CHAPITRE XI
Alexandre épouse Cléopâlre Théa, fille de Ptolémée VI Philométor : vie licencieuse, vanité et indolence du jeune roi. — Compétition de Démétrios II, fils de Démétrios I (148). — Démétrios II en Palestine : son stratège Apollonios Daos battu par Jonathan (147). — Intervention de Ptolémée Philométor, qui traverse la Cœlé- Syrie et entre à Antioche. — Revirement soudain de Ptolémée : Alexandre Bala expulsé et remplacé par Démétrios II, nouvel époux de Cléopâtre Théa. — Bataille de TŒnoparas : mort d'Alexandre Bala et de Ptolémée Philométor (145).
Le nouveau roi fut accueilli avec joie à Antioche, qui ne s'était jamais réconciliée avec son prédécesseur. Son premier acte fut de consolider sa situation par une alliance matrimoniale bien choisie. Il envoya un message à Ptolémée Philométor pour lui demander la main de sa fille Cléopâtre, dite Théa. Ptolémée accueillit favorablement cette demande, sans doute prévue ou même suggérée, et amena sa fille à Ptolémaïs, oii fut célébré le mariage. Jonathan fut invité à la fête et traité presque en roi par son suzerain, auquel il avait eu soin d'apporter de riches présents (150) •.
Si les Séleucides authentiques étaient de médiocres chefs d'Etat, le jeune parvenu à qui les alliés avaient donné le trône de Syrie montra bien qu'on ne lui avait pas appris son métier de roi. Il se plongea aussitôt dans la débauche la plus crapuleuse, laissant ses favoris régner à sa place. Son grand-vizir Ammonios fit périr « tous les amis du roi (pré-
1. Comme j-tpax-rvo; xaî ixeoiSip/T,; de Judée 7 .Uacc, 10, 65). Josèphe (XIII, 4, 2) ne va pas si loia : Jonathan est promu tûv 'npû'cuv ^EÀuv.
cèdent) et la reine Laodice et Antigone, fils de Démétriiis » *. Anlioche, qui avait donné la mesure de sa fidélité à ses rois, fut confiée à Hiérax et à Diodote, probablement deux chefs populaires qui avaient mené la campagne contre Démétrios ^ Ainsi débarrassé des soucis du pouvoir, Alexandre passait son temps au milieu des « troupeaux de courtisanes » qui constituaient sa société ordinaire ^ et il variait ses plaisirs en invitant des philosophes à sa table. Il avait, paraît-il, des préférences pour le stoïcisme, mais un stoïcisme qui devait ressembler singulièrement à Tépicurismede son familier, Diogène de Séleucie, homonyme et — si x\thénée n'a pas fait de confusion — compatriote du scholarque stoïcien. Le roi était « aimable pour tous et causeur dans ces réunions » où l'on se moquait parfois agréablement de la philosophie *. Le dilettantisme était à la mode. C'était le temps où les jeunes princes royaux fréquentaient, à Athènes et à Rome, les auditoires des professeurs en renom, où les Attalides brillaient par leur haute culture, où le brutal Ptolémée Évergète II dit Physcon lui-même se piquait d'être un philologue et un naturaliste. Peut-être, après tout, le jeune Syrien valait-il mieux que sa réputation et n'était-il ni si infirme d'esprit ni si brouillé avec la morale qu'on veut bien le dire "\ Il se donnait aussi des satisfactions de vanité en ajoutant à son diadème les litres les plus sonores. Il fut, autant qu'il lui plut, Théopator, Evergète, Epiphane, Nicéphore : il se faisait représenter sur ses monnaies la tête radiée et aussi semblable que possible à Alexandre le Grand ^ D'autre part, il se procurait une popularité facile aux dépens de l'autorité royale. A partir de 149, on voit apparaître des