Diod.,XXXI, 19 a
;j24 CIIAP. X. — DÉMÉTRIOS 1 SOTEH
suivirent (ju'il faut placer le sinuulier conllil survenu entre Démélrios et Ariaratlie V de CappatJoce. Cet Ariarathe, à «[ui sa piété filiale avait mérité le surnom de Piiiiopator joint au prédicat paternel de « Pieux » (Eùg-eêrî;), était un client de Rome, obsé(|nicux par goût autant que par nécessité. Succédant à son père en 1G3, il avait commencé, ainsi que nous l'avons vu, par réclamer à Lysias les cendres de sa mère et de sa sœur. L'année suivante, Démétrios, qui venait de venger les injures d'Ariarathe et les siennes en faisant exécuter Lysias, avait cru s'attacher davantage son cousin et ami le roi de Cappadoce en lui offrant la main de sa sœur Laodice, veuve de Persée. En ce temps-là, on devait supposer que le Sénat tiendrait rigueur à Démétrios, et Ariarathe V — comme autrefois Eumone IL à qui Antiochos le Orand offrait la main de sa fille — ne se souciait pas d'épouseï' une querelle en perspective. S'il avait hésité, le colloque qu'il eut avec la commission romaine présidée parTi. Sempronius Gracchus l'eût détourné de commettre cette imprudence. Non seulement il refusa la main de la princesse séleucide, entachée du souvenir de son premier mari, mais il eut la lâcheté de s'en vanter à Rome et de mériter les félicitations du Sénat, félicitations qui semblaient préjuger la déchéance prochaine de Démétrios '. Celui-ci prit sans doute le parti dépouser lui-même sa sœur [7] ; mais on conçoit qu'il ait gardé rancune à ce doucereux et indélicat voisin et qu'il ait saisi la première occasion de se venger.
L'occasion lui fut oITcrte bientôt. La maison des Ariarathe, alliée depuis longtemps par des mariages avec celle des Séleucides, avait vu d'étranges choses une vingtaine d'années auparavant. La reine Antiochis, fille d'Antiochos le Grand, mariée à Ariarathe IV le Pieux et désolée d'être stérile, avait supposé l'un après l'autre deux enfants, Ariarathe et Oro-
1. C'est à ce moment que Démétrios et Ariarathe envoyaient à Rome des couronnes à-ô [i^pitov /pusûv (ci-dessus, p. 316). Ariarathe félicité £-1 tt.v àir(>ppT,aiv Toû yâtiou xal çiAia; — pô; AT,jjiT,Tptov (Diod., XXXI, 28).
LES AFFAIRES d'oRIENT 32o
pherne ouHolopherne '. Lorsqu'elle eut plus tard des enfants authentiques et légitimes, deux filles et un fils appelé Mithridate, elle avoua sa supercherie à son époux, qui avisa aux moyens d'écarter sans scandale les intrus et de prévenir des compétitions ultérieures. L'aîné, Ariarathe, fut envoyé à Rome avec une pension convenable, sous prétexte de le faire élever à la modo romaine ; l'autre, Oropherne, fut placé quelque part en lonie, probablement à Priène. Le roi eût mieux fait de les expédier tous deux à Rome, où ils auraient été amicalement surveillés ; mais il crut sans doute suffisant d'y interner l'aîné. Néanmoins, il fut depuis lors comme hanté de la crainte que sa succession n'échappât à son fils légitime, Mithridate, le futur Ariarathe V; car l'histoire de la supposition d'enfants était un secret de famille, qu'on s'était gardé d'ébruiter et qui, dévoilé, pourrait passer pour une fable inventée après coup. Tite-Live mentionne la présentation d'un fils encore enfant du roi Ariarathe (IV) au Sénat, à la date de 172, et les mesures prises pour l'installer avec sa suite dans un hôtel meublé, aux frais de l'Etat, sans se douter que ce fils de roi n'était peut-être pas un fils légitime et héritier du roi de Cappadoce ^ Nous ne saurons jamais si le Sénat était averti et s'il collaborait sciemment aux projets d' Ariarathe. Pour plus de sûreté, celui-ci, comme autrefois Ptolémée Soter et pour les mêmes raisons, voulut non seulement associer son fils au trône, mais « se démettre de toute son autorité », c'est-à-dire abdiquer en faveur de l'héritier légitime. Mithridate, maintenant Ariarathe (V), plus scrupuleux que jadis Ptolémée Philadelphe, remontra à ce tendre père « qu'il lui était impossible d'accepter une faveur pareille du vivant de ses parents ». Il succéda sans encombre à son père (163-130), et, roi pacifique, d'esprit cul-
1. Oropherne passe pour une graphie plus exacte du nom de 'Olo-yep'/riî, que Diodore (XXXI, 19, 2 et 7 Dindorf) applique à un frère d'Ariarathe I et à ce prétendu fils d'Ariarathe IV. Sur le mariage d' Ariarathe IV et d'Antiochis, vers 19o, voy. ci-dessus, p. 184.