonnistes , devenus plus souples , sont actuellement presque tous réunis aux Lammistes. Les Fins , en général , affectaient un air grave et composé; ils jouissaient d'une réputation de probité, de bonne foi dans les affaires, d'ardeur pour le travail , de charité envers les pauvres. Très-peu de communautés peuvent être comptées présentement comme appartenant à la classe des Mennonites rigides. En Frise, on en cite deux ou trois qui entretiennent des liaisons de fraternité avec des congrégations pareilles à Dantzig et autres lieux situés près la mer Baltique. On pourrait citer encore, comme Mennonites rigides, ceux de
Giethoom dans TOver-Yssel , et la communauté , dite Suisse^ a Groningue. Les premiers sont, la plupart, des campagnards très-simples, sans culte réglé, mais ils se rassemblent quand quelqu'un vient les prêcher. La communauté, dite Suisse, se rassemble encore à Groningue , mais les membres qui la composent sont moins rigoristes que jadis. Ils se distinguent encore par des barbes longues; leur profession ordinaire est d'élever des bestiaux pour les vendre.
Du sein de TAnabaptisme était sortie la/amille cC Amour, qui, excluant la foi et l'espérance , n'admettait que la charité ^
Ije^ U bbonistes jdiXxiTQ excroissance del'Anabaptisme, eurent pour patron Ubbon Philippe, disciple de Hofiman et du turbulélit Mathis , qui se disait Enoch; mais Ubbon abandonna sa secte, qui se fondit dans celle de Menno ^.
Les Ukewallistes ou OEkwallisteSy avaient pris leur nom de Ukewallis , natif de Frise, qui dogmatisa peu après M ennon , à la doctrine duquel il fit quelques additions. Le temps écoulé entre les deux alliances , depuis la naissance de Jésus-Christ jusqu'à la descente du Saint-Esprit , était un temps d'ignorance , les Juifs étant alors privés de la lu-
^ V. Stockman , Lexicon, aia mot familistes ; Walchius , tom. II, pag. 4? 9 Baumgarten, pag. 44 ^' suw» de ce volume.
2 Commentatio historica ecclesiastica de Ubboni Phi^ lippi, etc. , praeside Burgman , in-4". , Rostichi, 1733.
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mière. Les péchés commis par eux dans cet intervalle étaient graciables. Ukewallis étendait cette indulgence à Judas et à tous ceux qui avaient coopéré à la mort du Sauveur. Mosheim dit que ses sectateurs subsistent encore aux environs de Grouingue , en Prusse , en Lithuanie ; ils rebaptisent les membres d'une autre communion qui s'adjoignent à la leur; ils portent la barbe , sont austères dans leurs mœurs, leur discipline, et regardent comme obligatoire de laver les pieds à leurs hôtes ^ Il y a aussi des Ukewallistes à Dantzig. En 1782, on les distinguait de même en deux classes , les Grossiers et les Fins. Ceux-ci ne peuvent pas se friser, porter de bourse à cheveux , ni se marier hors de leur secte ; les autres n attachent point d'importance à ces règlemens ^. Un voyageur français^ qui écrivait en 1738, ajoute que les Fins de Hollande, en affectant beaucoup de simplicité dans leurs bostumes, tolèrent cependant Tusage des bagues , et les dames Fines ont une simplicité très-recherchée : outre les assemblées publiques, les élus en ont de particulières; on discute, on critique; ensuite chacun se retire en louant Dieu d'être plus saint que son voisin et plus savant que son pasteur ^ Ce récit n'est peut-être qu épigrammatique.
^ Mosheim , t. 6 , p. 47- 2 Acten , urkendeïiy 3790, pag. 1061.
^ Les Hollandais , par Labarre de Beauinai'chais , iii-80. , 1738 j pa^. 111 et sui^.
En i664> les Modérés ou Wa te rlanders s'étaient partagés en GaUnites et Apostoliens. Les premiers suivaient renseignement de Galen Abraham Haan , médecin et ministre mennonite d'Amsterdam, mort en l'^oô, à quatre-vingt-trois ans , dont les opinions étaient très-rapprochées de celles des Sociniens sur la divinité de Jésus-Christ , Fappli* cation de ses mérites , et presque identiques à celle des Arminiens , qui insistent moins sur la foi que sur les œuvres : il voulait qu'on admit à la cène tous ceux qui ont une bonne conduite , et qui reconnaissent rÉcriture-Sainte.
Il eut pour adversaire Samuel Apostool , autre ministre mennonite de la même ville , chef du parti contraire : cette division, qui existait encore du temps de Mosheim, est présentement éteinte; en sorte que les noms de GaléniteSy diJpostoUenSjel presque tous ceux qui établissaient des démarcations parmi les Mennonites , n'appartiennent plus qu'à l'histoii^e.
Les Mennonites, issus des Anabaptistes, en désavouent les crimes et même le nom. C'est l'objet de l'ouvrage publié en 1723 par le ministre Schyn. Il repousse l'assimilation des paisibles Mennonites aux fougueux sectateurs deMuncer, qu'il appelle l'ivraie de Munster {Lolium monasteriense ) ^ Les Mennonites , nombreux en Hol-
^ Historia christianorum qui in Belgiofœderato Mennonitœ appellantur, per Herm. Schyn, Amstel., i7a3.